Histoire du chevalier Grandisson/Lettre 59

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LETTRE 59

Miss Byron à Miss Selby.

même jour. Le chevalier Grandisson est arrivé d’hier au soir. Avec sa politesse ordinaire il envoya demander, en arrivant, des nouvelles de ma santé, et prier M Reves de lui donner ce matin à déjeûner. Est-ce pour lui-même, est-ce pour moi qu’il prend cet air de cérémonie ? Pour tous deux peut-être. Ainsi je suis dans l’attente de voir bientôt le noble objet des affections de Clémentine, son futur… ah ! Lucie ! Mais vous voyez que le principal compliment est adressé à M Reves ; garderai-je ma chambre ? Attendrai-je qu’il demande à me voir ? Il me doit quelque chose pour l’émotion qu’il m’a causée dans la bibliothèque de milord L. Je ne l’ai presque pas vu depuis. L’honneur me défend, m’a-t-il dit alors… cependant l’honneur m’ordonne… mais je ne puis manquer à la justice, à la générosité : ne consulter que mon intérêt propre… ces paroles, chère Lucie, me retentissent encore dans les oreilles. Quel pouvoit en être le sens ? l’honneur me défend… quoi ! De s’expliquer ? Il m’avoit fait un récit touchant ; il l’avoit fini : que pouvoit lui défendre l’honneur ? cependant l’honneur m’ordonne. qui l’empêchoit de suivre les loix de l’honneur ? mais je ne puis manquer à la justice : pour Clémentine apparemment. Qui l’oblige d’y manquer ? à la justice ! je ne le crains pas de vous, Sir Charles Grandisson. Votre gloire souffre même d’admettre cette espèce d’embarras dans vos idées, comme si votre caractère étoit exposé à la tentation d’être injuste, et que vous eussiez besoin de vous tenir en garde contre vous-même. je ne puis manquer à la générosité… pour qui donc ? Sans doute pour l’illustre italienne. Il lui doit de la compassion. Mais l’aurois-je mis, par mon empressement, dans l’obligation de me le déclarer ; comme si je souhaitois qu’en ma faveur il fût moins généreux qu’il ne veut l’être ? Je ne puis soutenir cette pensée. N’est-ce pas comme s’il avoit dit : trop tendre Henriette, je vois ce que vous attendez de moi ; mais je dois de la compassion, je dois de la générosité à Clémentine. Cependant, quel terme que celui de compassion ! Vertueuse Clémentine, je m’afflige pour vous, que vous ne trouviez en lui qu’un homme généreux. Oh ! Puisse mon meilleur génie me préserver du besoin de la compassion d’un homme, sans excepter celle du chevalier Grandisson ! Mais qu’a-t-il voulu dire par le terme d’intérêt propre. Je ne le comprends point. Clémentine a reçu en partage une très-grosse fortune. Celle d’Henriette est médiocre. Il ne peut manquer à la justice, à la générosité, ne consulter que l’intérêt propre… ces derniers mots me confondent dans la bouche d’un homme qui ne dit rien au hasard. Fort bien ; mais tandis que je raisonne avec moi-même, le tems du déjeûner s’approche. Je veux descendre pour éviter toute affectation. Je vais m’efforcer de voir avec indifférence celui que nous avons tous admiré, que nous avons étudié depuis quinze jours, sous tant de différentes faces ; le chrétien, le héros, l’ami… ah ! Lucie ! L’amant de Clémentine, mon modeste et généreux bienfaicteur, le modèle de la bonté et de toutes les vertus. Mais il arrive ! Pendant que je babille avec ma plume, il est arrivé. Pourquoi m’avez-vous retenue, chère Lucie ? Il faut à présent que la folle descende avec une espèce de précipitation. Cependant elle veut attendre qu’on la fasse appeler. C’est ce qu’on vient faire à ce moment. ô Lucie ! Quelle conversation j’ai à vous raconter ! Mais il faut que je vous y conduise par degrés. Sir Charles est venu à moi lorsqu’il m’a vue paroître. C’étoit lui tout entier ; sa modestie, sa politesse, avec l’air aisé néanmoins, et la bonne grace que je ne puis décrire. Son premier mouvement m’a fait croire d’abord qu’il alloit prendre une de mes mains, et je vous assure qu’elles ne se sont retirées ni l’une ni l’autre. Par quel art sait-il joindre à des manières si ouvertes, un respect qui satisferoit une princesse ? Après le déjeûner, M et Madame Reves ayant été appelés par le chevalier Allestris et sa nièce, qui donnent ordinairement le matin à leurs visites, je suis demeurée seule avec Sir Charles. Alors, d’un air également civil et familier, il m’a tenu ce discours. Dans le dernier entretien que j’ai eu avec Miss Byron, je lui ai fait un récit fort tendre. J’étois sûr qu’il exciteroit dans un cœur tel que le sien, une généreuse compassion pour une des premières