Histoire du chevalier Grandisson/Lettre 55

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LETTRE 55

Miss Byron, à Miss Selby.

le tems ne m’ayant pas permis d’achever la lettre, il me reste de la matière pour en faire une seconde. J’ai laissé sir Charles avec le docteur Barlet. Ils vouloient me retenir plus long-tems ; mais j’ai fait réflexion qu’il pouvoit paroître étrange aux dames de me trouver avec lui dans le cabinet du docteur. Milord et les deux sœurs s’étoient déjà rassemblés. Henriette, m’a dit Miss Grandisson en me voyant arriver, nous sommes résolues de faire aujourd’hui tous nos efforts pour pénétrer dans le cœur de mon frère. Il faut que vous soyez présente et que vous y mêliez quelques mots. Nous verrons si le docteur nous trompe, lorsqu’il nous assure que mon frère est le moins réservé des hommes. M Barlet est entré au même moment. Je crois, docteur, lui a dit miladi L que nous suivrons votre conseil, et que nous ferons à mon frère toutes les questions qui nous viendront à l’esprit, sur ses engagemens dans les pays étrangers. Elle n’avoit point achevé, lorsque sir Charles a paru. Il s’est assis auprès de moi ; et je crois avoir observé qu’il me regardoit avec un mêlange de respect et d’amitié. Miss Grandisson a commencé fort adroitement par rappeler la lettre qui regarde milord W dont elle a dit à son frère que le docteur nous avoit lu quelques articles. Elle souhaitoit beaucoup, a-t-elle ajouté, de savoir sur qui sir Charles avoit jeté les yeux pour en faire la femme de leur oncle. Il a répondu qu’avant que de la nommer, il souhaitoit lui-même d’avoir quelques momens d’entretien avec elle ; qu’il étoit sûr qu’elle seroit approuvée de ses sœurs, si elle acceptoit les offres de milord ; et son dessein étoit de lui endre une visite en revenant du château de Grandisson. Ensuite il a proposé à Miss Charlotte de l’accompagner dans ce voyage, qu’il ne pouvoit différer plus long-tems, parce qu’il devoit assister à l’ouverture de sa nouvelle église. Cette partie sera si courte, a-t-il dit à milord et miladi L que je ne vous propose pas d’en être aussi. Je compte arriver vendredi prochain, pour revenir le mardi d’après. Miss Grand. je crois, mon frère, que je vous prierai de m’excuser. Si vous deviez passer huit ou quinze jours dans votre terre, je vous accompagnerois volontiers, et je m’imagine que milord et miladi L seroient aussi du voyage. Sir Charles. je suis obligé de me trouver à Londres d’aujourd’hui en huit jours ; mais vous pourriez passer au château de Grandisson le tems que vous désirez. Vous trouverez des amusemens dans le voisinage. Votre cousin y sera ; il fera les honneurs du canton ; et si je juge de vos sentimens par la liberté avec laquelle vous le traitez, peut-être est-il mieux dans votre cœur que vous ne pensez vous-même. Miss Grand. votre servante, monsieur ; mais j’aurai mon tour. De grâce, sir Charles, puis-je vous demander… nous sommes ici entre frères et sœurs. Sir Ch. (en souriant). Doucement, Charlotte ; si c’est par représailles que vous me faites des questions, je ne réponds point. Miss Grand. par représailles !… pas tout-à-fait non plus. Mais suivant la lettre que M Barlet nous a lue, lorsque milord W vous a proposé de penser au mariage, vos réponses nous ont fait craindre que vous n’y ayez point d’inclination. Miladi L. vous n’êtes pas cérémonieuse, Charlotte. (sérieusement, Lucie, elle m’a fait trembler). Miss Grand. pourquoi des cérémonies entre de si proches parens ! Sir Ch. écoutons, Charlotte. Miss Grand. je voudrois donc vous demander, monsieur, si votre dessein n’est pas de vous marier un jour ? Sir Ch. oui, Charlotte, c’est mo n dessein. Je ne me croirai point heureux, si je n’obtiens quelque jour la main d’une femme aimable. (je crains bien, Lucie, d’avoir marqué visiblement du trouble. Je ne savois…) Miss Grand. fort bien, monsieur… et de grâce encore, n’avez-vous pas vu, soit en Angleterre, soit ailleurs, la femme que vous souhaiteriez de pouvoir nommer la vôtre ? Soyez sans crainte, mon frère. Vous m’avertirez lorsque je deviendrai impertinente. Sir Ch. vous ne sauriez l’être, Charlotte. Si vous voulez savoir quelque chose de moi, la plus agréable voie que vous puissiez prendre, est d’aller droit au but. Miss Grand. hé bien, si