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Histoire universelle/Tome II/XII

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Société de l’Histoire universelle (Tome IIp. 162-169).


LA RENAISSANCE

La grande poussée d’effervescence intellectuelle et artistique qui s’est produite en Italie au xvme siècle fut un phénomène exclusivement méditerranéen mais il faut se garder d’y voir la simple tentative de restauration d’une civilisation périmée. On groupe à tort sous cette appellation abrégée et pas tout à fait exacte de « Renaissance » nombre de faits entre lesquels on risque d’établir ainsi, en même temps que des liens justifiés, de fâcheuses confusions. Pour bien saisir les caractéristiques du mouvement et en pouvoir apprécier la portée, il convient d’en scruter la longue préparation. On y distingue alors de multiples éléments : survivances du passé, réaction contre le présent, importations étrangères, interventions d’individualités puissantes, action des événements

i

Les survivances antiques étaient, en Italie, beaucoup plus nombreuses et diverses qu’on n’a coutume de le penser. Elles étaient à la fois ethniques, politiques, littéraires, architecturales Des premières on se rend compte en notant la forte persistance des langues grecque et latine. Les archives de Naples et de Sicile renferment toute sortes d’actes (documents liturgiques, chartes, chroniques) qui prouvent qu’au sud, la population grecque n’avait nullement été éliminée. Lorsque les chefs normands dont nous conterons plus loin l’étonnante aventure, pénétrèrent en Sicile, ils y trouvèrent — et notamment à Palerme leur future capitale — d’importantes communautés grecques. Il en était de même dans le sud de l’Italie où des écoles grecques telles que celle d’Otrante demeurèrent longtemps florissantes. Au centre et dans le nord de la péninsule, le domaine du latin se trouvait plus entamé. Pourtant on plaidait, on prêchait, on chantait encore dans cette langue. Ni la domination des Goths ni celle des Lombards n’avaient entravé le fonctionnement des anciennes « écoles de grammaire ». Dans la seule ville de Bénévent, au viiime siècle, trente-deux professeurs enseignaient les lettres profanes. Sans doute s’agissait-il d’un latin dégénéré et d’un grec obscurci. Il n’en est pas moins permis de conclure que les barbares, tout en couvrant de ruines lamentables la terre italienne n’en avaient point extirpé la semence classique ni transformé le caractère ethnique.

Sur les populations conquises la tradition maintenait son emprise inconsciente. On ne s’étonne pas assurément de voir Rome, périodiquement travaillée par le regret de sa grandeur perdue, s’employer à en rétablir les formes. Ainsi se produisirent les tentatives successives d’Alberic de Camerino (932-954), de Crescentius et de son fils proclamant la république (974-985), d’Arnauld de Brescia voulant ressusciter le tribunat (1145-1155), de Rienzi enfin réussissant presque — à la faveur du transfert du Saint Siège à Avignon — à implanter son pouvoir pseudo-consulaire et à le faire reconnaître (1347-1354). Ces tentatives sont dans l’ordre des choses ; il semble qu’elles n’auraient pas pu ne pas avoir lieu. De même la lecture solennelle des œuvres de Virgile dans le forum de Trajan ou la convocation au Capitole des écrivains appelés à l’honneur de s’y voir décerner la couronne de laurier symbolique. N’est-il pas normal qu’un peuple possédant un tel passé cherche, fut-ce en le pastichant, à se donner l’illusion de le voir revivre ?

