Histoire philosophique et politique des établissemens et du commerce des Européens dans les deux Indes/Livre VII/Chapitre 34

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XXXIV. Le Pérou eſt-il auſſi riche qu’il l’étoit autrefois.

Juſqu’alors la haute opinion qu’on avoit toujours eue, & long-tems avec raiſon, des richeſſes du Pérou s’étoit maintenue. La cour d’Eſpagne accuſoit le commerce interlope d’en avoir détourné la plus grande partie ; & elle ſe flattoit que le nouveau ſyſtême les ramèneroit dans ſes ports en auſſi grande abondance qu’aux époques les plus reculées. Une évidence, à laquelle il fut impoſſible de ſe refuſer, réduiſit les plus incrédules à voir que les mines de cette partie du Nouveau-Monde n’étoient plus ce qu’elles avoient été ; & que ce qu’elles avoient laiſſé de vuide n’avoit pas été rempli par d’antres objets.

Depuis 1748 juſqu’en 1753, Lima ne reçut d’Eſpagne pour tout le Pérou que dix navires qui remportèrent chaque année 30 764 617 liv. Cette ſomme étoit formée par 4 594 192 livres en or ; par 20 673 657 livres en argent ; par 5 496 768 livres en productions diverſes.

Ces productions furent trente & un mille quintaux de cacao, qui furent vendus en Europe 3 240 000 livres. Six cens quintaux de quinquina, qui furent vendus 207 360 liv. Quatre cens ſoixante-dix quintaux de laine de vigogne, qui furent vendus 324 000 liv. Dix mille huit cens cinquante quintaux de cuivre, qui furent vendus 810 108 liv. Dix mille ſix cens quintaux d’étain, qui furent vendus 915 300 livres.

Dans l’or & l’argent 1 610 000 livres appartenoient au gouvernement, 19 422 671 liv. au commerce ; 4 225 178 liv. au clergé ou aux officiers civils & militaires.

Dans les marchandiſes, il y avoit 1 381 569 livres pour la couronne, & 4 115 199 livres pour les négocians.

Le tems a un peu changé l’état des choſes ; mais l’amélioration n’eſt pas conſidérable.

Fin du ſeptième Livre.