Histoire des Canadiens-français, Tome VIII/Chapitre 6

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Wilson & Cie (VIIIp. 59-70).

CHAPITRE VI

1800 — 1807


Débats de l’assemblée législative. — Instruction publique. — Le clergé. — Le « Mercury, » la « Gazette de Montréal, » le « Canadien. » — Napoléon i. — Menaces de guerre. — Commerce du Canada.
L
e général Prescott s’embarqua pour l’Angleterre le 31 juillet 1799 et fut remplacé par M. Robert Shore Milnes, lequel bientôt après, reçut le titre de baronnet. Voici la liste des principaux fonctionnaires publics avec les émoluments qu’ils touchaient à cette époque. Il faut se rappeler que la valeur de l’argent était alors d’au moins trois fois plus grande que de nos jours ; en d’autres termes, la somme d’une piastre en 1800, nous procurait ce qui s’achète à présent au prix de trois piastres.

Le gouverneur général, deux mille cinq cents louis sterling ; William Osgoode, juge en chef de la province, douze cents louis sterling ; James Monk, juge en chef à Montréal, neuf cents ; Thomas Dunn, James Walker, Isaac Ogden, Pierre-Louis Panet, Jenkin Williams et P.-A. de Bonne, juges, cinq cents chacun ; Pierre-Louis Deschenaux, juge aux Trois-Rivières, trois cents ; Félix O’Hara, juge à Gaspé, deux cents ; James Kerr, juge de la vice-amirauté, deux cents ; sir George Pownall, registrateur et secrétaire provincial, quatre cents ; Jonathan Sewell, procureur-général, trois cents outre les honoraires ; Louis-Charles Foucher, solliciteur général, deux cents, plus les honoraires ; Henry Caldwell, receveur général, quatre cents ; Thomas Aston Coffin, inspecteur des comptes publics, trois cents soixante-cinq ; Samuel Holland, arpenteur général, trois cents ; John Coffin, surintendant des forêts (sinécure) deux cents ; H. de Lanaudière, traducteur français, deux cents ; Charles de Lanaudière, grand-voyer (sinécure) cinq cents.

Les membres du conseil législatif recevaient chacun cent louis sterling par année, savoir : Le juge en chef William Osgoode ; Jacob Mountain, évêque anglican ; Paul-Roch de Saint-Ours ; Hugh Finlay ; François Baby ; Thomas Dunn ; Jos.-Emm.-Dom. de Longueil ; Pierre Panet ; Adam Lymburner ; James McGill ; le juge en chef James Monk ; Pierre-Amable de Bonne ; John Lees ; A. Juchereau ; John Young ; et Herman Witsius Ryland, greffier, lequel touchait comme tel quatre cents louis, plus deux cents à titre de secrétaire du gouverneur, et d’autres honoraires pour un montant considérable.

La chambre, réunie le 5 mars 1800, ferma ses séances le 29 mai, après avoir délibéré sur les matières suivantes : La guerre avec la France : la loi électorale ; réforme de la magistrature ; les juges et autres fonctionnaires siégeant comme députés ; l’instruction publique ; les biens des jésuites. Les élections eurent lieu l’été de 1800, pour le troisième parlement.

En 1796, le duc de la Rochefoucauld écrivait une appréciation du clergé canadien qui, pour être sévère, ne doit pas néanmoins rester secrète. Nous avons observé que nos historiens n’osent pas toujours mettre sous les yeux de leurs lecteurs certains passages des auteurs qui parlent librement, tels que le père Le Clercq, le capitaine La Hontan, le professeur Kalm, le duc de la Rochefoucauld, sans compter la correspondance des gouverneurs et des intendants de la Nouvelle-France que l’on voudrait en partie reléguer aux limbes. La Rochefoucauld disait donc : « Les prêtres catholiques sont, en Canada, de l’espèce de nos curés de campagne, sachant tout juste lire et écrire, par conséquent très sots et très bigots. La révolution française en a envoyé d’une espèce un peu plus relevée et probablement aussi d’une disposition plus active et plus intolérante. Je ne les connais pas mais les officiers anglais sont si étonnés de voir des prêtres français avec un peu de sens qu’ils disent que ceux-là sont très éclairés (very clever)… Les prêtres sont en Canada ce qu’ils sont presque partout : intrigants, bas, adulateurs et soutiens du pouvoir arbitraire, parce qu’il peut donner au clergé et étendre son influence, et que, comme l’Église, il ne permet ni réflexion ni raisonnement… Deux seuls moines récollets[1] et un seul jésuite[2] restent des maisons nombreuses de ces ordres qui existaient lors de la conquête du Canada ; encore assure-t-on qu’un de ces récollets a été reçu à faire ses vœux[3] depuis cette époque, contre la clause du traité ; et que le jésuite seul[4] existant est plutôt un prêtre qui se dit jésuite qu’un religieux de cet ordre. Les biens appartenant aux jésuites doivent revenir après leur extinction à lord Amherst, en vertu d’une donation du roi d’Angleterre lors de la conquête, et on assure que l’intimité de lord Dorchester pour lord Amherst est la véritable cause de la jouissance laissé au faux moine usurpateur. Le revenu des jésuites est estimé à quinze cent louis sterling. »

