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Introduction à la psychologie expérimentale/1

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Chapitre Ier : Les Laboratoires de Psychologie


CHAPITRE PREMIER

LES LABORATOIRES DE PSYCHOLOGIE


Depuis une quinzaine d’années la psychologie est entrée dans une ère nouvelle. Cette ère date approximativement de 1878, époque doublement importante pour la psychologie, puisque c’est celle où, en Allemagne, M. Wundt a ouvert le premier laboratoire de psychologie expérimentale, celle aussi où en France M. Charcot a inauguré ses recherches sur l’hypnotisme chez les hystériques. À peu près à la même époque, M. Ribot fondait la Revue Philosophique, et donnait une vive impulsion aux études de la psychologie expérimentale en France.

Notre but n’est point de suivre l’évolution de la psychologie dans ces dernières années, ni de marquer l’influence des hommes et des idées sur cet important mouvement scientifique. Nous désirons simplement, dans ces courtes pages, indiquer et faire comprendre le caractère de la psychologie nouvelle, définir les méthodes principales qu’elle emploie, le domaine où elle exerce ses recherches.

Il existe deux genres de psychologie la psychologie expérimentale proprement dite, et la psychologie morbide ; cette dernière étudie l’hypnotisme, l’hystérie, l’aliénation mentale, et les diverses espèces de troubles sensitifs et moteurs qu’on rencontre dans les maladies. Malgré le grand intérêt que présente cette branche de psychologie, nous ne devons point en parler ici parce qu’elle n’entre pas dans le cadre des recherches de notre laboratoire. Un enseignement et des recherches sur la psychologie pathologique ne peuvent se faire avec fruit qu’à la Faculté de médecine, dans les hôpitaux et hospices, en un mot dans les milieux où se trouvent les malades pouvant être présentés aux leçons, et soumis aux expériences. Nous nous bornerons à exposer ici ce qui concerne la psychologie expérimentale de l’individu sain.

Nous dirons d’abord un mot des laboratoires de psychologie.

Le laboratoire de psychologie de Paris a été créé sur la proposition de M. Liard, directeur de l’enseignement supérieur, par arrêté ministériel du 29 janvier 1889, et rattaché à l’École pratique des Hautes Études, section des sciences naturelles. Par le même arrêté, M. Beaunis, professeur de physiologie à la Faculté de Médecine de Nancy, était nommé directeur du laboratoire.

Le personnel du laboratoire comprend actuellement Un directeur M. H. Beaunis

Un directeur-adjoint M. A. Binet ;

Un chef des travaux M. Philippe ;

Un chef-adjoint des travaux M. J. Courtier ;

Un maître de conférences M. Charles Henry.

Le budget du laboratoire fixé d’abord à 500 francs, a été porté en 1893 à 800 francs[1].

Au début, le laboratoire fut installé provisoirement dans deux salles de la nouvelle Sorbonne. Un an après, il fut transporté au troisième étage du même bâtiment, dans la partie de la Sorbonne située à l’angle de la rue Saint-Jacques et de la rue des Écoles.

Il comprend quatre pièces dont chacune a sa destination spéciale :

1o Une grande salle pour les démonstrations en commun ;

2o Le cabinet des directeurs, où sont renfermés, dans des vitrines, les appareils et les instruments les plus délicats ; cette salle sert aussi de salle d’expérience pour des recherches spéciales ;

3o Une pièce qui contient la bibliothèque et une armoire vitrée pour la verrerie et les réactifs. Cette salle est utilisée pour les recherches macroscopiques et microscopiques sur le système nerveux ;

4o Une quatrième pièce est réservée exclusivement au maître de conférences. Un petit cabinet annexe peut être transformé en cabinet noir pour des expériences sur les sensations visuelles.

Un cabinet semblable donne sur le corridor qui commande toutes les pièces du laboratoire. Enfin une dernière pièce, pourvue d’un fourneau, d’une hotte, etc., sert à la fois de débarras, de réserve pour le combustible et peut être utilisée pour des expériences de chimie.