Mais bien plus suggestif, encore que moins perceptible, est le lent travail d’évolution par lequel passent les cités italiennes après le renversement, aux xme et xime siècles, des institutions féodales qui les opprimaient. Seigneurs laïques ou bénéficiaires ecclésiastiques une fois dépouillés de leurs privilèges (généralement par l’effort combiné des corporations de métiers), des « communes » s’organisent en lesquelles revit le municipalisme un peu étroit de la Rome antique. L’habitant en vient à être victime du citoyen. À un moment donné on verra Florence compter près de quatre-vingt-dix mille habitants dont moins de quatre mille seront des citoyens. Bientôt déchirées par les factions, en luttes incessantes les unes contre les autres, menacées par la démagogie, les villes se réfugient dans le despotisme. Elles acclament des « tyrans » pris parfois dans les rangs de l’aristocratie locale mais qui, plus souvent, sont de simples aventuriers imposés par leurs exploits de guerre, l’audace de leurs desseins, l’énergie de leur caractère. Voilà le sort que subissent tour à tour Sienne, Pavie, Padoue, Ravenne, Verone, Lucques, Modène, Ferrare, Pérouse et aussi Milan et Florence… Ne dirait-on pas l’histoire de Rome et celle de Syracuse qui recommencent, amalgamées en raccourcis saisissants ? Et sur toutes ces péripéties, le droit romain étend son ombre respectée. Il n’y a que deux éléments nouveaux mais d’importance. C’est d’abord qu’aucune de ces villes n’est assez puissante pour soumettre les autres si bien que l’unité politique ne se fera pas ; c’est ensuite qu’un commerce nouveau va créer de la richesse inattendue : la banque. Elle fleurit à Venise mais Venise vit à part dans ses lagunes. C’est à Florence qu’on verra ce phénomène : une dynastie de banquiers investie du gouvernement et faisant régner l’ordre et la prospérité parmi des pompes artistiques jusqu’alors inégalées. Comment ce dernier trait s’est-il préparé ?

ii

L’Italie, comme le reste de l’Europe chrétienne, avait vécu dans l’hypnose de cet an mille qui, d’après une superstition basée sur des interprétations de prophéties ou de passages de l’apocalypse, devait amener la fin du monde et le jugement des âmes. Certains attendaient le cataclysme à heure fixe pour le dernier soir du siècle. Mais la plupart, moins précis en leurs angoisses, en demeurèrent la proie au delà de la date prévue. Aussi l’agitation fut-elle longue à s’apaiser et la confiance en l’avenir ne revint-elle que peu à peu. Les Italiens furent plus prompts que d’autres à sourire à la vie. Les charmes de leur climat sans doute les y incitaient. Des élans divers se manifestèrent parmi eux qui se traduisirent notamment par la construction de nouveaux édifices et par l’orientation des esprits vers de nouveaux horizons.

C’est en 1063 que fut élevée la cathédrale de Pise à côté de laquelle se dressèrent par la suite le baptistère, le campanile qu’un tassement de terrain dévia bizarrement de la verticale et enfin le « campo santo » ; ensemble surprenant qui dut exercer sur les contemporains une action puissante. Quiconque, aujourd’hui encore, est brusquement mis en présence de ces monuments en ressent une émotion véritable. S’il en analyse les aspects, il discerne harmonieusement combinées, d’une part les traditions antiques léguées par les basiliques païennes avec leurs colonnades et leurs absides ou par les édifices circulaires dont quelques uns — tels le panthéon d’Agrippa, le mausolée d’Adrien (château St Ange) ou celui de Théodoric à Ravenne — ont subsisté jusqu’à nous, de l’autre les influences arabe, byzantine et gothique partout perceptibles. Or c’est là comme une « table des matières » de la Renaissance car tels furent précisément les éléments qui lui servirent de base.

La floraison des cathédrales s’étendit à toute la péninsule : Salerne, Modène, Amalfi, Prato, Volterra, Plaisance, Parme, Bergame, Arezzo, Sienne, Orvieto, Florence Entre temps Saint Marc de Venise avait été rebâti sous sa forme définitive et, en Sicile, les monuments arabes, prompts à s’effriter faisaient place aux constructions si particulières des rois normands dont subsistent à Palerme de magnifiques spécimens. Dernière venue devait surgir au seuil du xvme siècle la cathédrale de Milan, vaste reliquaire gothique bien différent cependant des églises du nord. En tout cela quelle prodigieuse variété, quelle imagination, quelle ingéniosité sans que se soit affirmée pourtant la conception dominatrice capable d’inaugurer une ère architecturale définie.