je ne puis être impertinente, si vous aimez qu’on aille au but par le plus court chemin, et si vous avez de l’inclination pour le mariage, pourquoi, s’il vous plaît, vous êtes-vous refusé aux propositions de milord W en faveur de miladi Françoise N de miladi Anne S et de je ne sais combien d’autres ? Sir Ch. les amis de la première de ces deux dames ont manqué de générosité avec mon père. Toute sa famille a trop fait valoir le crédit et le titre du sien. Je n’ai pas voulu me mettre dans la dépendance d’un homme public. Mon bonheur, autant qu’il est possible, sera fixé dans ma sphère. J’ai des passions vives ; je ne suis pas sans ambition. Si j’avois lâché les rènes à la dernière, tout jeune que je suis, ma tranquillité dépendroit à présent des caprices d’autrui. Cette réponse, Charlotte, vous satisfait-elle pour miladi Françoise ? Miss Grand. assez ; et d’autant plus qu’il y a une jeune personne que j’aurois préférée à miladi Françoise. (j’ai pensé, ma chère, que je ne devois pas être présente à cette conversation : milord L m’a regardée ; milord L n’auroit pas dû me regarder. Les dames ne l’ont pas fait). Sir Ch. et ! Qui est-elle ? Miss Grand. miladi Anne S vous le savez. Puis-je demander, monsieur, pourquoi cette ouverture n’a pas eu de succès ? Sir Ch. miladi Anne est une personne de mérite, je n’en doute point ; mais sa fortune auroit été mon principal motif, si je lui avois adressé mes soins ; et jamais cette seule vue ne m’a conduit deux fois chez une femme. Miss Grand. ainsi, monsieur, je suppose que c’est à quelque dame étrangère que vos soins se sont adressés. Sir Ch. j’avois cru, Charlotte, que votre curiosité ne s’étendoit qu’aux dames d’Angleterre. Miss Grand. pardonnez-moi, monsieur ; elle regarde toutes les femmes sans distinction de pays, s’il y en a quelqu’une en effet qui ait donné de l’éloignement à mon frère pour les offres qu’on lui a faites ici, et contre lesquelles nous ne connoissons point d’objection ; mais vous me laissez entrevoir que quelque étrangère… Sir Ch. (l’interrompant). J’espère, Charlotte, que si votre tour revient, vous serez aussi naturelle dans vos réponses, que vous l’êtes dans vos questions. Miss Grand. votre exemple, monsieur, sera ma règle. Sir Ch. n’ai-je pas répondu nettement sur toutes les personnes que vous avez nommées ? Miss Grand. je ne m’en plains pas, monsieur. Mais n’avez-vous pas vu des femmes dans les pays étrangers pour lesquelles vous ayez eu plus de goût que pour celles déjà nommées ? Répondez à cette question. Sir Ch. j’en ai vu, Charlotte, non-seulement dans les pays étrangers, mais en Angleterre aussi. Miss Grand. je ne sais ce que je dois dire là-dessus… mais de grâce, monsieur, n’avez-vous pas vu d’étrangère qui ait fait plus d’impression sur vous qu’aucune dame d’Angleterre ? Sir Ch. non. Mais apprenez-moi, Charlotte, à quoi tendent toutes ces questions ? Miss Grand. uniquement, mon frère, à vous faire connoître que nous sommes impatientes de vous voir heureusement marié, et que nous craignons que votre éloignement pour les propositions qu’on vous fait, ne vienne de quelqu’autre attachement. Voilà tout. Milord L. voilà tout, cher frère. Miladi L. à présent, si sir Charles vouloit satisfaire notre curiosité ! (croyez-vous, Lucie, que toute ma présence d’esprit m’ait jamais été plus nécessaire ? Sir Charles a soupiré. Il est demeuré quelques momens sans répondre). Sir Charles. vous êtes trop bonnes, trop généreuses, de souhaiter si ardemment de me voir marié. J’ai vu la personne que je crois seule capable, entre toutes les femmes du monde, de me rendre véritablement heureux. (il a rougi ; il a baissé la vue. Pourquoi rougir, sir Charles ? Pourquoi baisser la vue ? L’heureuse personne n’étoit pas présente… l’étoit-elle ? Ah ! Non, non, non). Sir Ch. vous reste-t-il d’autres questions à me faire ? Miss Grand. une seule. Cette personne est-elle étrangère ? Avec quel empressement tout le monde, excepté moi, l’a regardé ici pour attendre sa réponse. Il a réellement hésité. Enfin, il a dit à Charlotte, qu’il la prioit de l’excuser, s’il se dispensoit de répondre à une question qui lui causoit quelque embarras, parce qu’elle conduisoit à d’autres explications qu’il ne pouvoit actuellement se donner à lui-même, et sans lesquelles la