Histoire du prince Soly/II/13

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(volume 25p. 199-203).


CHAPITRE XIII.


le nouveau roi étant dans son palais, revoit la fée Cabrioline.


LE nouveau roi trouva un palais fort antique, mais dont la grandeur & la richesse le charmèrent. Les principaux officiers de la couronne vinrent lui présenter leurs hommages. Un des premiers soins du prince fut de faire porter Bengib dans un appartement, & de recommander que son en eût un soin particulier.

Quand le roi fut dans les appartemens, il s’informa quels étoient les plaisirs que les rois prenoient dans cet empire. La reine & la princesse applaudirent à cette question. Le grand trésorier répondit que l’occupation du défunt roi étoit la lecture & la promenade pendant la journée ; & si vous voulez savoir, ajouta-t-il, quel étoit son plaisir quand il ne voyoit plus le soleil, il faut entrer dans l’appartement du trésor.

Il conduisit aussi-tôt le prince & sa suite dans un appartement magnifique où étoient de grands coffres remplis de pieces d’or. Le plaisir de votre auguste père, reprit le trésorier, étoit de compter ces richesses, lorsque la nuit étoit venue ; il se plaisoit à remuer ces pièces d’un endroit à un autre, & à les ranger à tâtons, Cet amusement est allez bizarre dit la princerie ; il faudra l’enseigner à Solocule qui ne voit goutte : pour moi, j’aime mieux voir ce que produit l’or, que l’or en lui-même. Laissez-moi faire, ma princesse, lui dit tout bas le roi, nous ferons produire à celui-ci des objets agréables.

Voilà bien des richesses, dit la reine d’Amazonie ; mais n’y en avoit-il pas encore davantage ? ; & n’en a-t-on pas enlevé après la mort du roi ? Je puis vous assurer, répondit le grand trésorier, qu’on n’a rien pris. Lorsque le roi est mort, il étoit veuf ; si sa femme lui eût survécu, peut-être ne trouveroit-on rien aujourd’hui. Mais quoique nous ignorassions que Sa Majesté dût revenir, on n’a rien emporté. Vous êtes d’une grande probité, dit le jeune monarque ; il y a bien des héritiers qui écrivent qu’ils vont venir promptement, & qui trouvent les coffres vides quand ils arrivent.

Après cette conversation, on pressa le roi de venir se mettre à table avant que le jour finît. Mais la princesse étoit curieuse, & voulut voir les jardins avant le souper. Le roi, qui n’avoir d’autre volonté que la sienne, la suivit, accompagné de toute sa cour. Il faisoit la plus belle soirée du monde ; le soleil, qui se couchoit, laissoit répandre aux fleurs toute leur odeur, & les oiseaux, qui finissoient leurs concerts de cette journée, les rendoient plus vifs & plus touchans.

Tous les objets qui se présentoient étoient charmans en eux-mêmes ; mais ils paroissoient encore plus beaux à des cœurs contens. La reine des Amazones avoit retrouvé sa chère fille, après un danger effroyable. La princesse & son amant se voyoient réunis pour toujours ; la gouvernante de Fêlée étoit auprès de son fidèle Agis, Ainsi chacun goûtoit le plus parfait plaisir. Il n’y avoit que les officiers du roi accoutumés à souper à cinq heures, qui s’ennuyoient un peu. Le grand rôtisseur de l’empire accourut tout en nage dire au roi que les viandes se séchoient trop, & le grand-maître du palais fit observer à la compagnie qu’il falloit absolument souper pendant qu’il restoit encore du jour, parce qu’ils seroient obligés de manger à tâtons, la loi défendant de se servir d’autre lumière que de celle du soleil. Ce discours détermina la compagnie à rentrer.

Mais quand on fut près du perron le roi & Agis aperçurent la charmante Cabrioline, Le roi courut à elle, tandis qu’Agis expliquoit la reine & à la princesse qui elle étoit. La fée s’avança d’un air théâtral dont les princesses furent enchantées. Elle étoit ce jour-là habillée plus galamment que jamais & sa beauté avoit encore un nouvel éclat. Il n’y eut que la gouvernante qui la vit avec chagrin. Agis lui avoit quelquefois parlé avec feu de la jeune fée. L’amour est pénétrant & toujours suivi de soupçons ; elle expliqua tendrement sa crainte à son amant. Agis assura cette amante que la fée auroit tous les attraits du monde qu’elle ne le toucherait point, à cause d’un malheureux joueur de flûte qui la suivoit toujours, & qui le fatiguoit trop.

Quand toute la cour fut rentrée au palais, l’obscurité étoit presque venue entièrement. Mais Cabrioline tira un petit sifflet de sa poche ; au premier coup qu’elle en donna, tous les appartemens se trouvèrent illuminés.

Ce coup de sifflet causa au jeune page un frémissement dont la fée s’aperçut. Ne craignez rien, lui dit-elle en riant, le tambourin n’est pas ici. J’en suis ravi pour la compagnie, dit Agis ; il n’est bon que pour les Dondiniens. Cet homme-là, dit Fêlée, n’est pas des amis d’Agis, il m’a pourtant rendu un si grand service, que je ne puis me dispenser de vous demander de ses nouvelles. Je gagerois, dit Agis, qu’il est mort de lassitude au pied de quelque buisson ; il ne pouvoir pas résister long-temps au métier qu’il faisait. Il ne m’a point quitté, dit Cabrioline, & il ne tient qu’à moi de le faire paroître tout à l’heure. Mais comme nous devons aujourd’hui faire autre chose que voyager ou faire fuir les ennemis, j’ai amené une symphonîe plus douce, & dont vous serez content.