Histoire du Canada sous la domination française, Vol 1/Chapitre 1

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HISTOIRE DU CANADA.

CHAPITRE PREMIER.

Découverte du Canada.

Les découvertes et les conquêtes des Espagnols et des Portugais dans les Indes, et particulièrement en Amérique, excitèrent l’ambition et réveillèrent l’émulation des autres nations de l’Europe : les Hollandais, les Anglais, les Français voulurent aussi faire des découvertes, commercer, former des établissemens dans le Nouveau Monde.

En 1497, c’est-à-dire quelques années seulement après la découverte du continent occidental, Jean Gabot, ou Gaboto, Vénitien, qui avait armé aux frais, ou du moins sous la protection de Henri VII, roi d’Angleterre, découvrit l’île de Terre-Neuve et une partie du continent voisin ; mais selon les meilleures autorités, il ne débarqua en aucun endroit ni de l’île ni du continent. Suivant d’autres mémoires, Jean Gabot, ou Sebastien, son fils aîné, singla plus au nord, et reconnut, non l’île de Terre-Neuve, mais la partie septentrionale du Labrador et quelques petites îles voisines de la terre-ferme.

En l’an 1500, un gentilhomme portugais, nommé Gaspard de Cortereal, reconnut toute la côte orientale de Terre-Neuve, et une bonne partie de celle de Labrador. Vers le même temps, ou quelques années après, des pêcheurs basques, normans et bretons commencèrent à faire la pêche de la morue sur le grand Banc de Terre-Neuve, et le long des côtes du continent voisin. Quelques auteurs, et entr’autres, le géographe Guillaume Delisle, attribuent à ces pêcheurs la première découverte du Canada.

En 1506, suivant des mémoires que le Père de Charlevoix regarde comme de bonnes autorités, un habitant de Honfleur, nommé Jean Denys, avait tracé une carte du golfe qui porte aujourd’hui le nom de Saint-Laurent ; et en 1508, un pilote de Dieppe, appellé Thomas Aubert, emmena en France des Sauvages du Canada, ou de l’Acadie.

François I, roi de France, voulant exciter l’émulation de ses sujets par rapport à la navigation et au commerce, comme il avait fait par rapport aux belles-lettres, donna ordre à Jean Verazani, Florentin, qui était à son service, d’aller reconnaître les nouvelles terres dont on commençait à parler beaucoup en France. Verazani partit de Dieppe, en 1523, avec quatre vaisseaux, qu’il ramena dans le même port, l’année suivante. On ignore par quelle hauteur il découvrit la terre, dans ce premier voyage, et en quel endroit il hiverna. Vers la fin de la même année 1524, ou au commencement de la suivante, Verazani arma de nouveau un navire, sur lequel il s’embarqua avec cinquante hommes et des provisions de bouche pour huit mois ; mais il se contenta de ranger les côtes de l’Amérique Septentrionale, entre le 30me. et le 50me. degré de latitude. Quelque temps après son retour en France, ce voyageur fit un nouvel armement, dans le dessein d’établir une colonie en Amérique ; mais tout ce qu’on sait de cette dernière entreprise de Verazani, c’est que s’étant embarqué, il ne reparut plus ; soit qu’il eût péri en mer, soit qu’ayant débarqué dans un endroit où il voulait bâtir un fort, comme quelques uns l’ont publié, il eût été massacré, avec ses gens, par les naturels du pays.

Dix ans après le dernier voyage de Verazani, Philippe de Chabot, amiral de France, engagea François I à reprendre le dessein d’établir une colonie française en Amérique. Il lui présenta un capitaine maloin, nommé Jacques Cartier, dont il connaissait le mérite, et que ce prince agréa. Cartier partit de Saint-Malo, le 20 avril 1534, avec deux bâtimens de soixante tonneaux et cent-vingt hommes d’équipage. Il prit sa route à l’ouest, en tirant un peu sur le nord, et eut des vents si favorables, qu’il aborda, le 10 mai, au cap de Bonavista, dans l’île de Terre-Neuve. Ayant trouvé la terre encore couverte de neige et le rivage bordé de glace, il ne put ou n’osa s’y arrêter. Il descendit six degrés au sud-sud-est, et entra dans un port auquel il donna le nom de Sainte-Catherine. De là il remonta au nord, et rencontra des îles, qu’il appelle, dans ses mémoires, Îles aux Oiseaux. Il côtoya ensuite toute la partie septentrionale de Terre-Neuve, où il dit qu’il trouva des hommes bien faits, qui avaient les cheveux liés, au-dessus de la tête, comme un paquet de foin, avec des plumes entrelacées sans ordre.