personnes de son sexe, et je me suis flatté que n’ayant rien à me reprocher de téméraire ou d’indiscret, j’obtiendrois aussi quelque part à sa pitié. Il m’a paru, mademoiselle, que cette malheureuse histoire vous avoit sensiblement touchée ; et par ménagement pour vous (permettez que j’ajoute aussi pour moi-même), j’ai prié le docteur Barlet de vous expliquer mille choses sur lesquelles je ne pouvois m’étendre comme lui. Il m’a rendu compte de tout ce qu’il vous a communiqué. Je me souviens de la peine que mon récit vous a causée, et je ne doute point que dans le même sentiment de bonté et de compassion, celui du docteur ne vous ait fait souffrir encore plus. Cependant me permettez-vous, mademoiselle, d’ajouter au même sujet quelques circonstances dont il n’a pu vous instruire ? à présent que vous êtes informée d’une si grande partie de mon histoire, je souhaiterois que, plus que toute autre femme du monde, vous n’ignorassiez rien de tout ce que j’en sais moi-même. Il s’est arrêté. Je tremblois. Monsieur… monsieur… j’avoue que l’histoire est extrêmement touchante. Que cette malheureuse personne est à plaindre ! Vous me ferez honneur, si vous m’apprenez quelque chose de sa situation. Le docteur vous a dit, mademoiselle, que l’évêque de Nocera, second frère de Clémentine, m’a écrit depuis peu, et qu’il me presse de faire encore une fois le voyage de Boulogne. J’ai sa lettre. Vous entendez l’italien, mademoiselle. Permettez-vous que je… ou souhaitez-vous de prendre cette peine vous-même ? Il m’a présenté la lettre. Voici, ma chère, ce qu’elle contient. " l’évêque l’informe du triste état de sa famille. La santé du père et de la mère décline sensiblement. Celle du seigneur Jeronimo est pire qu’elle n’étoit au départ de Sir Charles. Sa sœur ne se porte pas mieux, et souhaite toujours ardemment de voir son précepteur. Elle est actuellement à Nocera, mais on se propose de la mener bientôt à Naples. L’évêque presse en effet Sir Charles de leur faire encore une visite, en avouant néanmoins que toute la famille ne le souhaite pas également : mais lui, le docteur et la marquise s’accordent à vouloir qu’on ait cette indulgence pour les vœux continuels de la sœur. Il offre d’aller au-devant de Sir Charles, dans le lieu dont il lui laisse le choix, et de le conduire lui-même à Boulogne, où il l’assure que le plaisir de le voir ne manquera point de réunir tout le monde en faveur de l’entrevue. Si ce remède, auquel il regrette de s’être opposé si long-tems, n’a pas le succès qu’il en espère, il conseillera, dit-il, de renfermer sa sœur dans un couvent, ou de la confier aux soins de quelques honnêtes gens qui la traiteront avec douceur, mais comme on traite ceux qui ont le malheur de tomber dans le même état. " Sir Charles m’a fait lire ensuite une lettre du seigneur Jeronimo, qui lui fait la peinture de sa propre situation. " la vie n’est plus pour lui qu’un fardeau. Il en souhaite la fin. Ses chirurgiens lui paroissent manquer d’habileté. Il se plaint particulièrement de sa blessure à la hanche, qui a trompé jusqu’ici toutes leurs lumières. Ce qu’il demanderoit au ciel, dit-il, ce seroit d’être proche du chevalier Grandisson, parce que le plus grand bonheur qu’il ait à désirer, est de rendre le dernier soupir entre les bras de son cher ami. " mais, dans cette triste lettre, il ne dit pas un mot de sa sœur. Sir Charles suppose, pour expliquer ce silence, que Clémentine n’étant point à Boulogne, on cache son déplorable état au seigneur Jeronimo, dans la crainte d’irriter ses douleurs. Il m’a lu aussi quelque partie d’une lettre de Madame Bemont, adressée en anglois, dont plusieurs articles ne sont pas moins affligeans. Elle s’excuse de ne lui avoir pas donné plus tôt des nouvelles de Clémentine, sur une longue indisposition qui ne lui a pas permis de se procurer les éclaircissemens qu’elle désiroit. Elle plaint cette chère personne de n’avoir tiré aucun avantage de ses courses ; et la faute paroît tomber sur ses compagnons de voyage, qui l’entretenoient chaque jour de l’espérance de rencontrer le chevalier Grandisson. Ils l’avoient mise pour la seconde fois dans un couvent, à sa propre sollicitation ; et le calme qui avoit succédé pendant quelques jours, commençoit à faire tout attendre de l’avenir : mais ce changement n’ayant pas duré plus long-tems que la nouveauté, une des religieuses avoit rendu le mal pire que jamais, en lui proposant, pour l’éprouver, de descendre avec elle au parloir, où elle lui