L’outillage instrumental comprend :

1o Les principaux appareils enregistreurs usités en physiologie, cylindre enregistreur avec chariot auto-moteur, tambours à levier, myographe, cardiographe, sphygmographe, pneumographe, dynamographe, etc., et quelques appareils nouveaux, tels que l’appareil pour l’inscription des mouvements de la parole de l’abbé Rousselot, la planchette pour l’étude des mouvements inconscients, etc. ;

2o Les appareils d’électricité, diverses espèces de piles, appareil à chariot de Dubois Reymond, excitateurs, commutateurs, interrupteurs, signal de Deprès, chronographe de Marey, diapason de 100 vibrations, lampe à incandescence, téléphone, contacts électro-magnétiques, etc., etc. ;

3o Les appareils de psychométrie, chronoscope de Hipp, chronomètre de d’Arsonval, chronoscope d’Ewald, appareil à pendule de Wundt, appareil à chute de Cattell, appareil rotatif de Wundt pour la mesure des durées, appareil de Wundt pour les recherches complexes, etc.

4o Les appareils pour l’étude des sensations, esthésiomètres simple et double, explorateur de Rinne pour la température, boîte de poids pour l’exploration de la sensibilité à la pression, etc. ; enfin les divers appareils pour l’étude des sensations visuelles, périmètre de Badal, optomètre du même auteur, boîte de verres pour l’exploration de la vision, appareil rotatif pour les couleurs et le contraste, un audiomètre, etc.

5o Les appareils pour l’étude de la mémoire, collections de bobines de laine des Gobelins, tableaux de laines, tableaux de couleurs peints à l’huile, répertoire chromatique de Lacouture séries de lignes pour la mémoire des longueurs, figures servant à l’étude des illusions visuelles, etc.

7o Un certain nombre d’appareils spéciaux ne rentrant dans aucune des catégories précédentes, instruments d’anthropométrie, dynamomètres, rapporteur pour la mesure et la mémoire des angles, thermomètres, gong chinois, boussole, etc. ;

6o Une balance de précision et un grand nombre d’instruments et d’ustensiles de chimie, boîte à réactifs, étuve, alcoomètre, densimètre, verrerie, etc.

La Bibliothèque contient les collections des Philosophische Studien de Wundt, de l’American Journal of Psychology, du Zeitschrift für Psychologie des Sinnesorgane, des Beitrage für Experimentellen Psychologie de Münsterberg, les principaux ouvrages de Th. Fechner, Wundt, Buccola, Galton, Sergi, Duchenne, Delbœuf, etc., et un certain nombre de brochures et de thèses de psychologie physiologique.

Les collections du laboratoire comprennent des séries de tracés de phénomènes physio-psychologiques étudiés au laboratoire, des graphiques de temps de réaction, des planches coloriées provenant de sujets doués d’audition colorée, des photographies de criminels offertes par le professeur Lombroso et par le service anthropométrique de Paris, des figures schématiques des processus cérébraux, des coupes histologiques des centres nerveux des invertébrés, des collections d’autographes, des travaux exécutés par des aveugles, des tableaux représentant des spécimens d’écriture tracés avec la plume électrique, des photographies en série prises par M. Demeny et décomposant les mouvements de la prestidigitation, une collection de photographies de psychologues français et étrangers, des tracés représentant le mouvement de manège chez les insectes, etc.

Les recherches faites au laboratoire sous la direction de MM. Beaunis et Binet ont été publiées en partie dans les Bulletins de la société de psychologie psychologique, dans la Revue Scientifique, la Revue générale des sciences, et dans le Bulletin des travaux du Laboratoire. Le premier Bulletin a paru en 1893, le second paraîtra en 1894.

Les recherches ont porté sur les points suivants

Temps de réactions simples et composés, par M. Beaunis, inédit.