réponse seroit inutile. Pourquoi donc ? Ai-je pensé. Milord L. nous serions fâchés, sir Charles, de vous causer la moindre peine. Cependant… Sir Ch. hé bien, cependant… continuez, cher milord. Milord L. tandis que j’étois à Florence, on parla beaucoup… Sir Ch. d’une dame de cette ville qui se nomme Olivia ? J’en conviens ; elle a mille qualités estimables. Mais je n’ai jamais rien desiré d’elle : elle m’a fait trop d’honneur. Je ne la nommerois pas si facilement, si elle avoit apporté plus de soin elle-même à cacher la distinction dont elle m’honoroit. Mais j’ose m’assurer, milord, que vous rendrez justice à sa réputation, et que vous n’avez jamais entendu blâmer, dans sa conduite qu’un excès de prévention pour un étranger. Milord L. votre caractère, sir Charles, faisoit honneur à son goût. Sir Ch. partialité fraternelle, milord. Mais indépendamment de cette dame, avec laquelle je n’ai pas eu la moindre liaison, j’avoue que mon repos a beaucoup souffert d’un tendre défaut que la nature a mis dans ma constitution, et sans lequel néanmoins je ne voudrois pas être. émilie, touchée du ton dont il a prononcé ces derniers mots, n’a pu retenir ses larmes. Un soupir qu’elle s’est efforcée d’étouffer, ayant attiré notre attention sur elle, sir Charles s’est levé ; il a pris sa main, il a voulu savoir pourquoi son émilie pleuroit. Parce que vous, lui a-t-elle répondu, qui méritez si bien d’être heureux, vous ne le paroissez pas. Les tendres exemples, Lucie, sont contagieux ; j’ai eu beaucoup de peine à ne pas pleurer aussi. Il a consolé son émilie avec une vive bonté. Mon malheur, lui a-t-il dit, ne vient que de celui des autres. Sans cet obstacle, je serois heureux dans moi-même, parce que je m’accommode aux maux que je ne puis éviter, et que je me fais, autant qu’il est possible, une vertu de la nécessité. Mais, Charlotte, voyez combien vous nous avez rendus graves. Il est tems de quitter un sujet trop sérieux. Il est tems de le quitter ! La dernière question lui cause quelqu’embarras, parce qu’elle conduit à d’autres explications, qu’il ne peut se donner actuellement à lui-même. Quoi qu’il en soit, je vous demande, ma chère, avant que de continuer mon sujet, ce que vous croyez pouvoir conclure de tout ce que vous avez lu jusqu’ici. S’il est lui-même dans les tourmens de l’incertitude, il mérite moins de blâme que de pitié. Mais ne pensez-vous pas qu’il auroit dû nous dire si la dame étoit étrangère ou non ? Comment pouvoit-il savoir quelle seroit la question qui viendroit après ? J’ai eu l’assurance de demander ensuite à Miss Grandisson, s’il y avoit eu quelque chose à recueillir de ses yeux, lorsqu’il a parlé de cette femme qu’il préféroit à toutes les autres ? J’étois assise près de lui, et Miss Grandisson vis-à-vis de nous. Elle m’a dit qu’elle ne savoit quel jugement porter, mais que soit étrangère ou angloise, son frère avoit une femme dans le cœur, et qu’elle croyoit lui voir tous les symptomes de l’amour. Je suis de l’opinion de Charlotte. Des sentimens si tendres, tant de douceur dans les manières, tant d’harmonie dans la voix ! C’est à l’amour qu’il a toutes ces obligations ; et ne doutez point que la dame ne soit étrangère. Il seroit bien étrange que dans l’espace de sept ou huit ans, un homme tel que lui n’eût point engagé son cœur, sur tout à l’ âge qui est proprement le règne des passions. Mais que veut-il dire, lorsqu’il se plaint " de ce que son repos a souffert par un tendre défaut dans sa constitution ? " il parle sans doute de sa compassion pour quelque malheureux objet. Je retournerai dans peu de jours à la ville ; je m’y préparerai à me jeter incessamment dans les bras de mes chers amis de Northampton-Shire ; sans quoi j’augmenterai le nombre de ceux qui ont troublé son repos. Mais n’est-il pas bien surprenant qu’il n’ait pu dire si la dame est étrangère ou non ? Docteur Barlet, vous êtes dans l’erreur. Sir Charles n’est pas aussi réservé que vous le pensez. Et vous, émilie, chère petite flatteuse ! Comment avez-vous pu me dire que vous avez toujours observé ses yeux, et que vous les avez toujours vu tendrement inclinés vers moi ? Oui, peut-être s’occupoit-il alors à faire, entre les traits de son étrangère et les miens, des comparaisons qui n’étoient point à mon avantage.