avoit promis de lui procurer quelques momens d’entretien avec un certain gentilhomme anglois. Son impatience étoit devenue d’autant plus vive, en se voyant trompée, qu’elle avoit employé deux heures entières à se préparer pour cette entrevue. Pendant plus de huit jours, elle ne s’étoit occupée que du dessein de passer en Angleterre. Après des efforts inutiles de la part de celles qui vivoient dans le même lieu, sa mère seule avoit eu le pouvoir de lui ôter cette idée, en la priant d’y renoncer pour l’amour d’elle. Une si prompte soumission avoit encouragé la marquise à la reprendre sous sa conduite. Mais les accès redevenant fort vifs, et la santé d’une mère indulgente en étant visiblement altérée, un des plus graves médecins avoit prononcé qu’il ne falloit rien espérer que de la rigueur. Madame De Sforce et le général s’étoient déclarés pour le même avis. On avoit pris la résolution de la conduire à Milan. Cependant elle avoit réclamé avec tant d’instances, en demandant la liberté d’aller passer quelque tems à Florence, auprès de Madame Bemont, que sa mère avoit encore obtenu grâce pour elle. Le marquis s’étoit chargé lui-même de la conduire à Florence, et n’avoit pas eu de peine à faire entrer Madame Bemont dans ses vues. Pendant près d’un mois, Clémentine avoit paru assez tranquille, sur-tout lorsqu’elle s’entretenoit de l’Angleterre, du chevalier Grandisson et de ses sœurs, avec lesquelles elle souhaitoit beaucoup de faire quelque liaison. Ensuite le général l’étant venu voir, avec Madame De Sforce, ils parurent tous deux fort offensés de la voir retomber incessamment sur les mêmes sujets. Ils se plaignirent de l’indulgence avec laquelle on l’avoit souffert ; et ne dissimulant point qu’ils y soupçonnoient quelqu’autre vue, ils poussèrent leur ressentiment si loin, que le jour même ils l’obligèrent de partir avec eux, au regret extrême de Madame Bemont et des dames de Florence, qui la nommoient leur innocente visionnaire, et qui avoient conçu beaucoup de tendresse pour elle. Madame Bemont assure que la douceur avec laquelle on la traitoit, dans une société de femmes sages et aimables, auroit pu servir par degrés à la rétablir. Elle fait ensuite le récit des rigoureux traitemens auxquels sa malheureuse amie fut livrée. Sir Charles auroit souhaité ici d’interrompre sa lecture. Il m’a dit qu’il ne pouvoit continuer sans une altération de voix qui augmenteroit ma douleur, et qui me feroit connoître la sienne. En effet, il m’étoit échappé quelques larmes en lisant les deux premières lettres, et pendant qu’il m’avoit lu cette partie de la troisième. Je ne doutois pas que ce qui restoit à lire ne les fît couler ouvertement. Cependant je l’ai prié de me laisser lire moi-même. L’infortune, lui ai-je dit, n’est pas un spectacle étranger pour moi. Je sais prendre intérêt aux peines d’autrui, sans quoi je ne mériterois point qu’on en prît aux miennes. Il m’a montré l’endroit, et sans ajouter un mot, il s’est retiré vers une fenêtre. Madame Bemont raconte que la triste mère se vit forcée d’abandonner entièrement sa fille à la conduite de Madame De Sforce, qui se hâta de l’emmener avec elle dans son palais de Milan. On la pria néanmoins de n’employer que des rigueurs nécessaires. Elle le promit ; mais elle commença par éloigner Camille, qu’elle accusoit d’une excessive indulgence. Elle mit à sa place, auprès de Clémentine, une autre femme, nommée Laura, plus propre à seconder ses desseins. Vous saurez bientôt avec quelle barbarie elles l’ont traitée. La signora Daurana, fille de Madame De Sforce, eut l’imprudence de s’en vanter, dans quelques lettres, en faisant un mérite à sa mère d’avoir été plus heureuse dans le choix des méthodes ; et Madame Bemont, qui étoit alors assez bien pour ne pas perdre de vue son amie, reçut les informations suivantes du directeur même, que la marquise avoit prié de les prendre dans un voyage qu’il fit à Milan. Il ne fut pas peu surpris de la difficulté qu’on fit d’abord de lui laisser voir Clémentine ; mais insistant au nom de sa mère, il la trouva dans un abattement extrême, et dans une véritable terreur, craignant de parler, n’osant lever les yeux devant sa cousine, et semblant désirer néanmoins de se plaindre. Il en marqua son étonnement à Daurana. Elle lui répondit que c’étoit la meilleure voie ; que les médecins étoient de cet avis ; qu’à son arrivée Clémentine ne parloit que du chevalier, et de l’entrevue qu’elle désiroit avec lui, mais qu’on l’avoit déjà mise au