Histoire socialiste/Le règne de Louis-Philippe/P2-06

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2. LA RÉSISTANCE.



CHAPITRE VI


LA PETITE VENDÉE


Divisions du parti légitimiste. — Châteaubriand et Berryer. — L’équipée de la duchesse de Berri. — Propagande légitimiste par l’imagerie. — Défaite de l’insurrection vendéenne. — Fausses espérances : la mort du duc de Reichstadt et les impérialistes.


Le parti légitimiste était divisé en deux fractions. C’est la loi de tout parti, si homogène soit-il, et les plus rétrogrades sont les plus homogènes, le sens de la liberté y étant moins éveillé. Il y avait d’un côté les politiques, les parlementaires, les gens informés, d’ailleurs désireux de tranquillité pour eux-mêmes plus que pour le pays ; de l’autre les ardents ne rêvant que la revanche des trois journées et toujours prêts à se heurter au nouveau gouvernement pour tenter de le renverser par les moyens qui l’avaient édifié. Tout à coup, on apprit à Paris que la chouannerie venait d’éclater et que la Vendée renaissait. Le bruit courut et se confirma, que la duchesse de Berri, mère du comte de Chambord (alors nommé duc de Bordeaux), était à la tête des insurgés de l’Ouest.

Mais ce n’était pas le grand incendie qui avait dévoré trois provinces quarante ans auparavant. C’étaient des tisons mal éteints, qui avaient couvé sous la cendre, jetant des étincelles sous le Consulat et sous l’Empire et qui n’avaient rien du soulèvement d’un peuple attaché à sa foi, à ses coutumes, à ses maîtres, c’était la fuite dans les landes et dans les marais de jeunes gens qui se dérobaient à la conscription.

Cependant, cette fois, les étincelles avaient jailli sur des foyers, d’ailleurs épars, mais où tout semblait préparé pour une nouvelle flambée. Des gars se levaient non plus pour fuir le fusil de munition, mais pour décrocher de la cheminée la canardière familiale pour une autre chasse que celle des oiseaux de marais, et chantaient à tue-tête à travers les villages frémissants :


Prends ton fusil, Grégoire,
Et ta gourde pour boire.


Pour leur donner du cœur, on leur disait que le Midi, le Midi de Trestaillons et de Quatretaillons, allait bouger, de Bordeaux à Nîmes. Ils le croyaient, le désirant de toutes leurs forces, et se faisaient la main par des attaques contre des gendarmes isolés, et un peu aussi contre des diligences. Ils faisaient leur coup, par bandes minuscules, puis disparaissaient derrière la complicité muette et narquoise des villageois. Des exécutions de « bleus » avaient lieu, de-ci, de-là, pour la sécurité, pour la vengeance, pour le plaisir de ceux qui les assassinaient à l’improviste. Les villes s’irritaient contre les « brigands », faisaient faire des battues par leurs gardes nationaux, qui bientôt se trouvèrent en face de véritables forces et ne purent tenir.

Ceux qui avaient tenté de rallumer l’incendie s’étaient montrés plus zélés propagandistes qu’habiles organisateurs. Nous les avons vus s’essayer dans un de ces coups où ils excellèrent, toujours avec un égal insuccès, vers la fin du Directoire et sous le Consulat, et nous avons constaté l’échec de leur complot de la rue des Prouvaires, où tout avait été prévu par eux, sauf deux choses : la division des chefs et la trahison de quelques affidés. Ils n’avaient cependant rien omis pour préparer l’opinion publique, et ils avaient fait appel aux forces de sentiment, si puissantes chez ceux où le cœur l’emporte sur la raison. Il y avait toute une imagerie du petit comte de Chambord, le représentant dans les attitudes les plus propres à émouvoir les âmes sensibles. On le montrait agenouillé et priant pour la France, cette France qui avait eu la cruauté de jeter à l’exil un pauvre enfant de dix ans. Dans une autre gravure, car les revenants de Coblence avaient toutes les audaces, le jeune Henri V tentait de toucher le cœur des patriotes en pleurant avec sa jeune sœur. Au-dessus on lisait cette légende, qui l’appariait avec Marie Stuart, autre héroïne de légende :


