100 percent.svg

Histoires incroyables (Palephate)/42

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche

CHAP. XLII.

De Zéthus et d’Amphion (1).

Plusieurs poètes et entr’autres Hésiode racontent qu’ils bâtirent les murs de Thèbes aux sons de leurs lyres, et il y en a qui pensent que pendant qu’ils jouaient, les pierres allaient s’alligner d’elles-mêmes. Voici ce qui s’est passé : c’étaient les plus habiles musiciens de leur temps ; mais ils ne jouaient que moyennant salaire ; comme on n’avait pas encore d’argent alors, ils mirent pour condition que ceux qui viendraient les entendre, apporteraient des pierres et mettraient la main à l’œuvre, pour leur construire des remparts ; ce n’étaient certes pas les pierres elles-mêmes qui venaient les écouter ; mais, ce n’est pas sans raison, comme on le voit, qu’on a dit que leurs murailles avaient été élevées aux sons de la lyre.

(1) C’est une chose curieuse que la fortune diverse des noms de ces deux frères jumeaux, fils de Jupiter et d’Antiope. Homère les cite tous deux comme fondateurs de Thèbes aux sept portes (Odyssée liv. IX, v. 161-164). Le Scholiaste d’Euripide, sur le v. 147 des Phéniciennes (p. 626 de l’édition in-4o de Valckenaer) ainsi que Pausanias (lib. IX, cap. XVII, § 3, p. 52, vol. 3 Facii) nous apprennent qu’un tombeau commun leur avait été élevé à titre de fondateurs de Thèbes ; Diodore de Sicile les place aussi sur la même ligne et au même titre (au liv. XIX, chap. 53, p. 315 et 316, tom. 8, édit. de Deux-Ponts). Macrobe (au liv. II, chap. 3, du songe de Scipion, p. 136 de l’édit. 8° de Zeun, Lips. 1774), dit que l’un attirait les animaux et l’autre les pierres aux sons de leurs lyres. Hyginus (fables VII, p. 28-29 et IX, p. 31) les nomme aussi tous deux ; mais on ne sait par quelle fatalité les autres poètes et Mythographes se sont comme donné le mot pour ne célébrer qu’Amphion. Apollodore (lib. III, c. 5, $ 5, p. 121-122), après avoir raconté toute l’histoire des infortunes de leur mère Antiope, les nomme tous deux comme fondateurs de Thèbes ; mais c’est aux sons de la lyre d’Amphion seul, à ce qu’il dit, que les pierres venaient se ranger. Hyginus, qui avait rapporté l’autre version ailleurs, comme nous l’avons remarqué, dit (fable 69, p. 141) qu’Amphion donna sept portes à Thèbes parce qu’il avait sept filles et ne parle plus de Zéthus. Lucien (au Traité de la danse, tom. 5, p. 144 de l’édition de Lehman) ne désigne qu’Amphion. Horace et Properce oublient également Zéthus.

               Quid tibi nùnc misero prodest grave dicere carmen
                            Aut Amphioniæ mœnia flere lyræ.

                                              (Prop. lib. 1, Eleg. IX, v. 9-1 o).

               Dictus et Amphion thebanæ conditor arcis
               Saxa movere sono testudinis, et prece blandâ
               Ducere quô vellet.

                                              (Hor. Ars. poet., v. 394-396).

Plutarque (de la musique, tom. X, p. 651, Reiske) et Pline le naturaliste (lib. VII, chap. 56, p. 245, tom. 3 de l’édit. de Lemaire) nomment aussi Amphion seul comme inventeur de la musique.