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Histoire universelle/Tome I/I

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Société de l’Histoire universelle (Tome Ip. 7-37).

EMPIRES DE L’EST

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Chine

La Chine paraît avoir été balayée dans les temps préhistoriques par un grand nombre d’invasions. Les traditions parlent d’ancêtres sans foyers et ne sachant pas faire le feu. La première ébauche de ce qui sera l’État chinois ne doit guère remonter au delà de 2300 av. J.-C. C’est alors que des pasteurs du type mongol apparaissent, refoulant les indigènes au corps tatoué dont il reste encore des descendants dans les montagnes du continent aussi bien qu’à Formose et aux Philippines.

Ces pasteurs créent dans la région du Fleuve Jaune une sorte de monarchie patriarcale toute pénétrée des idées et des coutumes de la steppe. La religion est un panthéisme imprécis, spiritualiste, sans idoles et dont la cosmogonie ne se compliquera que peu à peu. Le respect de l’âge, se prolongeant en quelque sorte au delà de la mort, fait du culte des ancêtres et de la stricte observation des rites établis par eux la base de toutes les cérémonies publiques et privées. Le régime de la communauté prévaut malgré les difficultés qu’y oppose une existence désormais sédentarisée. Il faudra dix siècles pour que les Chinois en arrivent à concevoir et à pratiquer la propriété individuelle. Ne serait-ce pas le Fleuve Jaune lui-même qui peu à peu les y aide ? Roulant torrentueusement dans une plaine trop vaste ses flots limoneux, il bouleverse sans cesse cette plaine, changeant de cours, inondant les champs, engloutissant les villages. Il a fallu se défendre contre lui avec acharnement et, de nos jours encore, les cataclysmes engendrés par ses caprices, font périodiquement des milliers de victimes. Rien de tel pour attacher l’homme au coin de terre protégé et mis en valeur par sa peine.

Malgré cette menace de la nature, la nation naissante réalise une rapide prospérité. Un recensement ultérieur accusera jusqu’à vingt et un millions d’âmes (ixe siècle av. J.-C.). Et déjà le luxe se manifeste avec ses habituels dangers. Le chef du clan le plus puissant régnait sous la qualification de « fils du ciel » (Ti). Ce rang d’abord électif s’était fait héréditaire pour le clan des Hia (2205-1767) puis avait passé à celui des Shang (1767-1122). Les derniers des Hia auraient été prodigues et débauchés. De là l’intervention populaire qui les déposséda. Mais à part le premier d’entre eux, prince sage et vertueux, les Shang n’auraient pas tardé à dévier eux aussi de la ligne droite. Des documents parlent des crimes de Chan Sin et de sa favorite Taki Les tares de ses souverains n’empêchent point cette Chine primitive d’avoir grand air et l’on comprend la ferveur avec laquelle plus tard, en des temps moins heureux, on a souhaité la faire revivre. Trop attachée aux formes, trop inféodée à ses traditions, exclusive mais saine et libre, travailleuse et fière, elle présentait un robuste soubassement propre à porter les constructions futures.

La dynastie Tcheou qui vint ensuite (1122-255) eut à faire face, semble-t-il, à de grands périls. On n’est pas très au clair pour ce qui concerne ces princes, sages peut-être et bons soldats mais de mœurs plutôt primitives. Ce qui est certain c’est que la pression des nomades du centre se fit, de leur temps, redoutable et constante. Comment résister ? Les Tcheou eurent recours à l’organisation féodale. Ils distribuèrent des fiefs à leurs parents, à leurs serviteurs. Des châteaux s’élevèrent de tous côtés. Une hiérarchie nobiliaire se créa. Les possesseurs de fiefs ne tardèrent point à s’émanciper. On connait les noms de cent vingt-cinq véritables principautés, plus ou moins indépendantes en fait sinon en droit ; et il en aurait existé, croit-on, jusqu’à dix-huit cents. C’était l’anarchie obligatoire.

Alors parut Confucius (551-479). L’homme est sympathique ; la doctrine est pauvre. A-t-elle été malfaisante pour la Chine ? Les avis sont partagés mais il y paraît. Fonctionnaire subalterne, puis professeur, un moment premier ministre, enfin philosophe errant, Confucius pourrait être défini : un sage sans horizons. Du sage, il avait la modération un peu solennelle, la bienveillance un peu distante et ce respect de la logique qui, lorsqu’il ne se tempère pas d’un idéalisme teinté de quelque passion, est capable d’embourgeoiser n’importe quel système philosophique. À vrai dire, les idées de Confucius ne revêtaient pas absolument le caractère philosophique. Elles constituaient plutôt un code social composé d’éléments recueillis uniquement dans le passé. Et cela suffisait à grouper autour du réformateur les mécontents de plus en plus nombreux et fort enclins à opposer au bel ordre d’autrefois l’anarchie féodale dont ils étaient les témoins attristés.

En établissant leurs institutions, les hommes se sont souvent efforcés d’instinct d’y combiner l’esprit de tradition et l’esprit de nouveauté, tant il est conforme à la nature humaine de ne pouvoir ni se détacher de ce qui fut ni se désintéresser de ce qui sera. Mais, en général, il n’y ont guère réussi. Du reste faire la part égale entre la tradition et la nouveauté — équilibre difficilement réalisable — reviendrait à les annuler l’une par l’autre. Il est normal que l’une des deux prédomine et le dosage pour bien faire, devrait s’opérer à l’inverse du tempérament de la nation et du milieu dans lequel elle se développe.

Confucius avait en face de lui un peuple issu de la steppe et porté comme tous les pasteurs, au respect inébranlable de la tradition. De ce respect il fait un fétichisme. Les rites déborderont du domaine religieux sur celui de la vie intime. Il y aura des préceptes pour se tenir et saluer, pour se lever et s’asseoir, pour boire et manger. Chaque chose devra s’accomplir selon les règles. Par là on honorera les ancêtres tout en travaillant au bien des vivants car la moindre innovation individuelle risquerait de nuire à la communauté à laquelle l’individu doit se sacrifier entièrement. C’est elle, en somme, qui est Dieu. Sans nier Dieu, Confucius le relègue en des cieux indistincts. À peine sa société cristallisée en a-t-elle besoin. Il suffit de maintenir toutes choses telles que les anciens les ont établies et sous la surveillance des sages et des « hommes supérieurs », la foule goûtera le bien-être et le repos.

On oppose volontiers à Confucius son contemporain Lao Tsé. L’opposition se dessina surtout par la suite quand se développèrent, frayant la voie au bouddhisme, les germes de mysticisme et de pessimisme dont sont imprégnés les écrits de Lao Tsé et de ses successeurs. Lao Tsé venait du sud. Depuis qu’à l’avènement des Tcheou, la région de Shanghaï avait été soumise à la domination chinoise, les féodaux avaient entrepris la conquête progressive du bassin du Fleuve Bleu afin de s’y tailler des principautés. La contrée différait essentiellement de la Chine du nord : un sol moins productif mais un climat plus doux, des aspects plus variés et plus riants, des cours d’eau aisément navigables et conduisant à une mer moins rébarbative. Les Chinois firent là leur apprentissage de navigateurs. Les indigènes farouches et grossiers restaient indisciplinés. On guerroyait contre eux mais faiblement : de quoi entretenir l’activité des nouveaux maîtres. Les châteaux forts de ceux-ci grandissaient en nombre et en importance. De véritables petites cours se créèrent où les arts et les lettres reçurent de précieux encouragements. Ainsi pendant qu’achevait de s’effriter l’unité chinoise et qu’au nord Confucius préconisait son rétablissement par l’adoption d’un dogmatisme uniforme et pesant, il advint que l’esprit chinois conquérant d’autres domaines s’y affina et commença de s’épanouir en de charmantes fantaisies. Une littérature artistique et frêle, des élégies délicates, la poésie de la nature « seule amie de l’homme solitaire » combien les modernes s’émerveillent en trouvant tout cela dans les écrits d’alors. Ils trouvent aussi de graves discours sur la relativité des choses et la mutabilité des formes et, par exemple, ce curieux précepte d’un opportunisme savoureux : « Le secret de l’art de vivre ne consiste pas dans l’antagonisme et la critique mais dans la faculté de s’insinuer à travers les interstices existant partout »

Voilà deux Chines en présence et combien différentes ! Laquelle l’emportera ? Un coup de force en décide. La dynastie Tcheou est devenue tout à fait impuissante à contenir ses vassaux. Une tribu du dehors connue sous le nom de Tsin et dont l’importance n’a cessé de s’accroître depuis six cents ans s’empare du pouvoir. C’étaient au début des pâtres mongols ; beaucoup servaient de conducteurs de chars et d’éleveurs de chevaux sous le règne des premiers Tcheou. Tout de suite parmi eux surgit un grand chef, l’empereur Shi Wang Ti (221-210) dont le vigoureux coup de barre décide pour plusieurs siècles de la route à suivre ; et ce sera malgré les apparences, la route indiquée par Confucius. Les fiefs sont abolis ; l’empire, divisé en provinces ; les citoyens, répartis en quatre classes : lettrés, agriculteurs, artisans, commerçants. Une règlementation stricte s’ébauche, fortement hiérarchisée ; il y aura des grades et des rangs que les titulaires obtiendront en passant des examens successifs. Le mandarinat va naître.

