Histoire universelle/Tome II/Préambule

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Société de l’Histoire universelle (Tome IIp. 7-8).

PRÉAMBULE

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Au point de vue géographique la région méditerranéenne présente des traits exactement inverses de ceux qui distinguent le continent asiatique. Ainsi que nous l’avons vu, la géographie de l’Asie est divergente : celle de la Méditerranée est au contraire convergente. Au lieu de compartiments isolés les uns des autres, de fleuves s’éloignant d’un centre commun pour aboutir à des rivages dissemblables, au lieu de contrastes excessifs imposés par la nature du sol et l’opposition des climats, la Méditerranée agit comme un foyer unique d’attraction vers lequel la terre dirige l’homme. Ses contours gracieux dessinent une série de façades par où les peuples riverains sont appelés à une existence collective. L’harmonie des formes et des couleurs y modèle dans un sens identique le geste et la pensée, les habitudes de travail et les aspirations de l’âme. Encore qu’il y ait à cet égard quelque différence entre la Méditerranée orientale et la Méditerranée occidentale, on peut dire que l’habitant de ces pays privilégiés, quelle que soit sa race d’origine, envisage l’existence sous la même lumière azurée. S’il est venu de loin, il ne tarde pas à s’accoutumer à la clémence des éléments et à subir l’empreinte du milieu. Ainsi l’histoire méditerranéenne doit-elle présenter certains caractères inéluctables. On doit y trouver les traces d’une pénétration perpétuelle, d’un continuel échange de produits et d’idées, d’une succession d’événements rapides et aussi les rivalités et les conflits qu’engendre l’affluence sans cesse renouvelée d’une grande foule humaine sur un point déterminé du globe. À regarder la configuration du monde méditerranéen, on devine aussitôt les courbes de son évolution historique, les courants qui s’y sont formés et les centres d’activité dont l’importance a prévalu à travers les siècles. Au centre les deux péninsules essentielles, l’Italie et la Grèce appelées à vouloir dominer l’une dans l’Adriatique, l’autre dans la mer Égée et toutes deux dans la mer Ionienne, — aux extrémités, d’un côté le delta du Nil et le détroit des Dardanelles, de l’autre, le détroit de Gibraltar et le delta du Rhône, — la côte d’Espagne et la côte de Syrie se faisant vis-à-vis, et tendu de l’une à l’autre le cordon des îles, les Baléares, la Sardaigne, la Sicile, la Crète et Chypre — Venise au fond de son golfe et Carthage à la pointe de son cap : tel est le théâtre sur lequel ont évolué successivement ou simultanément les Égyptiens et les Phéniciens, les Arabes et les Turcs, les Espagnols et les Français. C’est là que se sont épanouies les splendeurs de l’hellénisme et que s’est édifiée la prodigieuse fortune de Rome, là qu’ont retenti les premiers accents de la parole chrétienne, là qu’ont navigué les croisés et que s’est élevé le souffle passionné de la Renaissance. Annales si touffues et si complexes qu’il semble, au premier abord, imprudent d’y vouloir tracer des routes d’ensemble. Il convient cependant de le tenter car ces annales constituent une phase déterminée de l’histoire humaine dont la haute valeur éducative est en raison du respect que l’on porte à son unité.