Histoire du Canada (Garneau)/Tome III/Livre IX/Chapitre I

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Imprimerie N. Aubin (IIIp. 1-59).

LIVRE IX.


CHAPITRE I.




GUERRE DE SEPT ANS.

1758-1750.



Situation des esprits en France et en Angleterre à l’époque de la guerre de Sept ans. — La France change sa politique extérieure en s’alliant à l’Autriche qui flatte madame de Pompadour, maîtresse de Louis XV. — Popularité de la guerre dans la Grande-Bretagne et dans ses colonies ; ses immense armamens. — Extrême faiblesse numérique des forces du Canada. — Plan d’attaque et de défense de ce pays : zèle des habitans. — Premières opérations de la campagne. — Un corps île troupes, parti de Boston, s’empare de Beauséjour et de toute la péninsule acadienne ; exil et dispersion des Acadiens. — Le général Braddock marche sur le fort Duquesne du côté du lac Erié ; M. de Beaujeu va au-devant de lui ; bataille de la Monongahela ; défaite complète des Anglais et mort de leur général. — L’épouvante se répand dans leurs colonies que les bandes canadiennes et sauvages attaquent sur divers points en commettant de grands ravages et faisant beaucoup de prisonniers. — Armées anglaises destinées à attaquer Niagara au pied du lac Erié et St. Frédéric sur le lac Champlain. — Le colonel Johnson se retranche à la tête du lac St. Sacrement (George). — Le général Dieskau attaque les retranchemens du colonel Johnson ; il est repoussé et lui-même tombe blessé entre les mains de l’ennemi. — Le peuple des colonies anglaises murmure contre l’inactivité de Johnson après cette bataille ; réponse de ce commandant. — Le général Shirley abandonne le dessein d’assiéger Niagara. — Résultat de la campagne. — Mauvaises récoltes en Canada ; commencement de la disette. — Préparatifs de l’Angleterre pour la prochaine campagne. — Exposition de l’état du Canada ; demande de secours à la France. — Le général Montcalm arrive à Québec dans le printemps de 1756 avec des renforts. — Plan d’opérations de la prochaine campagne. — Disproportion des forces des deux parties belligérantes ; projets d’invasion des Anglais.

Nous avons dit que la France, à la nouvelle de la prise du Lys et de l’Alcide, avait rappelé son ambassadeur de Londres et déclaré la guerre à la Grande-Bretagne. Cette démarche, comme on le verra plus tard, ne fut prise néanmoins qu’après un délai de presqu’une année. L’indolent Louis XV ne pouvait se décider à prendre sérieusement les armes.

Quelle était la situation de la France à cette époque ? Les principaux ministres étaient le comte d’Argenson pour la guerre, M. Machault pour la marine et les colonies, M. Bouillé pour les affaires étrangères, lequel fut remplacé en 1757 par le comte de Bernis, abbé et poëte ; mais c’était madame de Pompadour qui gouvernait ; elle changeait les généraux et les ministres au gré de ses caprices. Vingt-cinq ministres furent appelés au conseil d’État et renvoyés de 1756 à 1763. Ce corps variait sans cesse ; il n’avait ni unité ni accord, et chaque ministre agissait indépendamment des autres (Sismondi). La nation, du reste, était plus occupée de vaines disputes religieuses que des apprêts du combat. Le parti moliniste, soutenu par les Jésuites, avait recommencé la persécution contre les Jansénistes ; le parlement voulut interposer son autorité pour la faire cesser, il fut dissous et remplacé par une chambre royale ; mais le roi, fatigué à la fin de ces chicanes oiseuses qui troublaient et affaiblissaient son royaume, ordonna le silence et rétablit le parlement.

« Au milieu de cette petite guerre, dit un historien, le philosophisme gagnait. À la cour même il avait des partisans ; le roi, tout ennemi qu’il était des idées nouvelles, avait sa petite imprimerie, et imprimait lui-même les théories économiques de son médecin Quesnay, qui proposait un impôt unique, portant sur la terre ; la noblesse et le clergé, qui étaient les principaux propriétaires du sol, eussent enfin contribué. Tous ces projets aboutissaient en vaines conversations, les vieilles corporations résistaient ; la royauté, caressée par les philosophes qui auraient voulu l’armer contre le clergé, éprouvait un vague effroi à l’aspect de leurs progrès. » Tout, en effet, était en mouvement dans le monde moral comme dans le monde politique. Les opinions n’avaient plus d’harmonie, et le gouvernement lui-même, honteux de suivre d’anciennes traditions, marchait au hasard dans une route nouvelle.

C’est ainsi que, par le fatal traité de Versailles de 1756, il s’allie avec l’Autriche qu’il a toujours combattue, et se laisse entraîner dans une guerre continentale par Marie-Thérèse qui, voulant reprendre la Silésie au roi de Prusse, flatte adroitement la marquise de Pompadour, avec qui elle entretient un commerce de lettres, et qu’elle appelle sa chère amie. Au poids d’une lutte maritime vint s’adjoindre celui d’une lutte sur terre, quoique l’expérience eût enseigné depuis longtemps à la France qu’elle devait éviter soigneusement cette alternative, et que Machault s’efforçât de le faire comprendre à Louis XV ; mais la favorite tenait à l’alliance avec l’impératrice-reine, le ministre de la guerre et les courtisans, étrangers au service de mer, tenaient à la gloire qui s’offrait à eux dans les armées de terre ; on oublia la guerre avec l’Angleterre, la seule importante, la seule où l’on eût été provoqué, et l’on dirigea ses principales forces vers le nord de l’Europe, abandonnant presqu’à elles-mêmes les vastes possessions de l’Amérique septentrionale.

De l’autre côté de la Manche, les choses n’étaient point dans cette situation qui annonce de loin une révolution sociale. M. Fox, depuis lord Holland, se trouvait à la tête des affaires de la Grande-Bretagne, et cette nation était dans l’état le plus prospère de même que ses colonies du Nouveau-Monde. Le peuple était unanime et satisfait, et le commerce florissant ; le gouvernement, assis sur les larges bases de la liberté, obéissait à l’opinion publique, et, en suivant les instincts du pays, assurait pour ainsi dire d’avance le succès de ses entreprises. Aucune guerre n’avait été plus populaire en Angleterre que celle qui allait commencer. La chambre des communes accorda un million de louis pour augmenter les forces de terre et de mer ; elle traita avec le roi de Prusse, vota des subsides au roi de Pologne et à l’électeur de Bavière pour s’en faire des alliés et contrebalancer la supériorité des Français sur le continent européen, où elle avait des craintes pour la sûreté du Hanovre. L’enrôlement des matelots fut poussé avec une vigueur extrême, et tel était l’enthousiasme du peuple que presque toutes les villes un peu importantes se cotisèrent pour augmenter la prime que l’on donnait aux soldats et aux marins qui venaient offrir leurs services volontairement ; et qu’au lieu d’un million que le gouvernement voulait lever au moyen d’une loterie, trois millions 880 mille louis furent souscrits sur-le-champ (Smollett).

La même ardeur se faisait remarquer dans les colonies anglaises. La population de ces belles provinces s’élevait en 1755, suivant les calculs de Franklin, à un million 200 mille âmes, tandis que le Canada, le Cap Breton et la Louisiane en comptaient à peine, réunis, 75 à 80 mille. La même disproportion existait dans le mouvement de leurs affaires mercantiles et par conséquent dans leurs richesses. Les exportations des colonies anglaises s’élevaient en 1753 à £l,486,000 sterling, et leurs importations à £983,000.[1] Dans la même année les exportations du Canada étaient de £68,000 seulement ou 1,700,000 francs, et les importations de £208,000, dont une forte partie étant pour le compte du gouvernement, ne passait point par les mains des marchands du pays. Il n’est donc pas étonnant si les colonies anglaises poussaient leur métropole avec tant d’ardeur à la guerre. Franklin, aussi habile politique que savant physicien, était le principal organe de leurs griefs. Celui que Paris, vingt-cinq ans après, vit appliqué à soulever l’opinion de la France et de toute l’Europe contre l’Angleterre, celui que le Canada vit venir pour révolutionner ses habitans en 1776, fut, en 1751, le promoteur de l’entreprise contre les possessions françaises dans le nord du Nouveau-Monde. Point de repos, disait-il, point de repos à espérer pour nos treize colonies, tant que les Français seront maîtres du Canada ! (Barbé-Marbois).

Les forces armées des deux nations belligérantes durent présenter en Amérique, et elles présentèrent en effet sur le champ de bataille une différence non moins considérable durant tout le cours de la guerre. Mais, par une sage prévoyance, la France, donnant encore des signes de son ancienne supériorité dans la conduite des affaires militaires, avait porté loin du centre du Canada sa ligne défensive, de manière à obliger l’ennemi à diviser ses forces. L’isthme étroit de l'Acadie, la vallée lointaine et sauvage de l’Ohio, la gorge montagneuse du lac St. Sacrement (George), tels furent les champs de bataille qu’elle se choisit, où l’ennemi fut retenu cinq ans sans qu’il put s’en rendre maître, et où il essuya les plus sanglantes défaites dont l’Amérique eût encore été témoin. C’est donc à tort que des historiens ont blâmé le système défensif adopté pour le Canada dans la guerre de Sept ans.

