Histoire populaire du Christianisme/XVIIe siècle

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DIX-SEPTIÈME SIÈCLE.




Le synode calviniste réuni à Gap, le 1er octobre 1603, établit comme article de foi que le pape était l’Antéchrist, le fils de la perdition, la Bête écarlate que le Seigneur déconfira.

Arminius, ministre d’Amsterdam et professeur en théologie à l’académie de Leyde, eut, vers cette époque, une contestation avec Gomar, professeur en théologie à l’académie de Groningue, sur le libre arbitre, la prédestination, la justification, la persévérance et la grâce.

Les Arminiens soutenaient qu’il n’y a en Dieu aucune résolution absolue de ne donner Jésus-Christ qu’aux seuls élus, et de n’accorder qu’à eux, avec la vocation efficace, foi, justification, persévérance et gloire ; mais qu’il a donné Jésus-Christ pour rédempteur commun à tout le monde, et à tous aussi les moyens suffisants pour être sauvés ; que l’élection de chacun n’a lieu que par la prescience divine de la foi et de la persévérance futures, ainsi que la réprobation en vue de la persévérance dans le mal ; que le prix payé par le Fils de Dieu est offert pour tous, et que nul n’est exclu du fruit de la Rédemption que par sa faute ; enfin que la grâce n’est pas irrésistible et que Dieu en offre une suffisante à tous ceux à qui l’Évangile est annoncé.

Les Gomaristes, au contraire, soutenaient que, par la chute d’Adam, le genre humain tout entier étant devenu une masse de perdition et de damnation, Dieu a résolu d’en tirer un certain nombre d’hommes et de les conduire par ses grâces au royaume éternel, pendant qu’il laisse les autres dans cette masse et leur refuse les grâces nécessaires pour se sauver. C’est la pure doctrine janséniste, comme nous le verrons.

Le pape Clément VIII mourut le 3 mars 1605. Paul V lui succéda.

En 1609, les princes protestants formèrent une confédération sous le nom d’Union évangélique dont l’électeur Palatin, Frédéric IV, fut le chef, et les princes catholiques en formèrent une autre qu’on nomma Ligue catholique où on admit le pape et le roi d’Espagne.

Le synode de Dordrecht, réuni le 13 novembre 1618, condamna la doctrine d’Arminius comme hérétique et impie. Les Arminiens furent privés de leurs places de ministres et de leurs chaires, retranchés de la commission comme maîtres d’erreur et corrupteurs de la foi. Les quatre-vingt-treize canons de Dordrecht furent reçus en France, au synode de Charenton, lieu dont le choix serait plus concevable aujourd’hui.

Les Arminiens modernes n’admettent plus le dogme de la Trinité, soutiennent que l’adoration du Saint-Esprit n’est commandée par aucun passage de l’Écriture et nient que Jésus-Christ soit égal à son Père. Ils sont absolument tolérants par principe et laissent à chacun d’entre eux le droit d’interpréter les textes sacrés à son gré.

En 1619, le 19 avril, Lucilio Vanini fut brûlé à 
Toulouse comme athée. On prétend que, dans 
l’excès de la douleur, il cria : « Ah ! mon Dieu ! »
 et qu’un moine lui dit : « Tu crois donc en Dieu
 maintenant ? » Ce à quoi Vanini répondit du milieu
 des flammes : « C’est une façon de parler. » Mais 
le fait est faux, car le philosophe avait eu la langue
 coupée avant d’être brûlé. D’ailleurs Vanini n’était
 point athée, mais panthéiste, ce qui est absolument 
le contraire.

Le pape Paul V mourut le 21 janvier 1621. Grégoire XV lui succéda.

Un édit du 26 mars chassa les Jésuites de Hol
lande en 1622.

Grégoire XV mourut le 8 juillet 1623. Urbain VIII lui succéda.

Une contestation très-grave s’éleva, en 1624, entre les Capucins et les Récollets sur la forme de leur capuchon. Le pape, après mûre délibération, et sur l’avis des cardinaux, décida, sous peine d’excommunication pour les contrevenants, que les Capucins le porteraient pointu, et les Récollets, obtus.

Le 12 juin 1633, l’Inquisition romaine condamna Galilée, pour avoir soutenu que la terre tournait autour du soleil, attendu, dit la sentence, que cela est erroné dans la foi et absurde en philosophie.

Les Ursulines de Loudun furent toutes possédées par le Diable en 1634 ; c’est pourquoi on brûla le curé de l’église Saint-Pierre, Urbain Grandier, comme impie et magicien. Il va sans dire que le Diable et Grandier étaient fort innocents de la nymphomanie des Ursulines.

Jansénius, évêque d’Ypres, mort en 1638, laissa en manuscrit un livre qui devait troubler bientôt l’Église. Cependant, il fut imprimé avec approbation en 1641.

L’année suivante, le Père Bauny, jésuite, publia la Somme des péchés du Père Bauny. L’assemblée générale du clergé censura, le 12 avril, cet ouvrage qui, dit la sentence, portait sensiblement à la corruption des mœurs.

Le pape Urbain VIII mourut le 29 juin 1644. Innocent X lui succéda.

En 1653, Nicolas Cornet tira de l’Augustinus de Jansénius cinq propositions qu’il déféra à la Sorbonne, qui les condamna. Soixante et onze docteurs en appelèrent au pape qui déclara hérétiques lesdites propositions que voici : 1° Les commandements de Dieu sont impossibles aux justes, si la grâce leur manque ; 2° On ne résiste jamais à la grâce ; 3° Une œuvre est méritoire ou déméritoire, bien qu’on l’accomplisse nécessairement ; 4° La volonté de l’homme ne peut résister à la grâce ; 5° Jésus-Christ n’est point mort et n’a point répandu son sang pour tous les hommes, mais uniquement pour les prédestinés.

