Histoire philosophique et politique des établissemens et du commerce des Européens dans les deux Indes/Avertissement

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AVERTISSEMENT.


L’imperfection de l’Hiſtoire Philoſophique & Politique des Etabliſſemens & du Commerce des Européens dans les deux Indes frappoit tous les bons eſprits. Ils auroient deſiré plus de richeſſe dans le fonds, plus de dignité dans la forme.

J’ai fait tout ce qui étoit en moi pour m’élever à la hauteur de mon ſujet. Mais combien les gens d’un goût délicat me trouveront encore éloigné du ton réſervé aux Écrivains de génie !

Il doit m’être permis de dire que, ſous un autre point de vue, on pourra n’être pas mécontent de mon travail. Les nouvelles recherches que j’ai faites, les ſecours que j’ai reçus de toutes parts m’ont mis heureuſement en état de donner à mon Ouvrage toute l’étendue, toute l’exactitude dont il étoit ſuſceptible. La plupart des détails qu’il renferme ont été tirés de Pièces originales. Ceux qui n’ont pas une baſe auſſi ſolide ont pour appui le témoignage des hommes les plus éclairés de toutes les Nations. Pluſieurs des Tableaux, qui terminent chaque volume, m’ont été envoyés avec la preuve de leur fidélité. J’ai fait dresser les autres sur des matériaux d’une autorité également inconteſtable.

Le Lecteur pourra s’étonner de la différence qu’il remarquera entre les États préſentés au Parlement d’Angleterre touchant les Indes Orientales ou Occidentales, & ceux que j’ai cru devoir y joindre. La ſurpriſe ceſſera ſi l’on fait attention que les réſultats offerts au Sénat de la Nation ne portent que ſur les productions & les marchandiſes qui n’ont pu échapper aux recherches du fiſc ; qu’ils ne donnent à ces productions, à ces marchandiſes que leur valeur originaire ; qu’ils ſe terminent à l’année 1773. Moi, au contraire, je fais entrer dans mon calcul tous les objets ; je les porte au prix qu’ils ont après l’acquittement des droits ; je parle de l’époque actuelle où ils ont acquis une grande extenſion.

Depuis l’impreſſion de mon Ouvrage, j’ai reçu ſur Saint-Vincent des détails qu’il ne m’avoit pas été poſſible d’obtenir auparavant. Cette iſle, l’une des Caraïbes, compte mille quatre cens ſoixante-onze perſonnes libres & douze mille cent dix-neuf eſclaves. Le Gouvernement Britannique y a concédé vingt-trois mille ſix cens cinq acres, ou, ſuivant une meſure plus uſitée dans cette partie du Nouveau-Monde, ſept mille quatre cens cinquante-trois quarreaux de terre. De ces quarreaux, dix-neuf cens ſoixante-neuf ſont occupés par ſoixante & une ſucreries ; quatre cens quarante-deux par le café ; cent trente-un par le cacao ; trois cens ſoixante-neuf par le coton ; trente-neuf par l’indigo ; quatre cens cinquante-un par le tabac ; fept cens quatre-vingt-cinq par le manioc ; ſix cens ſoixante par les ſvanes ; & deux mille ſix cens par des bois.

Le globe eſt actuellement enſanglanté par une guerre qui a donné, qui a ôté des établiſſemens utiles aux Puiſſances belligérantes. Lorſque les Traités auront confirmé ces conquêtes ou ces pertes, il fera tems d’annoncer ces révolutions.

Comme la connoiſſance des monnoies étrangères n’eſt pas commune, on a cru devoir les réduire en livres tournois.

Si quelques Imprimeurs font encore à l’Hiſtoire des deux Indes l’honneur de la remettre ſous preſſe, je les exhorte à ne plus déplacer les indications & à les laiſſer toujours en marge.

Le peu qui me reſte de forces ſera conſacré à l’Hiſtoire de la révocation de l’Édit de Nantes. Ce ne fera pas un détail des atrocités qui accompagnèrent cet événement malheureuſement célèbre. Je ſuivrai ſur le globe entier les Réfugiés François ; & je retracerai, le mieux qu’il me ſera poſſible, le bien qu’ils firent aux régions diverſes où ils portèrent leur activité, leurs larmes & leur induſtrie.


Évaluation des Monnoies.
Bourſe de Turquie 1500 l. ſ. d.
Cruzade 2 10
Écu Danois 4
Florin de Hollande 2 4
Livre des Colonies Françoiſes 13 4
Livre ſterling 22 10 1
Piaſtre forte 5 8
Piaſtre courante 4
Roupie 2 8
Taël 7 10