Les forces régulières du Canada, qui ne s’élevaient pas à 1000 hommes, furent portées en 1755 à 2,800 soldats environ par l’arrivée des quatre bataillons d’infanterie sous les ordres du général Dieskau, qui avaient été demandés dans l’automne. Les milices avaient été armées ; le chiffre de ceux de ces soldats improvisés qui étaient en service actif, fut augmenté, et l’on continua d’en acheminer de gros détachemens dans les postes des frontières, de sorte que l’on eût bientôt tant en campagne et les garnisons intérieures que dans les forts St. Frédéric, Frontenac et Niagara ainsi que dans ceux de l’Ohio et de l’isthme acadien, une armée de 7,000 hommes, sans compter plus de 800 employés aux transports. Mais cette force était encore bien insuffisante pour faire face à celle de l’ennemi qui avait déjà 15,000 soldats sur pied, dont 3,000 pour l’expédition de Beauséjour, 2,200 pour celle du fort Duquesne, 1,500 pour l’attaque de Niagara, et 5 à 6,000 pour le siège du fort St. Frédéric, quatre entreprises qu’il voulait exécuter simultanément.

Si le travail secret qui se faisait dans la société en France paralysait l’énergie de son gouvernement, en Canada les habitans, livrés à l’agriculture et à la traite des pelleteries, ne portaient point leur esprit au-delà de ces sphères humbles mais pleines d’activité. Privés par la nature de leur gouvernement de prendre part à l’administration publique, ils ne songeaient qu’à l’exploitation de leurs métairies ou à la chasse de ces animaux sauvages qui erraient dans leurs forêts, et dont les riches fourrures formaient la branche la plus considérable de leur commerce. Peu nombreux, ils ne pouvaient espérer non plus que leurs conseils et leur influence fussent d’un grand poids sur la conduite du gouvernement de la métropole envers ses colonies ; mais tout en lui représentant le danger de la lutte qui allait s’engager, ils prirent les armes sans murmurer, avec la résolution de combattre avec le même zèle que si la France avait fait les plus grands sacrifices pour les soustraire aux attaques de ses ennemis ; et ils montrèrent jusqu’à la fin une constance et un dévoûment que les historiens français n’ont pas su toujours apprécier, mais que la vérité historique, appuyée sur des pièces officielles tirées des archives de Paris, ne permet plus aujourd’hui de mettre en doute.

La saison des opérations étant enfin arrivée, des deux côtés l’on se mit en campagne. M. de Vaudreuil, ignorant les projets de l’ennemi, achemina, suivant les ordres de sa cour, des troupes sur Frontenac afin d’attaquer Oswégo auquel on attachait toujours, avec raison, une grande importance. Le général Dieskau, dont le maréchal de Saxe avait la plus haute opinion, devait conduire cette entreprise avec 4,000 hommes et 12 bouches à feu, et cet officier général se croyait sûr du succès. 2,000 hommes s’étaient déjà embarqués à Montréal, et la tête de la colonne arrivait à Frontenac, lorsque la nouvelle de l’apparition de l’armée du colonel Johnson sur le lac St. Sacrement, fit rappeler une partie de ces troupes. Le corps ennemi qui s’avançait était celui qui devait agir contre St.-Frédéric. Le 1er septembre, le général Dieskau, que ce contre-ordre avait singulièrement contrarié, et contre l’opinion duquel il avait été donné, se trouva à la tête du lac Champlain avec 1,500 Canadiens, 700 soldats et 800 Hurons, Abénaquis et Nipissings, en tout 3,000 hommes. C’était assez pour arrêter Johnson. L’on continua d’acheminer des forces sur le lac Ontario. Un bataillon monta jusqu’à Niagara avec ordre de relever les ruines de ce fort, composé d’une maison palissadée entourée d’un fossé, et de s’y maintenir. Un autre bataillon se campa au couchant des murs de Frontenac. À la fin de l’été, ces trois positions importantes, St.-Frédéric, Niagara et Frontenac, paraissaient suffisamment protégées.

Dans la vallée de l’Ohio, le fort Duquesne, ouvrage plein de défauts dans sa construction, mais commandé par M. de Contrecœur, officier expérimenté et fort brave, n’avait qu’une garnison de 200 hommes ; il pouvait cependant attirer à lui un certain nombre de voyageurs canadiens et de sauvages. Les autres postes répandus dans ces régions lointaines, n’avaient pas proportionnellement de garnisons plus nombreuses. Les forêts et la distance formaient leur plus grande protection.

Du côté de l’Acadie, les forts Beauséjour et Gaspareaux avaient pour commandans, le premier, M. de Yergor, protégé de l’intendant Bigot, et le second, M. de Villeray. Ces officiers avaient à peine 150 soldats à leur disposition ; mais en cas d’attaque, ils devaient compter sur l’aide des Acadiens fixés autour d’eux ou errant dans leur voisinage, comme si ces pauvres gens, que les Anglais regardaient comme leurs sujets, étaient bien libres d’agir.

Des quatre expéditions projetées par les Anglais contre le Canada, la première en mouvement fut celle qui était chargée de s’emparer de ces derniers postes. Les troupes qui la composaient, levées dans le Massachusetts, pouvaient former 2,000 hommes commandés par le colonel Winslow, personnage influent du pays. Partie de Boston le 20 mai, elle arriva dans 41 navires le 1er juin à Chignectou, où elle débarqua et fut renforcée par 300 réguliers. Elle marcha aussitôt avec un train d’artillerie sur Beauséjour. Arrêtée un instant sur les bords de la rivière Messaguash par les Français qui y avaient élevé un blockhaus garni de canons, et qui, après une heure de combat, y mirent le feu et se retirèrent, elle parvint jusqu’à Beauséjour, repoussant devant elle un petit corps d’Acadiens que M. de Vergor avait envoyé défendre une hauteur à quelque distance.

Le fort de Beauséjour avait alors une garnison de 100 soldats et d’environ 300 Acadiens. Rien n’y était à l’épreuve de la bombe, ni la poudrière, ni les casemates. Les assiégeans ayant ouvert la tranchée le 12 juin, le 16 la place se rendit par capitulation, après une assez molle résistance, la seule il est vrai que l’on put attendre de l’état de ses fortifications, du chef inexpérimenté et indolent à qui elle avait été confiée, du nombre des ennemis, et aussi de la crainte des habitans d’être passés par les armes s’ils étaient pris en combattant contre l’Angleterre. Les troupes sortirent avec les honneurs de la guerre pour être transportées à Louisbourg, et il fut stipulé que les Acadiens qui avaient combattu avec elles, ne seraient point inquiétés. Le fort Gaspareaux, défendu par une vingtaine de soldats et quelques habitans, se rendit aux mêmes conditions. Le nom du fort Beauséjour fut changé pour celui de Cumberland, et le major Scott y fut laissé comme commandant. Cet officier fit désarmer la population, mais il ne put la forcer de prêter le serment de fidélité à George II ; sur quoi il fit prisonniers tous les habitans qu’il put attraper, conformément aux ordres du général Hopson, qui avait remplacé M. Cornwallis en qualité de gouverneur de l’Acadie.

Après cette conquête, les vainqueurs envoyèrent trois bâtimens de guerre dans la rivière St. Jean pour attaquer le fort que les Français y avaient élevé, et qui était commandé par M. de Boishébert. Ce dernier, n’ayant pas assez de monde pour le défendre, y mit le feu avant l’arrivée des assaillans et se retira. Mais, ayant été informé de ce qui se passait à Beauséjour, au lieu de retraiter sur Québec, il s’avança au secours des Acadiens dans le fond de la baie de Fondy, et leur ayant donné des armes, il battit avec eux les Anglais dans plusieurs rencontres. Ces avantages ne purent empêcher cependant qu’à la fin ces derniers ne brûlassent tous les établissemens, et ne contraignissent les habitans à se réfugier dans les bois, et ensuite à émigrer au Cap-Breton, à l’île St. Jean, à Miramichi, à la baie des Chaleurs et à Québec, où ces malheureux portaient partout le spectacle d’un dévoûment sans bornes et d’une misère profonde.

Tel fut le succès des ennemis dans la première partie de leur plan de campagne. Quoiqu’il fût, sous le rapport militaire, plus nominal que réel, puisqu’ils ne purent pas avancer plus loin de ce côté, où des bandes armées les continrent, la nouvelle cependant en causa un grand mécontentement à la cour de France, surtout lorsqu’on y apprit les terribles conséquences que les pertes que l’on venait de faire avaient eues pour les infortunés Acadiens. Le roi écrivit lui-même à M. de Vaudreuil de faire juger rigoureusement, par un conseil de guerre qu’il présiderait en personne, Vergor et de Villeray, ainsi que les garnisons qui servaient sous leurs ordres. Le procès eut lieu l’année suivante au château St.-Louis, et tous les accusés furent acquittés à l’unanimité.[2] L’évacuation de l’Acadie laissa à la merci des Anglais les habitans de cette province, qui portaient le nom de Neutres, et qui n’avaient pu se résoudre à abandonner leur terre natale.

Ce qui nous reste à raconter de ce peuple intéressant, rappelle un de ces drames douloureux dont les exemples sont rares même aux époques barbares de l’histoire, alors que les lois de la justice et de l’humanité sont encore à naître avec les lumières de la civilisation.

Sur 15 à 18 mille Acadiens qu’il y avait dans la péninsule au commencement de leur émigration, il n’en restait qu’environ 7,000 des plus riches, dont les mœurs douces ont fourni à Raynal un tableau si touchant et si vrai.

« Peuple simple et bon, dit-il, qui n’aimait pas le sang, l’agriculture était son occupation. On l’avait établi dans des terres basses, en repoussant à force de digues la mer et les rivières dont ces plaines étaient couvertes. Ces marais desséchés donnaient du froment, du seigle, de l’orge, de l’avoine et du maïs. On y voyait encore une grande abondance de pommes de terre dont l’usage était devenu commun.

« D’immenses prairies étaient couvertes de troupeaux nombreux ; on y compta jusqu’à soixante mille bêtes à cornes. La plupart des familles avaient, plusieurs chevaux, quoique le labourage se fit avec des bœufs. Les habitations, presque toutes construites de bois, étaient fort commodes et meublées avec la propreté qu’on trouve quelquefois chez nos laboureurs d’Europe les plus aisés. On y élevait une grande quantité de volailles de toutes les espèces. Elles servaient à varier la nourriture des colons, qui était généralement saine et abondante. Le cidre et la bière formaient leur boisson. Ils y ajoutaient quelquefois de l’eau-de-vie de sucre.