La page que nous allons lire est empruntée aux Mémoires de M. de Gaspé et se rapporte aux dernières années du dix-huitième siècle : « Les récollets étaient chéris et aimés de toute la population canadienne-française. Les abondantes aumônes qu’ils recueillaient surtout dans les campagnes, en font foi. Les habitants du nord du Saint-Laurent ne se contentaient pas de leur donner à pleines mains, mais transportaient aussi d’une paroisse à l’autre, en se relayant, les produits de leurs quêtes jusqu’à leur couvent même ; et ceux de la rive sud en faisaient autant. Ils les déposaient à la Pointe-Lévis, d’où les canotiers les traversaient gratis jusqu’à la basse-ville de Québec. Les récollets distribuaient des aumônes abondantes aux pauvres du produit des quêtes qu’ils recevaient des riches. Combien d’opulentes personnes, peuvent la main sur la conscience, en dire autant du fruit de leurs richesses souvent amassées en pressurant de pauvres débiteurs ? Les récollets rendaient hospitalité pour hospitalité, non seulement à ceux des riches habitants de la campagne où ils étaient le mieux accueillis, mais aussi à ceux pour lesquels il aurait été onéreux de payer leur gîte dans une auberge. Ils hébergeaient même les chevaux. Combien de citadins riches, après avoir reçu une généreuse hospitalité des campagnards, les évitent ou leur tournent le dos, quand ils les rencontrent dans les villes ! Les récollets veillaient les malades, non seulement chez les riches, où ils étaient certains d’un bon réveillon, mais aussi chez les pauvres auxquels ils apportaient eux-mêmes à souper. Les récollets ensevelissaient les morts, veillaient et priaient auprès de leurs corps et jetaient la dernière poignée de terre sur leur cercueil. Les récollets faisaient le catéchisme aux petits enfants, et l’école aux enfants des pauvres. J’ai toujours aimé les récollets. J’avais dix ans, le 6 septembre de l’année 1796, lorsque leur communauté fut dissoute après l’incendie de leur couvent et de leur église. Le gouvernement prit aussitôt possession de l’emplacement et des masures ; et quelques jours après le désastre, des cabanes, dans lesquelles on vendait toute espèce de liqueurs, étaient érigées, dans leur beau verger. Les récollets étant universellement aimés, on ne manqua pas, d’attribuer l’incendie de leurs propriétés à la malveillance du gouvernement britannique. Cette calomnie s’est propagée pendant longtemps, vu la distance de l’incendie à leur couvent. On ne pouvait expliquer pourquoi l’église des récollets qui s’élevait près du palais de justice actuel, brûla presque en même temps que la maison du juge Monk, située dans la rue Saint-Louis, où se trouve maintenant le quartier des officiers de la garnison. C’est là que le feu était né. La conflagration du faubourg Saint-Roch (1845) m’a expliqué ce phénomène… Pendant quelques jours à la suite de ce désastre, on vit errer les pauvres moines, près des ruines du monastère dans lequel ils avaient trouvé un asile contre la tourmente de la vie. Ils se promenaient tristes et pensifs, près des voûtes où ils avaient espéré que leurs cendres seraient mêlées avec celles de leurs devanciers qui avaient rendu tant de services à la Nouvelle-France. Un mois après ce sinistre on voyait à peine trois capuchons dans toute la ville de Québec… Les fils de Saint-François dispersés dans toute la colonie, gagnaient paisiblement leur vie comme les autres citoyens. Ceux des moines qui avait fait des études, comme le frère Lyonnais, prirent la soutane et furent ordonnés prêtres ; ceux qui avaient une instruction suffisante, dirigèrent des écoles, et les autres s’occupèrent de travaux mécaniques ou d’agriculture. Chose assez extraordinaire ! la langue empoisonnée de la calomnie ne chercha jamais à ternir la réputation de ces hommes vertueux. »

