Histoire populaire du Christianisme/XIIIe siècle

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TREIZIÈME SIÈCLE.




La quatrième croisade partit de Venise le 8 octobre 1202, et les Latins prirent Constantinople d’assaut le 12 avril 1204. Alexis Ducas fut détrôné, et Baudoin, comte de Flandres, couronné empereur d’Orient. Le pape approuva solennellement le fait accompli. Il est vrai que l’empire était enlevé à des princes schismatiques, au profit de l’Église romaine.

En 1208, Innocent III excommunia Raymond, comte de Toulouse, et fit publier une croisade contre les hérétiques du Languedoc et de la Provence, Albigeois, Vaudois, Kathares et Arnaudistes.

«  Le faste des évêques, dit l’abbé Guyot, les mœurs scandaleuses des prêtres et des clercs, leur ignorance égale à leurs vices, ne fournissaient aux hérétiques que des sujets trop réels de déclamations violentes. Car, du mépris des ministres, le peuple passa facilement au mépris de la religion. »

L’abbé Guyot dit dans un autre passage avec une singulière ingénuité : « Ces sectes avaient des erreurs particulières ; mais elles s’accordaient toutes à se déchaîner contre le clergé, à attaquer les cérémonies de l’Église, les reliques des saints, les sacrements, les indulgences, afin d’enlever aux ecclésiastiques la source de leur crédit sur l’esprit des peuples. »

Voilà, en effet, en quoi consistait le crime irrémissible des Albigeois.

Ils étaient Manichéens, mais ils avaient modifié le Manichéisme primitif en ce qu’ils admettaient que Dieu avait produit le mauvais principe, Lucifer, qui n’était, il est vrai, devenu tel qu’après sa révolte. Dieu avait alors créé Jésus-Christ pour combattre Lucifer, et la lutte entre eux devait être perpétuelle. Ce monde et ses habitants étant l’œuvre du mauvais principe, et les âmes étant des démons emprisonnés dans les corps, ils niaient la résurrection de la chair et condamnaient le mariage. Ils se partageaient cependant en deux ordres : les Parfaits et les Auditeurs. Les premiers professaient le spiritualisme et les mœurs les plus austères ; les autres aspiraient à l’initiation supérieure, mais n’y étaient point parvenus. On les massacra et on les brûla pendant dix-huit ans. Soixante mille Albigeois furent égorgés dans la seule ville de Béziers. On déchirait les victimes avec des tenailles, on déterrait les morts pour les couper en quartiers et les réduire en cendres. Saint Dominique se distingua particulièrement dans cette épouvantable boucherie. Il y eut des Albigeois jusqu’à la fin du XIVe siècle. Enfin, on les détruisit absolument par la continuité implacable des supplices.

Innocent III approuva, en 1210, la règle de François d’Assise, dans le temps même où le patriarche de Jérusalem en donnait une aux Carmes.

Ceux-ci prétendaient d’ailleurs que le prophète Élie avait été un moine de leur ordre.

En 1211, le pape déposa l’empereur d’Allemagne et le roi d’Angleterre, et, en 1212, il publia une croisade pour déposséder ce dernier. Ce fut vers cette époque qu’une innombrable multitude d’enfants partit pour la Terre-Sainte. Ils moururent tous de faim, de soif et de fatigue, dans les bois et par les chemins déserts.

Le douzième Concile général, quatrième de Latran, se réunit à Rome en 1215. Innocent y présenta soixante-dix canons tout faits qui ne parlaient qu’au nom du pape. Les Pères, voyant que leur présence était inutile, voulurent se retirer ; mais le pape ne leur permit de partir qu’en exigeant de chacun d’eux des sommes considérables.

Innocent III mourut le 16 juillet 1216 ; Honorius III lui succéda.

En 1220, une querelle s’éleva entre le pape et l’empereur Frédéric II qui n’avait point tenu sa promesse de passer en Terre-Sainte. On n’ignorait pas cependant quelle était la conduite des croisés en Orient. Nicétas, et, après lui, l’abbé Fleury disent que les bandes catholiques pillaient les églises, foulaient aux pieds les saintes images, jetaient les reliques dans les lieux immondes, et même répandaient par terre le corps et le sang du Seigneur ; mais les papes tenaient beaucoup aux croisades qui affaiblissaient et ruinaient l’empire. Enfin, après avoir obtenu délais sur délais, Frédéric fut excommunié en 1227.

Le pape Honorius mourut le 18 mars de cette année. Grégoire IX lui succéda.

Ce fut en 1229, au Concile de Toulouse, qu’on défendit aux laïques de lire l’Ancien et le Nouveau Testament en langue vulgaire.

L’empereur Frédéric, absous en 1230, fut excommunié de nouveau en 1239, pour avoir dit, selon l’accusation, que le monde avait été trompé par trois imposteurs : Moïse, Jésus-Christ et Mahomet. Cette même année une effroyable exécution eut lieu en Champagne devant le roi de Navarre, l’archevêque de Reims et dix-sept évêques : on brûla à petit feu cent quatre-vingt-trois Manichéens attachés ensemble.