« C’était leur lin, leur chanvre, la toison de leurs brebis, qui servaient à leur habillement ordinaire. Ils en fabriquaient des toiles communes, des draps grossiers. Si quelqu’un d’entre eux avait un peu de penchant pour le luxe, il le tirait d’Annapolis ou de Louisbourg. Ces deux villes recevaient en retour du blé, des bestiaux, des pelleteries.

« Les Français neutres n’avaient pas autre chose à donner à leurs voisins. Les échanges qu’ils faisaient entre eux étaient encore moins considérables, parce que chaque famille avait l’habitude et la facilité de pourvoir seule à tous ses besoins. Aussi ne connaissaient-ils pas l’usage du papier-monnaie, si répandu dans l’Amérique septentrionale. Le peu d’argent qui s’était comme glissé dans cette colonie n’y donnait point l’activité qui en fait le véritable prix.

« Leurs mœurs étaient extrêmement simples. Il n’y eut jamais de cause civile ou criminelle assez importante pour être portée à la cour de justice établie à Annapolis. Les petits différends qui pouvaient s’élever de loin en loin entre les colons étaient toujours terminés à l’amiable par les anciens. C’étaient les pasteurs religieux qui dressaient tous les actes, qui recevaient tous les testamens. Pour ces fonctions profanes, pour celles de l’Église, on leur donnait volontairement la vingt-septième partie des récoltes. Elles étaient assez abondantes pour laisser plus de faculté que d’exercice à la générosité. On ne connaissait pas la misère, et la bienfaisance prévenait la mendicité. Les malheurs étaient pour ainsi dire réparés avant d’être sentis. Les secours étaient offerts sans ostentation d’une part ; ils étaient acceptés sans humiliation de l’autre. C’était une société de frères, également prêts à donner ou à recevoir ce qu’ils croyaient commun à tous les hommes.

« Cette précieuse harmonie écartait jusqu’à ces liaisons de galanterie qui troublent si souvent la paix des familles. On ne vit jamais dans cette société de commerce illicite entre les deux sexes. C’est que personne n’y languissait dans le célibat. Dès qu’un jeune homme avait atteint l’âge convenable au mariage, on lui bâtissait une maison, on défrichait, on ensemençait des terres autour de sa demeure ; on y mettait les vivres dont il avait besoin pour une année. Il y recevait la compagne qu’il avait choisie, et qui lui apportait en dot des troupeaux. Cette nouvelle famille croissait et prospérait à l’exemple des autres… Qui est-ce qui ne sera pas touché de l’innocence des mœurs et de la tranquillité de cette heureuse peuplade ? continue l’éloquent écrivain. Qui est-ce qui ne fera pas des vœux pour la durée de son bonheur ? »

Vains souhaits ! La guerre de 1744 commença les infortunes de ce peuple ; celle de Sept ans consomma sa ruine totale. Depuis quelque temps les agens de l’Angleterre agissaient avec la plus grande rigueur ; les tribunaux, par des violations flagrantes de la loi, par des dénis systématiques de justice, étaient devenus pour les pauvres habitans un objet à la fois de terreur et de haine. Le moindre employé voulait que sa volonté fût la loi. « Si vous ne fournissez pas de bois à mes troupes, disait un capitaine Murray, je démolirai vos maisons pour en faire du feu.» « Si vous ne voulez pas prêter le serment de fidélité, ajoutait le gouverneur Hopson, je vais faire pointer mes canons sur vos villages. » Rien ne pouvait engager ces hommes honorables à faire un acte qui répugnait à leur conscience, et que, dans l’opinion de bien des gens, l’Angleterre n’avait pas même le droit d’exiger. « Les Acadiens, observe M. Haliburton, n’étaient pas des sujets britanniques, puisqu’ils n’avaient point prêté le serment de fidélité, et ils ne pouvaient être conséquemment regardés comme des rebelles ; ils ne devaient pas être non plus considérés comme prisonniers de guerre, ni envoyés en France, puisque depuis près d’un demi siècle on leur laissait leurs possessions à la simple condition de demeurer neutres.» Mais beaucoup d’intrigans et d’aventuriers voyaient ces belles fermes acadiennes avec un œil de convoitise ; quels beaux héritages ! et par conséquent quel appât ! Il ne fut pas difficile de trouver des raisons politiques pour justifier l’expulsion des Acadiens. La très grande majorité n’avait fait aucun acte pour porter atteinte à la neutralité ; mais dans la grande catastrophe qui se préparait l’innocent devait être enveloppé avec le coupable. Pas un habitant n’avait mérité grâce. Leur sort fut décidé dans le conseil du gouverneur Lawrence, auquel assistèrent les amiraux Boscawen et Mostyn, dont les fiottes croisaient sur les côtes. Il fut résolu de disperser dans les colonies anglaises ce qui restait de ce peuple infortuné ; et afin que personne ne put échapper, le secret le plus profond fut ordonné jusqu’au moment fixé pour l’exécution de la sentence, laquelle aurait lieu le même jour et à la même heure sur tous les points de l’Acadie à la fois. On décida aussi, pour rendre l’exécution plus complète, de réunir les habitans dans les principales localités. Des proclamations, dressées avec une habileté perfide, les invitèrent à s’assembler dans certains endroits qui leur étaient désignés, sous les peines les plus rigoureuses. 418 chefs de famille, se fiant sur la foi britannique, se réunirent le 5 septembre dans l’église du Grand-Pré. Le colonel Winslow s’y rendit avec un grand appareil. Après leur avoir montré la commission qu’il tenait du gouverneur, il leur dit qu’ils avaient été assemblés pour entendre la décision finale du roi à leur égard ; et que, quoique ce fût pour lui un devoir pénible à remplir, il devait, en obéissance à ses ordres, leur déclarer « que leurs terres et leurs bestiaux de toutes sortes étaient confisqués au profit de la couronne avec tous leurs autres effets, excepté leur argent et leur linge, et qu’ils allaient être eux-mêmes déportés hors de la province.» Aucun motif ne leur fut donné de cette décision. Un corps de troupes, qui s’était tenu caché jusque-là, sortit de sa retraite et cerna l’église : les habitans surpris et sans armes ne firent aucune résistance. Les soldats rassemblèrent les femmes et les enfans ; 1023 hommes, femmes et enfans se trouvèrent réunis au Grand-Pré seulement. Leurs bestiaux consistaient en 1269 bœufs, 1557 vaches, 5007 veaux, 493 chevaux, 8690 moutons, 4197 cochons. Quelques Acadiens s’étant échappés dans les bois, on dévasta le pays pour les empêcher d’y trouver des subsistances. Dans les Mines l’on brûla 276 granges, 155 autres petits bâtimens, onze moulins et une église. Ceux qui avaient rendu les plus grands services au gouvernement, comme le vieux notaire Le Blanc, qui mourut à Philadelphie de chagrin et de misère en cherchant ses fils dispersés dans les différentes colonies, ne furent pas mieux traités que ceux qui avaient favorisé les Français. À leurs instantes prières, il fut permis aux hommes, avant de s’embarquer, de visiter, dix par dix, leurs familles, et de contempler pour la dernière fois ces champs fertiles où ils avaient joui de tant de paix et de bonheur, et qu’ils ne devaient plus revoir. Le 10 fut fixé pour l’embarquement. Une résignation calme avait succédé à leur premier désespoir. Mais lorsqu’il fallut s’embarquer, quitter pour jamais le sol natal, s’éloigner de ses parens et de ses amis sans espérance de jamais se revoir, pour aller vivre dispersés au milieu d’une population étrangère de langue, de coutumes, de mœurs et de religion, le courage abandonna ces malheureux, qui se livrèrent à la plus profonde douleur. En violation de la promesse qui leur avait été faite, et, par un rafinement de barbarie sans exemple, les mêmes familles furent séparées et dispersées sur différens vaisseaux. Pour les embarquer, on rangea les prisonniers sur six de front, les jeunes gens en tête. Ceux-ci ayant refusé de marcher, réclamant l’exécution de la promesse d’être embarqués avec leurs parens, on leur répondit en faisant avancer contre eux les soldats la bayonnette croisée. Le chemin de la chapelle du Grand-Pré à la rivière Gaspareaux avait un mille de longueur ; il était bordé des deux côtés de femmes et d’enfans qui, à genoux et fondant en larmes, les encourageaient en leur adressant leurs bénédictions. Cette lugubre procession défilait lentement en priant et en chantant des hymnes. Les chefs de famille marchaient après les jeunes gens. Enfin la procession atteignit le rivage. Les hommes furent mis sur des vaisseaux, les femmes et les enfans sur d’autres, pêle-mêle, sans qu’on prît le moindre soin pour leur commodité. Des gouvernemens ont ordonné des actes de cruauté dans un mouvement spontané de colère ; mais il n’y a pas d’exemple dans les temps modernes de châtiment infligé sur tout un peuple avec autant de calcul, de barbarie et de froideur, que celui dont il est question en ce moment.

Tous les autres établissemens des Acadiens présentèrent le même jour et à la même heure le même spectacle de désolation.

Les vaisseaux firent voile pour les différentes provinces où devaient être jetés ces proscrits. On les dispersa sur le rivage depuis Boston jusqu’à la Caroline. Pendant plusieurs jours après leur départ, l’on vit les bestiaux s’assembler à l’entour des ruines fumantes des habitations de leurs maîtres, et le chien fidèle passer les nuits à pleurer, par ses longs hurlemens, la main qui lui donnait sa subsistance et le toît qui lui prêtait son abri. Heureux encore dans leur douleur, ils ignoraient jusqu’à quel excès l’avarice et l’ambition peuvent porter les hommes, et quels crimes elles peuvent leur faire commettre.

