Histoire des femmes écrivains de la France/appendice

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APPENDICE


Mme Allart de Méritens. — Mme d’Altenheim. — Mme Ancelot. — Mme Constance Aubert. — Mme Olympe Audouart. — Mlle Léonie d’Aunet. — Mme Blanchecotte. — Mme Alix Bressant d’Artigues. — Mme Ackermann. — Mme Daniel Stern. — Mlle Clémence Robert. — Mme Rattazzi. — Mmes de Witt. — Mme de Rémusat.


Nous l’avons dit dans le cours de ce livre : Nous ne pouvons avoir la téméraire prétention d’être complet, et forcément nous devions nous attendre à des omissions, à des oublis regrettables. C’était vrai, et, pendant que les chapitres précédents étaient sous presse, bien d’autres noms se sont présentés à notre esprit, surtout parmi les femmes auteurs de notre siècle, à qui leur mérite littéraire aurait dû assurer une place plus honorable que celle que nous pouvons leur consacrer dans un appendice. Nous espérons cependant qu’on nous saura gré de ce supplément dans lequel nous nous bornerons presque à une simple nomenclature.

Nous citerons donc, au courant de la plume, Mlle Hortense Allart, née à Paris en 1801. Sa mère, qui avait traduit plusieurs ouvrages de l’anglais, s’était chargée de l’éducation de sa fille. En 1843, elle épousa M. Louis de Méritens qui lui laissa toute liberté de suivre ses attraits pour les lettres. Mme de Méritens écrivit des romans parmi lesquels il faut signaler la Conjuration d’Amboise, qui marqua ses débuts dans la carrière littéraire, — Gertrude, — Sextus ou le Romain de Marennes, — l’Indienne, — ses Lettres sur Mme de Staël ; — elle publia aussi diverses études historiques, telles que Lorenzo de Médicis, — l’Histoire de la République d’Athènes, etc.

Mlle Gabrielle Soumet naquit aussi à Paris, en 1814. Elle était fille unique de l’auteur de la Divine Épopée, et à vingt ans elle épousa M. Beuvain d’Altenheim. De bonne heure elle avait manifesté son penchant pour la poésie. Il est à remarquer que le premier recueil qu’elle publia, en 1838, sous le titre de Nouvelles filiales, date de son enfance. Souvent même, dans le monde, on s’était plu à lui en faire réciter des fragments. Elle fit plusieurs pièces de théâtre : le Gladiateur, Jane Grey, tragédies ; — un poème : Berthe Bertha ; — et des Récits de l’Histoire d’Angleterre, les Marguerites de France, les Quatre Siècles littéraires, etc.

Mme Ancelot (Marguerite-Louise-Virginie Chardon, de Dijon) ne s’occupa guère de littérature qu’après son mariage avec M. Ancelot. C’est alors, d’après son propre aveu, « qu’elle s’amusa à arranger avec lui quelques petites pièces, ne cherchant dans cette collaboration secrète que le plaisir d’exprimer ses idées. » Il est donc difficile de savoir dans quelles proportions elle contribua au succès des vaudevilles de M. Ancelot. Ses véritables débuts personnels remontent au Mariage raisonnable (1835). Les années suivantes, elle donna au Théâtre-Français plusieurs comédies en prose que Mlle Mars joua avec le plus grand succès. Sa première, et aussi son chef-d’œuvre traduit dans les principales langues, fut Marie ou Trois Époques (1836) ; — puis le Château de ma Nièce ; — Isabelle. Son Théâtre complet, publié en 1848, comprend vingt pièces, dont plusieurs furent favorablement accueillies aux Variétés, au Gymnase et au Vaudeville. Parmi ses romans, les plus goûtés furent Renée de Varville et la Nièce du Banquier (1853). Ajoutons une Famille parisienne, le Baron de Fresmontiers, un Salon de Paris (1865), etc.

Mlle Constance Junot d’Abrantès, fille aînée de la duchesse d’Abrantès, n’est connue en littérature que sous le nom de Constance Aubert, par suite de son mariage avec M. Louis Aubert, ancien garde du corps et capitaine d’infanterie en retraite. En 1843, elle fonda les Abeilles parisiennes, devenues plus tard les Abeilles illustrées. Elle rédigea longtemps le Bulletin des Modes au journal le Temps, et publia, en 1865, un petit manifeste sur le luxe : les Femmes sages et les Femmes folles.

Ce fut en cette même année que Mme Olympe Audouard fonda le Papillon, puis, deux ans après, la Revue cosmopolite (1867). Née à Aix vers 1830, elle épousa, fort jeune, un notaire de Marseille dont elle fut bientôt séparée judiciairement. Elle satisfit dès lors son goût pour les voyages, visita l’Égypte et vint demeurer à Paris vers 1860, après un séjour plus ou moins long à Constantinople et à Saint-Pétersbourg.