Mais cette Olivia, chère Lucie. Il faut que je me procure un peu plus d’information. Rien, dit-il, à désirer d’elle. Malheureuse femme ! Il me semble que je suis portée à la plaindre.

Passons, passons à la suite de mon sujet. Je voudrois lui trouver quelque défaut : c’est une chose cruelle de se voir comme forcée de se fâcher contre un homme dans lequel on ne voit rien à blâmer. Cependant vous l’allez voir de mauvaise humeur. N’êtes-vous pas impatiente, Lucie, de savoir comment sir Charles s’y prend lorsqu’il est de mauvaise humeur.


à présent, Charlotte, a-t-il repris (comme s’il eût pleinement répondu aux questions de sa sœur ; oh ! Ces hommes, Lucie !), permettez que je vous interroge à mon tour. Je reçus hier une visite de milord G. Quelles sont vos vues, ma chère, par rapport à lui ? Mais peut-être aimeriez-vous mieux que cette affaire fût traitée en particulier. Passons dans le cabinet.

Miss Grand. je regrette, sir Charles, de ne vous avoir pas proposé aussi de passer dans le cabinet. Peut-être m’auriez-vous donné plus d’éclaircissement que je ne puis me vanter d’en avoir reçu.

Sir Ch. je suis prêt à sortir avec vous, si vous le souhaitez ; et j’écouterai avec plaisir toute autre question.

Miss Grand. pour moi, monsieur, il n’y en a point à laquelle je ne sois prête à répondre devant cette chère compagnie.

Sir Ch. vous savez, Charlotte, ce que je vous ai demandé.

Miss Grand. que me conseilleriez-vous dans cette affaire ?

Sir Ch. je n’ai qu’un conseil à vous donner ; c’est de refuser ou d’agréer les offres de milord G, si vous êtes sûre de vos propres dispositions.

Miss Grand. je crois, mon frère, que vous avez envie de vous défaire de moi ?

Sir Ch. vous agréez donc la recherche de milord G ?

Miss Grand. cette conséquence est-elle juste, monsieur ?

Sir Ch. vous ne supposeriez pas autrement, que je pense à me séparer de vous. Mais venez, chère Charlotte, passons dans le cabinet. Je conçois qu’il est difficile à une femme de répondre directement à ces questions en compagnie, sans en excepter celle de ses plus chers amis.

Miss Grand. je puis répondre ici à toute question qui regardera milord G.

Sir Ch. votre dessein n’est donc pas de rejeter ses offres ?

Miss Grand. je ne vois pas que cette conséquence soit plus juste que l’autre.

Sir Ch. elle est juste, du moins, si j’entends quelque chose au langage des femmes.

Miss Grand. j’avois cru mon frère trop poli, pour faire des réflexions injurieuses à mon sexe.

Sir Ch. quoi ! C’est une injure de dire que j’entends quelque chose au langage des femmes.

Miss Grand. c’en est une, dans le sens que vous l’avez dit.

Sir Ch. hé bien, employez donc un langage qui ne vous expose pas à ces interprétations.

Miss Grand. je crains, cher frère, que vous ne soyez mécontent du mien. Je répondrai plus directement.

Sir Ch. c’est ce que je désire, chère Charlotte. J’ai promis à milord G de lui procurer une réponse.

Miss Grand. la veut-il concise, monsieur ? Est-ce oui ou non qu’il demande ?

Sir Ch. prenez un peu de confiance en moi, Charlotte. Vous le pouvez, malgré toutes vos délicatesses.

Miss Grand. me refusez-vous votre conseil ?

Sir Ch. je vous en donne un ; c’est de suivre votre inclination.

Miss Grand. supposez que si je connoissois la vôtre, elle emporteroit la balance.

Sir Ch. cette balance est-elle égale ?

Miss Grand. c’est ce que je ne dis pas non plus.

Sir Ch. congédiez donc milord G.

Miss Grand. en vérité, mon frère, vous êtes fâché contre moi.

Sir Ch. (s’adressant à moi). Je suis sûr, Miss Byron, que sur les points de cette nature, je trouverai en vous une sœur bien différente, quand j’aurai le plaisir de lire vos lettres. M Reves m’a dit un jour qu’après avoir une fois consulté votre cœur, vous ne teniez jamais personne en suspens.

Miss Grand. mais que sais-je, mon frère, si j’ai consulté le mien.

Sir Ch. alors tout change : je n’ajoute pas un mot. Seulement, lorsque vous vous serez consultée, je vous demande en grâce de me communiquer vos intentions, pour me donner le pouvoir de vous servir.

Miss Grand. je suis avec les meilleurs amis que j’aie au monde. Milord, quel est votre avis ? Sir Charles ne me paroît pas disposé à me donner le sien.

Sir Ch. c’est uniquement par égard à vos inclinations.

Milord L. j’ai très-bonne opinion de milord G. Quelle est la vôtre, ma chère ? (en s’adressant à sa femme).

Miladi L. je juge très bien de lui. Quelle est la vôtre, Miss Byron ?