La plupart des colonies anglaises reçurent les Acadiens avec humanité, comme pour protester contre la rigueur inexorable de leur gouvernement. Benezet, issu d’une famille française bannie à la révocation de l’édit de Nantes, les accueillit comme des frères à Philadelphie.

Quelques-uns de ces exilés se réfugièrent ensuite à la Louisiane ; d’autres à la Guyane française, et des Français, bannis eux-mêmes à Sinnamari, y trouvèrent en 1798, une famille acadienne qui les accueillit par ces paroles hospitalières : « Venez, dit madame Trion à l’un d’eux, nos parens furent bannis comme vous, ils nous ont appris à soulager le malheur : venez, nous éprouvons du plaisir à vous offrir dans nos cabanes un asile et des consolations. » (Barbé-Marbois).

Dans la suite les Acadiens ont fondé un canton dans la Louisiane, auquel ils ont donné le nom toujours cher de leur ancienne patrie. Louis XV lui-même, touché de leur fidélité, fit proposer en vain par ses ministres à ceux de l’Angleterre d’envoyer des vaisseaux dans les provinces anglaises pour les ramener en France. M. Grenville s’empressa de répondre : « Notre acte de navigation s’y oppose, la France ne peut envoyer de vaisseaux dans nos colonies,» comme si cette loi avait été passée pour étouffer tout sentiment d’humanité. Néanmoins quelques-uns purent parvenir en France, et y forment aujourd’hui deux communes florissantes, où ils ont conservé leurs mœurs paisibles et agrestes dans les beaux oasis verts où ils se sont établis, et qui parsèment les landes de Bordeaux. Telle fut l’expatriation des Acadiens.

L’Angleterre ne retira aucun avantage de cet acte de politique jalouse et ombrageuse, acte qui fit connaître aussi à tous les colons ce qu’était la pitié métropolitaine, et qui fournit un nouveau motif aux Canadiens, s’ils en avaient besoin, de défendre leur pays avec toute l’énergie dont ils étaient capables.

Tandis que le fer et la flamme changeaient en déserts les champs les plus fertiles de l’Acadie, le général Braddock faisait ses préparatifs pour rejeter les Français au-delà de la Vallée de l’Ohio. Wills’ Creek était le lieu qu’il avait donné pour rendez-vous à ses troupes, dans le voisinage des Apalaches. Il se mit en marche aux acclamations de la population. Sa petite armée formait, avec les bagages, une colonne de quatre milles de longueur ; elle ne put avancer que fort lentement au milieu des rivières, des montagnes et des forêts. Le temps s’écoulait ; il commença à craindre de ne pouvoir surprendre le fort Duquesne, où il savait qu’il y avait peu de monde. Inquiet de plus en plus il prit le parti, pour accélérer sa marche, de diviser ses forces en deux corps. Il laissa 1000 hommes sous les ordres du colonel Dunbar avec les gros bagages pour le suivre avec toute la célérité possible, et il se mit lui-même à la tête du second corps, composé de 1,200 hommes d’élite équipés à la légère, et prit les devans afin d’atteindre le point désiré avant que l’alarme y fut répandue. Le 9 juillet il traversait la rivière Monongahéla à environ trois lieues du fort Duquesne, et longeait avec rapidité sa rive méridionale se comptant déjà maître du poste français. Washington, qui servait alors avec le grade de colonel dans son état-major, aimait à raconter qu’il n’avait jamais vu de plus beau spectacle que la marche des troupes anglaises dans cette mémorable journée. Tous les soldats, d’une belle tenue, marchaient en colonnes ; leurs armes d’acier poli étincelaient aux rayons du soleil. La rivière coulait paisiblement à leur droite, et à leur gauche d’immenses forêts les ombrageaient de leur solennelle grandeur. Officiers et soldats, personne ne doutait du succès[3] ; on marchait comme à un triomphe.

À midi cette troupe si fière repassait par un second gué, à dix milles du fort Duquesne, sur la rive septentrionale de la Monongahéla, dans une plaine unie, élevée de quelques pieds seulement au-dessus de l’eau et d’un demi mille de largeur. À l’extrémité de cette plaine le terrain montait légèrement quelque temps, puis se terminait tout-à-coup par des montagnes très hautes. La route du gué au fort français traversait la plaine et cette hauteur, et se prolongeait ensuite au milieu d’un pays inégal et couvert de bois. Le colonel Gage formait l’avant-garde avec 300 hommes de troupes de ligne ; un autre détachement de 200 hommes suivait, et le général venait ensuite avec le corps principal et l’artillerie.

M. de Contrecœur commandait, comme on l’a dit déjà, au fort Duquesne. Un des partis qu’il tenait en campagne pour épier les mouvemens de l’ennemi, l’informa le 8 que les Anglais n’en étaient plus qu’à 6 lieues. Il se décida sur-le-champ à les attaquer en chemin, et il alla lui-même marquer la place où les troupes devaient s’embusquer (Documens de Paris). Le lendemain 253 Canadiens, dont 13 officiers, et 600 sauvages sortirent du fort Duquesne, à 8 heures du matin, sous les ordres de M. de Beaujeu, pour aller attendre au lieu indiqué le général Braddock et tomber sur lui à l’improviste. Cette troupe descendait le terrain légèrement incliné qui bordait la plaine dont l’on a parlé tout-à-l’heure lorsque le colonel Cage commençait à le monter. La tête des deux colonnes vint subitement en contact avant que tes Français pussent arriver au lieu marqué pour l’embuscade. Ceux-ci cependant, moins troublés par cette rencontre imprévue que les Anglais, ouvrirent incontinent un feu très vif qui fit replier l’avant-garde ennemie. Ce mouvement rétrograde donna le temps à M. de Beaujeu de ranger son détachement en bataille. Profitant des hautes herbes dont la terre était couverte, il plaça les Canadiens à cheval sur le chemin en front de la colonne anglaise, et poussa les sauvages en avant de chaque côté de manière à former un demi-cercle. Les Anglais, revenus de leur première surprise, se remirent en marche en se dirigeant vers le centre de cette ligne concentrique. Lorsqu’ils arrivèrent près des Canadiens ils furent assaillis par une décharge de mousqueterie très meurtrière qui les arrêta encore tout court, et qui fut suivie d’une autre sur leur flanc droit qui augmenta leur consternation. Après quelques instans cependant, l’ordre se rétablit dans leurs rangs, et ils se mirent à tirer ; leur artillerie, poussée rapidement en avant, ouvrit son feu ; ce fut dans une des premières décharges de cette arme que M. de Beaujeu fut tué. M. Dumas prit aussitôt le commandement, et aidé de M. de Ligneris et des autres officiers, il tomba avec une extrême vigueur sur les ennemis, dont le feu de mousqueterie et surtout d’artillerie avait d’abord ébranlé les sauvages peu accoutumés à entendre des détonations si considérables. Mais, voyant les Canadiens tenir fermes en front, ils avaient aussitôt repris avec de grands cris leur place au pied des arbres qu’ils venaient d’abandonner. Les Français sans se découvrir, profitant habilement des accidens du terrain, resserraient de plus en plus leur cercle autour des ennemis qui, pendant longtemps, firent bonne contenance et même un mouvement en avant, animés par leurs officiers qui les dirigeaient l’épée à la main. Mais, écrasés sous le feu le plus vif, auquel ils ne pouvaient répondre que faiblement à cause du désordre déjà grand qui régnait parmi eux, ils finirent par tomber dans une confusion complète. Tous les corps se trouvèrent serrés les uns contre les autres et confondus. Les soldats, tirant au hasard sans se reconnaître, tuaient leurs propres officiers et leurs camarades. Les milices furent les seules troupes qui montrèrent du calme et qui firent preuve d’autant de fermeté que de bravoure. Les Français choisissaient leurs victimes et visaient de sang-froid sur ces masses confuses qui semblaient tourbillonner sous la grêle de balles qui les accablait, et que le général Braddock s’efforçait vainement de former en pelotons et en colonnes, comme s’il eût été dans les plaines de la Flandre. Après trois heures de combat la tête de la colonne anglaise abandonna ses canons et se replia en désordre. Prenant ce mouvement pour une fuite, les Canadiens et les sauvages abordèrent l’ennemi la hache à la main, et l’enfoncèrent de toutes parts. Alors les Anglais lâchèrent partout le pied ; on les poursuivit à travers la plaine en en faisant un grand carnage ; un nombre considérable n’échappa au fer des vainqueurs que pour aller se noyer dans la Monongahéla en voulant traverser cette rivière à la nage.[4]

Dumas sachant que le colonel Dunbar n’était pas loin, et ne pouvant arracher du champ de bataille les Indiens qui s’y livraient au pillage, fit enfin suspendre la poursuite.

Le carnage avait été presque sans exemple dans les annales de la guerre moderne (Sparks). Près de 800 hommes avaient été tués ou blessés sur les 1200 qui marchaient à la suite du général Braddock, dont 63 officiers sur 86. Ceux-ci avaient montré le plus grand courage pendant le combat, et fait des efforts incroyables pour rallier les troupes ; plusieurs se firent tuer de désespoir. À l’exception du colonel Washington, tous les officiers qui combattaient à cheval furent tués ou blessés, Le général Braddock lui-même, après avoir eu trois chevaux tués sous lui, reçut un coup mortel. Le malheureux général, qui était mourant, fut mis d’abord dans un tombereau, puis à cheval et enfin porté par les soldats. Il expira quatre jours après la bataille, et fut enterré sur le bord du chemin auprès du fort de la Nécessité, à l’entrée du désert. C’était un officier expérimenté et plein de bravoure ; mais arrogant, méprisant son ennemi, les milices américaines et les Indiens. Il eut la mortification de voir, avant de mourir, ses réguliers prendre la fuite pendant que les Virginiens combattaient comme de vieux soldats avec la plus grande intrépidité.