Les voyages de Mme Audouard et divers incidents de sa vie ont servi de matière à ses livres et à ses romans : Comment aiment les hommes, — un Mari mystifié, — les Mystères du sérail et des harems turcs, — les Mystères de l’Égypte dévoilés, — l’Orient et ses peuplades, — Gynécologie, — les Nuits russes, etc.

Comme la précédente, Mme Biard (Léonie d’Aunet), morte à Paris en 1879, à l’âge de cinquante-neuf ans, avait été séparée judiciairement de son mari, en 1845.

C’est sous son nom de jeune fille qu’elle fit représenter à la Porte-Saint-Martin le drame de Jane Osborn, et qu’elle publia des feuilletons dans le Journal pour tous, le Courrier de Paris, le Siècle, la Presse, etc.

Nous rencontrons également dans le journalisme, vers la même époque, Mme Blanchecotte ( Augustine-Malvina Souville). Elle se fit d’abord connaître par une collaboration fréquente à divers journaux ou revues, surtout au Constitutionnel, à la Revue de France et au Journal Officiel. Elle publia également des recueils poétiques fort estimés. Ses poésies, Rêves et Réalités (1856), furent couronnées par l’Académie française. Signalons encore du même auteur : Tablettes d’une femme pendant la Commune, — Impressions d’une femme, — Le long de la vie, — les Militantes, etc.

Nous ne ferons que nommer Mme Alix Bressant, veuve du prince russe Kotschoubey et mariée en secondes noces à M. d’Artigues, préfet de l’Ariège, en 1878. Parmi ses essais littéraires, son roman de Gabrielle Pinson fut très vanté. Elle écrivit encore Une Paria et fit paraître, en 1874, le Manuscrit de Mlle Camille.

C’est surtout grâce à Géruzez, ainsi qu’à MM. Caro et Havet que les Contes et les Poésies de Mme Ackermann furent mis en lumière. Louise-Victorine Choquet était née à Paris en 1813, d’une famille de Picardie. De bonne heure elle avait manifesté son goût pour la poésie. Dans un voyage qu’elle fit en Allemagne, elle épousa M. Paul Ackermann, jeune théologien qui, par ses études mêmes, fut détaché de la foi chrétienne. Mme Ackermann a écrit une autobiographie dont il a circulé des fragments.

Mme Marie de Flavigny, comtesse d’Agoult, est beaucoup plus connue sous le pseudonyme de Daniel Stern. C’est sous ce nom, qu’elle prit pour ne le plus quitter, qu’elle publia dans la Revue des Deux-Mondes et plus tard dans la Revue Indépendante de P. Leroux et G. Sand, des études remarquables sur l’état politique et intellectuel de l’Allemagne. Déjà ses premiers débuts avaient fait quelque sensation : c’étaient deux simples nouvelles, Hervé (1841) et Valentia (1842), publiées dans le journal la Presse. Nous ne parlerons pas de ses incursions dans le domaine de la politique. Nous préférons signaler son roman passionné de Nélida, son meilleur ouvrage en ce genre. La comtesse d’Agoult mourut à Paris en 1876, à l’âge de soixante-onze ans.

Outre de nombreux romans, tels que Nana Sahib, les Amants du Père-Lachaise, et tant d’autres dont l’énumération serait longue. Mlle Clémence Robert a donné quelques drames, notamment Château et Chaumière, — l’Héritage du Château, — la Chambre de feu.

Marie-Studolmine Bonaparte, fille de la princesse Létitia Bonaparte, née en Irlande, fut élevée en France et mariée, en 1850, à un riche Alsacien, Frédéric de Solms, que des raisons politiques firent séparer de sa femme, quatre ans plus tard. Sous le nom de princesse Marie de Solms, celle-ci vécut en Savoie et à Nice, intimement liée avec Eugène Sue et Ponsard, et en correspondance suivie avec Lamennais et Béranger. C’est à elle que le journal, les Matinées d’Aix, dut sa fondation, et elle y inséra des romans, des proverbes dramatiques et de nombreuses pièces de vers. À Genève, en 1859, elle fit paraître de petits poèmes, tels que la Dupinade, les Chants de l’exilée, qu’elle dédia à Victor Hugo. Rentrée à Paris, elle écrivit des courriers et des causeries pour divers journaux, particulièrement pour le Constitutionnel, le Pays, le Turf. À la suite d’un voyage en Italie, elle épousa M. Urbain Rattazzi (1863), sans que ce mariage ralentit en rien son activité littéraire. Elle fonda des journaux et publia de nombreux articles, sous divers pseudonymes. Parmi ses romans, il convient de citer : Mademoiselle Million, — le Piège aux Maris, — les Mariages de la Créole, etc. On cite comme essais dramatiques : les Suites d’un Ménage de garçon, — Une Livre de chair, — Aux pieds d’une femme, — Amour et Cymballes, — Quand on n’aime plus trop, on n’aime plus assez.

