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Humour et humoristes/Maurice Beaubourg

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H. Simonis Empis (p. 183-184).

MAURICE BEAUBOURG


Droit, le nez en l’air, le chapeau en arrière, M. Beaubourg s’en va par les rues sans souci des bousculades et des attroupements. Quel âge a-t-il ? Mystère. Souliers Molière, chaussettes claires, joues rouges, binocle et cheveux blancs et parapluie de famille : est-ce un clergyman, un pasteur genevois, ou un anabaptiste ? M. Beaubourg déambule, le regard vers le ciel.

C’est en vain que les yeux des passants cherchent, sortant de la poche du manteau, la Bible coutumière et indispensable : M. Beaubourg est un littérateur. De-ci de-là, on l’aperçoit en Odéonie, à la Bibliothèque nationale, chez son éditeur, aux Funambules, à Bruxelles, à Saint-Mandé ; mais bientôt il disparaît, on ne sait où, on ne sait comment. Il aime la retraite, il a des goûts tranquilles et réguliers.

Et pourtant cet homme, jeune à la fois et vieux, aux pas si calmes et si lents, derrière lequel on voudrait voir des miss très longues, très sèches, très jaunes, raille solidement, amèrement, profondément, les petits bourgeois, dont il diffère si peu d’apparence. Bien plus, cette façon d’ermite, qui se plaît aux choses de silence et d’ombre, écrit des contes pour les assassins, et prise littérairement souteneurs et pierreuses ; car pour si bien dépeindre, comme il le fait, les villégiatures de ces messieurs et dames au Bois de Boulogne, il faut, n’est-ce pas ? les aimer, comme un peintre d’horreurs aime ses modèles.

Vivante énigme, M. Beaubourg passe, les yeux vers les nuages.