Oh ! que j’ai douce souvenance
Du beau pays de mon enfance…


N’était-il pas, lui aussi, relégué dans la rude et poétique Écosse, mise à la mode par Walter Scott et ses imitateurs français ! Jusqu’à quel point cette imagerie, ces placards en vers et en prose, agissaient-ils sur le public ? Fort peu, nous dit Henri Heine, qui nous montre un ouvrier regardant une estampe où le petit roi « gravit les montagnes de l’Écosse, vêtu en montagnard et sans haut-de-chausses ».

— Mâtin ! fait l’ouvrier. On le représente sans culottes, mais nous savons bien qu’il est jésuite.

Oui, voilà ce qu’on savait, parce-qu’on le voyait. Et là était l’obstacle invincible, dont les partisans du drapeau blanc ne tenaient pas compte. Pour eux, qu’étaient les révolutions et les restaurations ? Des entreprises de Satan et des revanches du ciel. Dieu accordait aux méchants des victoires d’un moment, pour éprouver les bons. Mais ceux-ci pouvaient, devaient toujours espérer un miracle de son arbitraire souverain.

Les sentiments fondamentaux du peuple ne leur apparaissaient pas changés. Il était toujours pour eux la grande masse simple, ignorante et passive que de mauvais esprits avaient détournée de ses devoirs. Dieu avait accordé le succès à leurs entreprises, mais pour faire à ses fidèles l’obligation d’agir par les mêmes moyens qui avaient donné à ceux-là un triomphe passager. Ils partageaient tous l’illusion du vieux roi, en qui Victor Hugo résumait ainsi la leur propre : « Charles X croit que la révolution qui l’a renversé est une conspiration creusée, minée, chauffée de longue main. Erreur ! c’est tout simplement une ruade du peuple. » Le poète, qui venait d’entrer en communication avec son temps, voyait avec la lucidité du génie le mouvement que, murés dans le culte d’un passé mort, les royalistes étaient incapables de soupçonner : « Il y a de grandes choses qui ne sont pas l’œuvre d’un homme, disait-il, mais d’un peuple. Les pyramides d’Égypte sont anonymes ; les journées de juillet aussi. »

Persuadés qu’une conspiration les avait renversés du pouvoir, les légitimistes conspirèrent pour y remonter. Et puisqu’il fallait flatter la bête pour la dompter, eux aussi la flatteraient. Les barricades avaient élevé le trône de l’usurpateur, d’autres barricades faites par le même peuple serviraient de piédestal au vrai trône, au trône fleurdelysé. Ils allèrent donc au peuple, comme y étaient allés les émissaires de Philippe-Égalité, comme venaient d’y aller ceux de Philippe-roi. Et, comme ceux-ci, ils iraient à lui, poches garnies et mains libérales, la bouche pleine des paroles qu’aiment les foules, ces paroles qui sonnent la liberté et l’égalité, comme les pièces fausses sonnent l’or et l’argent. Nous avons revu cela il y a peu.

« C’est chose très plaisante, dit Henri Heine, de voir ces cafards déguisés faire maintenant les matamores en langage de sans-culotte, coqueter d’un air farouche sous le bonnet sanglant d’un jacobin, puis se laisser prendre parfois d’inquiétude à la pensée qu’ils auront pu mettre par distraction à sa place la rouge calotte du prélat : ils ôtent alors un instant de leur tête leur coiffure empruntée et laissent voir à tout venant leur tonsure. »

Plus clairvoyants et plus probes, les publicistes et les orateurs de la légitimité s’opposaient de toutes leurs forces à cette démagogie, à ces complots, à ces essais de soulèvement populaire, où s’acharnaient les hommes de main du parti. Chateaubriand et Berryer avaient d’autres armes à leur disposition que la carabine du braconnier et les outils du chauffeur. Ce Don Quichotte champion de la royauté, comme Heine appelait l’auteur du Génie du Christianisme, « ne tirait qu’avec des perles précieuses au lieu de bonnes balles de plomb bien vulgaires et bien incisives ».