Parlant du Père Berey, dernier supérieur des récollets en Canada, le même auteur dit : « On lui reprochait d’être par trop courtisan. On oubliait que, issu d’une famille noble de France, il se trouvait à sa place dans la société qu’il avait fréquentée depuis son enfance et que, si dans les salons anglais, son habit de moine et son capuchon lui faisaient prêter le flanc à la raillerie, d’un autre côté, ses manières, ses connaissances étendues, son esprit fin, délié et sarcastique en faisaient un jouteur que personne n’attaquait impunément. Il dînait même au mess des officiers de l’armée anglaise, où ses saillies, ses bons mots, ses reparties vives étaient très appréciées. » Il n’est pas certain que M. de Gaspé soit dans le vrai au sujet de la famille de ce religieux. Benjamin Anceau sieur de Berry, habitant des Trois-Rivières en 1658, paraît avoir été le père de François de Berry ou Berey sieur des Essarts que nous trouvons officier dans les troupes aux Trois-Rivières en 1703. M. l’abbé Tanguay dit que ce dernier fut le père de Félix Berey, baptisé à Montréal le 10 juin 1720, sous le nom de Claude-Charles, et que cet enfant prit le nom de Félix à l’époque de son ordination en 1743 : c’est le père supérieur des récollets. Le rôle politique de ce personnage, il a été assez peu « canadien » et l’esprit qu’on lui reconnaît ne l’excuse pas de sa lâcheté nationale. Il recevait du gouvernement anglais une pension de cinq cents louis et menait grand train. M. de Gaspé raconte que le père Berey disait parfois : « lorsque j’étais colonel de dragons » ; cela nous surprend, puisque, de sa naissance à Montréal en 1720 jusqu’à son entrée dans les ordres en 1743, il n’avait pas dû avoir le temps de gagner ses éperons. Il mourut le 18 mai 1800, deux mois après le père Cazot, ouvrant ainsi la succession des récollets en même temps que s’ouvrait celle des jésuites.

L’almanac de Québec, année 1797, ne nous fournit que deux noms pour la maison des jésuites à Québec : le père Cazot et monsieur Malavergne. Il indique quatre récollets : à Québec le père Félix Berrey, commissaire provincial ; le père Louis Demers, supérieur à Montréal ; le père D. Pétrimoulx, vicaire à Saint-Pierre du Portage, et le père Chrysostôme Dugast, missionnaire à Saint-Michel d’Yamaska. Un frère récollet, du nom de Marc, décédé vers 1850 à Saint-Thomas de Montmagny, paraît avoir été le dernier survivant de son ordre en Canada.

Lorsque la chambre d’assemblée s’occupa des biens des jésuites, dans la session de 1800, le Père Cazot venait de mourir (16 mars). On le regardait comme le dernier représentant légal des jésuites en ce pays, mais c’était par tolérance parceque, ordonné prêtre plus de six ans après la capitulation de Montréal, on pouvait lui refuser le privilège concédé à son ordre par le document en question, surtout après que le pape eut aboli (1773) la société à laquelle il appartenait. Le dernier prêtre jésuite du Canada de date antérieure à la cession du pays avait été le père J.-B. Well, décédé à Montréal le 18 juillet 1791. Lorsque le père Cazot disparut à son tour, l’opinion publique s’occupa des biens de cette confrérie et la chambre, voyant le gouverneur disposé à mettre la main sur ces propriétés pour le compte de la couronne, exprima des doutes sur les droits de l’Angleterre à cet égard. Comme les rois de France avaient donné ces terrains pour l’instruction publique, il était de justice et de convenance de ne pas en distraire les revenus pour les appliquer à d’autres fins. Deux partis s’opposaient à cette mesure : les Anglais qui voulaient restreindre les écoles de langue française ; et le clergé catholique qui prétendait mettre la main sur tout ce qui avait appartenu à l’Église. Il y eut des débats solennels, et par la suite ceux-ci se sont répétés chaque fois que les mots « biens des jésuites » ont été prononcés. Le principe qui gouverne à présent l’administration de ces terres est juste : les rois de France les avaient affectées à l’instruction publique et c’est à l’instruction publique que nous employons les revenus qui en proviennent. L’ordre des jésuites n’a pas rempli toutes ses obligations à cet égard sous le régime français, et l’eût-il fait, sa suppression par le pape, la cession du pays à l’Angleterre, le manque de popularité de ces pères dans le Canada français et catholique, sont des motifs plus que suffisants pour rendre libre la gestion de leurs seigneuries. Les Canadiens-Français sont chez eux et personne au monde n’a le droit de leur imposer un état de choses qui les gêne, encore moins de les priver des ressources de leur pays lorsqu’ils veulent les appliquer à des entreprises honnêtes. Les jésuites sont dans le cas de ces héritiers de seigneuries dont les réclamations obsèdent tous les jours le gouvernement et qui, après avoir été supprimés par la force des circonstances osent redemander des biens que d’autres ont su mettre en valeur. Il n’est pas d’argument ecclésiastique qui vaille ce fait de toute importance pour les Canadiens : nous sommes chez nous et nous nous administrons comme il nous convient.

Voici la liste des conseillers législatifs en 1801 : Le juge William Osgoode, l’évêque anglican (Jacob Mountain), Hugh Finlay, Thomas Dunn, sir George Pownall, Henry Caldwell, le juge John Monk, sir John Johnston, Paul-Roch de Saint-Ours, François Baby, Jos.-Dom.-Emm. de Longueuil, Charles de Lanaudière, R.-A. de Boucherville, Michel-Eustache-Gaspard-Alain Charrier de Lotbinière, ancien président de la chambre basse, appelé au conseil en 1797, et G.-E. Taschereau.

