Histoire populaire du Christianisme/XIIe siècle

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DOUZIÈME SIÈCLE.




Pascal II renouvela, en 1102, dans un Concile de Rome, l’excommunication prononcée par Grégoire VII contre Henri IV d’Allemagne.

En 1111, Henri V renonça par un traité aux investitures épiscopales, et le pape, de son côté, renonça aux Régales, c’est-à-dire aux terres impériales dont l’Église s’était emparée ; mais quand il fallut mettre le traité à exécution, Henry, qui était venu à Rome, fit arrêter le pape, et le peuple massacra les Allemands qui s’enfuirent en emmenant Pascal. Celui-ci ne fut mis en liberté qu’en accordant par une bulle le droit d’investiture à l’empereur ; mais, en 1112, un Concile déclara la bulle de toute nullité et excommunia Henry.

Pascal II mourut le 18 janvier 1118. Gélase II lui succéda. Celui-ci, étant mort en 1119, eut pour successeur Calixte II.

Abélard fut censuré pour la première fois, en 1121, au Concile de Soissons qui condamna son Introduction à la Théologie chrétienne, œuvre dans laquelle les dogmes de la Trinité et du péché originel étaient gravement atteints, ce qui sapait les deux bases essentielles du Christianisme.

Abélard était un homme très-savant et très-éloquent et infiniment supérieur à son siècle. En outre, sa vie fut une longue aventure romanesque. Nous le retrouverons bientôt.

En 1122, le Concile de Worms conclut de nouveau la paix entre l’Église et l’empire. L’empereur renonça au droit d’investir les évêques par la crosse et l’anneau

Le pape Calixte II mourut le 12 décembre 1124. Honorius II lui succéda.

La première règle écrite fut donnée, en 1128, par le Concile de Troyes, à l’ordre des Templiers fondé depuis dix ans, à Jérusalem, sous le règne de Baudoin Ier.

Le pape Honorius II mourut le 14 février 1130. Il eut deux successeurs à la fois, Innocent II et Anaclet ; mais saint Bernard fit reconnaître Innocent en France, en Angleterre et en Allemagne.

Ce même saint Bernard, abbé de Clairvaux, fit condamner définitivement, au Concile de Sens, en 1139, la doctrine d’Abélard qui fut arrêté à Cluny et rigoureusement enfermé au monastère de Saint-Marcel, près de Châlons-sur-Saône, où il mourut en 1142. Son corps fut porté au Paraclet, abbaye qu’il avait fondée près de Nogent-sur-Seine, et où vivait la célèbre Héloïse, sa maîtresse, qui voulut être inhumée dans le même tombeau.

Le Concile de Latran condamna, cette même année 1139, Arnaud de Brescia qui refusait aux ecclésiastiques le droit de posséder, et rejetait le baptême des enfants, le sacrifice de la messe, les prières pour les morts et le culte de la croix.

Le pape Innocent II mourut le 24 septembre 1143. Célestin II lui succéda.. Celui-ci, étant mort cinq mois après, eut pour successeur Lucius II, qui ne vécut pape qu’un an. Eugène III fut élu.

En 1146, saint Bernard prêcha la seconde croisade au Parlement de Vézelay, en Bourgogne. Une première armée de 70 000 hommes partit sous le commandement de Konrad, empereur d’Allemagne, bientôt suivie de 80 000 hommes conduits par le roi de France Louis VII. L’empereur de Constantinople, Manuel Comnène, beaucoup plus effrayé de la croisade que ne l’étaient les Sarrasins, fit tout ce qu’il put pour anéantir ses coreligionnaires qui, d’ailleurs, pillaient, violaient, massacraient et incendiaient tout sur leur passage. Il en revint fort peu en Europe.

En ce temps-là, un noble breton, nommé Éon, prétendait qu’il était fils de Dieu et juge des vivants et des morts. Il appuyait son opinion à cet égard sur ces paroles qui terminaient la formule des exorcismes : Per Eum qui judicaturus est, ce qui signifie : Par celui qui doit juger. Or, Eum voulant dire Celui, et cet ingénieux Breton se nommant Éon, il en concluait qu’il s’agissait évidemment de lui, ce qui, chrétiennement parlant, n’était pas plus insensé qu’autre chose ; mais le Concile de Reims ne l’en condamna pas moins. Il eut aussitôt d’innombrables disciples qui se laissaient plutôt brûler que d’avouer la non-identité d’Eum et d’Eon.

Le pape Eugène III mourut le 8 juillet 1153. Anastase IV lui succéda.

Une bulle du pape confirma, en 1154, les privilèges de l’ordre des Frères Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, connus depuis sous le nom de Chevaliers de Malte.

Le pape Anastase IV mourut le 2 décembre 1154. Adrien IV lui succéda.

L’empereur Frédéric Barberousse ayant livré au pape, l’année suivante, Arnaud de Brescia qui s’était réfugié en Lombardie, celui-ci fut brûlé solennellement à Rome. On jeta dans le Tibre les cendres du disciple d’Abélard.

L’origine de l’inimitié célèbre des Guelfes et des Gibelins nous est révélée par Othon, évêque de Frisingue, contemporain de Barberousse : « Deux familles puissantes existent dans l’empire romain : l’une, celle des Henrys de Guibelingue, et l’autre, celle des Guelfes d’Altdorf. Sous Henry V, le duc Frédéric épousa la fille de Henry le Noir, duc de Bavière, et il eut de ce mariage Frédéric Barberousse, actuellement régnant. »

Or, les ducs guelfes, toujours opposés aux empereurs gibelins, avaient naturellement embrassé la cause de l’Église quand celle-ci s’était élevée contre l’empire. Le parti papal fut donc confondu avec celui des Guelfes, et les intérêts des Gibelins demeurèrent attachés à ceux de la maison impériale.