Il combattait avec plus de conviction que d’espérance, et par point d’honneur plus que par conviction. Tout d’abord, il s’était flatté de jeter bas avec sa plume la monarchie nouvelle, selon l’expression de M. Thureau-Dangin. Et puis, la puérilité méchante de ses coreligionnaires politiques, leur stupidité et leur aveuglement l’avaient aigri plus encore que le peu de succès de ses attaques contre le régime nouveau. Il protestait contre l’éducation donnée à l’enfant-roi par les prêtres de la petite cour de Holy-Rood, qui ne lui apprenaient rien « du siècle où nous vivons ».

Le talent force l’admiration et dépasse les limites des camps politiques. Celui de Chateaubriand et de Berryer était assez grand pour leur valoir le suffrage de leurs adversaires. Chateaubriand n’était pas insensible à ces applaudissements. Quant à Berryer, il avait été bonapartiste aux heures de sa jeunesse et demeurait d’un patriotisme aigu qui le rapprochait plus souvent des libéraux que des légitimistes. Tous deux étaient donc plus appréciés de leurs adversaires que de leurs amis

Les mots de Chateaubriand contre la bêtise de son parti et sur le peu de chances qu’il avait de revenir au pouvoir faisaient sa popularité dans les milieux hostiles à la légitimité. Il se vengeait des déboires dont les ultras l’avaient abreuvé sous la Restauration, en se proclamant le « courtisan du malheur ». Il démoralisait leurs entreprises de revanche en disant croire « moins au retour de Henri V que le plus misérable juste-milieu ou que le plus violent républicain ». Bref il ne parlait pas en homme de parti.

Avec justice, Louis Blanc lui en fait un mérite. Il reconnaît bien que Chateaubriand dans ses ambassades accomplissait surtout de « pieux pèlerinages » aux lieux historiques où naquirent la force, la pensée et la beauté, qu’il montrait trop de « préoccupations littéraires dans l’exercice du pouvoir », qu’il promenait son « indolence un peu hautaine au milieu des intrigues de la cour » et qu’il « envisageait le commandement par son côté poétique ». Mais, ajoute-t-il, « ceux-là seuls agissent fortement sur les peuples, qui portent en eux de quoi s’élever au-dessus des pensées communes ». Et il invoque l’exemple de Napoléon qui lisait Ossian et le méditait. Seulement, Chateaubriand ne fut pas en politique un Napoléon. Il servit sa propre gloire littéraire, et non sa gloire politique ni la cause qu’il avait embrassée.

Bien qu’absolument inoffensif et qu’on ne pût ignorer jusqu’à quel point il réprouvait toute agression violente contre le pouvoir ; Chateaubriand fut cependant arrêté, dès que parvint à Paris la nouvelle du débarquement de la duchesse de Berri en Provence. Il fut retenu quinze jours prisonnier à la préfecture de police, dans l’appartement de Gisquet, puis relâché.

Le vieux roi, qui achevait d’expier dans une vieillesse maussade et bigote les frasques d’une jeunesse frivole et déréglée, approuvait-il l’équipée de sa bru ? Non, certes. Mais le séjour d’Holy-Rood était devenu insupportable à cette princesse avide de mouvement, d’intrigues follement conduites, d’héroïsme retentissant et surtout de liberté personnelle. Elle avait fui la compagnie de Charles X et de la duchesse d’Angoulême, bien plus pour échapper à l’ennui que pour donner une couronne à son fils. Elle colorait ainsi d’amour maternel son amour des aventures.