Que si nous abordons maintenant le domaine intellectuel, une pareille diversité s’y révèle. Il était immanquable qu’une réaction païenne intervint mais l’épicuréisme qui reparut ne fut point le produit d’un dilettantisme quelconque. Il jaillit de l’exubérance physique, de la joie folle de vivre, de l’aspiration à vivre double si possible. Les grands artistes du xvme siècle, un Vinci, un Cellini dont les aventures nous passionnent, devaient être à cet égard parents des étudiants vagabonds du xiime qui, lettrés et paillards, s’en allaient chantant la « messe du dieu Bacchus » et récitant Horace et Juvénal. L’opinion ne s’en choquait point. Elle était fort libre, cette opinion. Elle admettait qu’on jouât du poignard pour s’enrichir et mieux encore pour se venger mais non qu’on s’entretuât pour des idées. Elle ne détestait que les censeurs ; l’honnête réformateur Savonarole devait un jour en faire l’expérience. Les gens pieux du reste évoluaient de leur côté. Et celui dont il faut sans doute citer le nom en premier parmi les individualités qui modelèrent le piédestal de la Renaissance est un moine, Joachim de Flore (1132-1202) qui fut bien près d’être un hérétique et dont le doux François d’Assise, son contemporain, apparaît un peu comme le frère spirituel. Joachim annonçait un « évangile éternel » dont la prédication prochaine ferait régner parmi les hommes la bonté, l’indulgence et la douceur. L’ancien Testament avait correspondu à l’âge de la loi et de la crainte ; le nouveau à celui de la foi et de la grâce. Le Saint Esprit allait régner maintenant et ce serait l’âge de l’amour. Combien d’âmes se tinrent dans l’attente de ce renouveau bienheureux[1] et s’en trouvèrent vivifiées et consolées.

iii

Joachim de Flore et François d’Assise venaient de passer quand Frédéric II parut sur la scène. Par son père l’empereur Henri VI, il appartenait à la lignée des Césars germaniques. Par sa mère, l’impératrice Constance, il était l’héritier de ce royaume sicilien dont la dynastie s’était arrêtée à elle. Élevé tristement à Palerme sous la tutelle du pape Innocent III pour devenir le chevalier-servant de l’Église, ce prince italo-allemand ne fut ni dévot ni italien ni allemand. Il fut grec, arabe, français… et laïque. Tout cela, il est vrai, ses ancêtres maternels, les rois normands, l’avaient été avant lui. N’était-ce pas l’un d’eux qui avait dit à ses sujets musulmans cette jolie parole de souverain moderne : « Que chacun prie le Dieu qu’il adore. Celui qui a foi en son Dieu sentira la paix dans son cœur ». La tolérance sagement entendue engendre volontiers la prospérité. Sous le régime normand qui avait succédé en 1074 à deux siècles de domination arabe mal définie mais effective, tout avait prospéré en Sicile. L’île produisait du blé, des cotons, de merveilleuses soieries, du papier, des émaux, des bijoux. Les industries de luxe dont, plus tard, Venise, Gênes et Florence s’empareraient, y fleurissaient. Ses navires sillonnaient la mer. Elle était d’autre part comme le miroir où se concentrait toute l’activité intellectuelle du monde méditerranéen. Les savants et les poètes arabes y côtoyaient les penseurs, les artistes grecs et byzantins et aussi les troubadours et les romanciers français dont la vogue croissait sans cesse. C’est tout ce trésor de richesses matérielles et de données fécondes dont disposait Frédéric II et qu’il répandit sur l’Italie comme un semeur qui saisit le grain à pleines mains et le lance dans les sillons. Or il apporta à cette besogne ses qualités et ses défauts propres qui allaient précisément caractériser après lui les grands hommes de la Renaissance à savoir : la fougue du tempérament, des énergies personnelles capables de verser à chaque instant dans la violence et le sensualisme, une absolue indépendance d’esprit, une curiosité universelle et insatiable, des tendances encyclopédiques et cosmopolites marquées, enfin cette sorte d’aspiration et de foi au progrès qui se manifestait peut-être pour la première fois dans l’histoire de l’humanité et à laquelle celle-ci devait plus tard s’adonner avec une passion qui comporterait bien des déceptions.