Le système général de Jansénius est intitulé : Système de la délectation relativement victorieuse, ce qui, du reste, est absolument incompréhensible.

Les Jansénistes nièrent que les propositions fussent dans Jansénius, mais le docteur Arnaud ne les enseigna pas moins formellement.

Le pape Innocent X mourut le 7 janvier 1655. Alexandre VII lui succéda.

La première des dix-huit Lettres à un Provincial, de Biaise Pascal, parut le 23 janvier 1656. Ces lettres célèbres, chefs-d’œuvre de style et d’ironie, révélèrent les monstrueuses doctrines des casuistes Jésuites et couvrirent l’ordre tout entier d’un ridicule ineffaçable.

Les plus remarquables d’entre les Jansénistes sont Pascal, Antoine Arnaud, Sacy, Nicole, Lancelot, Sainte-Marthe, Le Tourneux, Hamon, Singlin et d’Andilly ; mais Pascal leur est infiniment supérieur. D’ailleurs, le même esprit farouche et désespéré les caractérisait tous, comme le lecteur peut en juger par ces paroles peu rassurantes de celui d’entre eux qu’on nommait le doux Nicole :

« Le monde entier est un lieu de supplices, où l’on ne découvre, par les yeux de la foi, que des effets effroyables de la justice de Dieu. — Figurons-nous un lieu vaste, plein de tous les instruments de la cruauté des hommes, rempli, d’une part, de bourreaux, et, de l’autre, d’un nombre infini de criminels abandonnés à leur rage. Représentons-nous que ces bourreaux se jettent sur ces misérables, qu’ils les tourmentent tous, et qu’il y en a seulement quelques-uns dont ils ont ordre d’épargner la vie, mais que ceux-ci mêmes, n’en étant point assurés, ont sujet de craindre pour eux-mêmes la mort qu’ils voient souffrir à tout moment à ceux qui les environnent, ne voyant rien en eux qui les en distingue. — Et, cependant, la foi nous expose un bien autre spectacle devant les yeux ; car elle nous fait voir les démons répandus par tout le monde , qui tourmentent et affligent tous les hommes en mille manières et qui les précipitent presque tous, premièrement dans les crimes, et ensuite dans l’enfer et dans la mort éternelle. »

Ce hideux cauchemar chrétien du doux Nicole nous prouve la vérité profonde de cette pensée de J.-J. Rousseau :

« Un saint qui croit vivre avec des damnés anticipe volontiers sur le métier du Diable. »

N’oublions pas non plus que, d’après l’historien catholique Ranke, on estime à plus de dix millions le nombre des victimes humaines égorgées par le Christianisme.

Le pape Alexandre VII mourut le 22 mai 1667. Clément IX lui succéda. Celui-ci étant mort le 9 décembre 1669, on élut Clément X. Le 21 septembre 1676, Innocent XI succéda à Clément X.

Trente-cinq archevêques ou évêques et autant d’ecclésiastiques du second ordre se réunirent en 1681 et formèrent l’assemblée du clergé de France. L’année suivante parut en quatre articles la déclaration qui établissait les libertés de l’Église Gallicane et qui peut se résumer ainsi : indépendance du pouvoir temporel royal, subalternité du pape dont l’autorité n’est ni absolue, ni infaillible sans le consentement de l’Église, c’est-à-dire suprématie des Conciles généraux. Innocent XI refusa des bulles aux évêques promus par le roi qui les mit néanmoins en possession de leurs sièges.

En 1685, Louis XIV révoqua l’Édit de Nantes qui assurait aux Calvinistes le libre exercice de leur culte, et fit massacrer tous ceux qui ne voulurent pas se convertir. Quelques-uns apostasièrent par crainte ou à prix d’argent ; mais le plus grand nombre prit la fuite ou fut égorgé.

Innocent XI mourut le 12 août 1689. Alexandre VIII lui succéda. Celui-ci, dont l’élection avait coûté trois millions à Louis XIV, annula, une fois élu, par une constitution du 4 août 1690, les délibérations et résolutions de l’assemblée de 1682.

Alexandre VIII mourut le 1er février 1691. Innocent XII lui succéda.

En 1693, les évêques non investis par Rome ayant déclaré que les quatre articles constituaient une simple opinion plutôt qu’un jugement doctrinal, le pape leur accorda l’institution canonique.

Vingt-trois propositions, tirées de l’Explication des maximes des saints sur la vie intérieure, livre de Fénelon, archevêque de Cambrai, furent condamnées en 1699. L’auteur, sommé de se rétracter sous peine d’être déposé, obéit, tenant beaucoup plus à son archevêché qu’à son livre.

Le pape Innocent XII mourut le 12 juillet 1700.

Nous terminerons ici notre travail. — Le Christianisme, et il faut entendre par là toutes les communions chrétiennes, depuis le Catholicisme romain jusqu’aux plus infimes sectes protestantes ou schismatiques, n’a jamais exercé qu’une influence déplorable sur les intelligences et sur les mœurs. Il condamne la pensée, il anéantit la raison, il a perpétuellement nié et combattu toutes les vérités successivement acquises par la science. Il est inintelligible dans ses dogmes, arbitraire, variable, indifférent en morale. L’humanité a perdu la foi qu’elle avait en lui, et il ne peut plus inspirer que cette sorte de respect qu’on porte aux vieilles choses dont on s’est longtemps servi. C’est un objet d’art, puissamment conçu, vénérable par son antiquité, et dont la place est marquée dans le musée religieux de l’histoire.