À l’avènement de Barberousse, l’harmonie régnait entre la puissance religieuse et le pouvoir civil. L’empereur avait livré Arnaud de Brescia au pape, et le pape avait couronné l’empereur à Rome ; mais les haines de l’Église et de l’empire subsistaient, et les querelles, les insultes et les anathèmes ne tardèrent pas à recommencer.

En 1156, le pape eut une idée ingénieuse : il écrivit à Étienne, roi d’Angleterre, qu’il lui donnait l’Irlande à la condition de payer à saint Pierre un denier annuel par maison.

Le pape Adrien IV mourut le 1er septembre 1159. Victor III lui succéda, non sans qu’il y eût une sorte de schisme, car la moitié des cardinaux nomma un autre pape sous le nom d’Alexandre III. Ce ne fut que l’année suivante que le Concile de Pavie confirma l’élection de Victor ; mais la France, l’Angleterre et la Palestine ne voulurent reconnaître qu’Alexandre III, de sorte que Victor est compté parmi les antipapes. Ce dernier étant mort en 1164, les schismatiques élurent Pascal III par ordre de Barberousse, excommunié par Alexandre III, le vrai pape. Or, l’empereur prit Rome d’assaut en 1167 et y installa Pascal, qui mourut un an après. Ses partisans nommèrent un troisième antipape sous le nom de Calixte III ; mais, Barberousse ayant fait sa paix, en 1178, avec Alexandre, Calixte abjura le schisme qui s’éteignit avec Laudo, en 1180.

Le pape Alexandre III mourut le 30 août 1181. Lucius III lui succéda. Ce fut le premier pape élu par les cardinaux seuls, à l’exclusion du clergé et du peuple.

Le Concile de Vérone, en 1184, condamna l’hérésie des Kathares ou Vaudois. Kathare signifie pur. Les Vaudois proprement dits tiraient leur nom des vallées du Piémont, où ils s’étaient perpétués depuis le IXe siècle. Ils croyaient que la pauvreté évangélique était nécessaire au salut, et ils faisaient dépendre la validité des sacrements de la sainteté du ministre, ce qui semble fort ridicule à l’abbé Guyot, dans son livre des Hérésies. Par surcroît d’erreur, ils attribuaient le ministère sacré aux laïques dont la vie était pure ; mais le comble de l’abomination, de leur part, était de soutenir que l’Église avait cessé d’être unie à Jésus-Christ du jour où elle avait possédé des biens terrestres. Ils proscrivaient aussi le culte des saints et des images, le serment en justice, la guerre et la peine de mort. Bossuet dit textuellement d’eux, dans son Histoire des Variations, que, si leurs mœurs étaient très-pures, c’est que le Démon avait conservé parmi ces sectaires le mépris du luxe, la justice, la chasteté, la tempérance et les autres vertus morales comme un moyen pour séduire le peuple. De tels scélérats sont en effet extraordinaires.

Le pape Lucius III mourut le 24 novembre 1185 ; Urbain III lui succéda.

En 1187, Salahaddin prit Jérusalem, cent quatre-vingt-huit ans après la première croisade. Selon les historiens contemporains, la Terre-Sainte était à cette époque souillée par toute espèce de vices et de crimes, peu différente en cela, d’ailleurs, du reste de la Chrétienté.

Le pape Urbain III mourut cette même année. Son successeur, Grégoire VIII, étant mort peu après, Clément III lui succéda.

Troisième croisade en 1188, commandée par Philippe-Auguste de France, Richard d’Angleterre, l’empereur Frédéric et le duc de Souabe, son fils.

Le pape Clément III mourut le 25 mars 1191 Célestin III lui succéda.

Une bulle pontificale confirma, en 1192, le nouvel ordre militaire des chevaliers Teutoniques.

Mort de Célestin III, le 8 janvier 1198. Innocent III lui succéda. N’oublions pas de rappeler un trait du pape Célestin. Henry VI, fils de Barberousse, était venu recevoir la couronne impériale à Rome. Cette couronne était posée sur les marches du trône où le pape était assis. Or, comme l’empereur étendait le bras pour la prendre, Célestin la repoussa violemment avec le pied et la fit rouler dans la salle. C’était une façon de faire entendre au chef de l’empire qu’il dépendait de l’Église de donner et d’ôter les dignités temporelles. Henry, convaincu qu’une couronne est toujours bonne à prendre, courut après celle-ci et se la mit sur la tête. Célestin était un digne successeur de Grégoire VII, mais Innocent III se préparait à faire passer de plus rudes moments aux rois et aux peuples ; et, pour commencer, il excommunia Philippe-Auguste qui avait répudié Ingerburge pour épouser Agnès, fille du duc de Dalmatie. Le roi ayant refusé de reprendre sa première femme, l’interdit fut mis sur tout le royaume. Il n’y eut plus ni baptême, ni mariage, ni enterrement. Les cadavres restaient dans les maisons, dans les rues et sur les routes, et pendant huit mois la désolation fut générale. Enfin, Philippe céda, et le légat du Saint-Père leva l’interdit, le 28 septembre 1200.



Fin du douzième siècle.