Les troupes en déroute rencontrèrent le colonel Dunbar à 40 milles de la Monongahéla ; elles communiquèrent leur terreur aux soldats que cet officier avait sous ses ordres. Dans un instant ce corps de réserve se débanda. L’artillerie fut détruite ; les munitions et les gros bagages furent brûlés sans que personne sut d’après quels ordres, et tout le monde se mit à fuir, ceux qui avaient combattu comme ceux qui n’avaient pas combattu. La discipline et le calme ne se rétablirent un peu que lorsque les fuyards, harassés et éperdus, arrivèrent au fort Cumberland dans les Apalaches. Le colonel Washington écrivit : « Nous avons été battus, honteusement battus par une poignée de Français qui ne songeaient qu’à inquiéter notre marche. Quelques instans avant l’action, nous croyions nos forces presqu’égales à toutes celles du Canada ; et cependant, contre toute probabilité, nous avons été complètement défaits, et nous avons tout perdu.»

Les Français firent un riche butin. Tous les bagages des vaincus, qui étaient considé rables, leurs vivres, 15 bouches à feu, une grande quantité d’armes et de munitions de guerre, la caisse militaire et tous les papiers du général Braddock qui dévoilèrent les projets de l’Angleterre, et que le duc de Choiseul adressa ensuite dans un mémoire aux diverses cours de l’Europe, tombèrent entre leurs mains. Ils trouvèrent aussi sur le champ de bataille, parmi une grande quantité de chariots brisés, 4 à 500 chevaux dont une partie avait été tuée et nageait dans le sang au milieu des morts et des blessés.

Cette victoire ne coûta aux Français qu’une quarantaine d’hommes, outre la perte de M. de Beaujeu qui fut vivement regretté et par les Canadiens, ses compatriotes, et par les tribus indiennes.

Ainsi se termina la bataille de la Monongahéla, l’une des plus mémorables de l’histoire américaine. Les troupes battues ne se rassurèrent complètement que lorsqu’elles furent parvenues à Philadelphie, où elles prirent leurs quartiers d’hiver. La nouvelle de ce désastre jeta les colonies anglaises, exposées aux courses des bandes canadiennes, dans l’effroi et la consternation. Les provinces de la Pennsylvanie, du Maryland et de la Virginie se trouvèrent ouvertes aux incursions des Indiens. Les frontières furent abandonnées et l’alarme se répandit au-delà des montagnes et jusque dans les ëtablissemens des bords de la mer, qui craignirent un instant d’être attaqués, et où les prédicateurs montèrent dans les chaires pour rassurer les populations effrayées et ranimer leur courage (Vie de Washington).

Le gain de cette bataille assura la possession de l’Ohio aux Français, du moins pour cette campagne, comme la défaite du colonel Washington, au fort de la Nécessité, la leur avait assurée l’année précédente.

Tandis que ces événemens se passaient à l’extrémité méridionale du Canada, les troupes anglaises destinées pour en attaquer les parties centrales, c’est-à-dire Niagara et St.-Frédéric, se réunissaient à Albany. Elles partirent de cette ville au nombre de 5 à 6 mille hommes sous les ordres du général Lyman, pour le portage entre la rivière Hudson et le lac St.-Sacrement, suivies du colonel Johnson qui venait avec l’artillerie, les bateaux, les vivres et tout le matériel nécessaire pour le siège du fort St.-Frédéric. Arrivé au portage, le général Lyman fit commencer le fort Édouard, sur la rive gauche de Hudson, pour lui servir de base d’opération, en même temps que le colonel Johnson, marchant toujours, poussait jusqu’à la tête du lac St.-Sacrement où il établit son camp. Il pressait le transport des bateaux au lac, impatient d’aller s’assurer de l’important passage de Carillon avant que les Français s’y fussent fortifiés, lorsqu’il apprit qu’ils venaient eux-mêmes pour l’attaquer dans ses retranchemens.

Nous avons parlé ailleurs de l’inquiétude que l’apparition de Johnson sur le lac St.-Sacrement avait causée à M. de Vaudreuil, et nous avons mentionné que ce gouverneur avait aussitôt fait abandonner l’attaque d’Oswégo pour s’opposer à ses progrès. C’est en conséquence de cet ordre que Dieskau se trouvait le 1er septembre à St.-Frédéric avec un corps de 3000 hommes. Ce général attendait une occasion favorable pour agir, lorsqu’il apprit que les ennemis ne seraient pas encore prêts de sitôt à marcher en avant, que le fort Edouard était peu avancé, et qu’il serait assez facile de s’emparer, par un coup de main, de ce poste qui était très important, vu qu’il renfermait les magasins des troupes de Johnson. Il résolut sur-le-champ de le surprendre.

Il partit donc de St.-Frédéric avec ses 3000 hommes. Rendu à Carillon, il y en laissa 1,500 pour assurer sa retraite en cas d’échec, et avec le reste, composé d’environ 220 réguliers, 680 Canadiens commandés par M. de Repentigny, 600 sauvages sous les ordres de M. de St.-Pierre, et des vivres pour huit jours, il continua sa route quoiqu’il eût été informé à Carillon que 900 Américains étaient retranchés sous les murs de la place qu’il allait attaquer. Mais Dieskau, comme le général Braddock, n’avait que du mépris pour la milice ; il négligea les précautions que cet avis aurait dû lui faire prendre, et les instructions de M. de Vaudreuil, qui lui recommandaient expressément dans tous les cas d’attaquer avec toutes ses forces sans jamais les diviser.[5] Les Canadiens et les sauvages le blâmèrent de laisser la moitié de ses soldats à Carillon.[6]. Mais il brûlait du désir d’éclipser, par quelque action d’éclat, la victoire de l’Ohio, car déjà l’on voyait naître, entre les troupes du pays et celles de France, une jalousie trop encouragée par les officiers généraux pour ne pas aller toujours en augmentant jusqu’à la fin de la guerre[7]. Craignant qu’un plus grand nombre d’hommes ne retardât sa marche, il ne voulut pas écouter ces sages conseils, dont l’oubli fut la première cause de sa ruine.

Afin d’éviter le corps du colonel Johnson et de dérober sa marche aux ennemis, il remonta par le lac Champlain, et alla débarquer dans la baie du Grand-Marais (South Bay) à six ou huit lieues du fort Edouard. Le 7 septembre il alla coucher sur les bords de l’Hudson, à une lieue des Anglais, avec l’intention de les attaquer le lendemain au point du jour. Mais, à la sollicitation des Iroquois du Sault St.-Louis, dit-on, les Indiens déjà fort mécontens de la division de l’armée, et auxquels le général français avait été obligé de faire dire que les troupes qui avaient été laissées en arrière allaient joindre, pour les engager à le suivre en partant de Carillon, refusèrent alors de marcher, soit parce qu’ils redoutaient l’artillerie du camp et du fort, soit, ce qui est aussi probable, parce qu’ils ne voulaient pas attaquer les Anglais sur leur territoire, le fort Edouard étant en effet bâti sur les terres dont les eaux se versent dans la mer par l’Hudson. Ils ajoutèrent néanmoins qu’ils étaient prêts à le suivre à l’attaque du camp du colonel Johnson, situé sur le territoire français. Cette distinction des Iroquois est, du reste, conforme à l’esprit de leur ancienne politique de chercher à tenir la balance entre les deux nations. Les Canadiens voyant la résolution des sauvages, appuyèrent leur suggestion. Dès lors le général Dieskau fut obligé de se conformer à leur désir. L’entreprise contre le fort Edouard fut abandonnée, et le lendemain matin, 8, le corps français se remit en marche, sur trois colonnes, les réguliers au centre, pour passer les montagnes et tomber subitement sur le colonel Johnson dont il était éloigné de cinq lieues environ.

Celui-ci cependant, qui avait 2,500 hommes avec lui, ayant appris le projet des Français contre le fort Edouard, avait détaché le matin même, en vertu d’une résolution d’un conseil de guerre tenu la veille, le colonel Williams, à la tête de 1,200 hommes dont 200 Indiens, pour tendre une embuscade aux Français à leur retour du fort Edouard. Dieskau fut averti, à 4 milles du camp de Johnson, par un prisonnier, de l’arrivée près de lui de ce détachement qui marchait par le même chemin que les Français, mais en sens contraire. Ce général fit aussitôt arrêter la colonne du centre, et il poussa les deux autres, C’est-à-dire les Canadiens, qui mirent leurs sacs à terre pour être plus légers, à la droite, et les sauvages à la gauche, 300 pas en avant, avec ordre de se coucher ventre à terre au milieu du bois, et de n’attaquer l’ennemi en flanc que quand ils entendraient le feu du centre. Dans cette position, il attendit les Anglais, qui vinrent ainsi tomber dans le piège qu’ils s’en allaient tendre eux-mêmes. Heureusement pour eux cependant, que les Indiens de la gauche des Français se découvrirent trop vite, et annoncèrent leur présence avant qu’il fût temps, car ils auraient pu être entièrement détruits. Le général Dieskau voyant l’embuscade éventée, fit charger les troupes et les Canadiens ; les sauvages en firent autant, et se battirent avec acharnement pour venger la mort de leur brave commandant, M. de St.-Pierre, tué par un Anglais qu’ils assommèrent à coups de hache. Les Canadiens montrèrent la même ardeur. En peu de temps les ennemis, malgré les efforts les plus vigoureux et qui coûtèrent la vie à leur commandant et au fameux chef indien Hendrick, furent mis en pleine déroute après avoir fait des pertes considérables. Le général français les poursuivit vivement, eux et le second corps envoyé à leur secours, et qui fut aussi culbuté dans un instant. Il voulait les empêcher de se reconnaître, et profiter du désordre pour entrer pêle-mêle avec eux dans les retranchemens de Johnson. Mais il fallait des troupes plus disciplinées que les siennes pour exécuter une pareille manœuvre. Les sauvages et une partie des Canadiens s’arrêtèrent pour recueillir leurs blessés, et se reposer après ce premier combat ; ils étaient d’ailleurs exténués de fatigue, ayant marché tout le long de la route, depuis le matin, à travers les bois et les broussailles dans un pays âpre et difficile, pour couvrir la colonne du centre qui marchait dans le chemin battu. Les chefs indiens, murmurant tout haut contre l’imprévoyance du général, crièrent à ceux de leurs guerriers qui le suivaient, de revenir sur leurs pas. La plupart exécutèrent cet ordre et ne combattirent plus de la journée, de même qu’une partie des Canadiens[8]. Dieskau, espérant par son exemple de les engager à le suivre, ne s’arrêta point, et il arriva devant les retranchemens ennemis à 11 heures du matin avec à peine la moitié de ses forces.