point de ne plus prononcer son nom. Que ne doit-elle pas avoir souffert, reprit le directeur, pour devenir capable de cette soumission ? Soyez sans inquiétude là-dessus, lui repliqua-t-on avec la même dureté ; tout ce qu’on fait est pour son avantage. La tremblante Clémentine le reconnut sans peine, et le supplia, les mains jointes, de la faire mettre dans un couvent pour y prendre le voile, pour s’y consacrer éternellement à Dieu. Il paroît que c’étoit une résolution qu’on s’efforçoit de lui inspirer ; Madame De Sforce ne dissimuloit point qu’elle regardoit ce parti comme le seul dont on pût attendre le rétablissement de sa nièce : elle ajouta que sans vouloir imposer de loi à personne, elle étoit persuadée que sa famille offensoit le ciel en s’opposant aux désirs d’une jeune personne qui vouloit se donner à Dieu, et que sa maladie en étoit peut-être une punition. Dans sa lettre à Madame Bemont, le directeur attribue cette conduite de Madame De Sforce à des motifs intéressés, et celle de la Signora Daurana aux mouvemens d’une ancienne jalousie pour les qualités supérieures de sa cousine. Il apporte un exemple fort révoltant de leur cruauté ; et tout pour son avantage, chère Lucie ! Que mon cœur se soulève contre ces deux femmes ? Laura, sa nouvelle femme-de-chambre, sous prétexte de se confesser au directeur, lui fit cet aveu les larmes aux yeux. La chose étoit arrivée le jour précédent. " lorsqu’on vouloit exercer quelque rigueur sur l’infortunée Clémentine, cette fille recevoit ordre de sortir de l’appartement. Il étoit échappé à sa maîtresse quelques mots dont on vouloit la punir. Madame De Sforce, qui ne poussoit pas la barbarie si loin que sa fille, n’étoit pas au logis. Laura eut la curiosité de prêter l’oreille. Elle entendit de la bouche de Daurana des menaces fort vives, avec d’autres marques d’emportement, et de celle de Clémentine, qui ne put résister sans doutes aux injures de sa cousine : que vous ai-je fait, Daurana, pour me traiter si mal ? Vous n’avez plus d’amitié pour moi. Vous voyez ma situation, pourquoi m’insulter si cruellement ? Si la main du ciel s’est appesantie sur moi, ne me devez-vous pas un peu de pitié ? Cette cruelle cousine lui répondit que tout ce qu’on faisoit étoit pour son avantage, et que ses plaintes mêmes, qui n’avoient pas toujours été si sensées, en étoient une bonne preuve. Hélas ! Reprit-elle, je vous ai cru de la tendresse pour moi. Je n’ai plus de mère, et vous en avez une. La mienne étoit la meilleure de toutes les mères ; mais elle m’abandonne ! Ou plutôt, n’est-ce pas moi qui ai le malheur de m’être séparée d’elle ? Je ne sais lequel des deux ! Daurana, irritée apparemment de ces tendres plaintes, la menaça du corset de force, punition qui causoit toujours beaucoup d’épouvante à la malheureuse Clémentine. Laura lui entendit faire des instances fort humbles ; mais Daurana sortant d’un air emporté, cette fille fut obligée de se retirer. Dans l’intervalle, Clémentine appréhendant le retour de son ennemie, avec le corset dont elle étoit menacée, se hâta de descendre, et se cacha sous l’escalier, où elle fut bientôt découverte par ses habits, qu’elle n’avoit pas eu soin de tirer après elle. " ô chère Lucie ! Qu’il m’auroit été difficile de retenir ici mes larmes ! Sir Charles les voyant couler en abondance, a jugé facilement à quel endroit de la lettre j’étois arrivée. Concevez, mademoiselle, m’a-t-il dit d’une voix altérée, quelles auroient été mes réflexions, si ma conscience m’avoit reproché d’être volontairement la cause de tant de maux. Après m’être un peu remise, j’ai continué ma lecture. " la cruelle Daurana eut la barbarie de tirer sa triste et malheureuse cousine par les bords de sa robe, en joignant à cette violence toutes sortes de nouvelles menaces. Clémentine ne résista point. à genoux, comme elle étoit dans sa situation, les mains croisées sur sa poitrine, elle demanda grâce, non par ses discours, mais par ses yeux, quoi qu’il n’en sortit point une larme. Elle ne put l’obtenir. On la fit reconduire à sa chambre, où elle subit la punition dont on l’avoit menacée. Le directeur fut extrêmement touché du récit de Laura. Il ne l’avoit pas été moins de ses propres observations. Cependant, lorsqu’il fut retourné à Boulogne, il crut devoir ménager la marquise, en lui cachant le traitement qu’on faisoit à sa fille. Après lui avoir dit seulement qu’il ne pouvoit l’approuver, il lui conseilla de ne pas s’opposer au retour de Clémentine, si l’on