Miss Byron. il me semble que Miss Grandisson ne doit consulter qu’elle-même dans cette occasion. Si son cœur n’objecte rien contre milord G je m’imagine qu’elle ne doit craindre les objections de personne.

Miss Grand. expliquez-vous, expliquez-vous, chère Henriette.

Sir Ch. Miss Byron s’explique avec la pénétration et la prudence qui ne l’abandonnent jamais. Si je suis assez heureux pour interpréter son sentiment en donnant le mien, les voici tous deux : milord G est d’un excellent naturel et d’une humeur fort douce ; il fera le bonheur d’une femme qui aura quelque prudence, quand elle y joindroit un peu de caprice. Charlotte est d’une vivacité extraordinaire : elle aime la plaisanterie presqu’autant qu’elle aime ses amis…

Miss Grand. comment, mon frère !

Sir Ch. et milord G ne la contraindra point là-dessus. Les jalousies de mérite ne conviennent point à l’état du mariage. J’ai connu un poëte, dont la haine commença pour sa femme, sur ce qu’il entendit assurer qu’elle faisoit mieux des vers que lui. Mais que Charlotte reconnoisse les bonnes qualités de son mari, je lui réponds qu’il lui accordera celles qu’elle possède, et que leur bonheur naîtra de cette déférence mutuelle.

Miss Grand. ainsi, je comprends que si je devenois la femme de milord G, il ne faudroit rien lui contester sur les insectes et les papillons.

Sir Ch. milord pourra perdre le goût de ces colifichets , lorsqu’il en aura un plus précieux pour s’amuser. Pardon, Charlotte ; mais tout ce que vous m’avez dit jusqu’à présent ne sent-il pas un peu le colifichet ?

Miss Grand. les épithètes de précieux , de jeune , de joli , font passer les termes les plus durs.

Sir Ch. mais le chevalier Watkins est-il plus de votre goût que milord G ?

Miss Grand. je ne le crois pas : je n’ai pas si bonne opinion de son naturel.

Sir Ch. je suis ravi, Charlotte, que vous fassiez ces distinctions.

Miss Grand. parce que vous les croyez nécessaires apparemment pour une femme qui pense au mariage.

Sir Ch. j’ai reçu de lui une lettre, à laquelle je ne puis me dispenser de répondre. Il me presse de le servir auprès de vous. Me direz-vous, chère sœur, (en lui donnant la lettre) ce que je dois lui écrire ?

Miss Grand. (après l’avoir parcourue). Comment ? Le pauvre homme est fort amoureux. Mais j’aurois trop de peine à lui apprendre l’orthographe. Cependant il se vante de savoir le françois et l’italien sur le bout du doigt.

(elle commençoit à mettre la lettre en pièces).

Sir Ch. je m’y oppose, Charlotte : rendez-moi, s’il vous plaît, cette lettre. Une femme n’a jamais droit de tourner en ridicule un amant qui lui déplaît. Si son indifférence pour lui vient de la haute opinion qu’elle a d’elle-même, elle lui doit de la pitié ; mais quelles que soient ses idées, celle qui blesse doit guérir. M Watkins peut s’adresser à cent femmes, auxquelles ses richesses et la figure qu’il fait dans le monde, feront pardonner son orthographe.

Miss Grand. la saison de la jalousie s’approche. On n’est pas fâché d’avoir quelquefois en public un ou deux soupirans, à sa suite. Peut-être n’ai-je pas encore assez vu les deux miens, pour me déterminer en faveur de l’un ou de l’autre. N’est-il pas permis, puisqu’aucun des deux n’est d’un mérite brillant, de chercher à les voir sous différens jours, pour se mettre en état de juger lequel est le plus supportable ; et pour attendre s’il ne s’offrira pas quelqu’autre personnage qui me déplaise encore moins.