La session de 1801, ouverte le 2 janvier, et close le 8 avril, roula sur la guerre avec la France, les hospices, les travaux publics, les arrérages des lods et ventes, les terrains occupés par les fortifications de Montréal, le droit de tester, l’Institution Royale des écoles de la province.

L’Institution Royale, établie en 1801, devait, dans la pensée de ses auteurs, couvrir le pays d’écoles de langue anglaise. Les Canadiens non seulement refusèrent de tomber dans ce piège, mais opposèrent à une mesure aussi dangereuse, des écoles paroissiales où l’on enseigna les éléments de l’instruction, tels que la lecture, l’écriture et le calcul. Les historiens anglais se plaisent à dire que nous ne voulions pas d’écoles, puisque nous refusions les leurs, mais ils se gardent bien d’ajouter que ces classes avaient été perfidement établies pour nous angliciser, et ils omettent pareillement de mentionner deux faits de première importance, savoir : 1. Les écoles et les collèges d’où étaient sortis nos prêtres et nos hommes politiques depuis trente ans au moins ; 2. les écoles nouvelles créées pour instruire nos enfants en français et dans la foi catholique, alors que l’Institution Royale voulait les instruire en anglais et d’après la religion protestante. Il est inutile de dire ici que les écoles « canadiennes » n’étaient pas subventionnées par l’État ! En 1822 la chambre passa une loi favorable aux écoles catholiques et Mgr Plessis travailla avec succès à la faire sanctionner par le cabinet de Londres : c’était la première fois que nous échappions à l’obligation de payer des impôts pour soutenir des écoles organisées contre nous ! Aux yeux d’une certaine presse, nous avons montré dans tout cela beaucoup d’étroitesse d’esprit ! Répondons avec Molière : « Vous êtes orfèvre, M. Josse. »

La session de 1802, ouverte le 11 janvier, close le 5 avril, roula sur la paix en Europe ; la culture du chanvre ; les maisons de correction ; l’impression des règlements de la chambre ; l’entretien des voies publiques ; un projet d’indemnité parlementaire aux députés ; la police des villes ; l’acte de milice ; les cas de convocation extraordinaire de l’assemblée législative.

Celle de 1803, ouverte le 8 février, close le 18 avril s’occupa des sujets suivants : Indépendance des censitaires vis-à-vis des seigneurs ; le gouvernement et le clergé catholique ; l’absence des députés durant la session ; inhumation dans les églises et les cimetières ; guerre avec la France ; loi des suspects ; enrôlement des volontaires.

Il y eut une courte session du 2 au 11 août 1803. La session du mois de mai 1804 fut sans importance. Les députés manquaient presque régulièrement à l’appel. Les élections eurent lieu au mois de juillet 1804 et donnèrent comme résultat dix-sept Anglais et trois Canadiens. Le quatrième parlement s’ouvrit le 9 janvier 1805. La session roula sur les sujets qui suivent : Prisons de Montréal et Québec ; élections contestées ; nouvelles taxes ; droits féodaux ; loi sur le commerce du dimanche ; les fonctionnaires qui sont en même temps députés ; salaire du traducteur français ; navigation entre Montréal et Lachine.

Il y eut, durant cette session, un épisode significatif. Le parti anglais, qui maintenait ses forces dans seize ou dix-sept comtés, croyait le moment venu de frapper un coup. La guerre, rallumée en Europe contre Napoléon donnait lieu à bien des propos, défavorables à l’élément français du Canada : la même chose s’est répétée jusqu’à 1870, chaque fois que la France a tiré l’épée ; les Anglais se montrent toujours antipathiques aux mouvements de la race française. Le calme et la modération de la Gazette de Québec mécontentaient les ultras : ils fondèrent (janvier 1805) le Mercury, une bonne feuille de combat tout à fait hostile aux Canadiens, et destinée à être expédiée par ballots à la chambre des communes, à Londres. Nos députés perdirent patience devant ses attaques. Vers la fin de la session, ils décrétèrent d’arrestation M. Thomas Cary, éditeur propriétaire de ce journal et censurèrent la Gazette de Montréal qui avait parlé avec irrévérence de certaines mesures adoptées par la chambre. M. Cary présenta des excuses à l’assemblée, moyennant quoi on lui rendit sa liberté, mais devenu adroit par suite de sa mésaventure, il construisit un cabinet secret dans sa maison, publia de nouveaux articles plus violents que les premiers, fut recherché par le sergent d’armes, se cacha, continua de fulminer à pleines colonnes de son journal, épuisa la patience de la police, mit de cette façon les rieurs de son côté et gagna d’être laissé libre de circuler et d’écrire. Les Anglais nous rendirent le change de cette pièce en 1832 par l’emprisonnement de M. Tracy et Duvernay. Le Mercury disait, en 1806, que le devoir des bons sujets était de travailler à amoindrir l’influence des Canadiens, car après un demi siècle d’occupation, ajoutait-il, il est juste que l’Angleterre ait ici une province parfaitement anglaise.[5]

Zèle outré, de la part des « amis du château », comme on disait alors, et déploiement de courage de la part des Canadiens qui tenaient à ne pas se laisser dominer ou absorber, telle fut, pendant de longues années, la situation qui embarrassa les gouverneurs et les ministres des colonies. C’est l’histoire de nos parlements depuis 1792 jusqu’à 1840 et au delà. La même question revenait sous mille formes. Constamment, les « patriotes » se remettaient à argumenter, la minorité anglaise à protester, le conseil à chercher des faux-fuyants et le gouverneur à tâcher d’effrayer les esprits par la crainte de l’Angleterre.