Après avoir fait presque tout le tour de l’île, Cartier se dirigea vers le sud, traversa le golfe, s’approcha du continent, et entra dans une baie profonde, où il souffrit beaucoup du chaud ; ce qui la lui fit nommer Baie des Chaleurs. Il trouva le pays fort beau, surtout en le comparant à celui de Terre-Neuve, qu’il venait de laisser, et fut très content des Sauvages qu’il y rencontra, et avec lesquels il échangea quelques marchandises pour des pelleteries.

Au sortir de la Baie des Chaleurs, Cartier visita une bonne partie des côtes qui environnent le golfe, et prit possession du pays, au nom du roi de France, comme avait fait Verazani, dans les lieux où il avait mis pied à terre. Il remit à la voile, le 15 août, pour retourner en France, et arriva à St.-Malo le 5 Septembre. Sur le rapport qu’il fit de son voyage, la cour jugea qu’il serait avantageux à la France d’avoir un établissement dans cette partie de l’Amérique. Le vice-amiral, de la Meilleraye, prit l’affaire à cœur, et obtint pour Cartier une commission plus ample que la précédente. Ce dernier mit à la voile, le 19 mai 1535, avec trois vaisseaux, dont le plus gros était du port de cent-vingt tonneaux, et accompagné de plusieurs gentilshommes, qui voulurent le suivre en qualité de volontaires. La traversée ne fut pas aussi courte que la précédente : il s’éleva de violentes tempêtes ; les vaisseaux furent séparés les uns des autres, et ne se rejoignirent que le 26 juillet. Le 1r. août, un gros temps les contraignit de se réfugier dans le port de Saint-Nicholas, situé à l’entrée du fleuve, du côté du nord. Le 10, Cartier entra dans une baie à laquelle il donna le nom de Saint-Laurent, en l’honneur du saint dont on célébrait ce jour là la fête, et ce nom s’étendit, d’abord à tout le golfe, et ensuite au grand fleuve qui s’y décharge, et qu’on avait appelé auparavant Rivière de Canada. Le 15, il s’approcha de l’île d’Anticosti, qu’il nomma île de l’Assomption, à cause de la solemnité du jour. Enfin, les trois vaisseaux remontèrent le fleuve, et arrivèrent à l’embouchure du Saguenay, le 1r. septembre.

Ayant rangé la côte l’espace d’environ quinze lieues, Cartier mouilla auprès d’une île qu’il nomma Île aux Coudres, à cause du grand nombre de coudriers qu’il y trouva. Huit lieues plus haut que l’Île aux Coudres, il en trouva une beaucoup plus grande et plus belle, toute couverte de vignes sauvages, et que pour cette raison, il appela Île de Bacchus. C’est celle qui a été nommée depuis Île d’Orléans. De cette île Cartier se rendit à l’entrée d’une petite rivière, qui en est éloignée de quelques lieues, et qui vient du nord. Il lui donna le nom de Sainte-Croix, parce qu’il y entra le 14 septembre. C’est celle qui porte présentement le nom de Saint-Charles. Le lendemain de son arrivée en cet endroit, il reçut la visite de Donnacona, chef de la bourgade de Stadaconé, qui était située sur l’éminence où est maintenant bâtie la haute ville de Québec. Il traita avec ce chef au moyen de deux Sauvages qu’il avait emmenés en France, l’année précédente, et qui entendaient un peu la langue française.

Le 19, Cartier partit du hâvre de Sainte-Croix, avec le plus petit de ses vaisseaux et deux chaloupes, pour remonter le fleuve ; laissant les deux autres à l’entrée de la rivière, avec la plus grande partie de son monde. Arrivé à l’entrée du lac Saint-Pierre, il y laissa son vaisseau, et continua sa route avec ses deux chaloupes. Il arriva, le 10 octobre, devant Hochelaga, bourgade sauvage située à l’endroit où est aujourd’hui Montréal, accompagné de MM. de Pontbriand, de la Pommeraye, et de Goyelle, trois de ses lieutenans. Il n’eut qu’à se louer de l’accueil que lui firent les Sauvages. Pendant le séjour qu’il fit en cet endroit, il monta sur la montagne, au pied de laquelle la bourgade était bâtie, et lui donna le nom de Mont-Royal, ou Mont-Réal, comme on s’exprimait de son temps. Il découvrit de là une grande étendue de pays dont la vue le charma, et à juste titre.

De retour à Sainte-Croix, Cartier y trouva un fort de pieux debout, que ses gens avaient construit pour se garantir de toute surprise de la part des Sauvages, et il résolut d’y passer l’hiver. Bientôt ses gens furent attaqués du scorbut, ou de quelque autre maladie qu’on appela de ce nom, et il en mourut un grand nombre. Une tisane faite avec la feuille et l’écorce de l’épinette blanche, bouillies ensemble, rendit la santé aux autres. Dès que la navigation fut ouverte, Cartier se rembarqua pour la France, avec deux de ses vaisseaux, abandonnant le troisième, faute de bras pour le manœuvrer.