Mais d’autre part, l’empire est bien défendu. Shi Wang Ti a entrepris d’édifier la « grande muraille », cette fortification longue de deux mille six cents kilomètres, le seul monument du monde, ont dit depuis avec orgueil les Chinois, qui fut de taille à être vu de la lune. Et bientôt les armées chinoises non contentes de se défendre derrière cette barrière puissante la franchiront et prendront l’offensive. Sous le long règne de Wou Ti (140-87) un prodigieux raid de cavalerie s’enfonce jusqu’à l’extrémité du Turkestan et, deux ans plus tard (119), deux armées fortes de cent mille hommes traversent le désert de Gobi pour conquérir les terres que les hardis cavaliers avaient été reconnaître. En même temps Wou Ti annexe la région de Canton, puis le Sé-Tchouen et impose sa suzeraineté à la Corée. Après lui, Siouan Ti (73-49) poursuit l’affermissement de la puissance chinoise au Turkestan. Un moment ébranlée dans les premières années de l’ère chrétienne, elle est rétablie grâce aux victoires d’un grand homme de guerre, Pan Tchao ; des colonies militaires protègent la frontière, composées de soldats-laboureurs qui défrichent et drainent les armes à la main. Sur l’Asie s’étend ainsi la « paix chinoise » vers le même temps que le monde méditerranéen unifié sous le sceptre d’Auguste goûte les douceurs de la « paix romaine ». Heure dramatique de l’histoire ! Les deux clairières sont proches. Si l’espace qui les sépare est franchi, les destins de l’humanité peuvent être modifiés mais il ne le sera pas et l’Europe et l’Asie reprendront, en continuant de s’ignorer presque complètement, leur marche isolée.

La dynastie des Han qui règne alors[1] a donc réalisé le rêve de Confucius et ce dernier ne s’était pas trompé en annonçant que la prospérité découlerait de l’unité. Aussi sa mémoire est-elle divinisée. On honore en lui le père de la patrie ; ses ouvrages sont les classiques vénérés, base de toute science et de toute culture. La prospérité, en effet, est incroyable. Au début de l’ère chrétienne, la population monte à quatre-vingt millions. D’un bout à l’autre de la Chine unifiée jusqu’au Tonkin, un commerce intense fait déferler la richesse ; les caravanes circulent sur les routes de terre comme les jonques le long des rivages. Le trésor public est saturé ; des moissons abondantes emplissent les greniers.

Ce matérialisme doré apporte-t-il le bonheur ? Non point, car il n’assouvit pas la faim intellectuelle et ne calme pas l’inquiétude qui subsiste toujours au fond de l’âme humaine. Les premiers Han n’ont guère encouragé la pensée. On accuse leur prédécesseur Shi Wang Ti d’avoir fait détruire nombre de livres pour mieux effacer le souvenir du régime qu’il venait lui-même d’abattre. Les grands révolutionnaires ont de ces naïvetés. Mais maintenant l’industrie du papier est née ; l’instrument principal de la propagation des idées se trouve à portée Par ailleurs, les disciples de Lao Tsé ont très lentement mais avec continuité répandu son esprit, développé sa doctrine. Un besoin mystique tourmente les cercles lettrés et il éveille çà et là dans l’âme de la foule des échos inconscients.

Il est probable que, dès avant Jésus-Christ, on avait entendu parler en Chine du bouddhisme comme aussi du brahmanisme et des luttes religieuses dont l’Inde était le théâtre. La légende — une légende fort douteuse — porte qu’en l’an 61 l’empereur Ming Ti fut troublé par un songe qui lui annonçait la venue d’un dieu étranger. Il envoya alors des messagers dans l’Inde d’où ceux-ci revinrent en l’an 67 rapportant des images peintes, des effigies sculptées et surtout des livres saints dans lesquels les prédications de Çakia Mouni se trouvaient transcrites et commentées. La Chine allait s’éprendre de son enseignement six cents ans après qu’il avait été donné et alors que l’Inde s’en détachait. Il faut s’accoutumer à cette lenteur quand on traite des choses de l’Asie continentale ; elle est de règle.

Encore, la faveur impériale ni la conversion personnelle du souverain ne suffirent-elles à déterminer une expansion immédiate du bouddhisme. Il s’infiltra peu à peu. Vers le milieu du iiie siècle seulement commencèrent de se construire en grand nombre des temples et des monastères consacrés à la nouvelle religion. Les temps étaient durs. Sur leur fin les Han avaient vu l’empire unifié par eux se fissurer de nouveau entre leurs mains. Des révoltes éclatèrent, des invasions descendirent de l’Asie centrale. La Chine fut morcelée en trois royaumes se faisant la guerre entre eux ; l’un avait sa capitale à Nankin ; l’autre, son centre dans le Sé-Tchouen ; celui du nord était aux mains d’une horde de Huns qu’au début du iiie siècle les empereurs avaient imprudemment autorisés à s’établir au dedans de la Grande muraille en qualité d’« auxiliaires » et de « clients » de l’empire. Ainsi faisaient vers le même temps, les Romains sur les frontières de Thrace ou de Germanie. Ces barbares se trouvèrent assez forts pour agir en maîtres et s’emparer de Loyang (aujourd’hui Honangfou) qui depuis l’an 6 était la capitale impériale. Le désordre alors s’amplifia. Des bandes de brigands et de pirates dévastèrent le pays ; les sociétés secrètes abondaient ; les conspirations alternèrent avec la guerre civile et la folie avec le crime. On a peine à concevoir les misères de cette affreuse époque mais on s’en fait une idée en notant que la population retombée à vingt-trois millions avait ainsi diminué des trois quarts.

Ce n’était plus seulement l’anarchie politique, c’était l’anarchie morale. Le cloître bouddhique apparut alors aux âmes d’élite comme un refuge ; tel le cloître chrétien en occident au temps des misères accumulées par la barbarie franque. « Il faut, a écrit Maurice Paléologue, se reporter aux historiens contemporains pour se rendre compte de la grandeur du mouvement religieux qui s’empara des consciences chinoises et comprendre ce qu’il y eut de piété fervente et sincère, de mysticisme délicat et élevé, de foi enthousiaste et naïve chez les premiers adeptes du culte bouddhique. Dix siècles plus tard, les âmes en étaient encore imprégnées. » On vit en effet des princes abdiquer pour devenir moines et pendant tout le vie siècle les fondations pieuses se multiplier. Il y eut bientôt deux millions de religieux, trente mille temples, des milliers de couvents

L’ordre se rétablit de façon étrange. Au nord, après les Huns, s’était introduite une peuplade mandchoue appelée Toba. Il ne faut point prêter trop d’attention aux dénominations multiples de ces envahisseurs successifs. Les historiens d’ensemble auraient grand tort de s’y attarder car il n’en peut résulter que de la confusion dans l’esprit du lecteur non préparé par des études spéciales. Mongols, Touraniens, Turcs, Mandchous, Tartares, Huns, que doit-on entendre par ces noms divers ?… une même race, la race jaune ; une même profession d’origine : ce sont tous des pasteurs nomades ; une même mentalité mais dont la réceptivité est susceptible de varier énormément selon les circonstances et le milieu. Le terme le plus général est celui de Touraniens du mot toura qui exprime la « vitesse du cavalier » tandis que le mot arya, selon Max Müller, indique « celui qui cultive, qui laboure » (mais d’autres attribuent à ce dernier mot un autre sens, celui de : noble, excellent, supérieur).

Parmi les Touraniens on peut se risquer à dire que ceux de l’est sont des Mongols et ceux de l’ouest, des Turcs. Mais n’oublions pas qu’il s’agit de nomades dont les déplacements passés furent incessants ; il est donc arrivé aux Mongols de pénétrer jusqu’en Europe et aux Turcs d’agir en Chine. Quant aux appellations particulières, nous n’avons point à en tenir compte. Elles n’ont de valeur que par rapport au degré d’adaptation des peuplades qui les portent. Et ces facultés d’adaptation dépendent, on le conçoit, de la façon plus ou moins favorable dont elles ont pu se développer, du climat, des conditions d’existence, des contacts éducatifs ou progressifs, etc…

Les Tobas qui installés dans le nord de la Chine y dominèrent pendant plus de deux siècles (environ 386 à 617) furent parmi les plus réceptifs. Leurs souverains s’identifièrent si bien avec la civilisation chinoise qu’ils s’en montrèrent les ardents défenseurs et ne cessèrent d’employer leurs armes pour la maintenir ou l’étendre. Lorsque l’un deux, en 444, s’avisa de persécuter le bouddhisme auquel ses prédécesseurs avaient témoigné la plus grande faveur, c’est encore l’intérêt chinois qui l’inspirait vis-à-vis d’une religion qu’il estimait affaiblissante alors que les périls de l’époque requéraient la culture de la volonté et l’entretien des énergies. Ce ne fut du reste qu’une saute de vent passagère. Le bouddhisme triompha de nouveau et Loyang en 516 s’enrichit des fameuses grottes peuplées de dix mille images bouddhiques en haut et bas relief. En 589 les héritiers des Tobas s’emparèrent de Nankin ; finalement l’unité se trouva rétablie sous leur sceptre. L’empereur Yang Ti (605-617) pouvait croire sa dynastie fortement établie mais une expédition malheureuse en Corée, expédition dans laquelle il s’obstina, provoqua un mouvement à l’ouest ; il n’y put faire face et ne s’en tira que grâce au génie d’un jeune prince chinois ; cet événement désigna l’empereur à la vindicte publique et du héros de l’aventure fit un candidat à sa succession. Ainsi s’établit la dynastie des Tang (618-907) sous lesquels la Chine devait atteindre l’apogée de sa fortune.