Le pape Grégoire IX mourut presque centenaire, le 21 août 1241. L’historien contemporain Matthieu Paris dit de ce pape qu’il était d’une cupidité insatiable, et que, pour avoir de l’argent, il avait recours à la simonie et à l’usure. Nous verrons à ce sujet que Grégoire était fort honnête, comparé à Jean XXIII. Célestin IV lui succéda, mais il mourut seize jours après, et le Saint-Siège resta vacant pendant vingt mois. Innocent IV fut élu le 24 juin 1243.

En 1245, le pape convoqua à Lyon le treizième Concile général et prononça lui-même le discours d’accusation contre l’empereur Frédéric, qui fut déposé solennellement pour cause de parjure, de félonie, de sacrilège et d’hérésie. Puis le pape imposa des contributions énormes sur le clergé de France, d’Italie et d’Angleterre, ce qui sembla fort extraordinaire aux prêtres plus habitués à commettre des exactions qu’à en souffrir.

Louis IX, roi de France, partit pour la cinquième croisade en 1248.

Le pape adressa, en 1252, une bulle aux évêques de France, qui abolissait la coutume d’obliger les ecclésiastiques à prouver par le duel le droit qu’ils avaient sur les serfs des églises.

Innocent IV mourut le 7 décembre 1254. Alexandre IV lui succéda.

En 1259, un dominicain, nommé Reinier, prêcha les flagellations publiques pour désarmer la colère de Dieu. On vit alors dans toute l’Italie des processions de Flagellants de tout âge et de tout sexe qui se fouettaient en poussant des cris affreux, et qui frappaient à tour de bras tous ceux qu’ils rencontraient. Cette folie furieuse et stupide dura fort longtemps et se répandit dans toute l’Allemagne.

Le pape Alexandre IV mourut le 25 mai 1261. Urbain IV lui succéda. Ce fut ce dernier qui institua la Fête-Dieu en 1264. L’office en fut composé par saint Thomas-d’Aquin. Urbain IV mourut le 2 octobre de cette année. Clément IV lui succéda. En 1268, mort de Clément IV. Le Saint-Siège resta vacant deux ans, dix mois et vingt-sept jours.

Louis IX partit pour la sixième croisade le 15 mars 1270. Avant son départ parut la Pragmatique sanction en six articles. Il y est dit entre autres choses : « Nous ne voulons aucunement qu’on lève ou qu’on recueille les exactions pécuniaires et les charges très-pesantes que la cour de Rome a imposées ou pourrait imposer à notre royaume et par lesquelles il est misérablement appauvri. »

Saint Louis était un homme juste, généreux, plein d’honneur et d’héroïsme. C’est le plus beau caractère du XIIIe siècle. Ses grandes vertus lui étaient propres, ses vices étaient chrétiens.

Grégoire X fut élu le 1er septembre 1271. En 1274, le Concile général de Lyon fit la constitution définitive pour l’élection des papes. C’est l’époque de la fondation du Conclave.

Grégoire X mourut le 10 janvier 1276. Il eut pour successeurs, dans la même année, Innocent V, Adrien V et Jean XXI, et, l’année suivante, Nicolas III. Ce dernier étant mort en 1280, le 2 août, on élut Martin IV.

En 1282, les Siciliens égorgèrent tous les Français qui étaient dans l’île. On appela ce massacre les Vêpres siciliennes. Cette même année, le pape excommunia l’empereur de Constantinople Michel Paléologue.

Martin IV mourut le 28 mars 1285. Honorius IV lui succéda. Mort d’Honorius en 1287, le 3 avril. Il eut pour successeur Nicolas IV.

Les Chrétiens perdirent en 1291 tout ce qu’ils avaient conquis pendant les croisades qui avaient duré près de deux cents ans.

Nicolas IV étant mort le 24 avril 1292, le Saint-Siège resta vacant pendant deux ans et trois mois. Enfin, le Conclave élut Célestin V, qui se démit du pontificat la même année. Boniface VIII fut élu.

Boniface VIII est celui dont Benvenuto d’Imola a dit : « Il est monté sur la chaire de saint Pierre comme un renard, il a régné comme un lion, il est mort comme un chien. »

Le nouveau pape commença par faire enfermer son prédécesseur dans un cachot si étroit, qu;on ne pouvait s’y coucher que ployé en deux. Le malheureux n’en sortit plus.

En 1296, la bulle Clericis laïcos donna lieu aux longues querelles de Boniface et du roi de France Philippe le Bel. Cette bulle défendait aux ecclésiastiques, sous peine d’excommunication, de payer aucun subside aux princes sans l’autorisation du Saint-Siège. Philippe se paya de ses propres mains en saisissant les biens du clergé, ce qui mit le pape en fureur. C’était d’ailleurs son état normal.

Boniface VIII institua en 1300 les indulgences
 plénières centenaires qu’il nomma Jubilé ; mais ce 
Jubilé procura de tels profits à la caisse papale 
qu’on l’avança de cinquante ans.



Fin du treizième siècle.