Sir Robert Shore Milnes partit pour l’Europe le 5 août 1805. M. Thomas Dunn, plus ancien conseiller exécutif, le remplaça et ouvrit la session du parlement le 20 février 1806. Les débats sur la construction des prisons, la taxe des terres et du commerce, occupèrent une partie du temps des législateurs. On parla beaucoup de la bataille de Trafalgar — mais la censure contre la Gazette de Montréal et le Mercury passionna davantage les députés. Quatre ans plus tard, le gouverneur Craig, mettant en pratique ces idées de répression, supprima le Canadien.

Il est vrai que les abus de langage de la Gazette et du Mercury avaient de quoi irriter des hommes d’honneur. Les attaques pleuvaient comme grêle. Les esprits des Canadiens se montaient à la lecture des articles hostiles et surtout injustes de cette presse dont la conduite était confiée aux ennemis les plus déclarés de leur race. Il n’y avait pas de lutte — l’un des partis imprimait ; l’autre s’exaspérait. De là cette censure contre des journaux qu’il eut fallu non pas écraser mais rencontrer sur leur propre terrain. On finit par le comprendre : le Canadien fut fondé. Il parut le 22 novembre 1806 et se composa principalement d’articles refusés par le Mercury, et, sans retard, il se mit à publier des documents historiques concernant la cession du pays à l’Angleterre, sur les premiers temps du régime britannique en ce pays, sur l’acte de Québec et la constitution de 1791. Ce dossier si clair et si honorable pour nous renversait les accusations de nos adversaires. La souscription s’étendit rapidement dans les campagnes, preuve que si les Canadiens n’avaient voulu recevoir ni la Gazette de Québec ni le Mercury ce n’était pas pour cause d’ignorance, mais parcequ’ils n’aimaient pas à encourager des feuilles mal disposées envers eux. La liberté de la presse, disait le nouvel organe, est intimement liée au bonheur des peuples ; elle doit s’étendre à toutes les classes ; on flétrit nos compatriotes, et on nous refuse le droit de répondre aux attaques — mais tout cela ne pourrait effrayer que des coupables. Le Canadien entra donc armé et redoutable dans l’arène de la publicité. On cria à la révolte, à la trahison et le reste, mais il poursuivit son chemin avec courage, jusqu’au jour où la main d’un pouvoir ombrageux s’abattit sur lui et l’écrasa. Parlant de ces luttes dont nous sommes fiers à juste titre, M. de Gaspé écrivait, cinquante ans plus tard : « Je regarde de tous côtés, j’écoute de ma bonne oreille, je lis les journaux de mes deux bons yeux ; tout me frappe d’étonnement, et je dis à part moi : Que les temps sont changés depuis ma jeunesse ! Chacun donne aujourd’hui son opinion ouvertement, discute, sans crainte, les questions politiques les plus délicates, blâme l’Angleterre, loue la France, et tout cela impunément. Celui qui eut osé prendre cette licence autrefois, aurait été considéré comme un French et bad subject, c’est-à-dire Français et sujet déloyal. On ne se parlait alors que dans le tuyau de l’oreille. Les journaux d’à présent discutent dans leurs polémiques l’avantage ou le désavantage d’une annexion du Canada à la République des États-Unis et leurs éditeurs sont des British and loyal subjects ! (Anglais et sujets loyaux), on doit au moins le penser, car notre bon gouvernement semble admirer ces gentillesses. Les autorités d’autrefois auraient pris la chose plus au sérieux : éditeurs, rédacteurs, collaborateurs, auraient gambillé au bout d’un cordeau ; et afin de s’assurer s’ils étaient bien et dûment morts, on aurait brûlé leur cœur sur un réchaud, et séparé leur tête de leurs épaules. Ô le bon vieux temps ! »

Le journalisme était muselé en Europe et en Amérique. Nous avons eu le courage, les premiers en Canada, de penser tout haut dans l’intérêt du peuple. Ceux qui combattaient contre nous le faisaient dans l’intérêt d’une certaine classe. Le danger existait pour nous, non pour eux. Aujourd’hui, nos compatriotes anglais se félicitent d’avoir des journaux qui ne craignent rien. Autrefois, dans les moments de danger, c’était nous qui bravions un pouvoir aveuglé.