Ces retranchemens, adossés au lac et érigés sur la petite éminence sur laquelle fut ensuite bâti le fort George, dont on voit encore les ruines aujourd’hui, à la droite de Caldwell, étaient formés de bateaux, de chariots, d’arbres renversés et flanqués de deux ruisseaux coulant sur un fond marécageux. Ils étaient hérissés de canons. Les Français en arrivant à la vue du lac si pittoresque de St.-Sacrement, qui se prolonge entre des montagnes dont quelques unes ont près de 2000 pieds de hauteur, purent les apercevoir, et se dirigèrent vers leur centre, les réguliers à droite et les Canadiens à gauche. Une halte de quelques instans qu’ils firent pour se former à 150 verges des ennemis, donna à ceux-ci le temps de se reconnaître et de garnir leurs ouvrages. L’attaque commença ; elle se fit avec une grande vivacité. Les réguliers, après avoir fait un feu de pelotons très nourri, s’élancèrent à la bayonnette pour pénétrer dans les abattis ; mais malgré l’intrépidité qu’ils montrèrent dans cet assaut, ils furent ramenés par un feu de mousqueterie et de mitraille à bout portant. Ils se reformèrent, et marchèrent de nouveau en avant sans plus de succès. Ils s’épuisèrent ainsi en efforts infructueux depuis midi jusqu’à deux heures. Les Canadiens et les sauvages qui avaient suivi le général Dieskau, ou qui vinrent ensuite le rejoindre, voyant l’inutilité de ces tentatives, se répandirent à droite dans le bois et à gauche sur une petite hauteur qui dominait la position des ennemis, d’où ils ouvrirent un feu plongeant dans leurs barricades à 12 ou 15 pas seulement de distance[9], et qu’ils continuèrent avec intrépidité jusqu’à la fin de la journée. Le général français, qui se tenait entre les réguliers et les Canadiens, résolut de tenter un nouvel assaut. Il se mit à la tête des premiers, et tirant son épée il les conduisit lui-même à la charge ; mais ils vinrent encore échouer au pied des retranchemens, du sommet desquels les Anglais choisissaient leurs victimes et tiraient à couvert et à loisir. C’est pendant cette attaque, que le général Dieskau, retournant vers la gauche pour ordonner aux Canadiens de charger, se trouva, sans s’en apercevoir, si près des ennemis qu’il reçut trois coups de feu presqu’en même temps qui le firent tomber. Le chevalier de Montreuil qui se trouvait alors près de sa personne, et qui fut aussi atteint d’une balle au bras, l’aida à se traîner au pied d’un arbre, et appela deux Canadiens pour le porter hors du danger. L’un d’eux fut tué en arrivant et tomba sur les jambes du général ; le second fut en même temps blessé. Sans se troubler Dieskau ordonna au chevalier d’aller à la droite pour ranimer l’attaque qui se ralentissait, et refusa de se laisser emporter, disant : « que le lit où il se trouvait était aussi bon pour mourir que celui que l’on voulait lui donner. » Il fit apporter sa redingote et sa longue-vue près de lui, et enjoignit aux Canadiens qui s’étaient rassemblés autour de sa personne et à ses domestiques de s’éloigner[10]. Dans le même moment une partie des Canadiens et des sauvages se repliait, et le chevalier de Montreuil cherchait en vain à rallier les troupes, réduites à une centaine d’hommes, et qui en faisaient autant ; elles n’avaient presque plus d’officiers, et la plupart de ceux de la colonie avaient été tués ou blessés.

L’action avait duré 5 heures. Les Français ne furent pas inquiétés dans leur retraite. Les ennemis intimidés par la furie avec laquelle ils avaient été attaqués, restèrent dans leurs retranchemens, à l’exception de quelques hommes qui sautèrent en dehors pour se mettre à leur poursuite. L’un d’eux, en voyant le général au pied d’un arbre, lui tira à douze pas une balle qui lui traversa les deux cuisses et la vessie ; il le fit ensuite prisonnier. Ce soldat se trouva être un déserteur canadien établi depuis une dixaine d’années dans la Nouvelle-York.

Cependant le chevalier de Montreuil avait réussi à rallier une partie des troupes à 500 pas du camp ennemi et à les mettre dans quelque espèce d’ordre.

À ce moment de la journée tout le corps français de 1,500 hommes était divisé par bandes et dispersé. Une partie se trouvait encore sur le champ de bataille du matin, une autre était en pleine retraite ; le chevalier de Montreuil, avec un troisième débris, reprenait le chemin du Grand-Marais emmenant avec lui 103 blessés qu’il avait recueillis, et enfin le reste, composé de Canadiens et de sauvages toujours en possession de la hauteur sur la droite des Anglais, et ignorant ce qui se passait ailleurs, continuait à faire un feu très vif dans les retranchemens. Si les ennemis s’étaient jetés alors tête baissée sur les Français, ils auraient pu les détruire en détail. Quelques petites bandes seulement tombèrent dans les détachemens sortis du fort Edouard et furent dispersés. Le chevalier de Montreuil arriva au bout de deux jours au Grand-Marais avec sa colonne exténuée de faim et de fatigue, n’ayant pu prendre, de peur d’être mis entre deux feux, les sacs posés à terre dans le premier combat. Il y trouva une autre colonne qui y était arrivée du matin aussi sans vivres. Enfin, les restes de l’expédition s’étant graduellement réunis, on se rembarqua pour retourner à Carillon.

Les pertes furent moins considérables qu’on avait lieu de le croire, quoique plus de 310 hommes, ou la moitié environ des réguliers et le quart des Canadiens et des sauvages qui attaquèrent les retranchemens, furent tués, blessés ou faits prisonniers, dont 13 officiers y compris le général Dieskau, sur lesquels il y avait 9 Canadiens[11]. Celles des Anglais, essuyées principalement dans la déroute des troupes du corps du colonel Williams qui y fut tué avec 7 autres officiers, atteignirent un chiffre plus élevé (Documens de Londres). Le colonel Titcombe fut tué, le colonel Johnson ainsi que le major Nichols furent blessés dans les retranchemens. De l’aveu même des vainqueurs, qui étaient au nombre de 2,200 hommes, ce furent les ouvrages qui les protégeaient et leur artillerie qui leur assurèrent la victoire, les assaillans n’ayant point de canon.[12]

Lorsque le baron Dieskau fut amené dans le camp du commandant anglais, celui-ci, avec une humanité qui l’honore, le fit transporter dans sa tente et voulut qu’il fût pansé avant lui. Il montra à l’infortuné général tous les soins et toutes les attentions qu’il aurait eus pour un ami, et que Dieskau n’oublia jamais. Ce général resta prisonnier jusqu’à la fin de la guerre, tantôt à New-York jusqu’en 1757 et tantôt en Angleterre. Il languit jusqu’en 1767 qu’il mourut des suites de ses blessures, à Surène, près de Paris.

Comme Braddock, le général Dieskau dut tous ses malheurs au ridicule attachement pour la discipline européenne, et au mépris qu’il fit des avis du gouverneur et des officiers canadiens sur la manière de conduire la guerre en Amérique. Une opiniâtreté déplacée, fondée sur des informations inexactes, et le peu de cas qu’il faisait des troupes provinciales, le firent persister à attaquer avec des soldats fatigués des troupes retranchées et deux fois plus nombreuses que les siennes. Il y sacrifia l’élite de ses soldats inutilement, et fit perdre aux Canadiens la confiance qu’ils pouvaient avoir dans la capacité des officiers européens. On écrivit même au ministre « qu’ils ne marcheraient plus avec la même confiance sous les ordres d’un commandant des troupes de France que sous ceux des officiers de la colonie.»

L’échec des Français releva le courage des provinces anglaises abattu par la sanglante défaite du général Braddock ; mais il n’eut point les conséquences qu’elles en attendaient. Dans le premier moment d’exaltation, l’avantage qui avait été remporté fut singulièrement exagéré. On en fit une victoire éclatante, tandis qu’on n’avait repoussé, dans la réalité, qu’un coup de main suggéré par l’espoir de surprendre des magasins d’approvisionnement déposés au fort Edouard. La chambre des communes vota au colonel Johnson un don de £5000 sterling, et le roi lui conféra le titre de baronnet. Les journaux célébrèrent à l’envi ses talens et son courage ; mais leurs louanges n’ont pas été confirmées par la postérité.