Plusieurs éléments y contribuèrent. Et d’abord le prestige initial jeté sur le trône par l’empereur Taï Tsong (627-650), une des plus grandes figures de l’histoire chinoise, aussi habile politique qu’audacieux combattant et qui non seulement restaura dans toute leur plénitude les immenses frontières jadis atteintes par les Han mais les dépassa et surtout les consolida. Ensuite le fait que le grand mouvement bouddhiste qui n’avait cessé de croître, même à travers les temps troublés qu’on venait de traverser, avait mis la Chine en relations suivies avec l’Inde. À côté d’un pèlerin comme Hiouen Tsong qui ne voyageait que mû par des motifs élevés et qui rapporta de sa longue absence, en plus de documents précieux mille observations curieuses, combien d’autres qui, soit pour eux-mêmes, soit indirectement mêlaient l’intérêt commercial à l’intérêt religieux. Ils traçaient en tous cas la route ; sur leurs pas et d’après leurs indications les marchandises suivaient. Et cela d’autant plus intensément que l’ancienne prospérité avait reparu avec l’ordre et la sécurité. La richesse se développait rapidement. Ne vit-on pas des banques émettre du papier-monnaie et des jonques dûment munies de boussoles (quoiqu’on en ait dit) faire un service régulier avec Ceylan et l’Arabie ?

Cette Chine si progressiste n’était ni intolérante ni xénophobe. Les missionnaires chrétiens et islamiques que lui envoyaient Byzance ou la Perse pouvaient prêcher librement. L’oncle maternel de Mahomet vint en 634 mourir à Canton où son tombeau est encore honoré. Les représentants de ces religions lointaines étaient bien traités mais leur apostolat se produisant en pleine ferveur bouddhiste n’avait pas chance d’opérer beaucoup de conversions. C’est bien plus tard, grâce à l’appoint d’émigrants musulmans que l’islamisme réussit à s’implanter dans une certaine mesure.

Le grand bénéficiaire de cette brillante période fut l’art. L’habileté des artistes chinois s’était révélée de bonne heure mais leur imagination restait captive du ritualisme lequel leur imposait des formes toujours identiques et règlementait jusqu’à la décoration des objets sortis de leurs mains. L’art laïque, en somme, n’existait qu’en doublure de l’art religieux. Jusqu’au bouddhisme la peinture fleurit à peine et la sculpture point du tout. Quant à l’architecture, à part les tours (taï) — dont on pense que la mode avait pu surgir jadis d’un contact de hasard avec la Chaldée — et les arcs triomphaux à trois ou cinq portes dressés devant les temples ou les tombeaux, tous les monuments présentaient cette silhouette caractéristique due à l’énorme toiture basse aux bords relevés, ressouvenir lointain des tentes de la steppe. De plus, construits pour la plupart en bois précieux et en briques friables, ils n’eurent jamais qu’une vie éphémère. Les Chinois ne paraissent pas s’être préoccupés de les rendre durables. La pérennité architecturale ne répond point à leur conception de la vie. Le monument est à l’usage de la génération qui l’a élevé. C’est assez qu’il dure autant qu’elle. Ainsi se marque une fois de plus cette particularité de l’esprit chinois : l’absence d’intérêt pour la descendance. On ne songe guère à ceux qui viendront. Le sentiment héréditaire est pour ainsi dire « retourné » vers ceux qui furent. Ceux-là sont associés constamment aux actions des vivants et lorsque la noblesse est conférée à un citoyen, ce sont ses ancêtres qui en profitent. L’honneur accordé rejaillit sur eux ; ils sont anoblis rétrospectivement.

Pour en revenir à la Chine des Tang, un écrivain français a pu dire justement qu’elle fut alors « le premier empire du monde ». Mais elle ne pouvait le rester qu’à la condition d’avoir une série de souverains dignes de succéder à Taï Tsong. Ce ne fut point le cas. La situation n’était pas facile à maintenir. Car si au Thibet et en Mongolie se tenaient des hordes qui, n’entendant que le langage de la force, pouvaient du moins demeurer dans l’obéissance tant que cette force se faisait sentir à côté d’elles, le Turkestan comprenait des principautés réellement civilisées et dont la vassalité reposait principalement sur le prestige et l’excellence du gouvernement impérial. Depuis, en effet, que les Han avaient les premiers poursuivi l’annexion du Turkestan, ce pays s’était grandement développé. La persistance de nombreux éléments aryens, le très proche voisinage des établissements grecs de Bactriane, enfin des relations fréquentes avec l’Inde en avaient fait un véritable foyer d’art et de pensée. Et sa situation géographique lui permettait de refléter et de répandre comme l’eût fait un miroir, la lumière qu’il recueillait ainsi d’une triple source. D’autre part, en Chine même, le péril provenait de l’affaiblissement graduel de l’élan militaire indispensable à la conservation d’un patrimoine si vaste et si divers. Cet affaiblissement était presque fatal parce que le tempérament chinois, très sensible aux séductions de la richesse, se laisse aisément détendre à son contact. De la sorte se posait devant les empereurs Tang l’ensemble de problèmes qui, à travers les siècles, a constitué ce qu’on peut appeler : la question chinoise.

Ming Houang (712-756) le seul d’entre eux après Taï Tsong qui fut capable d’y faire face a été souvent comparé à Louis xiv. Il en eut certaines qualités et certains défauts ; surtout leurs destins évoluèrent de façon identique. Après de fécondes victoires initiales, Ming Houang voulut une cour éblouissante. Trop de fêtes, trop de spectacles, trop de luxe dans les jardins de Singanfou, sa capitale, la ville aux rivières « à la surface nacrée ». Et quand sur le tard, surpris par des désastres inopinés et la menace renaissante d’invasions fougueuses, il voulut assembler ses armées et redresser la fortune, il s’aperçut qu’autour de lui les caractères s’étaient émoussés et que les énergies défaillaient. Le sensualisme avait engendré un épicuréisme pénétré de lassitude et d’abandon. « L’univers ?… une grande hôtellerie, s’écrie le poète. Toutes choses sont de passage chez cet aubergiste qui a nom le Temps ». Et pour s’en consoler, il interroge la nature. « Est-ce le matin ? Est-ce le soir ? Qu’importe, répond l’oiseau. C’est le printemps. Jouis de la vie qui passe. Qu’importe, répond le fleuve. C’est le printemps. Bois, chante et oublie. »

Non, ce n’était plus le printemps. Le printemps chinois était passé. Après Ming Houang la situation ne cessa d’empirer. En 875 une jacquerie terrible éclata. Sous la conduite d’un chef de hasard les paysans révoltés pillèrent Loyang et Singanfou. L’empire morcelé en sept royaumes ne pouvait plus se défendre. Une horde turque, les Khitaï, s’était établie en Mandchourie ; elle devait plus tard se transporter dans le Turkestan[2]. Les Khitaï occupèrent le nord et fixèrent à Pékin, bourgade jusqu’alors sans importance, le centre de leur pouvoir. Après cinquante ans d’une anarchie complète ce fut l’armée qui, à l’instar des légions romaines, créa un empereur en décernant ce titre à un général populaire. Le choix était bon et la dynastie des Sung devait se maintenir trois siècles (960-1280) mais sur une Chine diminuée matériellement et moralement.

Il y avait longtemps qu’une réaction confucianiste se préparait, justifiée par les excès du cléricalisme bouddhiste et surtout par la fâcheuse évolution qui tendait à faire de cette religion à base élevée un assortiment de superstitions assez vulgaires. Ce qui constituait dans le bouddhisme un véritable danger au point de vue national, c’était à coup sûr son double caractère individualiste et pessimiste. Malheureusement la réaction se dessina sous un angle moins philosophique et c’est pourquoi le mouvement dont nous parlons a une si grande importance dans l’histoire chinoise. Il fut le point de départ des tendances xénophobes qui devaient finalement conduire à sa perte la Chine au génie sociable de laquelle l’isolement fut toujours contraire. Car on eût beau invoquer pour justifier la persécution des motifs différents, c’est bien en qualité de culte d’origine étrangère que le bouddhisme fut attaqué. Dès 845, un édit impérial avait ordonné la destruction de nombreux temples et monastères : deux cent soixante mille nonnes et moines furent rendus d’office à la vie du monde. Avec les Sung, le mouvement s’accentua. À la place du mysticisme, le néo-confucianisme s’installa sans pour cela déraciner le sensualisme. Le gouvernement fut aux mains de mandarins policés, adorateurs de la Raison, confiants en son impeccabilité et l’identifiant d’ailleurs avec l’esprit chinois. Parlant des institutions de ce temps, A. de La Mazelière les a fort bien analysées : « Elles ne cherchent, dit-il, que l’absolu. Elles ne tiennent pas compte du tempérament des souverains, des ministres ou des sujets. Pour la seule fois dans l’histoire, on a l’idée et presque l’exemple d’un système politique qui fonctionne sans l’initiative d’aucun homme d’État et comme automatiquement L’empereur ne sait rien, ne peut rien que par l’entremise des ministères. L’esprit chinois devient tellement jaloux que les fonctions des ministres sont attribuées à des conseils de huit ou dix membres. Ces conseils s’observent réciproquement Nul ne peut obtenir d’emploi sans passer des examens, examens dans lesquels la calligraphie compte autant que les idées et le style ». Tels sont les dirigeants. Les dirigés versent dans une indifférence croissante de la chose publique. Ils n’ont point de grandes ambitions ; ils se laissent vivre. Ils ne songent guère à l’au-delà et ne s’inquiètent plus d’en percer les mystères. Du xie siècle date ce morceau célèbre, qui vaut d’être cité en raison de sa tragique et sèche désespérance : « Seul ! la tête prise dans les ronces ; ta couche humide de rosée, plus froide encore sous le vent ; des feux follets, des lucioles. Aucun bruit que les chants du berger et du bûcheron sur la colline lointaine. Rien à voir qu’un oiseau qui s’envole, une bête fauve qui s’enfuit. Tel est ton désert maintenant. Et, dans mille ans, le renard et le blaireau creuseront leur terrier dans ta fosse, la belette y fera son nid. N’est-ce pas le sort des vertueux et des sages ? Partout leurs tombeaux épars nous font rougir de voir que le ciel est sans cœur ». Et s’il en est ainsi, quoi de mieux que de jouir des biens de la vie sous la protection d’un régime sans ambition lui aussi mais combiné pour fonctionner tout seul de façon régulière et silencieuse : belle machine digne d’admiration et que l’intervention étrangère ne saurait désormais que déranger et détraquer. Sans doute il y a des réformateurs, des novateurs ; il y a des socialistes ; il y en a toujours eu quelques uns. Au premier siècle de l’ère chrétienne, un empereur bien intentionné fut assassiné pour avoir voulu, dit-on, établir le communisme. Et voici que, vers 1080, il se trouve des hommes politiques pour préconiser le socialisme d’État et défricher la route qui y mène. Ils fixent le prix des denrées, instituent le crédit agricole, l’impôt sur le revenu et même le service militaire obligatoire tel que la formule s’en imposera à l’Europe huit cents ans plus tard : éphémère tentative, curieuse en ce qu’elle vient d’en haut et s’appuie sur des exposés de forme châtiée et des discours de noble et généreuse allure.