Les fondateurs du Canadien étaient Pierre Bédard, J.-L. Borgia, François Blanchet, J.-T. Taschereau, Louis Bourdages et Joseph Planté, tous membres de la chambre. Le premier rédacteur mentionné (31 janvier 1807) est Antoine Bouthillier, mais les articles n’étaient pas signés. Charles Roi en était l’imprimeur, rue Saint-François. Le grave et le léger se mariaient dans les pages du journal. Il mordait en riant. Le Mercury entrait dans des rages terribles devant ce ton badin et il répondait par des bourrasques de gros mots qui lui attiraient de nouveaux quolibets.

L’inspirateur du Mercury était l’honorable Jonathan Sewell, procureur-général et avocat-général, U. E. Loyalist émigré du Massachusetts au Nouveau-Brunswick en 1785 puis au Canada en 1789 ; en 1808 il devint juge en chef de la province et président du conseil législatif ; jusqu’à 1838, il n’a cessé de combattre les Canadiens dans les affaires publiques.

Les Chouaguens, avec le juge de Bonne à leur tête, ne pouvaient plus décemment rester au Mercury après l’apparition du Canadien, néanmoins ils ne voulaient pas paraître battus. Au mois de janvier 1807, ils lancèrent le Courrier de Québec, sous la rédaction de M. Jacques Labrie, médecin, homme d’étude et déjà possesseur de nombreux documents sur l’histoire du Canada, dus à ses recherches, et qu’il commença à utiliser dans ce journal mais celui-ci disparut le 2 juin 1807, « faute d’encouragement. » Les Chouaguens firent semblant de se rallier un moment au Canadien.

Du 21 janvier au 16 avril 1807, l’assemblée législative siégea. Son attention était toute entière aux questions suivantes : — la guerre en Europe ; loi des suspects ; actes de milice ; police des villes ; frais de route des députés ; sociétés de bienfaisance ; élections contestées ; juges de paix ; messages du conseil à l’assemblée ; affaire du Chesapeake.

Un navire américain, le Chesapeake, avait été abordé par le vaisseau anglais le Léopard à le recherche de matelots déserteurs. Il en résulta une échange de notes diplomatiques aigres touchant le droit des neutres. La guerre contre Napoléon, (qui venait de lancer le décret de Berlin mettant en interdit les îles britanniques) menaçait d’entraîner les Américains contre l’Angleterre. M. Thomas Dunn, administrateur du Bas-Canada, en l’absence du gouverneur, crut devoir appeler un cinquième de la milice sous les armes (août 1807). Mgr Plessis se déclara en faveur de la mesure ; le tirage au sort eut lieu avec entrain. L’affaire n’alla pas plus loin.

Les hommes de la génération actuelle se figurent peut-être que les Canadiens-Français contemporains de Napoléon i parlaient et agissaient en partisan de ce fameux chef de la nation française. C’était tout le contraire. Ils n’aimaient pas sa politique ; les guerres continuelles qui marquent cette époque, les ennuyaient, non par amour de l’Angleterre mais parce que l’ambition du conquérant leur déplaisait. Et puis, les anciens rois de France étaient en exil : on s’apitoyait sur leur infortune. Ajoutons que les rapports publics étaient tous défavorables au caractère de Napoléon. Ses victoires mêmes nous étaient à peine connues tant les journaux anglais les transformaient habilement et les expliquaient à son désavantage. Le Mercury renchérissait sur les légendes qui couraient le monde à ce sujet. Parfois le Canadien se moquait de lui et trouvait passablement incompréhensible ce Napoléon toujours battu qui tenait l’Europe sous son pied. Les épigrammes étaient fort à la mode parmi nous. Le Mercury sautait de colère à chaque trait décoché d’une main légère et adroite. Soit par raison ou autrement, le Canadien se piquait de plaider la cause anglaise contre Napoléon, et la chambre, (côté canadien) agissait de même — mais la gaité s’emparait parfois du journal et des députés — car enfin la situation de cet éternel vaincu, toujours solide et redoutable, était assez étrange — deux députés ne pouvaient se regarder sans rire.

Sir James Henry Craig, nommé gouverneur général, arriva à Québec le 18 octobre 1807, apportant des nouvelles d’Europe qui n’étaient pas rassurantes pour l’Angleterre. La victoire d’Iéna venait d’augmenter le prestige de « Bonaparte » ; il était constant que le cabinet de Washington s’entendait avec les Tuileries ; les trônes de l’Europe passaient les uns après les autres à la famille de l’empereur des Français, enfin il y avait mille points noirs à l’horison.