pouvoit y faire consentir l’évêque et le général. Mais il s’ouvrit avec moins de réserve au prélat, qui écrivit aussi-tôt à son frère, pour le presser de se joindre hautement à lui, et de finir l’esclavage de leur sœur. Ils convinrent de se rencontrer à Milan dans cette vue. Clémentine fut délivrée ; mais le mécontentement de Madame De Sforce et de sa fille, cause un nouveau trouble dans la famille. Elles prétendent que leur conduite avoit commencé à produire d’excellens effets, c’est-à-dire qu’elles veulent faire passer une soumission forcée, et les fruits de la terreur, pour un commencement de guérison. " la marquise étant fort éloignée de jouir d’une bonne santé, on a conduit sa fille à Naples, avec Camille, qu’on lui a rendue pour la servir. Madame Bemont suppose qu’elles y sont actuellement. Malheureuse Clémentine ! Quel sort, d’être ainsi traînée de ville en ville ! Mais qui pourroit penser à sa cousine Daurana, sans une extrême indigna tion ? L’évêque, ajoute Madame Bemont, souhaiteroit beaucoup de pouvoir engager le général son frère à se joindre à lui, pour inviter Sir Charles à repasser en Italie, comme un dernier expédient qu’il juge à propos de tenter, avant que de renfermer leur sœur dans un couvent, ou de l’abandonner à des mains étrangères. Mais le général refuse d’entrer dans ses vues. Il demande de quelle utilité sera cette visite, lorsque tout l’effet qu’elle peut produire, en rétablissant l’esprit de Clémentine, sera de lui donner plus d’ardeur que jamais pour le dénouement qu’on veut éviter ? Jamais il ne consentira, dit-il, que sa sœur devienne la femme d’un anglois protestant. L’évêque a déclaré qu’il n’étoit pas moins éloigné d’y consentir ; mais il souhaite que la considération de ce point soit remise à d’autres tems, dans la confiance que leur sœur, après sa guérison, trouvera dans ses principes la force de répondre à tous leurs désirs. On pourroit faire l’essai de cet expédient, dit le général : mais le chevalier qui paroît un homme artificieux, qui doit avoir employé, pour séduire Clémentine, des moyens dont personne ne s’est apperçu, et plus efficaces néanmoins qu’une déclaration ouverte, n’a-t-il pas eu l’art de faire tomber dans ses piéges Olivia et toutes les femmes qui l’ont connu ? Enfin, le général avoue qu’il n’aime point M Grandisson ; que s’il l’a traité civilement, c’est par des égards passagers de politesse qu’il a cru devoir à son intrépidité ; qu’il juge des causes par les effets ; que ce qu’il y a de certain pour lui, c’est la perte d’une sœur que son mérite rendoit digne d’une couronne ; et que s’il rencontre encore une fois le chevalier dans quelque lieu que ce soit, il ne répond pas des suites. Cependant le directeur et la marquise étant entrés, comme l’écrit l’évêque, dans la résolution de tenter ce dernier expédient, et se croyant sûrs que le marquis, ni le seigneur Jeronimo, ne le condamneroient point, l’invitation est partie dans les termes que j’ai rapportés. Tel est, ma chère, l’état de cette malheureuse aventure, autant du moins que je puis m’en rappeler les circonstances. Mais vous savez combien le cœur aide à la mémoire, il ne lui échappe rien. Ce qui me restoit à savoir, c’étoit la réponse de Sir Charles. Ma situation, Lucie, n’étoit-elle pas assez délicate ? S’il m’eût consultée avant que d’avoir pris ses résolutions, le conseil que je lui aurois donné de tout mon cœur, auroit été de voler au secours de l’infortunée Clémentine ; mais il me semble que cette incertitude n’auroit pas été digne d’elle, et le compliment qu’il m’auroit fait, n’auroit pas été plus convenable au caractère d’un homme si généreux. Cependant ma considération pour son propre intérêt, se faisoit sentir dans toute sa force : ma considération, Lucie ! Ce terme ne vous paroît-il pas affecté ? Ce que la générosité, ou plutôt la justice, demandoit de lui pour Clémentine, et cette considération, si souvent avouée, mettoit une espèce de division dans mon cœur. J’avois besoin de quelques momens pour y réfléchir. Je sentois l’importance de pouvoir méditer sur ma conduite, pour me garantir de toute apparence d’empressement et d’affectation. Heureusement Madame Reves étant rentrée pour prendre quelque chose qu’elle avoit oublié, j’ai saisi l’occasion, et pendant que Sir Charles lui adressoit quelques politesses, je suis sortie, en leur disant à tous deux que je ne les quittois que pour un instant. Je suis montée à mon appartement. J’ai traversé trois ou quatre fois