Nous avons parlé déjà de Mme Conrad de Witt (Henriette Guizot), née à Paris en 1829. C’était la fille aînée de M. Guizot. Elle était bien jeune encore quand elle perdit sa mère ; elle fut élevée par sa grand’mère et épousa, en 1850, M. Conrad de Witt. Elle ne tarda pas à se faire connaître par un grand nombre d’ouvrages d’éducation et par des traductions de l’anglais. Signalons encore parmi ses œuvres : Seuls ! ou la volonté du cœur (1879), — Un Nid, etc. Plusieurs de ses ouvrages ont paru dans le Journal de la Jeunesse ; d’autres font partie de la Bibliothèque rose. On lui doit encore un Abrégé des Chroniques de Froissart (1880).

Sa sœur, Pauline Guizot, dame Cornelis de Witt, née à Paris en 1831 et morte à Cannes en 1874, a également donné plusieurs traductions ou des ouvrages, dont quelques-uns furent revus par M. Guizot. De ce nombre, on cite : Guillaume le Conquérant ou l’Angleterre sous les Normands, — la Fondation de la République des Provinces-Unies, etc.

Le nom de M. Paul de Rémusat, sénateur français, fils de François-Marie-Charles, comte de Rémusat appartient à la littérature aussi bien qu’à la politique. Collaborateur actif de la Revue des Deux-Mondes, il fut aussi rédacteur du Journal des Débats, où il a donné de savants articles. En 1877, il publia un drame, Abélard, œuvre posthume de son père, et, en 1879, il fit paraître en trois volumes les Mémoires de Mme de Rémusat, sa grand’mère, mémoires qui obtinrent un vif succès et jetèrent un jour si curieux et si nouveau sur le premier empire. Cette dame, Claire ou Clary de Rémusat, née à Paris en 1780 et morte dans la même ville en 1821, était fille du comte Gravier de Vergennes, qui périt sur l’échafaud, pendant la Terreur. Sa veuve se retira à la campagne, dans la vallée de Montmorency, où elle dirigea l’éducation de ses filles. L’aînée, Claire, était sérieuse, aimait l’étude, cultiva les lettres et apprit le latin. Sainte-Beuve a tracé d’elle un portrait fort étudié, dont nous croyons devoir reproduire quelques coups de pinceau :

« Sa physionomie, dit-il, et la forme de ses traits accusaient un peu fortement peut-être ce sérieux intérieur dans les goûts, qu’il ne faudrait pourtant pas exagérer et qui ne sortait pas des limites de son âge. Sa figure régulière s’animait surtout par l’expression de très beaux yeux noirs ; le reste, sans frapper d’abord, gagnait plutôt à être remarqué, et toute sa personne paraissait mieux, à mesure qu’on la regardait davantage. Elle devait observer dès lors cette simplicité de mise à laquelle elle revint toujours dès qu’elle le put, et qui n’était jamais moins qu’une négligence décente. Je ne sais si, comme plus tard, ses cheveux ramenés voilaient le front qui avait eu son éclat. » En 1796, à l’âge de seize ans, elle épousa le comte Auguste-Laurent de Rémusat, qui vint habiter Sannois avec sa belle-mère. Celle-ci, née de Bastard, et femme de beaucoup d’esprit, était en relations avec Mme de Beauharnais. Elle continua ces relations lorsque la veuve du général eut épousé Bonaparte, et ce fut grâce à cette liaison que M. de Rémusat fut nommé préfet du palais du premier consul, pendant que sa jeune femme était nommée dame du palais de Joséphine. La comtesse de Rémusat était alors dans tout l’éclat de sa beauté.

Bonaparte la distingua, malgré la méfiance que lui inspirait la supériorité de cette femme, qui ne craignait pas de discuter avec lui, de le contredire parfois. Pendant les heures de liberté que lui laissait son service auprès de Joséphine, Mme de Rémusat écrivait des nouvelles, des romans, et surtout elle notait au jour le jour ce qu’elle voyait à la Cour impériale. On conçoit dès lors le charme attrayant de ses Mémoires, où elle nous fait coudoyer avec elle tous les personnages marquants que l’on voyait alors à Saint-Cloud ou aux Tuileries. Sous la Restauration, le salon de la comtesse de Rémusat continua à être très recherché, mais, vieille avant l’âge, elle fut enlevée prématurément à ses amis, en décembre 1821.

Aux ouvrages que nous avons déjà, cités de Mme Augustus Craven, il convient d’ajouter son nouveau roman, le Valbriant, dont le succès s’accuse par la rapidité avec laquelle les premières éditions ont été épuisées.