La guerre empêchait la Grande-Bretagne de tirer des subsistances de plusieurs pays étrangers. Les États-Unis mirent embargo sur les navires anglais, ce qui aggrava la situation. Le commerce anglais se retourna du côté du Saint-Laurent. Les Canadiens s’en réjouirent. L’été de 1808, il sortit du port de Québec trois cent trente-quatre navires, chargés de bois, potasse, goudron, térébenthine, blé, lin, douves, chanvre, perlasse, farine et provisions de toutes sortes. En réalité les Canadiens exportèrent à cette époque plus de marchandises qu’ils n’en produisaient : c’était la contrebande américaine qui fournissait la balance de certains articles. Il se fit des fortunes rapides dont le souvenir s’est conservé sous le nom de bonnes années. Le prix des objets de première nécessité était alors le triple de ce qu’il avait été au lendemain de la conquête, mais l’argent abondait et les gages s’élevaient en proportion, Craig était venu avec beaucoup d’argent qu’il employa aux travaux publics, surtout aux fortifications. Peu ou point des sommes acquises par les habitants, à la faveur de cette situation avantageuse, n’entrèrent dans le commerce de banque. Les Canadiens de 1808 ne prêtaient pas encore d’argent à intérêt. Si l’un d’eux avait besoin d’aide, son parent ou son ami lui passait, de la main à la main, sans contrat et sans témoin, la somme demandée et tout était dit ; le remboursement se faisait de même ; la femme était généralement dans le secret de la transaction. Le clergé réprouvait toute tentative d’usure, ce qui était bien d’accord avec les mœurs patriarcales de ces heureuses gens. Guinées, louis d’or, pistoles, doublons, jaunes de Portugal, piastres espagnoles, aigles américains, couronnes anglaises, pistarines, entraient journellement dans le traditionnel bas de laine, pour en sortir tous ensemble et payer l’achat d’une nouvelle terre. C’est de 1793 à 1810 que les habitants ont le plus agrandi le domaine de leurs cultures. Il n’était pas rare de voir un père de famille déposer devant le notaire un amas de pièces métalliques portant la frappe de dix nations différentes et disparues de la circulation depuis de longues années. Les banques n’existaient pas encore dans le pays. On voyait des marchands anglais emprunter sur hypothèque de fortes sommes pour activer leur commerce et les garder longtemps sans payer d’intérêt ; un petit présent à la fin, contentait tout le monde. Le commerce était presque uniquement entre les mains des Anglais, ayant peu de capitaux mais un grand crédit. Les banqueroutes survenaient assez souvent parmi eux. Lambert affirme que, 1760 à 1808, à peine cinq par cent de ces trafiquants ont payé leurs dettes — le reste était dû à Pierre et à Jacques. Le commerce de détail se faisait surtout à l’encan, les jours de marché. Tout cultivateur pouvait à son gré se charger de marchandises et ouvrir un compte chez l’encanteur. On devine le résultat de cette coutume. Les crédits étaient à de très longs termes ; il n’existait pas de loi de banqueroute. L’arrestation pour dette dont on tant parlé, n’avait lieu que si l’on soupçonnait le débiteur de vouloir laisser la province ou de se dessaisir de ses propriétés.

M. Anderson, qui publia vers 1814, un volume intitulé : Views of Canada, fait à nos compatriotes une part agréable de ses souvenirs : « Les Canadiens-Français, dit-il, sont honnêtes et droits à un degré rare chez un peuple privé d’instruction ; cela ne se voit peut-être pas ailleurs dans la même mesure. Ils sont sociables et polis, et pour ce qui est de leur comportement ils agissent selon la raison et le bon sens ; je puis dire aussi qu’ils sont ingénieux et industrieux. »

C’est vers cette époque que le bois de l’Ottawa commença à descendre à Québec et que se forma la classe intéressante de nos « hommes de chantier » — bûcherons, forestiers, flotteurs et « mangeurs de lard » incomparables. Les forêts de la Baltique étaient fermées à la marine anglaise, par suite du blocus continental ; la flotte employée à ce commerce se retourna du côté du Saint-Laurent et, chose assez curieuse, Napoléon ne semble pas s’en être aperçu puisqu’il ne plaça aucun navire de guerre aux bouches de notre fleuve, tout en prêtant l’oreille, néanmoins, aux propositions des Américains qui lui demandaient de les aider à prendre le Canada afin de ruiner la puissance de l’Angleterre de ce côté-ci de l’Atlantique. L’état florissant de notre commerce avait commencé en 1796, alors que la Grande-Bretagne armait, de concert avec l’Autriche, contre la France, et il alla grandissant, jusqu’en 1808, comme l’indique le tableau qui suit. Durant cette période, la balance du commerce fut constamment en faveur du Canada.


Exportations 1796 1799 1802 1807 1808
Blé, minots 3106 128870 1010033 234543 186708
Farine, barils 4352 14475 28301 20424 42462
Biscuits, quintaux 3882 20535 22051 28047 32587