Une femme qui veut s’émanciper, agir en beauté, trouve toujours des suivants. Ils ne manquèrent pas à Marie-Caroline. À peine eut-elle besoin de stimuler les La Rochejaquelein et les Charette. Dès qu’elle crut s’être assuré des dévouements

Arrestation de la duchesse de Berry à Nantes (7 novembre 1832).
(D’après un document de la Bibliothèque nationale.)



autour d’elle et sur les points où elle devait agir, elle s’enfuit sur le continent et tenta d’intéresser les cours à la cause de son fils. Le tzar lui fut immédiatement acquis. Mais il ne pouvait rien à lui seul. Une tentative qu’elle fit à Vienne fut immédiatement découragée par Metternich, qui avait lié partie avec Louis-Philippe, et d’autre part connaissait assez la France pour ne se faire aucune illusion sur les chances d’une restauration.

Mis au courant de ses menées, Louis-Philippe la fait expulser du Piémont. Elle va de Modène à Naples, revient à Rome, dépiste les recherches et soudain débarque, le 29 avril, près de Marseille, avec le maréchal de Bourmont, Kergorlay, Saint-Priest et quelques autres. Le bruit de son arrivée se répand dans la ville, quelques pêcheurs des vieux quartiers l’acclament, sonnent le tocsin, essaient de proclamer le jeune roi. Mais quelques soldats dispersent l’attroupement, dans l’indifférence de la population. Les conjurés se dispersent.

La princesse parcourt le Midi sous un déguisement : on ne pourrait dire si elle fuit ou si elle prépare un soulèvement. Mais non, c’est une fuite qui la jette de Montpellier à Toulouse, de là à Bordeaux, puis en Vendée, où le 15 mai elle lance une proclamation. Ce que le comte d’Artois n’a pas osé il y a quarante ans, appuyé sur la flotte anglaise et appelé par une formidable insurrection, elle le tente sous le vêtement pittoresque de Petit Pierre, en héroïne de Walter Scott qu’elle est, avec toute la fougue baroque de son caractère de princesse et d’Italienne amoureuse.

Elle organise un gouvernement, dont feront partie ceux-là mêmes qui jugent sévèrement son équipée : Chateaubriand et Berryer. Celui-ci va la trouver au milieu de ses maigres troupes et la supplie de cesser une guerre inutile. Il lui porte une note de Chateaubriand l’adjurant de quitter la France au plus tôt.

« Les fidèles amis de la duchesse de Berri, disait cette note, non seulement pensent que la guerre civile est toujours une chose funeste et déplorable, mais que, de plus, elle est en ce moment impossible… Ils pensent que les personnes qui ont été conduites à conseiller des mouvements de cette nature ont été grossièrement trompées, ou par des traîtres, ou-par des intrigants, ou par des gentilshommes de courage qui se sont plus abandonnés à la chaleur de leurs sentiments qu’ils n’ont consulté la réalité des faits. »

L’orateur qui remuait des assemblées et qui, selon le mot de Cormenin, « était éloquent de toute sa personne », devait facilement avoir raison des arguments que lui opposait l’enthousiaste guerrière. Car lui aussi savait employer les moyens du sentiment ; c’était même sa force principale, et son arme la plus puissante à la tribune, où il emportait les cœurs plus qu’il n’édifiait les convictions.

De plus, les raisons de fait étaient là. Les chefs du parti légitimiste, les comités de Paris, avaient posé trois conditions à la guerre de Vendée. Elle ne devait éclater que dans le cas où la république serait proclamée à Paris, ou dans celui d’une invasion étrangère, ou encore si le Midi entrait, lui aussi, en insurrection. Or, l’enterrement du général Lamarque, où les royalistes avaient vu l’occasion de jeter les républicains sur le gouvernement, avait abouti à la défaite de Saint-Merri. En fait d’invasion étrangère, Marie-Caroline n’avait trouvé que le bon vouloir platonique du tzar et du roi de Hollande. Quant au Midi, il ne bougeait pas.

Bourmont, qui après la bagarre de Marseille avait gagné Nantes, où il attendait les événements, n’était pas pour la guerre. Il avait mesuré d’un œil exercé les forces dont l’insurrection disposait, et il était fixé. Les comités vendéens, travaillés par ceux de Paris, n’étaient pas unanimes. La duchesse céda. Elle promit à Berryer de faire déposer les armes et de regagner l’étranger, dès qu’elle le pourrait sans péril.

