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Histoire du matérialisme/Avertissement du traducteur

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Traduction par B. Pommerol.
C. Reinwald (tome 1p. iii-vi).


AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR


L’Histoire du Matérialisme est l’œuvre d’un esprit éminent, admirablement préparé par de profondes études à unir, dans une vaste synthèse, tous les matériaux fournis par la science et la philosophie de son époque.

Porté à l’idéalisme, au mysticisme même, par les aspirations intimes de sa généreuse nature, attiré vers le mécanisme[1] par un vif sentiment des nécessités de la science, Lange s’est proposé de concilier ces deux tendances de la pensée humaine, depuis si longtemps en lutte.

La religion et la métaphysique, il les accepte seulement au même titre que l’art et la poésie : c’est-à-dire comme des produits nécessaires de l’organisation humaine, dépourvus de toute réalité objective, mais plus rapprochés peut-être que le mécanisme de la vérité inconnue, but constant de nos recherches.

L’Histoire du Matérialisme se compose de deux volumes. Le premier n’est, à proprement parler, qu’une introduction historique destinée à mettre en relief les transformations diverses de la conception mécanique de l’univers, depuis l’antiquité grecque jusqu’au XVIIIe siècle. Grâce à cet exposé, le lecteur se trouve préparé à l’intelligence des questions traitées dans le second volume qui est la partie capitale de l’œuvre. Ici Lange soumet à la critique philosophique les principales théories de la science contemporaine : l’origine de notre planète, l’origine de la vie sur la terre, l’origine de l’homme, l’origine et le fondement de nos connaissances, l’avenir de la religion, et enfin les dangers dont notre civilisation est menacée.

Les derniers chapitres, où l’auteur aborde la question sociale, ne sont pas les moins intéressants. Lange parle toujours de ceux qui souffrent avec une émotion communicative : qu’il s’agisse des esclaves de l’antiquité, des serfs du moyen âge ou des prolétaires des temps modernes. Suivant l’expression du Dr Nissen[2], « son cœur bat à la seule pensée de la misère des masses ». Au nom de la justice il réclame énergiquement pour les travailleurs une part plus large à l’instruction, aux jouissances de la vie. Il ne se contente pas d’écrire en faveur des opprimés, il apporte l’exemple à l’appui de ses doctrines : il fonde des sociétés de consommation, fait des conférences aux ouvriers, organise enfin l’agitation parmi eux au point d’avoir des démêlés avec la police de son pays[3].

Nous offrons aujourd’hui au public français une traduction de cet ouvrage remarquable. Elle nous a coûté quatre années d’un travail persévérant et ininterrompu. Notre tâche était ardue et délicate, car nous nous étions imposé non-seulement de rendre fidèlement la pensée de l’auteur, mais encore de suivre le texte d’aussi près que pouvait le permettre le génie de notre langue. Nous avons été sobre de néologismes. Ceux que nous avons hasardés s’expliquent facilement par leur étymologie grecque ou latine.

Lange nous avait promis de revoir nos épreuves. Privé par sa mort prématurée de cette précieuse collaboration, et voulant néanmoins conserver si notre travail toute la rigueur que comportent les nombreuses questions scientifiques passées en revue dans l’Histoire du Matérialisme, nous nous sommes fait un devoir de nous entourer d’hommes spéciaux, et nous les avons consultés toutes les fois que le texte pouvait donner lieu à double interprétation.

Nous devons une mention particulière et nos plus vifs remerciements à M. D. Nolen, professeur à la Faculté des lettres de Montpellier, qui a bien voulu écrire l’introduction de ce livre, nous prêter le concours de son érudition philosophique, et revoir notre traduction tout entière.

Nous avons encore à remercier MM. les docteurs Armand Gautier, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris, directeur du laboratoire de chimie biologique, et L. Magnier de la Source, préparateur au même laboratoire, ainsi que M. Jules Grolous, ancien élève de l’École polytechnique, qui ne se sont jamais montrés avares de leurs précieux conseils.

B. POMMEROL.



Paris, 22 septembre 1877.



  1. À propos du mécanisme, il est bon de rappeler avec la Revue de philosophie positive, n° de mars-avril 1877, p. 248, que l’illustre Lavoisier a écrit « qu’on arriverait un jour à évaluer ce qu’il y avait de mécanique dans le travail du philosophe qui réfléchit, de l’homme de lettres qui écrit, du musicien qui compose. »
  2. Éloge funèbre de Lange.
  3. Pour plus de détails, voir notre Notice sur F-A. Lange. Paris, 1877, librairie M. Dreyfous.