Histoire populaire du Christianisme/XVIe siècle

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SEIZIÈME SIÈCLE.




Le pape et son fils César Borgia firent étrangler et empoisonner quelques cardinaux, en 1502, le cardinal Ferraro, entre autres, qui laissa à ses assassins 80 000 écus d’or. Les historiens contemporains prétendent que le pape l’avait fait passer par toutes les charges les plus lucratives, afin de le trouver plus gras quand il le ferait tuer.

Alexandre VI mourut le 18 août 1503, empoisonné par imprudence. Une bouteille de vin ayant été préparée pour quelques convives, on en servit au pape, ce qui l’emporta presque subitement. Pie III lui succéda pendant un mois ; puis on élut le cardinal de la Rovère, qui prit le nom de Jules II, en l’honneur de Jules César.

Jules II posa la première pierre de Saint-Pierre de Rome, le 18 avril 1506, sur l’emplacement de l’église bâtie par Constantin.

Les guerres continuelles et les excommunications du pape contre les Vénitiens, les Français, les Florentins, durèrent pendant tout son pontificat. Après avoir régné à cheval et le casque en tête, il mourut le 11 mars 1513. Julien de Médicis lui succéda sous le nom de Léon X.

En 1515, le pape et le roi de France François Ier signèrent le Concordat qui remit au roi le droit de nommer aux bénéfices de France et de Dauphiné. En 1516, Léon X publia les indulgences plénières qu’il fit vendre partout à l’exemple d’Urbain VI. Le dominicain Jean Tezel, inquisiteur de la foi, fut chargé de ce commerce en Allemagne. Il avertissait les fidèles qu’il avait le pouvoir de remettre les péchés, même de celui qui aurait violé la sainte Vierge et qui l’aurait rendue grosse. Si quis Virginem matrem vitiasset ac gravidam fecisset.

Le pape donna la Saxe à exploiter à sa sœur Madeleine, femme de Franceschetto Cibo, fils d’Innocent VIII, et Madeleine chargea de ses recouvrements un évêque nommé Arcemboldi. Ce fut alors que le moine augustin Martin Luther se mit à prêcher contre les indulgences. Il fut cité à Rome en 1518, mais il refusa de s’y rendre et en appela au futur Concile. Une année après, un cordelier vint prêcher le jubilé en Suisse. Il disait : « Apportez-moi de l’argent et vous serez sauvés. Il y a plusieurs places dans le ciel ; celui qui donnera le plus sera le mieux placé. »

Cette lumineuse doctrine déplut à Zwingle, curé de Zurich, qui attaqua le cordelier, le pape, le sacrement de la Pénitence, le péché originel, l’invocation des saints, la messe, les vœux, le célibat des prêtres et l’abstinence des viandes.

En 1520, une bulle du pape condamna au feu les livres de Luther qui, de son côté, brûla la bulle papale sur une place publique de Wittemberg ; et la rupture fut complète.

Voici les points principaux du Luthéranisme :

« Il est impossible qu’un autre que Dieu soit libre. La prescience et la providence divine, déterminent inévitablement toutes choses. Dieu fait en nous le mal comme le bien. La perfection de la foi consiste à croire que Dieu est juste, quoiqu’il nous rende nécessairement damnables par sa volonté.

« Jésus-Christ ne se change point en pain et en vin ; il est dans, sous, avec le pain et le vin : in, sub, cum.

« L’invocation des saints est condamnable ; 
l’ordination ne confère aucun caractère ; il n’y a 
ni sacerdoce, ni hiérarchie sacerdotale, ni célibat, 
ni peines canoniques.

« L’absolution ne remet pas les péchés, mais indique seulement qu’ils sont remis à ceux qui ont la foi, car les bonnes œuvres sont inutiles au salut. »

Sur ce dernier point, comme au sujet de la pré
destination, Luther était d’accord avec saint Paul 
et saint Augustin.

La Confession d’Augsbourg, dressée par Mélanchton, accorda cependant que les bonnes œuvres n’étaient pas tout à fait inutiles. Elle diffère aussi de la doctrine primitive de Luther en ce qu’elle reconnaît le libre arbitre dans l’homme, mais seulement comme préparation aux œuvres chrétiennes.

Le Luthéranisme se subdivisa pendant tout le cours du XVIe siècle en une multitude de sectes dont l’énumération serait interminable. Les Luthériens modernes, s’il en reste, admettent, comme les Catholiques, que l’impulsion de la grâce est accompagnée de la coopération de la volonté humaine.

Le pape Léon X mourut le 1er décembre 1521. Adrien VI lui succéda. Celui-ci étant mort le 24 septembre 1523, Clément VII lui succéda.

En 1527, le connétable de Bourbon fut tué en assiégeant Rome, qui fut prise d’assaut et pillée par les soldats de Charles-Quint qui, pendant ce temps, faisait faire des processions pour la délivrance du pape.