Mais Berryer était à peine parti qu’elle se ravisa. Ses partisans lui annoncent qu’enfin le Midi bouge, que l’insurrection est générale du côté de Nîmes et d’Avignon, que Bordeaux prendra feu dès que la Vendée se sera montrée dans toute sa force. D’autre part, des intrigues ont été nouées avec quelques bonapartistes influents. Ils appuieront le mouvement. Promesse fallacieuse. Mais tout ce qui servait la passion de la princesse était accueilli par elle avec avidité. Tandis qu’elle escomptait l’appui de ces bonapartistes, l’héritier du nom qui les ralliait achevait sa courte existence. Le 22 juillet, celui qu’ils appelaient Napoléon II, et dont la politique de Metternich s’était appliqué à faire un petit archiduc autrichien, mourait de consomption.

Cette nouvelle, vite connue, ne pouvait que fortifier la duchesse de Berri dans la conviction que les bonapartistes reporteraient sur son enfant les espérances placées sur l’enfant qui venait de disparaître. Il ne faut pas croire qu’une telle espérance fût absolument folle : si beaucoup de républicains se laissaient gagner par la légende napoléonienne et si d’aucuns pleurèrent la mort du duc de Reichstadt, il ne faut pas en conclure que le bonapartisme fût homogène dans son patriotisme d’allure plus protestataire que libérale. S’il avait généralement cette allure au point d’entraîner les républicains et les libéraux que Béranger et Victor Hugo égaraient dans les poétiques sentiers de la légende, nombreux étaient les impérialistes qui, dans le régime napoléonien, regrettaient bien moins la gloire que « le despotisme, l’aristocratie et la servitude » qui, selon l’expression de La Fayette dans une lettre à l’ex-roi Joseph, furent ses traits principaux.

Ce que ces bonapartistes voyaient surtout, c’était « le rétablissement d’un trône dont les Cent-Jours avaient montré la constante tendance vers d’anciens errements ». Mais ils étaient peu nombreux, ceux-là, et naturellement plus aptes à profiter de la victoire qu’à la procurer par leur effort propre. Faute de Napoléon II, ils acceptaient Henri V, sans se remuer plus pour celui-ci qu’ils ne l’avaient fait pour celui-là.

Mais le Midi n’avait pas bougé. Malgré une crise industrielle qui affamait les ouvriers de Bordeaux, de vingt autres villes, rien n’annonçait l’insurrection promise, attendue, nécessaire. La Vendée, livrée à ses propres ressources, sans chef militaire, car Bourmont ne bougeait pas, alla au combat avec ses chétives bandes. Contre elle, l’armée avait remplacé la garde nationale. On voit, de-ci, de-là, les actes d’héroïsme et aussi de sauvagerie qui ont rendu fameuse, au point d’en être légendaire, la guerre que fit la génération précédente. Battus au Chêne, battus à Riaillé, les insurgés se dispersent ; mais non pour se reformer comme au beau temps, désormais révolu. Leur gloire s’élève à la mesure de leur infortune dans l’héroïque défense du château de La Pénissière. Ce sont les dernières étincelles de ce qui fut naguère un terrible incendie.

La princesse s’enfuit à Nantes, déguisée en paysanne, et y reste cachée jusqu’au 6 novembre chez les demoiselles de Guigny. C’est là que le traître Deutz devait la découvrir, et pour cent mille francs la livrer à Thiers.

Désormais, le parti légitimiste cessera d’être l’agent actif, le pivot de la conservation politique, religieuse et sociale. Il s’enfermera dans les salons du faubourg Saint-Germain et ses châteaux de province, et lorsqu’aux jours d’agitation il en sortira pour caresser de séniles espérances d’une main qui n’ose se montrer, ce sera pour se mettre à la suite des troupes doctrinaires, cléricales ou bonapartistes, au profit desquelles doit se faire l’œuvre de réaction. Et, sauf nobles exceptions, il ne boudera les nouveaux venus que pour donner à son concours un plus haut prix.