Du système des Sung on a pu dire qu’il « prévoyait tout sauf l’invasion des barbares ». Les avait-on donc oubliées ?… Au début du douzième siècle, les Mandchous conquirent tout le nord jusqu’au Fleuve Jaune (1127). Le gouvernement se retira à Hang Tcheou sans rien changer à ses méthodes et sans que la population s’éveillât de sa tranquille somnolence matérialiste. Après quoi les Mongols de Gengis Khan chassèrent les Mandchous et imposèrent à toute la Chine, en la personne de Koublaï Khan, une dynastie issue de leur grand chef. Le retentissement de cette aventure fut énorme en Asie car c’était la première fois que la Chine entière se trouvait soumise à une domination étrangère. Au nord bien des conquérants avaient passé, éliminés ou assimilés. Jamais ils n’avaient réussi à franchir le Fleuve Bleu. Depuis quinze siècles, la Chine du sud sauvegardait son indépendance. Cette fois après une lutte de vingt années (1259-1279), elle la perdit. Dans son admirable Histoire de l’Asie, René Grousset a dépeint le respect intimidé avec lequel le nouveau monarque prit possession de ce trône dont le prestige dépassait à tel point celui de tous les autres trônes ; la conscience de sa responsabilité historique pesait sur Koublaï Khan qui se sentait devenu le gardien d’une civilisation millénaire. Plein d’une respectueuse mansuétude envers les vaincus, il se fit chinois en quelque sorte, et reprit à son compte la vieille politique de ses prédécesseurs. Il avait d’ailleurs été préparé à ce rôle de « fils du ciel » par le lettré chinois, conseiller politique de son grand-père Gengis Khan qui avait dirigé ses études. Et somme toute son règne fut un grand règne (1280-1294). S’il échoua dans son ambitieuse tentative pour soumettre le Japon — et de même Java — il imposa son pouvoir au dedans des frontières traditionnelles et y fit prévaloir la sécurité et la paix. Il protégea les lettres, creusa des canaux, multiplia les routes, créa l’assistance publique, développa les services financiers ; sur ce dernier point, il montra d’ailleurs quelque imprudence car la circulation fiduciaire sur la fin de son règne atteignit le chiffre énorme de un milliard huit cent soixante douze millions. La prospérité n’en était pas moins très réelle et solide mais les Chinois en profitèrent en silence, sans se rallier. C’est que tout cela se faisait avec des concours étrangers. Koublaï avait un Persan comme ministre des finances, un Vénitien comme inspecteur, un lama thibétain comme conseiller intime et avec cela des généraux turcs et des ingénieurs syriens. En ce faisant, Koublaï demeurait fidèle à ses traditions familiales. Karakorum la capitale de son grand-père sise au nord de la Mongolie avait été le siège d’un étrange cosmopolitisme. Un moine, en son récit de voyage, ne s’étonnait point d’y trouver établi « maître Guillaume Boucher, orfèvre parisien qui avait demeuré sur le grand pont à Paris » et il arrivait au légat du pape de faire le voyage avec des gens de Prague et de Breslau[3]. Pékin hérita de l’attrait de Karakorum et plus hospitalier, l’accrut fortement. Il vint des savants, des artistes, des négociants de Syrie, de Moscovie, de Pologne, de Hongrie, de Pise, de Venise pêle-mêle avec des Arabes, des Persans, des Hindous, des Siamois.

Quelques siècles plus tôt, la Chine n’y eut point trouvé à redire. Elle n’eut point été choquée non plus de l’éclectisme religieux de Koublaï lequel honorait à la fois Jésus, Mahomet, Moïse et Çakya Mouni « ne sachant lequel est le plus grand dans le ciel ». Mais ces temps n’étaient plus. Raidis dans une intense résistance cérébrale, les Chinois haïssaient maintenant tout ce qui venait du dehors. Ils ne pardonnaient point « l’usurpation » de 1280 ; la dynastie mongole en apparence si robuste avait construit sur le sable.

Son renversement fut le fait d’un fils de paysan, novice dans un couvent bouddhiste et que son patriotisme hardi fit sortir de sa pieuse retraite et plaça à la tête des rebelles. La Chine du sud, démocratique autant qu’intellectuelle et commerçante, fut bientôt groupée derrière lui. Après douze ans de lutte la libération fut complète et le paysan devenu empereur sous le nom de Hong Wou inaugura la plus nationale des dynasties chinoises, celle des Ming (1368-1643). De semblables restaurations ne s’accomplissent pas d’ordinaire sans provoquer de vifs mouvements réactionnaires. Mais cette fois contre qui, contre quoi réagir ? Les princes mongols n’avaient pas porté la main sur les principales institutions chinoises ; ils en avaient respecté la lettre sinon l’esprit. C’étaient des ruines morales qu’il aurait fallu relever. La Chine ne le comprit ni ne l’osa. Après un bref sursaut d’énergie panasiatique sous le règne de l’empereur Yong Lo (1412), elle se laissa progressivement pénétrer par la méfiance, la peur, la jalousie. À l’extérieur le moins d’intervention possible. À l’intérieur, le fonctionnarisme de plus en plus étendu et médiocre. Un jour vint où un véritable prolétariat intellectuel se révéla. Il y eut des milliers de candidats évincés et mécontents autour de chaque fonction. Peu à peu on versait dans l’ornière xénophobe. Lorsqu’au xvie siècle, les Espagnols et les Portugais tentèrent de nouer des relations avec les ports du sud, on leur marqua le plus grand éloignement ; et l’accès du reste du pays leur fut tout à fait interdit. Point encore d’intolérance religieuse. Le bouddhisme seul excitait la haine des lettrés qui marquaient au contraire de la bienveillance aux chrétiens, les missionnaires jésuites ayant eu l’habileté d’accorder leurs prédications aux principes essentiels du confucianisme. De ce confucianisme restauré rien de fécond ne sortait. Un général-philosophe voulut en déduire une morale d’action. Vivre c’est agir, disait cet honnête homme. Ne descendait-il pas de cet autre général-artiste qui, bien des siècles auparavant, guerroyant à la frontière assemblait les chefs vaincus et leur montrait ses tableaux pour les gagner du même coup à la culture chinoise.

Le peuple, lui, jouissait du repos après tant d’agitation. Il était heureux. Il le fut encore après 1644 malgré que la violence et la trahison combinées eussent placé sur le trône une dynastie mandchoue. Les premiers empereurs de cette lignée, Kang Hi (1662-1722), Kien Lung (1736-1795) furent d’ailleurs des hommes remarquables qui surent consolider par des victoires opportunes la domination chinoise sur l’Asie centrale et par là fortifier les assises de la paix à laquelle leurs sujets tenaient tant — à laquelle on peut dire que désormais ils tenaient trop.

Cette paix, il eut fallu du moins la gonfler de prospérité d’autant qu’elle engendrait un de ces énormes accroissements de population si caractéristiques de la race chinoise laquelle peut en temps normal doubler en quarante ou cinquante ans. Or un phénomène nouveau se produisit : la misère. La Chine si aisément riche mais désormais séparée du monde par une barrière obstinée connut une pauvreté durable dans laquelle elle s’enlisa. Le commerce végéta ; les salaires baissèrent ; les ponts croulèrent ; les canaux se comblèrent. L’émigration qui avait débuté petitement lors de la chute des Ming s’accentua, enlevant les plus hardis, les plus travailleurs pour les disséminer dans les îles et plus tard sur tous les rivages du Pacifique. Ceux qui restaient furent victimes des sociétés secrètes. Vieille tradition. L’époque des Han n’avait-elle pas connu la jacquerie des « sourcils rouges » puis celle des « bonnets jaunes ». De nos jours ce furent la « triade » (1794-1804), peu après les « pirates » puis, au milieu du xixe siècle les « Taï-pings » enfin au début du xxe les « boxers ». Généralement formées pour se défendre contre des vexations fiscales mais composées par moitié d’affamés et d’illuminés dans un pareil état de surexcitation, ces terribles associations couvrirent la Chine de ruines et de sang.