Jean Calvin fit paraître à Bâle son livre des Institutions chrétiennes. Il y est dit que nos vertus et nos crimes sont également l’ouvrage de Dieu, l’homme ne pouvant rien par lui-même et le libre arbitre étant une chimère ; qu’il n’y a ni indulgences, ni purgatoire, ni jeûnes nécessaires, ni abstinence ; qu’il n’existe que deux sacrements, le baptême et la communion ; que le baptême est la marque extérieure de l’union avec Jésus-Christ, et la communion une participation au corps et au sang de Jésus-Christ, non parce qu’ils s’unissent au pain et au vin, comme dit Luther, ou que le pain et le vin soient changés au corps et au sang, comme disent les Catholiques, mais en tant que symbole eucharistique ; que la messe est une idolâtrie et que l’Eucharistie ne doit point être offerte en sacrifice, ni adorée.

Fondation de l’ordre des Jésuites par Ignace de Loyola, en 1534.

Clément VII mourut le 25 septembre 1534. Paul III lui succéda. Ce pape excommunia Henry VIII d’Angleterre en 1535, et renouvela l’anathème en 1538. Une bulle papale confirma, en 1540, l’institut des Jésuites.

En 1545, le président d’Oppède fit brûler en Provence quatre mille hérétiques et vingt-deux villages. Cette même année, eut lieu l’ouverture du Concile général de Trente, qui ne fut clos qu’en 1563 et dura par conséquent dix-huit ans.

Le pape Paul III mourut le 10 novembre 1549. Jules III lui succéda. Celui-ci étant mort le 23 mai 1555, Marcel II lui succéda pendant vingt et un jours. On élut Paul IV.

Le premier synode Calviniste se réunit à Paris en 1559, mais, cette même année, on établit dans tous les Parlements de France une chambre ardente spécialement destinée à juger les hérétiques. Cette chambre fut ainsi nommée parce qu’elle ne condamnait qu’au feu.

Le pape Paul IV mourut le 18 août 1559. Pie IV lui succéda.

En 1560, la faculté de théologie de Paris censura dix-huit propositions de Michel Baïus, docteur de Louvain. Le Baïanisme fut la première forme du Jansénisme dont nous parlerons bientôt.

En 1561, parut l’hérésie des Sociniens. Ces hérétiques rejetaient tous les mystères chrétiens et n’admettaient qu’une seule personne en Dieu.

Un arrêt du Parlement de Paris ordonna à tous les fidèles de courir sus aux Calvinistes et de les tuer comme des gens enragés, ennemis de Dieu et des hommes. C’est pourquoi on les massacra d’un bout à l’autre du royaume.

Le pape Pie IV mourut le 9 décembre 1565, après avoir accordé aux Allemands la communion sous les deux espèces. D’autre part, il s’était constamment refusé à permettre le mariage des prêtres, malgré les instances des fidèles d’Allemagne. Pie V lui succéda.

La guerre entre les Catholiques et les Calvinistes continua en France avec une fureur croissante jusqu’en 1572, où il se fit une sorte d’accommodement à propos du mariage d’Henri de Bourbon et de Marguerite de Valois ; alors, sous le pape Grégoire XIII qui avait succédé à Pie V, tous les Calvinistes présents à Paris furent égorgés dans la nuit de la Saint-Barthélémy, le 24 août 1572. Les mêmes massacres eurent lieu dans presque toutes les provinces, avec l’approbation solennelle du pape, qui fonda même une fête particulière pour célébrer l’anniversaire de cette boucherie pieuse. Vers la même époque, les Espagnols tuèrent, écartelèrent ou brûlèrent plus de cent mille hérétiques dans les Pays-Bas.

En 1582, Grégoire XIII réforma le calendrier. Le calendrier Grégorien est adopté par toute l’Europe, à l’exception de la Russie et de la Suède qui emploient toujours l’année Julienne.

Grégoire XIII mourut le 7 avril, 1585. Sixte-Quint lui succéda. La première bulle du nouveau pape fixa à soixante-dix le nombre des cardinaux.

En 1587, Sixte-Quint donna l’Angleterre au roi d’Espagne, Philippe II, à condition qu’il recevrait ce royaume à foi et hommage du Saint-Siège ; mais il fallait prendre l’Angleterre. Philippe tenta l’aventure, et sa flotte qu’il avait nommée l’Armada, l’invincible, fut anéantie.

Les théologiens de la Sorbonne rendirent en 1590 un décret qui défendait de reconnaître Henri de Bourbon, même s’il se réconciliait avec l’Église.

Le pape Sixte-Quint mourut le 27 août 1590. Urbain VII lui succéda pendant treize jours et eut pour successeur Grégoire XIV qui mourut l’année suivante, ainsi qu’Innocent IX élu après lui. Clément VIII succéda à Innocent.

Henri IV, s’étant converti en 1593, fut reconnu par l’université, le clergé et les ordres religieux, à l’exception des Jésuites et des Capucins. Les Jésuites furent bannis en 1594, et on pendit le Père Guignard qui avait trempé dans l’attentat de Jean Chatel. Enfin, le pape procéda en 1595 à l’absolution de Henri IV. Il toucha de la baguette vindicta, qui affranchissait les esclaves dans l’ancienne Rome, messieurs d’Ossat et du Perron, et le roi fut délivré de la servitude du Diable.

En 1598, l’Édit de Nantes accorda aux Calvinistes le libre exercice de leur culte et la possibilité d’exercer certaines charges, entre autres celles de finance et de magistrature, que leurs précédents privilèges ne leur ouvraient pas.



Fin du seizième siècle.