Hymne d’Aristote à la Vertu/Avertissement

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Traduction par Firmin Didot.
Texte établi par Firmin DidotFirmin Didot frères (p. 7-8).

AVERTISSEMENT.

Cet hymne à la Vertu, témoignage de reconnaissance et d’amitié, a été composé en l’honneur d’Hermias par Aristote, génie puissant qui embrassa presque toutes les parties des sciences spéculatives, et cultiva presque toutes celles de la littérature.

Hermias, prince d’Atarné, d’Assos, villes fortifiées, et de quelques autres citadelles et cantons de la Mysie, fut d’abord esclave d’Eubulus qui, par l’influence que lui donnaient ses grandes richesses, acquises dans les spéculations de la banque, avait osé soustraire ces villes à la domination du roi de Perse, pour y établir la sienne. Appréciant bientôt dans son esclave de rares qualités, Eubulus l’affranchit, et, supérieur aux tyrans vulgaires, l’envoya suivre dans Athènes les leçons de Platon et d’Aristote, se l’adjoignit ensuite pour collègue, et le nomma en mourant son successeur. Alors Aristote, sur l’invitation de son élève, dont l’autorité pouvait lui faciliter l’étude des sciences naturelles, vint habiter Assos, où il demeura trois ans, jusqu’à l’époque où le roi de Perse, désespérant de vaincre Hermias par la force, le fit périr dans un piége, qu’au mépris des serments les plus solemnels lui tendit le frère du fameux général Memnon ; piége où Hermias tomba, victime du désir de procurer une paix durable à son peuple. Aristote, qui parvint à peine à se sauver d’Assos, ne se contenta pas de pleurer son élève ; il vit que la fille adoptive d’Hermias était dénuée de toute ressource, il en fit son épouse. Il consacra d’abord à Hermias, dans la ville de Delphes, une statue avec cette inscription :

Τόνδε ποτ’ οὐχ ὁσίως, παραβὰς μακάρων θέμιν ἁγνὴν,
ἔκτεινεν Περσῶν τοξοφόρων βασιλεὺς,
οὐ φανερῶς λόγχῃ φονίοις ἐν ἀγῶσι κρατήσας,
ἀλλ’ ἀνδρὸς πίστει χρησάμενος δολίου.


C’est à l’aide d’un traître, artisan de ta perte,
Que t’immola le roi des Perses belliqueux,
Hermias ; on ne put te vaincre à force ouverte :
Il fallut violer les lois saintes des dieux.

Peu d’années après, lorsqu’un autre de ses élèves, Alexandre-le-grand, eut paru en Asie, Aristote, en reconnaissance de l’hospitalité d’Hermias, lui fit construire un cénotaphe dans la ville d’Atarné ; et, pour mieux l’honorer encore, il chanta, dans un repas solemnel, en s’accompagnant de la lyre, cet hymne, ou, comme les Grecs l’appelaient, ce scolie dont je donne la traduction.


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