Homo sum

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Œuvres de Sully Prudhomme, Poésies 1866-1872Alphonse LemerrePoésies 1866-1872 (p. 49).
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HOMO SUM


 
Durant que je vivais, ainsi qu’en plein désert,
Dans le rêve, insultant la race qui travaille,
Comme un lâche ouvrier ne faisant rien qui vaille
S’enivre et ne sait plus à quoi l’outil lui sert,

Un soupir, né du mal autour de moi souffert,
M’est venu des cités et des champs de bataille,
Poussé par l’orphelin, le pauvre sur la paille,
Et le soldat tombé qui sent son cœur ouvert.

Ah ! parmi les douleurs, qui dresse en paix sa tente,
D’un bonheur sans rayons jouit et se contente,
Stoïque impitoyable en sa sérénité ?

Je ne puis : ce soupir m’obsède comme un blâme,
Quelque chose de l’homme a traversé mon âme,
Et j’ai tous les soucis de la fraternité.