l’antichambre. Henriette Byron, me suis-je dit à moi-même, point de bassesse. N’as-tu pas devant toi l’exemple d’une Clémentine ? Le combat de sa religion et de son amour a renversé sa raison. Tu ne peux être menacée de cette épreuve : mais ne saurois-tu montrer que si tu l’étois, tu serois capable d’autant de noblesse ? Le chevalier Grandisson est juste. Il doit la préférence à l’excellente Clémentine. Droits précédens, compassion pour ses souffrances, mérite si supérieur ! N’est-ce pas le mérite que tu aimes dans lui ? Pourquoi ne l’aimerois-tu pas aussi dans une personne de ton sexe, lorsque tu l’y vois presqu’au même degré ? Il t’en coûtera sans doute : mais descends, et fais un effort pour t’élever au-dessus de toi-même. Je suis descendue, assez contente de m’être trouvée capable de cette résolution. Ma cousine est sortie lorsqu’elle m’a vue rentrer. Sir Charles est venu au-devant de moi jusqu’à la porte : je me flatte qu’il a vu dans ma contenance de la dignité sans orgueil. J’ai parlé la première, tandis que je me sentois l’ame élevée, et pour me soutenir dans cette disposition. Mon cœur saigne, lui ai-je dit, des malheurs de votre Clémentine. (oui, Lucie, j’ai dit de votre Clémentine). Je ne vous ai quitté, pendant quelques momens, que pour me livrer à l’admiration qu’elle m’inspire. Que je plains sa situation ! Mais il n’y a rien de difficile et de grand, dont Sir Grandisson ne soit capable. Vous m’avez honorée, monsieur, du titre de sœur : dans toute la tendresse de ce nom, je ne puis vous déguiser mes craintes du côté du général, et je sens presqu’autant que vous, les nouvelles peines que le spectacle présent des maux d’autrui doit vous causer. Cependant je suis sûre que vous n’avez pas hésité un moment à prendre la résolution de quitter tous vos amis d’Angleterre, pour repasser en Italie, et pour aller tenter du moins ce qu’on peut encore espérer. S’il m’avoit louée beaucoup de ce langage, il auroit paru dans les circonstances où nous étions tous deux, qu’il regardoit mon désintéressement comme un effet extraordinaire de grandeur d’ame, et par conséquent qu’il me supposoit sur lui des vues auxquelles il admiroit que je fusse capable de renoncer. De toutes les ames humaines la sienne est la plus délicate. Il m’a priée de m’asseoir, et se plaçant près de moi, sans quitter ma main qu’il avoit prise pour me conduire à mon fauteuil : depuis que je connois Miss Byron, m’a-t-il dit, je l’ai considérée comme l’honneur de son sexe. Mon cœur demande une alliance avec le sien, et se flatte de l’obtenir, quoique dans une situation si délicate, j’ose à peine me fier à moi-même. Dès le premier moment, j’ai donné le nom de sœur à Miss Byron ; mais elle est plus pour moi que la plus chère sœur. J’ai l’idée d’une amitié plus tendre, à laquelle j’aspire avec elle, malgré tous les accidens qui peuvent s’opposer de part et d’autre à des désirs plus étendus : et c’est un bien que j’ose espérer qu’elle ne me refusera point, aussi long-tems qu’il pourra s’accorder avec ses autres attachemens. Il s’est arrêté. J’ai fait un effort pour lui répondre, mais l’expression m’a manqué. Je me suis senti le visage aussi ardent que le feu devant lequel nous étions assis. Il a repris : j’ai toujours le cœur sur les lèvres. Il souffre, lorsque je ne puis exprimer tout ce qu’il me dicte. Les complimens sont un langage pour lequel j’ai peu de goût. Mais ne me voyant point indigne de votre amitié, je veux supposer qu’elle m’est accordée ; et je reviens à mes affaires, avec toute l’ouverture que ce tendre sentiment demande. Monsieur, vous me faites honneur. C’est tout ce que j’ai pu lui dire. J’ai reçu, a-t-il continué, une lettre de la fidelle Camille : non que j’entretienne la moindre correspondance avec elle, mais le traitement qu’elle voit faire à sa jeune maîtresse, et quelques mots échappés à l’évêque, qui exprimoient apparemment l’extrême envie qu’il a de me revoir à Boulogne, ont porté cette fille à m’écrire, pour me conjurer d’entreprendre le voyage. Cependant, sans quelque lettre d’une personne de la famille, et sans quelque marque du consentement des autres, sur quel fondement pourrois-je espérer d’être bien reçu, après avoir essuyé autant de refus que j’ai demandé de fois à me présenter, sur-tout lorsque Madame Bemont, loin de me donner aucun encouragement, me rend un assez mauvais témoignage des dispositions de la famille. Elle pense toujours, comme vous avez pu le remarquer à la fin de sa lettre, que je dois