Les Italiens suivirent avec un prodigieux intérêt la carrière agitée et finalement dramatique de Frédéric II. Il suscita parmi eux l’admiration ou l’indignation, l’attirance ou la répulsion mais nul ne sut rester indifférent. Vers ce même temps l’université de Paris dont la renommée s’étendait au loin distribuait un enseignement rigide basé sur le culte des spéculations abstraites. Cet enseignement comptait en Italie peu de disciples mais quelques maîtres et parmi eux l’illustre docteur Thomas d’Aquin. Après de vains efforts pour y implanter la scolastique, on les vit presque tous se replier sur Paris. De ce jour on eût pu prédire la prochaine victoire de l’expérimentalisme éclectique et audacieux dont Frédéric II avait donné non la formule mais l’exemple.

iv

Cependant la langue italienne s’était lentement élaborée dans le creuset des parlers populaires. Dante (1265-1321) en ses écrits et principalement en son étrange épopée « la Divine comédie » sut la purifier, la compléter et la fixer. Lorsque d’autre part Cimabué et surtout Giotto (1266-1334) eurent, à Florence, émancipé l’art de peindre des règles conventionnelles qui l’entravaient et l’eurent ramené à l’observation de la nature, la réceptivité de l’Italie se trouva au point. C’est alors que se produisit un évènement décisif qui orienta ses destins. Byzance survivait mais autour d’elle la menace ottomane devenait chaque jour plus proche et plus dense. Une émigration commença qui d’abord n’attira point l’attention parce qu’elle ne mettait en branle qu’un petit nombre d’individus mais ces individus étaient pour la plupart des lettrés fuyant la barbarie. Ils transportaient avec eux les précieux manuscrits des bibliothèques provinciales de l’empire, publiques et privées. Eux-mêmes cherchaient à provoquer un mouvement d’opinion favorable à leur patrie encore que beaucoup la sentissent déjà perdue ; et par un juste instinct ils se réclamaient dans leurs discours, leur correspondance ou leur enseignement, de l’aïeule prestigieuse dont l’héritage intellectuel avait été longtemps négligé et vers lequel, au seuil du trépas, Byzance se retournait dévotement. Une grande émotion secoua l’Italie à ce rappel d’une antiquité vénérable. Comme l’a justement écrit Gebhardt, la Grèce, leur voisine, demeurait pour les Italiens « une chose réelle et concrète » au lieu qu’en ce temps là son nom, dans la pensée des Français et des Allemands, ne faisait que « flotter comme une abstraction ». Depuis qu’en 1224, Frédéric II avait fondé l’université de Naples cherchant à l’égaler à celle de Bologne qui déjà comptait près de dix mille étudiants et à celle de Padoue dont la prospérité allait rapidement grandir, d’autres centres universitaires s’étaient créés : Fermo, Pérouse, Pise, Florence, Sienne, Pavie… Les « missionnaires de Belles lettres envoyés par l’hellénisme agonisant » trouvèrent partout un accueil égal à leur infortune et le zèle qu’ils allumèrent autour des études grecques se revêtit d’un caractère plus sentimental encore que scientifique. N’est-il pas symbolique le geste de Pétrarque tenant embrassé l’Homère qu’il ne pouvait lire dans le texte d’origine ? Pétrarque était venu trop tôt (1304-1374) mais en restaurant l’usage du pur latin aux côtés de l’italien, il fut lui aussi un des grands « préparateurs » de la Renaissance.

À l’aube du xvme siècle le mouvement éclata avec une vigueur soudaine. On dit parfois qu’il fut bref et tassé. Où prend-on cela ? Il dura tout ce siècle et enjamba superbement le suivant[2]. Telle, dans une terre fertile et bien ensemencée la poussée de la sève longtemps comprimée. Aussi, au milieu d’une aspiration perpétuelle vers l’expression artistique la plus parfaite, vers l’idée la plus libre, vers la vie cérébrale la plus intense, vit-on se déchaîner toutes les passions violentes : la luxure, l’orgueil, l’esprit de lucre et celui de vengeance ; si bien que dans la fresque dessinée par cette robuste époque, il est malaisé de séparer le crime de l’idéal et même parfois de discerner dans le même homme la limite du vice et de la vertu.