(elle a fait cette réponse de son air le plus folâtre, quoique le sujet fût si sérieux, et que son frère ne souhaitât pas moins sérieusement de connoître ses inclinations). Sir Charles s’est tourné vers milord L, et lui a dit gravement qu’il s’étonnoit que leur cousin Everard fît un si long séjour au château de Grandisson. Miss Charlotte a fort bien senti que cette diversion la regardoit. Elle lui a fait des excuses : il a continué, sans y faire attention : l’esprit, milord, est une arme dangereuse ; mais convenez que celui qui ne peut briller qu’aux dépens d’autrui, n’a pas une espèce d’esprit dont on doive tirer vanité. La demoiselle qui est vis-à-vis de moi, comment se nomme-t-elle ? Et moi qui suis proche de vous, nous sommes tombés dans une singulière méprise. Je l’ai prise pour ma sœur Charlotte ; elle m’a pris pour notre cousin Everard. Tout le monde a senti la sévérité de ce discours. Pour moi, il m’a pénétrée, comme s’il eût été adressé à moi-même. Un langage si dur dans la bouche de sir Charles, et prononcé d’un air si glaçant ! Je n’aurois pas voulu, dans ce moment, être Miss Grandisson pour le monde entier. Elle ne savoit de quel côté jeter les yeux. Miladi L a paru vivement touchée pour sa sœur : l’aimable femme ! Elles avoient toutes deux les larmes aux yeux. à la fin, Miss Charlotte s’est levée : je veux, monsieur, a-t-elle dit à son frère, ôter de vos yeux la cause de l’erreur. Lorsque je pourrai rectifier ma méprise, et vous ramener votre sœur, j’espère que vous la recevrez avec votre indulgence ordinaire. Sir Ch. (se hâtant de saisir sa main). Ma Charlotte ! Chère sœur ! Point de ressentiment contre moi. J’aime votre esprit ; mais lorsque je vous demandois de l’attention pour un sujet sérieux, un sujet qui concerne le bonheur de votre vie, et par conséquent de la mienne, j’ai souffert impatiemment qu’il vous soit échappé des railleries qui ne conviennent qu’à une femme sans principes, et je n’ai pu m’empêcher de souhaiter qu’elles fussent sorties d’une autre bouche que la vôtre. Distinguons les tems, les occasions, ma chère Charlotte. Miss Grand. c’est assez, monsieur, je reconnois ma folie. Permettez que je me retire. Sir Ch. vous retirer ? C’est moi, Charlotte, qui vais vous laisser libre un moment, pour recevoir les consolations que vos amis sont disposés à vous donner. émilie, j’ai deux mots à vous dire, ma chère. Elle a volé vers lui. Ils sont sortis ensemble. Voyez, a dit Miss Grandisson, il prend cette petite fille avec lui, pour lui faire tirer une leçon de mon extravagance. Le docteur Barlet s’est retiré en silence. Miladi a témoigné le chagrin qu’elle ressentoit pour sa sœur ; mais elle ne lui a pas dissimulé qu’elle avoit poussé les choses trop loin. Milord l’a blâmée aussi, en lui représentant que leur frère avoit pris long-tems patience ; que l’affaire étoit des plus sérieuses, et qu’il s’y étoit engagé fort sérieusement. ô Miss Byron, a-t-il interrompu en me regardant, quel plaisir ne prendra-t-il pas à lire vos lettres, lorsqu’il y verra votre conduite pour cette foule d’adorateurs que vous étiez résolue de ne pas écouter ! Oui, oui, Henriette, dit Miss Grandisson, vous brillerez aux dépens de la pauvre Charlotte ; mais, puisque j’ai perdu les bonnes grâces de mon frère, puissiez-vous en jouir à ma place ! Ce que j’ose bien promettre, c’est que je ne lui donnerai jamais sujet de me reprocher que je le prends pour mon cousin Everard. Mais ai-je poussé l’extravagance bien loin ? Parlez franchement, Henriette. Ai-je été fort extravagante ? Je lui ai répondu qu’elle s’étoit égarée depuis le premier mot jusqu’au dernier : que j’avois d’abord tremblé pour elle ; mais qu’en l’entendant parler des soupirans qu’elle vouloit avoir à sa suite, et des nouvelles conquêtes qu’elle sembloit se proposer, je l’aurois volontiers grondée, si je n’avois été retenue par la présence de son frère. Me le pardonnerez-vous ? Lui ai-je dit à l’oreille, votre langage étoit celui d’une franche coquette, et l’air y répondoit parfaitement. En vérité, chère Charlotte, vous ne vous êtes jamais tant oubliée. Ainsi, tout le monde est contre moi, a-t-elle repris. Il faut que je sois bien coupable en effet, le tems, l’occasion, ma sœur, lui a dit milord L étoient mal choisis. Si le sujet avoit été moins important, sir Charles auroit tourné vos vivacités en plaisanterie, comme il a toujours fait. C’est-à-dire, a-t-elle répliqué, que tout ce qui lui déplaît, ou qui ne lui ressemble pas, est blâmable. Il est fort heureux, du caractère qu’il s’est établi. Miladi L a fait remarquer qu’au milieu de son mécontentement, il n’avoit point oublié qu’il étoit frère ; et qu’en disant qu’il s’agissoit du bonheur de Charlotte, il avoit ajouté, et par conséquent du mien . Je dois faire une autre remarque à l’honneur de sir Charles, a repris milord L et j’espère, ma sœur, qu’elle ne vous offensera point. Il n’a pas touché, le moins du monde, à l’aventure dont il vous a tirée, quoiqu’étant si récente, le souvenir doive lui en être fort présent. C’est une marque évidente qu’il ne pense point à vous blesser, et qu’il n’a pas d’autre vue que de vous servir. Il me semble, milord, a-t-elle répondu, en rougissant, que vous auriez pu m’épargner cette réflexion. Je ne vois point ce qui oblige l’un de mes deux frères à rappeler ce que l’autre a la bonté de laisser dans l’oubli. En un mot, milord, je n’ai point de remercîmens à vous faire pour votre remarque. Cette réponse a touché l’excellente miladi L. Elle a prié Charlotte de ne pas blâmer son mari. Vous perdriez ma pitié, lui a-t-elle dit. Ne sommes-nous pas unis tous quatre dans une