Le public, toujours si exigeant, croyant désormais la route de Montréal ouverte, commença, après quelque temps d’attente, à s’étonner de l’inactivité de cet officier. Chacun pensait qu’il aurait dû au moins s’avancer jusqu’à St.-Frédéric. L’ordre même lui fut transmis de marcher en avant pour complaire à l’opinion publique. Il répondit en continuant de fortifier son camp. On l’accusa alors de plusieurs fautes, et surtout de n’avoir pas su profiter de la victoire dans la crainte peut-être, ajoutaient quelques-uns, d’exposer les lauriers qu’il venait de cueillir. Johnson, piqué de ces déclamations populaires, écrivit que ses troupes manquaient des choses les plus nécessaires pour une campagne, et que d’ailleurs la manière avec laquelle les Français les avaient attaquées, leur avait imprimé une telle terreur[13], qu’elles se sentaient fort peu d’envie d’aller les inquiéter sur leur propre territoire. Après ces explications, l’armée fut licenciée, à l’exception de 600 hommes qui furent réservés pour la garde du fort Edouard et du camp du lac St.-Sacrement, auquel on donna le nom de fort William Henry, après y avoir fait achever des travaux qui le convertirent en véritable forteresse.

La nouvelle de la défaite de Dieskau, qui avait rempli les provinces anglaises de joie, jeta le Canada pendant quelque temps dans une grande inquiétude. Le gouverneur, sentant l’importance de se maintenir à la tête du lac Champlain, envoya sur-le-champ, faute d’ingénieurs réguliers, ceux qui devaient venir de France ayant été pris sur le Lys et l’Alcide, M. de Lotbinière pour élever un fort à Carillon, et l’ordre aux troupes de camper dans cette position importante, afin d’être à portée de s’opposer à l’ennemi s’il venait à déboucher soit par la route actuelle de Whitehall, soit par le lac St.-Sacrement, et de couvrir le poste de St.-Frédéric, qui était la clé du lac Champlain. Au bout de quelque temps néanmoins l’on eut des renseignemens sur les mouvemens des Anglais qui tranquillisèrent les esprits. L’on apprit d’abord le licenciement de l’armée du colonel Johnson, et ensuite la retraite du corps de 1,500 hommes du général Shirley, destiné à faire le siège de Niagara. Cet officier général, n’ayant pu faire tous ses préparatifs dans la saison convenable, avait abandonné cette entreprise, et s’était retiré dans l’intérieur après avoir laissé 700 hommes au colonel Mercer pour garder Oswégo et bâtir deux nouveaux forts autour de cette place. Il paraît que la nouvelle du désastre de Braddock avait aussi fort découragé ses soldats, qui s’étaient mis à déserter en grand nombre ; que les cinq nations étaient opposées à la guerre qui ruinait leur commerce, et enfin que l’arrivée de renforts à Frontenac et à Niagara avait dissipé le peu d’espoir qui restait à ces troupes de s’emparer de ces postes importans.

Ainsi les trois principales attaques des Anglais, à savoir, celles contre les forts Duquesne, St.-Frédéric et Niagara, avaient échoué à la fin de la campagne ; et le Canada put s’estimer heureux d’un résultat qui devait dépasser ses plus hautes espérances, vu la supériorité numérique de ses ennemis. Les troupes françaises occupaient toutes les positions qu’elles avaient au commencement de la saison des opérations, excepté celle de Beauséjour, dont la perte n’eut, comme on l’a déjà dit, aucune influence sur le sort des événemens militaires, M. de Boishébert, qui commandait dans cette partie, s’y maintenant toujours.

Les suites de ces échecs furent désastreuses pour les frontières américaines. Les armées anglaises ayant été défaites ou obligées de retraiter, la bride fut lâchée aux bandes canadiennes et sauvages, qui dévastèrent les établissemens ennemis depuis la Nouvelle-Écosse jusqu’à la Virginie avec toute la vengeance que leur inspirait la guerre injuste que l’on faisait au Canada. Plus de mille habitans furent massacrés ou traînés en captivité par ces guerriers redoutables, qui, comme un torrent dévastateur, ne laissaient que des ruines sur leur passage. Les populations épouvantées abandonnèrent leurs foyers, et allèrent chercher un asile dans les provinces méridionales et sur les bords de la mer. Toutes les colonies anglaises étaient dans l’étonnement en voyant le résultat de la compagne. « Quatre armées étaient sur pied, dit un de leurs historiens (Minot), pour repousser les empiétemens des Français ; nos côtes étaient gardées par la flotte du brave et vigilant Boscawen ; nous n’attendions qu’un signal pour nous emparer de la Nouvelle-France. Mais quel n’a pas été notre désappointement ? On a réussi en Acadie, il est vrai, mais Braddock a été défait ; mais Niagara et St.-Frédéric sont encore entre les mains des Français ; mais les barbares ravagent nos campagnes, égorgent nos habitans ; nos provinces sont déchirées par les factions et nos finances sont dans le délabrement. » Les préparatifs pour l’expédition contre le fort St.-Frédéric avaient coûté, suivant le même historien, à la Nouvelle-Angleterre seule, £80,000, outre un grand nombre de réclamations qui restaient encore à régler. Ces provinces se voyaient donc, contre leur attente, exposées à tous les malheurs de la guerre qu’elles avaient tant désirée, pour satisfaire une ambition que pouvait seule justifier à leurs yeux la supériorité de leurs forces.

La saison des opérations tirant à sa fin, les troupes françaises vinrent prendre leurs cantonnemens d’hiver dans les environs de Montréal. La sécurité n’avait pas été un instant troublée dans l’intérieur du pays. Le contraste avec les colonies voisines nous était favorable pour le moment. Mais l’avenir paraissait toujours menaçant et sombre. Déjà l’on souffrait depuis quelque temps de la rareté des vivres. Le manque des récoltes dans le gouvernement de Québec, les levées considérables de provisions faites par l’intendant tant pour la subsistance des troupes et des sauvages que pour celle des Acadiens répandus sur les rives du golfe St.-Laurent et de la baie de Fondy, amenèrent bientôt une disette assez sérieuse, surtout parmi les habitans pauvres des villes. Ce n’était là pourtant que le prélude des maux et des privations que devait entraîner pour les Canadiens cette longue et cruelle guerre.

Les nouvelles annonçaient déjà que l’Angleterre devait opérer dans la prochaine campagne avec un grand surcroît de forces. L’on ne perdit point de temps en Canada pour se mettre en état de bien recevoir les ennemis, et même d’aller porter la guerre chez eux si une occasion favorable se présentait. Le gouverneur et l’intendant demandèrent, dans leurs dépêches à la France, des secours en hommes, en matériel de guerre et en vivres. Ils lui faisaient en même temps un tableau exact de l’état du Canada et des forces des Anglais en Amérique. Des principaux officiers de l’armée qui correspondaient avec les ministres, écrivirent dans le même sens. Plusieurs d’entre eux avaient des craintes qu’ils ne cherchaient pas à dissimuler : « La situation de la colonie disait M. Doreil, commissaire général des guerres, est critique à tous égards ; elle exige de prompts et de puissans secours. J’ose même assurer que si l’on n’en envoie pas, elle courra les plus grands risques dès l’année prochaine. »

Toutes les correspondances faisaient ressortir, chacune à sa manière, la disproportion des forces des deux nations dans ce continent. On demandait surtout un général expérimenté pour remplacer le baron Dieskau, ainsi que des ingénieurs qui manquaient totalement et des officiers d’artillerie. « Il faudrait, observait l’intendant, plusieurs corps en campagne le printemps prochain, et 16 ou 1700 hommes de troupes de terre et 1000 ou 1200 hommes de celles de la colonie ne suffiront pas ; il faut toujours garder une certaine quantité des dernières pour le service des trois villes ; il en faut pour les différens postes. Ainsi ce sont les Canadiens qui font la plus grande partie de ces armées, sans compter 1000 à 1200 qui sont continuellement occupés aux transports. Les Canadiens étant ainsi employés à l’armée ne labourent point leurs terres anciennement défrichées, bien loin d’en défricher de nouvelles. Les levées qu’on va en faire dépeupleront encore les campagnes. Que deviendra la colonie ? Tout y manquera, principalement le blé. On avait eu jusqu’à présent l’attention de ne faire les levées qu’après le labour du printemps. Ce ménagement ne peut plus avoir lieu, puisqu’on fera la guerre pendant l’hiver, et que les armées doivent être rassemblées dès le mois d’avril. De plus, les Canadiens diminuent beaucoup ; il en est mort un grand nombre de fatigues et de maladies. Il ne faut, ajoutait l’intendant, compter sur les sauvages qu’autant que nous serons supérieurs, et qu’on fournira à tous leurs besoins. » Telle était la situation des choses à la fin de 1755.

Cependant la deuxième année depuis le commencement des hostilités en Amérique allait finir, et les deux peuples ne s’étaient pas encore adressés des déclarations de guerre formelles. La diplomatie restait toujours saisie des questions en litige. Le 21 décembre, M. Rouillé, ministre des affaires étrangères, adressa à M. Fox une lettre dans laquelle il demandait une réparation éclatante des insultes faites au pavillon français par les attaques dont il avait été l’objet, et déclarait qu’il regarderait un refus comme un dessein de troubler le repos de l’Europe. Le ministre anglais fit une réponse motivée, déclarant en termes modérés mais positifs, qu’il ne pourrait y satisfaire tant que la chaîne des forts élevés au nord-ouest des Apalaches subsisterait.

Louis XV dut vaincre enfin ses dangereuses répugnances et se résoudre à la guerre. Dunkirque fut fortifié, les sujets anglais eurent ordre de sortir de France, leurs vaisseaux furent saisis dans les ports ; on arma des escadres considérables, on menaça la Grande-Bretagne d’une descente. Celle-ci demanda des secours à la Hollande et au Hanovre. Mais ces menaces cachaient un autre projet, que le peuple anglais n’apprit que par la défaite de l’amiral Byng et la prise de l’île de Minorque.

L’Europe, comme l’Amérique, ne retentissait plus maintenant que du bruit des armes. Le 17 mai l’Angleterre publia une déclaration de guerre contre la France, qui en publia une à son tour contre l’Angleterre dans le mois suivant. Ces actes n’étaient plus qu’une formalité puérile, qu’une ironie jetée au milieu d’un drame de sang.