Quant à l’Europe à laquelle le seul port de Canton restait ouvert — entr’ouvert plutôt, — elle tenta à plusieurs reprises de défoncer la muraille obstinée. En 1842, par un scandale sans excuse, l’Angleterre selon le mot d’un écrivain japonais « introduisit l’opium par la bouche du canon et extorqua Hong Kong ». En 1860 une expédition franco-anglaise se termina par la prise de Pékin et le pillage du « Palais d’été ». Ce n’étaient sans doute pas de bons moyens de se faire admettre et apprécier mais il faut reconnaître que, de son côté, la xénophobie chinoise se traduisait de façon toujours agaçante, souvent fourbe et parfois sanguinaire.

Ces entreprises européennes n’eurent pas cependant en Chine de très profondes répercussions. Tout autre fut l’effet produit par la guerre sino-japonaise de 1894-95. Ce conflit si souvent prédit, si longtemps retardé mettait aux prises non point seulement les deux plus grandes puissances de l’Asie mais deux formules différentes sinon opposées de l’asiatisme. À le voir se dérouler, l’Europe devenue soudainement attentive comprit que c’était un peu des destins du monde qui se jouait dans ces batailles-là. Aussi sa diplomatie intervint-elle pour en atténuer du moins les conséquences immédiates, limiter la victoire des uns, adoucir la défaite des autres. La dynastie mandchoue finalement y perdit sa couronne et une république inattendue prit sa place.

Sera-ce pour la Chine l’occasion d’un renouveau décisif ? Elle en trouverait les directives dans ses glorieuses annales.


Thibet

L’importance géographique du Thibet par rapport à la Chine se définit en deux mots. Il y conduit et il la menace. Le Thibet est à la fois une route et un redan ; mais pour autant seulement que ce pays ait une organisation quelconque. La sienne fut tardive. Vers l’an 600 ap. J.-C. un chef thibétain parvint à réunir en un faisceau les tribus éparses et demi-sauvages qui erraient sur ce plateau farouche. Son successeur, inquiet sans doute d’en faire façon, appela à son secours les moines bouddhistes de l’Inde. C’était d’ailleurs un homme vaillant qui, ayant attaqué les Chinois et été battu par eux, leur avait inspiré assez de respect pour obtenir de l’empereur la main d’une princesse chinoise. Est-ce à elle que pensait le grand poète Li Taï Pé lorsqu’il s’apitoyait sur « la perdrix exilée auprès d’un vautour de Tartarie, là-haut, bien loin dans la montagne glacée ». La perdrix en l’espèce, fit de la politique chinoise et fort habilement. Devenue régente à la mort de son mari, elle s’employa à faciliter de toutes manières le passage des pèlerins bouddhistes qui se rendaient dans l’Inde et à en accroître le nombre. Bientôt commença cet étrange duel entre les ambitions séculières et la théocratie qui devait durer plusieurs siècles et se terminer par la victoire des moines. Les premiers monastères de Lhassa furent fondés par le roi Khrisrang (755-780). Mais la suprématie monastique avait à lutter contre les mœurs volontiers belliqueuses des tribus. De temps à autre, un chef de bande se présentait qui tenait tête au clergé et tournait le pays vers la guerre. Alors des expéditions suivies de fructueux pillages s’organisaient au détriment des voisins de Chine ou de Kachgarie. Au retour, enorgueillis, les guerriers parlaient haut. En 838 une véritable rébellion éclata. Les moines se délivrèrent par l’assassinat de celui qui la dirigeait et, pour éviter le retour d’une semblable aventure, ils divisèrent le pays en principautés rivales dont eux-mêmes furent les arbitres. L’an mille eut lieu la prédication du célèbre hindou Aticha qui avait été appelé au Thibet pour réformer la religion. Au siècle suivant l’église thibétaine acheva d’imposer son pouvoir. Dans les dernières années du xive siècle enfin se produisit la grande réforme à laquelle est attaché le nom du moine Tsong Kapa (1355). Il remit de l’ordre dans les couvents et rétablit les vœux de pauvreté, de chasteté et de renoncement qui étaient fortement tombés dans l’oubli ; mais surtout il inventa le dogme de la réincarnation perpétuelle des personnages sacrés du bouddhisme. Ce fut ce qu’on a appelé le lamaïsme jaune et tout d’abord cela donna un schisme. Les innombrables moines du Thibet se séparèrent en deux groupes ; il y eut l’église rouge en face de l’église jaune ; cette dernière devait triompher. Qu’on imagine le pieux élan qu’eut provoqué l’église chrétienne en faisant croire au peuple que ses pasteurs présents n’étaient que des réincarnations des apôtres ou des martyrs d’autrefois. Il ne restait plus qu’un pas à franchir pour transformer le Thibet en État pontifical ; il fallait que le pontife suprême, le Dalaï-lama, en vint à être considéré comme une réincarnation de Bouddha lui-même. Dès lors le Dalaï-lama fut pape et roi. Un prestige immense rayonna de sa personne sur toute l’Asie barbare. En 1577 menacé par une révolte de ses sujets laïques, le troisième Dalaï-lama fit appel aux Mongols qui le rétablirent sur son trône et, dans une diète solennelle tenue au Koukounor, proclamèrent le lamaïsme religion officielle de la Mongolie. Bien entendu le Saint siège de Lhassa fut à maintes reprises un centre d’intrigues politiques ; néanmoins son caractère religieux ne cessa de prédominer. « Il ne fut si mince chef de horde, dit René Grousset, qui ne tint à faire confirmer par le pontife de Lhassa ses droits de souveraineté ». Les empereurs chinois eux-mêmes prirent soin, en lui marquant un dévôt respect, de se concilier une si haute autorité mais sans perdre de vue la possibilité d’y superposer quelque jour leur propre domination temporelle. C’est ce qui advint. L’Église thibétaine passa au rang de protégée de la Chine dont deux ambassadeurs résidant en permanence auprès du Dalaï-lama eurent mission de contrôler ses actes et d’intervenir à sa mort dans l’élection de son successeur.

Il est trop tôt pour apprécier les répercussions que provoqueront au centre de l’Asie la révolution russe et l’action bolcheviste. Certains observateurs font grand état d’une renaissance mongole à la fois nationaliste et religieuse qui se préparerait en ces régions. Chinois et bolchevistes se sont entendus à diverses reprises ces dernières années pour comprimer le mouvement. Sans doute n’y réussiraient-ils point si ce mouvement prenait toute la force qu’il est susceptible d’acquérir. Les Mongols sont certainement remués par les souvenirs de Gengis Khan ; et les ruines de Karakorum sont susceptibles de devenir pour eux un de ces lieux de pèlerinage où s’alimente l’ambition passionnée des peuples déchus. D’autre part ils ont aussi leurs « Bouddhas vivants » et le centre religieux d’Ourga, bien moins prestigieux que celui de Lhassa, renferme peut-être plus de germes d’avenir.


Annam

Le nom d’Indo-Chine est bien choisi s’il signifie que l’influence hindoue et l’influence chinoise se sont partagé le territoire ainsi désigné mais il serait erroné d’en conclure que ces influences s’y soient jamais combinées. La frontière demeure tranchée à cet égard. L’Annam est fils de la Chine. Les Annamites, peuple aborigène de la Chine méridionale, occupaient le Kouan Si, c’est-à-dire les régions de Canton, de Hong Kong et de Macao lorsque, sous la pression chinoise, ils descendirent sur le Tonkin actuel et l’envahirent jusqu’à la baie de Tourane. Au delà ils se trouvaient en présence des Tiams, peuple d’origine malaise et de civilisation hindoue auquel ils disputèrent — et sur lequel ils finirent par conquérir — les territoires qui complètent vers le sud, et jusqu’à la frontière du Cambodge, l’Annam actuel. En 214 av. J.-C. les Chinois annexèrent le Tonkin mais dès 207 un de leurs généraux s’y taillait un royaume indépendant qui s’étendit jusqu’à Canton. Environ un siècle plus tard ce royaume fut supprimé et dès lors, c’est-à-dire pendant plus de mille ans (112 av. J.-C. — 968 ap. J.-C.) l’Annam demeura sous la domination des Chinois et s’imprégna complètement de leur civilisation tout en gardant son caractère propre et ses aspirations à l’autonomie. En 939 profitant des troubles qui précédèrent en Chine l’avènement des Sung, les Annamites s’émancipèrent. Ils disputaient alors aux Tiams la région de Hué dont ceux-ci s’étaient emparés à la fin du viiie siècle. Une fois seulement cette rivalité séculaire fit trêve. Les deux peuples luttèrent ensemble contre les Mongols de Koublaï Khan. Le péril écarté, ils redevinrent ennemis. Un moment dominés par les Tiams qui, les attaquant par mer, prirent pied à Hanoï (1360), les Annamites recouvrèrent la suprématie et, en 1471, parvinrent enfin à détruire le royaume tiam dont les habitants émigrèrent, cédant la place à des cultivateurs annamites. Entre temps (1407-1427) une tentative violente d’annexion chinoise avait été complètement repoussée, si bien que l’Annam se trouva avoir satisfait à la fois son besoin de liberté et ses ambitions territoriales. Malheureusement des rivalités dynastiques surgirent et pendant longtemps divisèrent le pays. L’expansion annamite continua toutefois. La Cochinchine avec Saïgon, une partie du Cambodge furent annexés. Toute cette période de 1527 à la fin du xviiie siècle fut désolée par des troubles intérieurs sans lesquels l’Annam serait certainement parvenu à une haute fortune. Enfin l’unité fut rétablie par celui qui devait être l’empereur Gia Long et qui, sous l’inspiration de l’évêque catholique Pigneau de Béhaine, réclama l’appui de la France et signa avec Louis xvi le traité, point de départ de l’intervention française de 1883. Les explorations d’un officier de marine Garnier et d’un négociant français Dupuis ayant amené vers ce temps là des incidents sanglants, la France qui, sous Napoléon iii, avait occupé la Cochinchine puis placé sur sa demande le Cambodge sous son protectorat, s’établit au Tonkin. Une guerre avec la Chine s’en suivit qu’illustrèrent les opérations du célèbre amiral Courbet, notamment la destruction de l’arsenal de Fou-Tchéou et des forts échelonnés sur la rivière Min, faits d’armes qui ne coûtèrent aux Français que dix hommes. Le protectorat de la République française sur l’Annam fut reconnu en 1885 par le traité de Tien-Tsin. Dix-sept ans plus tard (1902) l’inauguration du grandiose pont du Fleuve Rouge long de deux kilomètres et demi et l’organisation de l’exposition d’Hanoï permirent d’apprécier la valeur de l’effort accompli par la France.