Une jolie page des chroniques de la vie seigneuriale en Canada, vers la fin du siècle dernier et au commencement du nôtre, a été écrite par M. L.-O. Letourneux en 1845 ; elle est parfaitement à sa place ici : « À mesure que le commerce anglais pénétrait au pays, le luxe et l’opulence de ces négociants s’introduisaient dans nos villes. Les cercles nouveaux qu’ils formaient affectaient un ton de prétentieuses richesses. Puis l’armée du pays, augmentée de plusieurs régiments depuis la révolution américaine, remplissait Québec et Montréal de fortes garnisons. Les jeunes officiers qui, pour la plupart, appartenaient, comme aujourd’hui, à de puissantes et opulentes familles d’Angleterre donnaient l’exemple des dépenses folles et excessives, de la dissipation et d’un luxe effréné ; et ces exemples ne furent que trop suivis. Nos seigneurs se lancèrent, tête baissée, dans cette voie d’imprévoyance et de folie. Ils voulurent rivaliser avec l’or anglais ; les vieux manoirs dans lesquels s’écoulait jadis une vie active et de travail, frugale et calme ; où pénétrait sans gêne aucune la simple et modeste population d’alentour, pour s’entretenir des affaires publiques et des travaux de la saison prochaine ; les vieux manoirs où la petite société du village passait de si agréables soirées d’hiver au coin du feu, à rappeler les souvenirs des guerres avec les Sauvages, à entendre raconter par un vieil habitant ou un ancien colon les mille incidents et épisodes de la vie militaire et des milices actives, si animée, si pittoresque, si accidentée dans ces temps-là, épisodes et aventures auxquels un grand nombre d’entre eux avaient pris une part importante et honorable ; les vieux manoirs où chacun des habitants de la seigneurie, venait au besoin chercher aide et secours et prendre conseil, où ils trouvaient toujours la bienveillance prompte, active, ouverte, et plutôt un devoir qu’une protection ; les vieux manoirs d’autrefois ! où vous trouviez toujours, si vous étiez Canadien et honnête homme, une hospitalité simple mais cordiale, changèrent bientôt d’apparence, et résonnèrent des éclats de fêtes brillantes et de plaisirs de toutes espèces. Les ameublements, de simples qu’ils étaient, devinrent somptueux et élégants ; il en fut de même des voitures et des équipages. La vie de nos seigneurs ne fut plus qu’une fastueuse existence de dissipation et de plaisir ; on singeait la vie de château d’outre-mer. L’or et les vieux écus, amassés par les pères dans des temps où l’argent coûtait aussi cher à ceux qui le gagnaient qu’ils mettaient de soin à le conserver, furent dépensés joyeusement par les enfants. Ils voulurent trancher du grand seigneur, comme quelques jeunes militaires, et étaler autant d’opulence réelle que celle des marchands anglais était factice. Ils cessèrent d’occuper leurs seigneuries, en abandonnèrent l’exploitation à des mains étrangères souvent incapables, souvent infidèles, quelquefois l’un et l’autre, pour revenir dans les villes se livrer à leurs imprudentes folies ; on occupait bien le vieux manoir, mais c’était dans la belle saison seulement, et en nombreuse et bonne compagnie. Alors on se livrait à tous les amusements et sports possibles. On partait le matin chacun de son côté. Aux uns, c’était une chasse à la bécassine, une course, une promenade à cheval au loin ; aux autres, le plaisir moins bruyant de la pêche, une promenade au jardin ou sous les arbres des avenues et du domaine, et toute cette société se réunissait sur la fin du jour, pour dépenser gaiement encore les heures qui en restaient. Ces petites sociétés eurent bientôt leurs prétentions aristocratiques. Elles furent guindées, hautaines, dédaignant la bourgeoisie canadienne pour la prétendue aristocratie portant des noms étrangers et des habits militaires et excluant presque entièrement la modeste et honnête population qui les environnait. Les enfants furent élevés au milieu de toutes ces extravagances ; on leur apprit tous les exercices du corps, à monter à cheval, à faire des armes, à chasser, mais l’esprit demeura inculte, leur instruction fut entièrement négligée. Pères et fils vécurent joyeusement, mais cette joyeuse vie ne fut pas longue, et il ne resta bientôt plus rien du patrimoine de la famille ; singulier exemple d’abnégation de tout ce qui est grand et noble, ils oublièrent les hauts faits, les belles qualités et les nobles vertus de leurs races. Ils abdiquèrent leurs anciens titres de gloire, et perdirent si bien et si vite leur argent, leur considération et leur importance, qu’à l’heure où nous écrivons ces lignes, à peine un siècle s’est écoulé, et pourtant toutes ces familles dont nous parlons sont ou éteintes, ou ruinées, ou disparues du pays. Ceci est historique. Nous n’exagérons rien. Il en est même qui ont changé et défiguré leurs noms. »

  1. Il y avait cinq ou six récollets : les pères Félix Berey, Claude Carpentier, Jean Demers, et le frère Alexis Demers, tous Canadiens ; plus les pères Théophile Dugast et J.-B. Pétrimoulx, originaires de France.
  2. Le père Jean-Joseph Cazot, né en France. Il avait été ordonné en 1766, et ne pouvait par conséquent être compris dans la capitulation de Montréal (1760) ni dans le traité de Paris (1763). Il vivait à Québec.
  3. Le père Théophile Dugast était arrivé de France en 1773.
  4. Le père J.-B. Well décédé à Montréal en 1791 avait été le dernier de son ordre.
  5. La population du Bas-Canada était de 250,000 âmes.