même cause ? Et nos cœurs ne doivent-ils pas s’ouvrir avec liberté ? Bon ! S’est écriée l’autre. J’ai donc à présent la femme et le mari sur les bras. Plût au grand dieu du ciel que je fusse mariée, pour avoir quelqu’un dans mon parti ? Mais dites, Henriette, ai-je tort encore une fois. Je m’imagine, chère Miss Grandisson, lui ai-je répondu, que ce que vous avez dit à milord n’étoit qu’un badinage : et dans cette supposition, votre seul tort est de l’avoir dit d’un air trop sérieux. Fort bien, fort bien, a-t-elle interrompu. Prêtez-moi du moins votre secours, pour me tirer de ce nouvel embarras. Je ne suis pas heureuse aujourd’hui. Il est fâcheux pour moi que mon badinage n’ait pas l’air badin. Cependant miladi n’est-elle pas tombée dans la même faute ? Ne m’a-t-elle pas corrigée d’un air trop grave ? Je passe volontiers condamnation, lui a répondu miladi L. Mais, chère sœur, vous ne devez pas vous priver, par vos saillies, des avis tendres et sincères d’un des meilleurs cœurs du monde. (milord, qu’elle a regardé avec complaisance, a baissé la tête vers elle avec la même affection. Heureux couple) ! Comme j’espère de vivre, a repris Miss Grandisson, je me suis flattée, pendant que la main de sir Charles s’appesantissoit sur moi, que vous aviez tous pitié de ma situation. Ce qu’il a dit en sortant semble marquer qu’il le pensoit lui-même ; mais vos yeux m’ont furieusement détrompée. Milord L. je vous assure que j’ai eu sincèrement pitié de vous ; mais pourquoi de la pitié pour ma sœur, si je n’eusse pas cru qu’elle avoit tort ? Miss Grand. votre servante, milord. Vos distinctions sont délicates. Miladi L. ne sont-elles pas justes, Charlotte ? Miss Grand. sans doute, miladi, et je vois que votre motif étoit le même. Je vous supplie donc tous deux de ne me pas priver de votre pitié. J’ai la vôtre aussi, Henriette, et par le même motif. Miss Byr. (pour faire passer cette réponse.) j’aime ce ton, chère Charlotte ; il vous sied à merveille. C’est ce qui s’appelle une aimable plaisanterie. Là-dessus, miladi L a dit en riant, que c’étoit une jolie preuve du repentir de Charlotte ; mais quoiqu’elle parût de fort bonne humeur, sa réflexion n’a pas été bien reçue. Charlotte est sortie aussi-tôt. Nous l’avons entendue à son clavessin, et nous nous sommes levés tous pour la suivre. émilie est survenue. Miss Grandisson s’est avancée vers elle, et lui a demandé si toutes ses fautes ne lui avoient pas été proposées pour leçon ? En vérité, mademoiselle, a répondu cette petite, mon tuteur ne m’a dit qu’un mot qui vous regarde, et le voici " j’aime ma sœur ; elle a de charmantes qualités. Qui n’a pas quelques défauts ? Vous venez de voir, mon émilie, qu’en voulant un peu la gronder, je lui ai parlé trop duremen t moi-même ". Que le ciel bénisse à jamais mon frère ! S’est écriée Miss Grandisson, dans une espèce de transport. à présent, sa bonté me rend odieuse à moi-même. Elle a prié émilie de donner un air de clavessin, qui nous a bientôt ramené sir Charles. Il est entré d’un visage aussi serein que s’il n’étoit rien arrivé. Miss Grandisson a voulu commencer des apologies. Il lui a dit tendrement ; oublions nos fautes mutuelles, chère Charlotte : et lorsqu’on est venu avertir que le dîner étoit servi, il lui a présenté la main pour la conduire jusqu’à sa chaise. Quelle supériorité ! Je la trouve insupportable. Cet étrange homme ne fera-t-il rien mal-à-propos ? Rien qui blesse la bonté, la justice, ou la décence ? Si je lui voyois faire du moins quelqu’effort pour se contraindre, pour étouffer ses mouvemens, je lui supposerois des intervalles de foiblesse. S’il est homme, s’il est né comme nous avec les défauts de son espèce, ne peut-il prendre un air de maître et des manières impérieuses, dans un lieu où il est respecté jusqu’à la crainte, et où il n’a besoin que d’un signe de tête pour être obéi ? Ne peut-il être hautain avec les domestiques, pour faire appercevoir qu’il est mécontent des maîtres ? Non ! Il lui est naturel d’être bon, naturel d’être juste. Toutes ses pensées, tous ses sentimens se rapportent à faire le bien ; et jamais il ne lui est entré dans l’esprit de blesser ou de nuire. Après le dîner, Miss Grandisson m’a mis entre les mains le paquet de lettres que j’avois consenti de laisser lire à sir Charles. En le recevant de moi, il l’a baisé avec un air de galanterie, qui m’a paru convenir à l’occasion. ô vanité de ma nièce ! Crois-je entendre dire à mon oncle. Je ne sais, Lucie ; mais je crois m’appercevoir que sir Charles prend un plaisir extrême à m’entendre louer ; et milord, et les deux sœurs, ne perdent aucune occasion de parler de votre Henriette avec bonté ; mais ne pouvoit-il répondre à Miss Charlotte, lorsqu’elle lui a demandé si sa favorite étoit étrangère ou non ? Il nous a quittés de fort bonne heure après le souper, et Miss Grandisson, me voyant un peu rêveuse, m’a dit qu’elle parieroit sa vie que je croyois son frère parti pour lire mes lettres. Vous ne vous trompez pas, a-t-elle ajouté ; car il me l’a fait entendre en se retirant ; mais soyez sans crainte, Henriette, vous ne courez aucun risque. Miladi prétend que sur toutes sortes de sujets, les notions de son frère et les miennes sont exactement semblables. Cependant, Lucie, lorsqu’on a sa cause sous les yeux du juge, le cœur n’est pas sans un peu d’agitation. D’un côté d’où pourroient venir mes craintes ? Si son cœur est au pouvoir d’une étrangère, que m’importe l’opinion qu’il aura de mes lettres ? Elle m’importe néanmoins : on est sensible à l ’estime de ceux auxquels on ne peut refuser la sienne. de ceux auxquels on ne peut refuser la sienne.