Les ministres français résolurent d’envoyer au Canada deux nouveaux bataillons comme le demandait M. de Vaudreuil, et des recrues pour compléter ceux qu’il y avait déjà, ainsi que des vivres et 1,300,000 livres en numéraire. L’envoi d’argent porta, contre toute attente, un préjudice grave à la colonie, comme nous l’avons observé en parlant de son commerce, en ce que sa circulation fit baisser le papier-monnaie et les lettres de change d’un quart.

Le roi choisit le marquis de Montcalm, maréchal de camp, pour remplacer le général Dieskau. C’était un vieil officier qui comptait 35 ans de service, ayant embrassé l’état militaire en 1721 à l’âge de 14 ans. Il avait servi en Italie et en Allemagne, et assisté à la bataille de Plaisance et au sanglant combat de l’Assiette, où il était colonel. Il avait reçu cinq blessures dans ces deux actions. Il s’était aussi distingué sous le maréchal de Belle-Isle dans la fameuse retraite de Prague. Mais il avait tous les défauts des généraux de son temps ; il était à la fois rempli de feu et de nonchalance, timide dans ses mouvemens stratégiques et audacieux au combat jusqu’à négliger les règles de la plus commune prudence ; du reste, il était d’une bravoure personnelle à toute épreuve. Il s’embarqua pour le Canada avec le chevalier de Levis, brigadier, officier de distinction, M. de Bourlamarque, colonel du génie, des officiers d’artillerie, les deux bataillons qu’on y envoyait, formant 1000 hommes, et 400 recrues. Le général Montcalm débarqua à Québec vers le milieu de mai (1756) ; les renforts y arrivèrent dans le cours de ce mois et de celui de juin, avec les vivres et les munitions de guerre qu’on attendait avec impatience. Ces renforts, réunis aux seize cents soldats des quatre bataillons arrivés l’année précédente et aux troupes de la colonie, portaient toute l’armée régulière à un peu plus de 4000 hommes.

Le général Montcalm alla rejoindre le gouverneur à Montréal, où il se tenait pour être plus près du théâtre des hostilités. Après un examen minutieux de la situation et des circonstances du pays, il fut arrêté entre ces deux chefs d’établir deux camps principaux, l’un à Carillon et l’autre à Frontenac, afin d’être à portée d’observer les deux points où les Anglais commençaient à rassembler leurs forces, à savoir : le fort Oswégo, pour opérer par le lac Ontario, et le fort Edouard sur l’Hudson, pour opérer par le lac Champlain. Le bataillon de Béarn reçut ordre en conséquence de s’avancer jusqu’à Niagara, où l’on avait laissé seulement quelques hommes l’automne précédent, et que M. Pouchot, officier d’infanterie, versé dans la science de l’ingénieur, fut chargé de fortifier. Deux autres bataillons durent s’arrêter à Frontenac, s’y retrancher et donner la main à 1000 Canadiens et sauvages jetés dans l’espace qu’il y avait entre eux et Niagara. Le commandement de cette frontière fut donné à M. de Bourlamarque. Quant à Carillon, 3000 hommes dont 1500 réguliers, s’y trouvaient réunis à la fin de juillet sous les ordres du chevalier de Lévis.

Il fut envoyé aussi 120 hommes pour la protection des pêcheries de Gaspé. M. de Boishébert demeura chargé de la défense de la frontière du côté de l’Acadie avec un corps de Canadiens et de sauvages. Dans l’ouest, M. Dumas releva M. de Contrecœur au fort Duquesne, et M. de Belle-estre, M. Demuy au Détroit. Ces commandans avaient pour lieutenans dans les différens postes, MM. de Repentigny, d’Anglade, Hébert, Beaubassin, etc. 3,500 Canadiens et sauvages étaient répandus sur cette frontière depuis le lac Erié jusqu’à la vallée du Mississipi en suivant la route de l’Ohio et des Illinois. Les forces armées pour la défense du Canada depuis le Cap-Breton jusqu’aux Illinois ne dépassèrent donc jamais, dans cette campagne, 12,000 hommes, au chiffre le plus élevé ; elles étaient beaucoup moindres lorsque les milices, après leurs expéditions guerrières, rentraient dans leurs foyers pour faire les semailles ou la moisson et vaquer aux autres travaux des champs.

La forteresse de Louisbourg, qui était un point capital, avait à elle seule une garnison de 1100 hommes ; ce qui était encore trop peu cependant. On le sentit à la cour, et on voulut y envoyer un renfort de 600 hommes sur la frégate l’Arc-en-ciel. Malheureusement ce vaisseau ne parvint point à sa destination. Il fut pris par la croisière anglaise établie sur les côtes du Cap-Breton, et que commandait le capitaine Spry.

Tels étaient les préparatifs des Français pour la campagne de 56. Ceux de la Grande-Bretagne furent beaucoup plus formidables.

Elle ne changea rien à son plan d’invasion du Canada de l’année précédente ; elle vota avec joie finances et soldats pour laver la honte de la défaite du général Braddock et de la perte de l’île de Minorque dans la Méditerranée, événemens qui avaient fait une sensation profonde en Angleterre. L’Amérique, principal théâtre des opérations militaires, fixa surtout l’attention des peuples britanniques, qui y voyaient, là, leurs futures conquêtes et leur domination permanente. Le comte de Loudoun, vieil officier d’expérience, fut nommé gouverneur de la Virginie, et général en chef des armées dans l’Amérique du nord. Le général Abercromby y passa aussi avec deux régimens. 115,000 louis sterling furent votés par la chambre des communes pour aider les colonies à armer leurs milices. Les gouverneurs des diverses provinces s’assemblèrent à New-York, et résolurent de lever 10,000 hommes pour prendre le fort St.-Frédéric et s’assurer du commandement du lac Champlain ; 6,000 hommes pour faire le siège de Niagara et couper la communication de la vallée de l’Ohio ; 3,000 hommes pour marcher sur le fort Duquesne, et enfin 2,000 pour faire une diversion du côté de Québec, en remontant la rivière Kénébec, traversant les Alléghanys et descendant la rivière Chaudière qui tombe dans le St.-Laurent à quelques milles de cette ville, et tenir ainsi tout le centre du Canada en alarmes. Ces milices devaient former, avec d’autres petits corps volans placés sur les frontières, une armée d’environ 25,000 hommes ou le double de celle des Français, outre les troupes régulières. Mais malgré cette grande augmentation de forces, et les flottes nombreuses qui couvraient les mers de ce continent, nous allons voir que la campagne de 1756 fut encore plus malheureuse pour l’Angleterre que les deux campagnes précédentes.

  1. Encyclopédie Méthodique. — American Annals.
  2. La lettre du roi est du 20 février 1756. Les pièces du procès sont déposées à la bibliothèque de la Société littéraire et historique de Québec. « On eut, dit Montcalm, principalement égard pour le fort de Beauséjour à ce que les Acadiens avaient forcé le commandant à capituler pour sauver leur vie ; ils avaient prêté autrefois serment de fidélité aux Anglais qui les menaçaient de les faire pendre. Quant au fort de Gasparaux, une grande enceinte avec des pieux debout où il n’y avait qu’un officier et 19 soldats, ne pouvait être considérée comme un fort propre à soutenir un siège. » — Lettre au ministre, 1757.
  3. Vie, correspondance et écrits de Washington, etc.
  4. Mémoires sur la dernière guerre de l’Amérique septentrionale, par M. Pouchot.
  5. Instructions de M. de Vaudreuil au général Dieskau : Documens de Paris. — Les mémoires sur les affaires du Canada depuis 1749 jusqu’à 1760, publiés par la Société littéraire et historique de Québec, disent le contraire ; mais c’est une erreur. À propos de ces mémoires imprimés, dit-on, sur une mauvaise copie du manuscrit original qui est perdu, il est bon d’observer qu’ils renferment de nombreuses inexactitudes. Par exemple, l’auteur fait partir du Canada le gouverneur Duquesne après la bataille du lac St.-Sacrement, et commander à la même époque les Anglais par le général Abercromby. Il dit que les officiers canadiens insistèrent pour marcher sur le fort Edouard, et non sur le camp de Johnson, parce qu’il était garni de canons ; l’opposé de tout cela est la vérité. Il en est de même de l’accusation de lâcheté qu’il porta contre le chevalier Montreuil, qui fit preuve, au contraire, de beaucoup de bravoure. Toutes ces erreurs se trouvent réunies dans deux ou trois pages.
  6. Lettre de M. de Vaudreuil au ministre : Documens de Paris.
  7. Lettre de M. de Lotbinière au ministre, du 28 octobre 1755.
  8. Lettre du chevalier Montreuil au ministre, 10 octobre 1755 : « La moitié des sauvages et des Canadiens s’en tinrent à leur première victoire.»
  9. "The Regulars marched as near as I could tell, six deep in close order, and reached about 20 rods in length. The Canadians and Indians at the left having come helter-skelter, the woods being full of them, running with undaunted courage right down hill upon us, expecting to make us flee as they had before done at the———, and just now did to our men.”

    Extrait d’une lettre du général américain Pomeroy, alors colonel dans les milices de New-York, à son épouse, en date du 10 septembre 1755.

  10. Relation de la campagne de 1755. — Lettre du baron Dieskau au chevalier de Montreuil, en date de Bath, 26 janvier 1758.
  11. Lettre de M. Doreil au ministre, 20 octobre 1755.
    Lettre du général Dieskau.
  12. “Our artillery played briskly on our front the whole time, and the breast work secured our men." — " They (French) made a bold attack and maintained it bravely ; our cannon and breast work saved us." — " We were effective about 2,200 at the time of the engagement."Documens de Londres.
  13. Minot : Continuation of the History of Massachusetts Bay.