Japon

De la Chine au Japon, tout diffère. Peuple nerveux dont les origines ethniques sont incertaines et complexes, resserré sur un sol insulaire et volcanique, les Japonais ont développé une civilisation tardive, faite d’emprunts et pourtant originale, pleine de sursauts et cependant continue, apte à des transformations promptes et passionnées sous un masque d’immobile quiétude.

Le premier prince dont nous ayons connaissance régna vers l’an 600 av. J.-C. sur la partie centrale du pays, celle qui correspond aux régions de Kioto et d’Osaka. Il se nommait Djenwo ; c’était peut-être un chef mongol venu par la Corée. En ce temps là, la partie méridionale du Japon était occupée par les Malais. Ne faut-il pas chercher dans le croisement de ces deux races les caractéristiques du tempérament japonais ? Une précédente race existait dans le pays, les Aïnos que Djenwo repoussa vers le nord Sur quoi, ce prologue joué, le rideau retomba pour cinq siècles. À en croire le proverbe, les Japonais furent alors très heureux puisqu’ils n’eurent pas d’histoire, du moins pas d’histoire assez accidentée pour se graver dans la mémoire des hommes. Ils vécurent, semble-t-il, en extase devant les ravissants paysages que leurs yeux contemplaient. Ce sont ces paysages qui, divinisés, formèrent le fond de la religion nationale, le shintoïsme, lequel n’est en réalité que le culte de la terre natale : « La terre est la mère dont toutes les créatures ont reçu l’être et la vie, dit un des chants liturgiques shintoïstes. Toutes mêlent leurs voix à l’hymme universel. Grands arbres et petites herbes, pierres, sable, le sol que nous foulons, les vents, les flots ont une âme divine. Le murmure des brises dans les bois au printemps, le bourdonnement de l’insecte dans les herbes humides de l’automne, autant de strophes du chant de la terre. Soupirs de la brise, fracas du torrent, autant d’hymmes de vie dont tous doivent se réjouir. »

Keiko qui régna de 71 à 130 ap. J.-C. doubla l’étendue du domaine ancestral en l’agrandissant vers le sud et vers le nord. Les Aïnos sans cesse refoulés dans cette dernière direction finirent par se trouver cantonnés dans l’île de Yeso ; elle n’a rien de commun avec les aspects et le climat du Japon et forme une région à part. Au sud, les Malais maintenaient leur indépendance. Au début du iiie siècle, des princes malais régnèrent sur le Japon et c’est à leur dynastie qu’appartint Zingo (201-269) la première de ces impératrices entreprenantes dont l’originalité émaille les annales asiatiques. Zingo voulut tenter la conquête de la Corée avec laquelle des relations commerciales s’étaient nouées vers l’an 116 av. J.-C. seulement. La souveraine avait près d’elle comme conseiller et premier ministre, le fondateur de la puissante famille des Soga qui allait dès lors tenir dans l’État un rang prépondérant. Ainsi se trouvaient déjà posées les bases caractéristiques de ce qui serait durant des siècles la politique japonaise : d’une part, les prétentions sur la Corée et, de l’autre, le gouvernement national confié à des familles privilégiées pourvues de charges héréditaires. Entre ces familles des rivalités violentes allaient se produire. Les Soga investis des relations extérieures avaient pour eux les Otomo, amiraux héréditaires et, contre eux, les Mononobe, commandants militaires et les Nakotomi « gardiens des rites ancestraux ». On était déjà en route vers le shogunat.

Cependant un fait capital se produisit. Au moment où l’empereur Keïtaï achevait d’unifier le pays (520), le bouddhisme s’y introduisit. Or le boudhisme, c’étaient l’influence et la civilisation chinoises. Un chinois du sud, bouddhiste dévôt, s’installa au Japon où sa fille allait être la première religieuse de ce culte. De leur côté les rois de Corée qui semblent avoir été de persévérants prosélytes s’employaient à convertir leurs voisins. L’un d’eux envoya en 552 à l’empereur Kimmei une ambassade chargée de lui offrir une statue de Bouddha. Ce présent fut reçu avec faveur. Les Soga se montraient favorables à la religion nouvelle et l’encourageaient ce dont, bien entendu, leurs adversaires se firent une arme contre eux. Une épidémie et une famine étant survenues, le peuple fut aisé à persuader qu’il en fallait rendre responsables les dieux étrangers. La guerre civile éclata ; elle se termina à l’avantage du premier ministre dont la mère était l’impératrice Suiko. L’empereur ayant été assassiné, Suiko continua de régner avec les conseils du sage prince Wumayado auteur d’une sorte de constitution dont les dix sept articles à en croire un écrivain japonais, « émerveillèrent Chinois et Coréens ». Cette constitution en tous cas visait à créer un empire administrativement centralisé à la chinoise ; il semble que lorsque, par un coup de force, l’empereur Tenji eût en 645 mis fin à la domination des Soga, ni lui ni son frère et successeur Temmu (673-686) n’aient eu la moindre velléité d’en prendre occasion pour déterminer une réaction nationaliste. Bientôt d’ailleurs une autre famille princière eût installé son despotisme à l’ombre du trône. C’étaient les Fujiwara. Ceux-là devaient tenir longtemps. La tentative de l’empereur Shomu (724-748) pour restaurer l’indépendance du souverain échoua ; il dut abdiquer. Sa femme, sa fille qui lui succéda avaient beau, dit la chronique « être douées d’un courage viril », elles ne purent résister. C’étaient d’ailleurs des bouddhistes passionnées. Sans doute eut-il fallu pour aboutir unir les deux batailles et grouper tous les mécontents sous un même drapeau à la fois anti-chinois et anti-shogunal (car le shogunat ne s’appelait point encore ainsi mais par le caractère de la fonction et les privilèges qui y étaient attachés, il existait déjà). Dans le peuple régnait certainement une réelle méfiance à l’égard du « continentalisme » chinois et, comme à différentes reprises les communications se trouvèrent coupées avec la Chine par suite des troubles sévissant dans ce pays, on aurait pu en profiter. Du moins cela se serait pu si les classes supérieures n’avaient point été aussi profondément pénétrés par le bouddhisme ce qui les rendait trop accessibles aux influences chinoises. Maintenant on risquait qu’elles ne se pliassent pas facilement à un retour au simple et pur shintoïsme du début. Était-ce un bien ? était-ce un mal ? On n’aura jamais fini d’en disputer tant le pour et le contre s’opposent. Que, dans le domaine de l’art et des lettres, il soit résulté de grands progrès de l’engouement pour la Chine, nul ne saurait le nier. Mais, d’autre part, le « mélancolisme » bouddhique convenait-il à l’âme japonaise ? C’est très douteux. « Connaître la tristesse des choses » n’était pas pour elle un idéal fécond et les sectes qui répandirent la théorie de la grâce et professèrent que l’homme est trop faible pour rien accomplir de bon à lui seul n’apportèrent peut-être pas à la nation le genre de force morale qu’il eut fallu. Du mysticisme, du décadentisme en résultèrent. Des guerriers vécurent comme des prêtres tandis que des gens de cour, considérant que « l’être parfait doit réunir les qualités de l’homme et de la femme » se mirent à s’habiller, à se parer, à se farder comme des femmes.

Période sans grandes lignes et dont on dut se demander où elle conduisait et ce qui en pourrait sortir. Le souverain était tout à fait impuissant. Il vivait relégué dans son palais de Kioto car la capitale d’abord nomade, puis fixée à Nara (710-784), était désormais à Kioto. L’empereur Ouda Tenno voulut reprendre les rênes du gouvernement ; il fut déposé. Son remplacement par Daïgo (898) marqua le triomphe absolu des Fujiwara. Mais, à leur tour, ceux-ci virent échapper à leur pouvoir les grands barons, les daïmios qui s’octroyaient dans leurs fiefs des libertés de plus en plus grandes et les transformaient en véritables principautés. Entourés de leurs hommes d’armes ou samouraïs, ces féodaux développèrent une chevalerie qui ressemblait comme une sœur à celle d’occident. Pourtant, entre elles, il y avait l’épaisseur de la planète et elles ne savaient rien l’une de l’autre. Mais aux heures analogues de leur évolution, il advient que les peuples font les mêmes gestes et disent les mêmes paroles, s’abandonnent aux mêmes passions et engendrent les mêmes institutions. Parmi les duels et les tournois, exagérant à la fois la bravoure et la courtoisie, les chevaliers japonais préparaient sans s’en douter la guerre civile. Car leurs rivalités jalouses et leurs instincts batailleurs les incitèrent à se diviser en deux camps au service des maisons qui se disputaient le shogunat. Les Fujiwara ayant disparus, c’étaient maintenant les Minamoto et les Taïra qui se trouvaient aux prises : longue guerre qui dura plusieurs siècles, toute remplie d’épisodes dramatiques ou romanesques, de revirements, d’exploits fabuleux, de grandes dépenses d’intelligence et d’énergie malheureusement sans profit pour personne, car — en ce pays lointain que son isolement protégeait si complètement des périls extérieurs et qui, tout du long de l’histoire, se trouva au vrai sens du mot « maître de son destin » plus que ne le fut jamais aucun peuple civilisé — la féodalité, à l’inverse de ce qui se passa en Europe, n’avait point de sens ; elle ne constitua qu’un sport brillant et superflu.