[N.] PUifieuTs Lettres d^umç monftrueùfe longueur, comme V Auteur les appelle luUtnêtne 3 offrent ici des converfations ing/nieufer^ où le cara^ere des Aâeurs fe foutient Avec ieaucoHp d’agr/ment & de vari/te Le Chevalier Grandîffon , charma des Lettres de Mifs Byron, lui en fait deseomplimensfifiat’^ tewrs ^ au*elle en eftfurprife , elle qui n’y voit qu’un Jtmple r/cir de ce qui lui efi arrivé a Londres , fendant un Çé jour de quelques femâvesy & de t attentat du Ojevalier Margrave Polltxfen i dont Sir Cijarles favoit déjà Us principales cir confiances ; car on s*imagine bUn que parmi ces Lettres , elle n’avoitpas communipe- celles qui contiennent l*aveu defapaffm. Sir Charles recommence à preffer Mifs Char’ lotte fur les difpofttions defon cœur. Elle continue de^ fe d^ndrepar mille détours , qm donnent lieu à de nouveaux reproches^ tantôt eU’ jou/s & tantit f/rieux. Enfin Von convient qu’elle s’expliquera nettement avec Mifs By-^ ron , que Sir Charles prie de lui apprendre alors lesfentimens de fa Sœur dans un entretien particulier. D’autres incidens lui donnent lieu de raconter lefervice qu’il avoir rendu à M. Daniy, CVjî une avanture affez, biz,arre y où fa vie à* celle de fin Ami étant menacées par des Fbleurs noâurnes , il avoir employé Ijeureufe* mm la prudence & la valeur^ Dans la det" niere de ces longues converfations , on s’appet" iolt qu’il efi agite fl avaue qu’il a re^u iti Jbtt^res î ^ûï lui cM^nr de rinqùiAude^ & hi^Htôt il fi retire 4wc le DQStenr Sériai. ACfs Byroh finit nupesfes dépêches pdr unf Maille Au Vendredi mdtin. Elle fait tom les ^frsts de Mifs Cbarh0e. £Ue s$tjwd le m^ ni$ jour à U canférence que Sh Charles hi -a éefmmdée^ Cette penfée V^îta bemc^^ mais elle rfa pas moins d’inquiAaie furies hot^ ^eUei qui càùffnt VJgitatim de Sir Cbaths. i>es Lettres Etrang^reis , dit-rélléàfa Qmfinèk En douter» •vous i . Pemrquoi i^emst d^ExvemgA f$e peut4lf»rtir de ma mémoire f ! Jamais jie tie me fuis fenti le cœur fi étroit que dans ûes detiniers tems. Mais c’efi m aveu quejt vous ai fait vingt fois. Adieu, Cette énorme Lettre m fera peut^^être pas la feuk que je ferai partir aujourd’hui. Je trenehle^pour la matière qui lia t’offrir,