Un pareil mouvement ne comportait ni lassitude possible ni mélancolie. Tous ces hommes, encore que beaucoup fussent de francs sceptiques ne doutèrent jamais d’eux mêmes. Lorsque la vieillesse attardée de Michel-Ange (1475-1564) laissa percer les premiers symptômes de découragement, la déchéance commençait irrémédiable et rapide. Une seule chose y eut pu faire obstacle : l’adhésion de la foule à l’esprit et aux enthousiasmes de l’élite. Quoiqu’on en ait dit, cela ne fut pas. L’illusion à cet égard nous vient de ces multiples petits États en lesquels l’Italie d’alors se trouvait divisée et dont les chefs, ayant presque tous le même puissant relief individuel, s’efforçaient à rivaliser entre eux de munificence éclairée aussi bien que d’habilité et d’astuce politiques. Que d’ambitions et d’aventures, que de festoiement et d’éclat dans ces cours agitées et rutilantes. Les femmes s’en mêlaient : les unes, de la bonne façon comme Isabelle d’Este, marquise de Mantoue en prenant leur part de toutes les activités du temps ; les autres, de la mauvaise comme Lucrèce Borgia en trempant dans les infamies qui le déshonoraient. Mais tout ce monde de passion nous a dissimulé la « réalité populaire et bourgeoise » fort différente. La foule put s’amuser des griseries de ses dirigeants ; elle ne s’en pénétra pas. Eux-mêmes d’ailleurs échouèrent à maintenir l’équilibre entre la violence et le raffinement dont, comme par une réminiscence de la Rome impériale, ils avaient poursuivi l’impossible mariage. La violence l’emporta. Il faut dire que des voisins sans scrupules, Autrichiens et Français, s’y employèrent de leur mieux. Nous reviendrons plus loin sur ces événements. Ils mirent fin à l’autonomie méditerranéenne de la péninsule et la rattachèrent à l’Europe continentale. Ils éteignirent le foyer de la Renaissance mais du moins en dispersèrent au dehors les fécondes étincelles.

En mourant, la Renaissance italienne acheva un dernier monument, la plus grande église du monde, Saint Pierre de Rome. La décoration décadente qui les empâte n’y annule pas l’effet des perspectives lesquelles évoquent les courbes surprenantes de la basilique de Constantin au Forum ou des thermes de Caracalla et de Dioclétien. Élevé parmi de perpétuels changements de plan, par les soins alternés d’artistes de génie et de médiocres architectes, Saint Pierre pour finir, s’embellit d’une colonnade inattendue que l’image a popularisée d’un bout de l’univers à l’autre. Ainsi le temple de la papauté se présente-t-il aux regards des peuples lointains comme le symbole d’une époque à la fois grandiose et séduisante mais souvent illogique et parfois incohérente, époque dont l’emprise sur l’imagination demeurera toujours irrésistible.

  1. Nous retrouverons un phénomène analogue aux États-Unis six siècles et demi plus tard. Il faut remarquer du reste que le principe en remonte aux origines même du christianisme. Les premières sociétés chrétiennes ne jugeaient pas la fondation de l’Église complète et définitive. Il n’y avait encore ni dogme bien défini ni discipline fortement établie ; la croyance à une nouvelle apparition du Christ était très répandue. L’écho s’en prolongea longuement à travers les âges.
  2. Entre Brunelleschi, né en 1377, qui édifia la cathédrale de Florence, et le Bernin, né en 1680, qui termina Saint-Pierre de Rome, se succèdent sans interruption, autour de Léonard de Vinci, de Raphaël et de Michel-Ange, figures centrales, les merveilleux artistes que furent Ghiberti, Donatello, Luca della Robbia, Masaccio, Mantegna, Botticelli, le Perugin, Ghirlandajo, Carpaccio, Bramante, Andrea del Sarto, Titien, le Corrège, Benvenuto Cellini, le Tintoret, Paul Véronèse.