Il advint du moins qu’un réservoir de forces physiques se créa de la sorte et, d’autre part, le gouvernement du shogun Yoritomo (1189-1199) chef des Minamoto et homme d’État éminent, en régularisant et en fortifiant les rouages de la machinerie politique, prépara le pays à affronter l’aventure inattendue et unique qui l’assaillit soudainement. Koublaï Khan, devenu empereur de Chine et suzerain de la Corée, envoya en 1268 une ambassade comminatoire réclamer la soumission des Japonais. C’était folie. Immédiatement, sous l’insulte, le Japon tout entier se dressa. Avec une admirable unanimité les forces convergèrent autour du pouvoir et lorsque les vaisseaux de Koublaï Khan parurent dans ce détroit de Tsoushima où six siècles et demi plus tard la flotte russe devait à son tour rencontrer la défaite, ce fut un désastre pour les assaillants. Des vingt-cinq mille hommes qu’ils portaient et malgré que ceux-ci eussent des canons — arme inconnue des Japonais — plus de la moitié périrent en prenant terre. Koublaï Khan s’entêta comme jadis Xerxès voulant du mal aux Grecs. Avec la même ignorance et la même suffisance que le monarque persan, il arma une flotte énorme qui devait conduire au Japon cent mille hommes (1281). Les soldats débarquèrent. Un ouragan complaisant ayant décimé les navires derrière eux, la retraite leur fut coupée et ils périrent en masse. L’indépendance du Japon était sauve, si tant est qu’elle eût pu, même en cette circonstance, se trouver durablement menacée. Elle était sauve à jamais ; nul ne s’avisa plus de risquer le coup.

L’empereur Go Daïgo dont l’avènement se place en 1319 jugea les circonstances opportunes à une restauration impériale. Après un premier échec, il atteignit son but aidé par Masashigé, héros populaire qui rappelle le Bayard français. En présence de l’adhésion unanime et joyeuse qui saluait son succès, Go Daïgo se figura l’avenir assuré, et la méfiance désormais inutile. Mais le shogunat avait eu le temps de pousser des racines profondes. Ses partisans enhardis se groupèrent autour d’une famille ambitieuse les Ashikaga et la poussa au pouvoir. Ces nouveau venus ne furent point à la hauteur de la tâche qu’ils assumaient. Ils abaissèrent l’autorité morale du souverain la ramenant à son précédent niveau d’effacement et ils ne rétablirent pas pour cela l’autorité matérielle du shogunat. René Grousset rapproche le Japon qui sortit de là de l’Italie telle que la fit vers le même temps la disparition simultanée de l’autorité du pontife romain et de celle du césar germanique. Alors surgit en occident la société compliquée et agitée au sein de laquelle évoluèrent les ruses et les violences des Sforza, des Médicis ou des Borgia. De même s’établit au Japon, entre seigneurs rivaux ce « système d’ambassades, de relations élégantes, d’échanges artistiques, d’espionnage et de trahison » que connut la péninsule méditerranéenne. Machiavel transplanté dans l’archipel asiatique ne s’y fut point senti dépaysé. Des mécènes magnifiques l’eussent accueilli ; il aurait même retrouvé une église casquée et prompte à manier le glaive. Car l’Église bouddhique s’était formidablement enrichie par la générosité des fidèles que la tristesse et l’incertitude des temps incitaient à la piété ; des monastères avaient grandi dont on ne savait plus dire s’ils étaient cloîtres ou forteresses. L’ordre qui possédait les trois mille bonzeries du mont Hieizan près de Kioto disposait d’une armée et d’un budget qui étaient ceux d’un État. Et Osaka se trouvait le siège d’un tiers-ordre dont les dirigeants pouvaient faire figure de puissants princes. Pour compléter la ressemblance, on trouverait à évoquer des « amants de la pauvreté » rappelant à s’y méprendre le doux François d’Assise ; et l’éloquence enflammée du moine Nitchiren fait écho bien étrangement à celle de Savonarole. Pourquoi s’étonner que plus tard le Japon ait su s’assimiler si prestement la politique et les méthodes occidentales ? Le passé l’y préparait.

Nobunaga (1556-1582) mit fin à l’état de choses dont nous venons de tracer la silhouette. C’était un grand seigneur, sceptique, ambitieux à froid, capable de vastes desseins à la manière de Richelieu. Sa position ne fut jamais définie mais, sans titre précis, il exerça durant seize années une dictature dont l’effet fut d’abaisser la turbulente noblesse et de briser la puissance monastique. Parmi les samouraïs groupés par Nobunaga et bénéficiaires de son succès se trouvait un ancien paysan devenu chef de bandes et condottiere, Hideyoshi. On l’a comparé à Bonaparte tant sa carrière eût de lustre dans sa brièveté. Ce qu’il faut remarquer dans le cas de Hideyoshi, c’est son origine toute plébéienne. Il ne s’était pas encore présenté dans l’histoire du Japon qu’un homme parti de si bas montât si haut ni même réussit à se mettre en possession d’un poste supérieur. Or Hideyoshi était trivial et grossier et ne cherchait pas à être autrement. Toutefois pour asseoir vraiment sa fortune, il sentit la nécessité de recourir à un stratagème bien oriental : il se fit adopter par le chef d’une des plus aristocratiques familles du Japon.

La dictature de Hideyoshi dura de 1582 à 1598. Elle fut absolue et ne se voila même pas sous l’artifice d’un titre shogunal. L’empereur régnant continua cependant d’occuper le trône sans que Hideyoshi ait songé sérieusement à l’y remplacer. Mais tous les pouvoirs furent en ses mains. Ses visées étaient principalement continentales. Ce qu’il voulait c’était soumettre la Corée et par elle atteindre la Chine dont il épiait l’état de décadence croissante. Peut-être y eût-il réussi si la mort ne l’avait surpris ; mais à coup sûr le joug japonais ne s’y fut pas maintenu. L’espèce de lassitude un peu insouciante avec laquelle, à certaines périodes de leur histoire les Chinois se sont laissés gouverner par des Mongols et des Mandchous, ils ne l’auraient pas témoignée vis à vis des Japonais trop foncièrement différents d’eux.

Au temps de Hideyoshi — et avant même qu’il eût ouvert la voie à l’épopée — il s’était créé toute une race d’aventuriers marins. Ceux-ci, dès 1523, naviguaient à la façon des pirates sur les mers de Chine, descendant volontiers à terre pour de fructueuses et rapides attaques, fondant aussi des embryons d’établissements aux Philippines, à Formose Ainsi naquirent les colonies japonaises ; il y en eut bientôt jusqu’en Indo-Chine et au Siam. Un autre fait digne d’être noté, c’est la recrudescence d’intérêt qui se manifesta pour le christianisme après le bref mais efficace apostolat de François Xavier (1549-1551). Le célèbre missionnaire fit grande impression sur les seigneurs japonais, et par l’ardeur de sa foi et sans doute aussi par ce qui s’affirmait encore en sa personne d’aristocratique et de guerrier. Au sujet de cette visite on a conté une curieuse anecdote. Un des européens accompagnant François Xavier apporta une arbalète qui intéressa vivement les Japonais. En quelques mois leurs armuriers en eurent fabriqué, d’après ce modèle, plusieurs centaines. Si l’on rapproche ce menu fait de celui-ci : ce ne fut que deux siècles et demi après avoir connu les produits des verreries d’Égypte et de Syrie que les Chinois se mirent à en fabriquer, on a un contraste qui fait saisir assez bien les tempéraments opposés des deux peuples chinois et japonais.

Après la mort de Hideyoshi le pouvoir passa aux mains de Jeyasou chef de la famille Tokugawa qui sut établir si fortement le shogunat que, deux siècles durant, il ne devait plus être efficacement porté atteinte aux privilèges de ceux qui en étaient investis. Sous Jeyasou du reste, il n’y eut pas un empereur et un shogun mais plutôt deux empereurs : l’un réduit à son antique rôle sacerdotal, se bornant à présider aux rites des cultes nationaux — l’autre détenant tous les droits effectifs, avec une capitale distincte, Yedo (aujourd’hui Tokyo), un drapeau à lui, une cour et une chancellerie séparées. Jeyasou se préoccupa de régler chaque chose de façon minutieuse. Tout fut ordonné, hiérarchisé ; tous durent obéir. Dans la pensée de ce grand politique une réaction s’imposait contre les habitudes fantaisistes et incertaines qui avaient prévalu aux époques précédentes. Jeyasou crut à la nécessité d’une concentration japonaise, tant au dedans qu’au dehors. Remplacer l’individualisme et la spontanéité par le classicisme et la règle, restreindre jusqu’à presque l’éliminer l’influence étrangère, tels furent les deux pôles de son programme. C’est cela — et non point une intolérance de pensée — qui arrêta net les progrès du christianisme naissant. L’opinion s’y prêta assez volontiers. Sans doute la conduite des Espagnols en Amérique n’y fut-elle pas étrangère. Ce serait une erreur de penser que les tragiques destins de Montézuma et des Incas péruviens ne furent point connus en Asie ; et cela incita les gens d’extrême orient à réfléchir et à se méfier. L’art, lui, ne perdit rien ; encore que certains auteurs nippons déclarent les Tokugawa coupables d’avoir étouffé l’efflorescence artistique « par leur ardeur d’organisation et de discipline ». C’est un jugement que les amateurs européens n’endossent point. Ils considèrent généralement l’époque des Tokugawa comme « l’époque classique de la peinture et de l’estampe ».

