Imitation de Jésus-Christ/Livre 1/Chapitre 8

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Traduction par Pierre Corneille.
Texte établi par Charles Marty-LaveauxHachette (p. 61-63).

Qu’il faut éviter la trop grande familiarité.


Ne fais point confidence avec toutes personnes,
regarde où tu répands les secrets de ton cœur ;

prends et suis les conseils de qui craint le Seigneur ;
choisis tes amitiés, et n’en fais que de bonnes ;
hante peu la jeunesse, et de ceux du dehors
souffre rarement les abords.

Jamais autour du riche à flatter ne t’exerce ;
vis sans démangeaison de te montrer aux grands ;
vois l’humble, le dévot, le simple, et n’entreprends
de faire qu’avec eux un long et plein commerce ;
et n’y traite surtout que des biens précieux
dont une âme achète les cieux.

Évite avec grand soin la pratique des femmes,
ton ennemi par là peut trouver ton défaut ;
recommande en commun aux bontés du très-haut
celles dont les vertus embellissent les âmes ;
et sans en voir jamais qu’avec un prompt adieu,
aime-les toutes, mais en Dieu.


Ce n’est qu’avec lui seul, ce n’est qu’avec ses anges
que doit un vrai chrétien se rendre familier :
porte-lui tout ton cœur, deviens leur écolier ;
adore en lui sa gloire, apprends d’eux ses louanges ;
et bornant tes desirs à ses dons éternels,
fuis d’être connu des mortels.

La charité vers tous est toujours nécessaire,
mais non pas avec tous un accès trop ouvert :
la réputation assez souvent s’y perd ;
et tel qui plaît de loin, de près cesse de plaire :
tant ce brillant éclat qui ne fait qu’éblouir
est sujet à s’évanouir !

Oui, souvent il arrive, et contre notre envie,
que plus on prend de peine à se communiquer,
plus cet effort nous trompe, et force à remarquer
les désordres secrets qui souillent notre vie,
et que ce qu’un grand nom avoit semé de bruit
par la présence est tôt détruit.