suspendre mon départ jusqu’à ce que le général et le marquis joignent leur demande à celle de la marquise, de l’évêque et du directeur. Mais je n’ai pas plutôt lu la lettre du prélat, que je me suis eng agé, par une réponse fort empressée à satisfaire tous leurs désirs. Je n’y ai mis qu’une restriction, c’est qu’on ne m’engagera point à passer au-delà de Boulogne, où j’aurai la satisfaction de voir mon cher Jeronimo et sa sœur. Mon cœur n’étoit pas sans émotion, chère Lucie ; mais j’en suis fâchée pour mon cœur, et ma raison n’en a pas moins été pour Sir Charles. Vous vous étonnez, mademoiselle, a-t-il repris, de ne voir aucuns préparatifs pour mon départ. Tout est prêt. Je n’attends que la compagnie d’un honnête homme qui arrange ses affaires, pour se disposer à partir avec moi. C’est un habile chirurgien, dont la réputation est bien établie par un long exercice de son art dans les dernières guerres. Mon ami ne se loue pas des siens. Si M Lowhter peut servir à sa guérison, quelle satisfaction pour moi ! Et si mon voyage est de quelqu’utilité pour l’aimable Clémentine… mais comment puis-je me flatter d’une si douce espérance ? Cependant je suis persuadé que dans sa situation, avec un caractère tel que le sien, et si peu accoutumée aux violences qu’elle a souffertes, le seul moyen de la rétablir, est d’aller au-devant de tout ce qu’elle peut désirer. Quelle nécessité de contredire une jeune personne, qui, dans les plus grands accès de son mal, n’a jamais fait éclater un désir, une pensée contraire à son devoir, ni à l’honneur de son nom, ni, si vous me permettez de le dire, mademoiselle, à la fierté de son sexe ? Je me trouve obligé, a-t-il ajouté, de m’arrêter à Paris, pour les affaires de feu M Danby. Deux jours d’application, me mettront en état de les terminer à mon retour. Pendant le séjour que je dois faire en Italie, peut-être aménerai-je l’occasion de finir deux ou trois comptes qui regardent ma pupille, et qui sont demeurés suspendus. Aujourd’hui, j’aurai à dîner Madame Oldham et ses fils. Dans l’après-midi, j’aurai Madame Ohara, avec son mari, et le capitaine Salmonet. Demain, mademoiselle, je compte sur l’honneur de vous avoir à dîner, avec M et Madame Reves, et je vous prie de les engager chez moi pour le reste du jour. Il ne faut pas me refuser cette grâce, parce que j’ai besoin de toute votre influence sur ma sœur Charlotte, pour lui faire marquer l’heureux jour à Milord G. Un de mes plus vifs désirs, est de les voir unis avant mon départ : et mon retour étant incertain, (ah, Lucie ! Que mon émotion a redoublé !) j’ai nommé jeudi prochain pour le triple mariage des jeunes Danby. Si je vois le bonheur de Milord G et celui de Charlotte bien établi avant notre séparation, c’est la plus sensible consolation que je puisse emporter. Je souhaite beaucoup aussi de voir arriver mon cher Belcher, et de le laisser en possession de la tendresse de son père. Le docteur Barlet et lui trouveront leur bonheur l’un dans l’autre. J’entretiendrai un commerce de lettres avec le docteur. Il vous admire, mademoiselle. Il vous communiquera tout ce qu’il jugera digne de votre connoissance, dans la conduite d’un homme qui se croira toujours honoré des moindres marques de votre attention. Ah, Lucie ! Il est échappé ici un soupir à Sir Charles. J’ai cru remarquer plus de chagrin dans ses yeux que dans son langage. Que vous dirai-je, ma chère ? Je ne vous promets rien de mon cœur, s’il m’accorde plus de tendresse qu’on n’en met dans l’amitié… s’il me laisse penser qu’il désire… mais que peut-il désirer ? Il doit être à Clémentine ; il lui appartient : et s’il m’accorde le second rang dans son affection, je m’efforcerai d’en faire mon bonheur. Quoi, Lucie ! S’il me fait cette réponse, serai-je capable de m’offenser contre un homme qui ne peut être tout ce que je souhaiterois qu’il fût pour moi ? Non. Il n’en sera pas moins glorieux à mes yeux. J’admirerai la bonté de son cœur et la grandeur de son ame. Je lui croirai des droits à ma plus vive reconnoissance, pour la protection que j’ai reçue de lui contre la violence d’un ravisseur, et pour les services qu’il n’a pas cessé de me rendre. N’est-ce pas sur l’amitié que mon amour est fondé ? Et Sir Charles ne m’offre-t-il pas la plus tendre et la plus parfaite amitié ? Cependant j’ai surpris une lar me prête à s’échapper. Je me suis senti le cœur en désordre, Lucie, et je n’ai pu me défendre d’une petite ruse de femme. Lorsque je me suis apperçue que je pressois