Deux cent soixante années de paix suivirent pendant lesquelles s’accumulèrent les forces matérielles et intellectuelles. Non que l’instruction fit de très grands progrès. Jeyasou l’avait rendue obligatoire mais elle ne répandait guère qu’une science immobile et close sans horizons et sans fécondité. Seulement comme le présent était dépourvu d’intérêt, tous les esprits se tournèrent vers le passé. Les samouraïs inoccupés fouillèrent dans leurs archives de famille afin de se dresser de prestigieux arbres généalogiques. Les historiens cherchèrent à s’orienter à travers le maquis des guerres civiles et des compétitions féodales. Les philosophes s’employèrent à retrouver, sous les constructions bouddhistes, le vieux sol shintoïste. D’une façon générale il y eut révulsion contre les influences hindoue et chinoise et l’on se concentra de plus en plus autour de ce qui était national. L’élite guidait le mouvement ; la foule suivait plus ou moins consciemment.

À force d’étudier le passé, le désir vint d’un avenir meilleur, d’une vie plus intense, d’un rôle à jouer plus important et plus digne de la nation. Tout cela se dessina très lentement au cours du xviiie siècle. Quand, en 1853, apparurent les navires étrangers venant réclamer en termes comminatoires la liberté du trafic pour leurs nationaux, il se produisit ce que l’on considéra en Europe comme la brusque explosion d’une xénophobie innée. C’était en réalité tout autre chose : c’était la mise en action soudaine d’une force active emmagasinée peu à peu et qui, libérée, n’allait pas tarder à trouver son orientation et son emploi. De par l’habileté prudente du gouvernement japonais secondé par la bonne grâce et la patience du commodore américain Perry, rien ne sauta ; on sut ouvrir à temps les soupapes nécessaires. Mais l’agitation fut dès lors incessante. Les seigneurs du midi (les Tokugawa s’étaient toujours appuyés sur ceux du nord) se rapprochèrent de l’empereur Komeï et dirigèrent des attaques répétées contre le régime shogunal qui avait déjà perdu toutes les sympathies populaires. De 1860 à 1868 la lutte fut ardente entre « shogunistes » et « mikadistes ». Les premiers parmi lesquels s’étaient rangés les plus puissants daïmos souhaitaient le retour des divisions féodales ; les seconds préconisaient le rétablissement de l’ancienne bureaucratie impériale. Un troisième parti, celui des unionistes, groupa les gens d’opinion plus éclairée et d’ambitions plus hautes. Ceux-là étaient partisans résolus d’une « européanisation » prompte et complète. Ils déclaraient que les démocraties américaine et britannique avaient réalisé le véritable idéal asiatique en sorte que s’y rallier revenait à suivre les traditions : ce qui prouve qu’ils ne connaissaient guère l’Angleterre et les États-Unis et que d’autre part leur « asiatisme » n’était pas absolument pur et ne les qualifiait pas pour parler au nom de l’Asie. Mais Montesquieu avec sa théorie des trois pouvoirs les comblait d’aise et, pour un peu, ils eussent vu en Georges Washington la réincarnation de Confucius.

Alors se produisit un fait décisif : l’avènement en janvier 1867 de l’empereur Mutsu Hito qui, dans un règne de quarante-cinq ans, le plus grand sans contredit de toute l’histoire japonaise, allait présider avec cette sagesse persévérante qui est une des formes les plus humaines du génie à la transformation de son pays. Le shintoïsme fut restauré mais en même temps la liberté de conscience fut proclamée ; une aristocratie nouvelle avec hiérarchie nobiliaire recouvrit et absorba l’ancienne mais l’abolition des privilèges et l’établissement de l’égalité civile lui enlevèrent la possibilité d’opprimer personne. Une Assemblée nationale constitua le rouage fondamental du gouvernement ; elle se vit adjoindre en 1875 un Sénat, puis une Cour de cassation et en 1879 des conseils provinciaux. L’instruction obligatoire se trouva renforcée, une université impériale fut créée. Enfin le service militaire généralisé et les constructions navales donnèrent au pays les armes propres à appuyer une diplomatie éveillée et hardie : tout cela fait par étapes sous l’inspiration d’une volonté sans défaillance et le contrôle d’une patience infatigable.

L’avenir dira si ces réformes étaient bonnes ; la façon dont elles furent réalisées demeurera de toutes façons un chef-d’œuvre de politique intérieure et extérieure.


Corée

Le principal de ce qui est à dire concernant la Corée se lit sur la carte. Car il suffit d’y jeter les yeux pour apercevoir que la Corée constitue le trait d’union naturel et en quelque sorte obligatoire entre la Chine et le Japon. Si l’on note ensuite que la péninsule coréenne — à peu près grande comme l’Italie — ne renferme pas seulement de belles forêts et des plaines bien irriguées propres au développement d’une riche agriculture mais encore des mines d’or, de houille, de fer, on conçoit qu’elle représente entre ces deux mêmes pays un élément de discorde fatale. Toute l’histoire coréenne se résume en cette double constatation.

Nous avons vu le Japon primitif de l’impératrice Zingo chercher à s’emparer de la Corée. De 209 à 249 ap. J.-C., à trois reprises, l’effort fut renouvelé et non sans succès. Trois royaumes se partageaient alors la péninsule coréenne : l’un situé au nord-ouest, les deux autres au sud : ces deux derniers tombèrent sous la suzeraineté japonaise. Cette suzeraineté toutefois restait précaire et puis elle ne semblait pas suffisante aux bénéficiaires qui eussent souhaité l’étendre à toute la Corée. De là, deux siècles durant (287-452), six expéditions successives sans résultat définitif. La Chine de son côté s’alarmait en voyant le prosélytisme bouddhiste des souverains coréens servir à les rapprocher des Japonais qu’ils s’employaient à convertir. Yang Ti en 612 envahit le royaume du nord-ouest mais il échoua et la retraite de son armée se mua en désastre au passage du fleuve Yalm. L’année suivante, il revint à la charge et son échec ne fut pas moins complet. Enfin en 660, à la faveur d’une guerre civile qui mit aux prises les trois royaumes coréens, la Chine put intervenir plus efficacement. Les Japonais accourus aussitôt furent forcés de se rembarquer (663) ; cinq ans plus tard, les deux tiers de la Corée se trouvaient annexés à la Chine. Mais en 677 la Chine rétablit elle-même l’unité coréenne sous son protectorat au profit d’une dynastie locale.

Les Japonais épièrent longtemps des occasions de revanche. Hideyoshi s’y essaya. La prise de Séoul par les Japonais en 1592 marqua la première manche d’un duel que la résolution des deux adversaires annonçait fort sérieux. L’année suivante, les Chinois gagnaient la seconde manche en obligeant leurs ennemis à évacuer Séoul. Le conflit final éclata en 1597 mais la mort de Hideyoshi laissa la Chine en possession de la Corée sur laquelle son protectorat plus ou moins effectif devait s’exercer jusqu’en 1895. À cette date les rapides victoires du Japon sur la Chine amenèrent la signature du traité de Shimonosaki par lequel la paix fut établie entre ces deux puissances. La Corée en était le prix. Le Japon qui obtenait en outre Formose et les îles Pescadores devenait le « protecteur » de la Corée. La Chine lui cédait encore la presqu’île de Liao Toung que seul le fleuve Yalm sépare de la Corée et qui, à certaines époques historiques, dépendit d’elle. C’est alors que sur le « conseil amical » de la Russie, de la France et de l’Allemagne, les Japonais se trouvèrent forcés d’abandonner cette portion du territoire chinois dont les trois puissances prétendaient sagement maintenir l’intégrité. Mais trois ans plus tard (1898) l’Allemagne obligeait la Chine à lui « céder à bail » à elle-même Kiao-Tcheou qui commande le fertile Chan Toung et fait vis-à-vis à la Corée ; et elle incitait la Russie à s’installer par le même procédé dans cette presqu’île de Liao Toung dont leurs efforts combinés avaient privé le Japon. Cette félonie a nui à l’Europe aux yeux des asiatiques plus qu’aucun des incidents précédents. Après la guerre russo-japonaise (1904-1905) le traité signé à Portsmouth (États-Unis) entre les belligérants établit les Japonais à la place des Russes à Port-Arthur et dans le sud de la Mandchourie. Entrés en 1914 dans la guerre aux côtés des alliés, les Japonais chassèrent les Allemands de Kiao-Tchéou et s’en emparèrent. Tous ces événements dont le point de départ géographique et politique est la Corée soulignent l’importance du rôle de ce pays pour le développement et la fixation des destins de l’Asie orientale.

  1. Shi Wang Ti avait laissé un fils contre les cruautés duquel la Chine se rebella. Il fut assassiné et Lieou Pang inaugura la dynastie Han (206 av. J.-C. à 221 ap. J.-C.)
  2. Rien ne souligne mieux le caractère de ces allées et venues de tribus en général peu nombreuses et peu susceptibles de modifier profondément la région momentanément soumise à l’autorité de leurs guerriers.
  3. Vers le même temps un mongol était en France, fournisseur de casques pour les armées de Philippe le Bel et il y avait à la cathédrale de Chartres un simple chantre qui avait parcouru toute l’Asie orientale et était ensuite rentré chez lui. Que ne possède-t-on leurs impressions et réflexions !