inutilement mes paupières, pour disperser la goutte qui vouloit sortir, et que je l’ai sentie couler sur ma joue, je me suis hâtée de l’essuyer : pauvre émilie ! Ai-je dit fort tendrement. Qu’elle va souffrir de votre absence ! émilie aime beaucoup son tuteur. J’aime aussi ma pupille. J’avois pensé, mademoiselle, à vous demander votre protection pour émilie. Mais, comme j’ai deux sœurs, je compte qu’elle sera heureuse sous leurs ailes, et sous la garde de Milord L d’autant plus que je me promets de vaincre sa malheureuse mère, en lui faisant un frein de son propre intérêt et de celui de son mari, pour l’empêcher du moins de nuire à sa fille. J’étois bien aise, ma chère, d’éloigner mes pensées de moi-même, et de faire tourner aussi son attention sur tout autre sujet que moi. Nous sommes tous persuadés, lui ai-je dit, que M Belcher est le mari que vous destinez… un mari pour émilie ! A-t-il interrompu. Comptez, mademoiselle, que ce ne sera point à ma sollicitation. La moitié de mon bien est au service de mon ami ; mais je ne chercherai jamais à guider le choix de ma pupille. émilie se donnera, dans quelque tems, le mari qu’elle croira propre à la rendre heureuse, et Belcher prendra une femme qu’il puisse aimer : mais émilie, si je puis l’empêcher, ne sera jamais la victime d’un arrangement de convenance. Je connois Belcher pour un homme fort délicat ; je ne le serai pas moins pour ma pupille : et je m’y crois d’autant plus obligé qu’elle ne manque pas elle-même de délicatesse. La persuasion est cruelle, soit qu’elle vienne d’un père ou d’un tuteur, lorsqu’elle propose un mari que le cœur rejette. Quel homme ! Ai-je pensé. Ne lui trouverai-je donc aucun foible ? Attendez-vous bientôt votre ami, monsieur ? De jour en jour, mademoiselle. Et devant partir si tôt, monsieur, comment espérez-vous de finir tant d’affaires avant votre départ ? Je n’appréhende, mademoiselle, que les caprices de Charlotte. Lui auriez-vous remarqué quelqu’éloignement pour l’alliance de Milord G. Non, monsieur. Tout dépendra donc de vos instances, et de celles de Milord et Milady L. Il m’a fait des excuses d’avoir occupé si long-tems mon attention ; et M Reves étant rentré avec sa femme, il a pris congé de nous d’un air composé. Mes esprits s’étoient soutenus de toute leur force. J’ai demandé à ma cousine, la permission de me retirer quelques momens. Il me sembloit que so départ avoit été si grave ! Je suis montée dans mon cabinet. Là, vous l’avouerai-je, Lucie ? Après quelques soupirs involontaires, un déluge de larmes m’a soulagée. J’ai demandé, à genoux, la paix pour l’ame troublée de l’excellente Clémentine, de la résignation pour la mienne, & d’heureux jours pour Sir Charles. Ensuite m’ayant essuyé les yeux devant mon miroir, je suis retournée vers M & Madame Reves, qui n’ont pu voir la rougeur de mes yeux, sans m’en demander la cause, avec les marques d’une profonde inquiétude. Je leur ai dit : l’orage est passé, mes chers parens. Je ne saurois le blâmer. Il est noble, il est juste. Ne m’en demandez pas davantage à présent. Vous lirez ma lettre, qui contiendra tous les détails.

Je suis remontée pour écrire, & je n’ai quitté la plume que pendant le tems du dîner. Enfin, lasse, agitée, mécontente de moi-même sans savoir pourquoi, j’ai porté ma lettre à M et Madame Reves. Tenez, leur ai-je dit ; lisez, si vous le pouvez, & faites-la partir promptement pour ma chère Lucie. Cependant, sur une seconde réflexion, je veux la montrer aussi, ai-je ajouté, aux deux chères sœurs & à Milord L… Ils seroient fâchés de ne pas savoir tout ce qui s’est passé dans une conversation, dont toutes les circonstances demandoient une délicatesse que je crains de n’avoir pas si bien observée que lui. J’aurai leur pitié, j’en suis sûre ; mais je n’en demande point, pour moi, à ceux qui n’en auront pas pour la noble & charmante Clémentine.

(N.) Dans une lettre, du même jour au soir, Miss Byron fait le récit d’une visite qu’elle a reçue de Miss Charlotte, & de tout ce qu’elle vient d’apprendre du dîner, & de la conférence de Sir Charles avec Madame Oldham & ses fils. Il n’a pas manqué d’encourager la mère & les enfans, avec autant de bonté que de noblesse. Il a pourvu à leur éducation. Il leur a promis que ses soins, pour leur fortune, répondroient à leur conduite ; & pour leur donner un motif présent d’émulation, il a recommandé au docteur Barlet de veiller sur leurs progrès. La lettre suivante, qui est du lendemain, offre une autre scène.