Mesure et mémoire des temps, par MM. Beaunis et Radulesco, inédit.

Mémoire des sensations, par M. Beaunis, Revue Philosophique.

Simultanéité des mouvements symétriques, vitesse des mouvements, par M. Beaunis, inédit.

Influence de l’attention et de la distraction sur la mesure des temps, par M. Beaunis, inédit.

Audition colorée, par MM. Beaunis et Binet, Bulletin du Laboratoire, 1893. — MM. Binet et Philippe, eod. loc. M. Philippe, Bulletin du Laboratoire, 1894. M. Victor Henri, eod. loc. M. Philippe. L’audition colorée chez les aveugles, Revue scientifique, 1894. M. Binet. Le problème de l’audition colorée, Revue des Deux Mondes, 1892.

Calcul mental. Recherches sur M. Inaudi, par MM. Binet et Henneguy, Bulletin du Laboratoire, 1893. Calculateurs de profession, par MM. Binet et Philippe, eod loc. Remarques additionnelles sur Inaudi, par M. Binet, eod. loc. Le calculateur Jacques Inaudi, par M. Binet, Revue des Deux Mondes, 1892. Un calculateur du type visuel, par MM. Charcot et Binet, Revue philosophique, 1892. La simulation de la mémoire des chiffres, par MM. Binet et Victor Henri, Revue scientifique,1893.

La mémoire des joueurs d’échecs. Mémoire visuelle géométrique, par M. Binet, Bulletin du Laboratoire, 1893. La mémoire des joueurs d’échecs par M. Binet, Revue des Deux Mondes, 1893. Observation du Dr Tarrasch, par M. Binet, Bulletin du Laboratoire, 1894.

Les questionnaires psychologiques individuels, par M. H. Beaunis, Bulletin du Laboratoire, 1893.

Les racines du nerf alaire chez les coléoptères, par M. A. Binet, Bulletin du Laboratoire, 1893.

Contribution à la psychologie du musicien, par M. J. Courtier, Bulletin du Laboratoire, 1893.

Recherches psychométriques sur l’influence de la distraction chez les hystériques, par MM. Philippe et Victor Henri. Bulletin du Laboratoire, 1893.

Recherches sur la localisation dans la sensibilité tactile, par M. Victor Henri, Archives de Physiologie, octobre 1893.

Le développement de la mémoire visuelle chez les enfants, par MM. Binet et Victor Henri, Revue générale des sciences, mars 1894.

Psychologie des auteurs dramatiques par MM. Binet et Passy, dans le Bulletin du Laboratoire, 1894 (résumé).

Recherches sur les modifications de la vitesse dans les mouvements graphiques, à l’état normal et dans différentes maladies du système nerveux, par MM. Binet et Courtier, Bulletin du Laboratoire, 1894 ; La science nouvelle, 1893 ; communication au Congrès de Rome, 1894.

La projection externe des images visuelles, par M. Edgar Milhaud, Revue philosophique, 1894.

Questionnaire sur la mémoire visuelle, Revue Scientifique, 1893, par M.M. Beaunis et Binet.

Influence de l’attention sur les mouvements respiratoires, par M. Delabarre, professeur de psychologie à Providence (États-Unis), Revue philosophique, 1892.

De la perception des temps dans les réactions simples, par M. Binet, Revue philosophique, 1892.

Il nous a paru intéressant de jeter un rapide coup d’œil sur les laboratoires étrangers. Nous cédons ici la plume à un de nos élèves, M. Victor Henri, qui vient de visiter les laboratoires d’Allemagne.

« Quinze années se sont écoulées depuis la fondation du premier laboratoire de psychologie expérimentale par M. Wundt. Pendant cet intervalle relativement court, la nouvelle science a fait de grands progrès, son but et ses méthodes se sont précisés et le nombre des laboratoires s’est accru considérablement, de sorte que, en ce moment, il existe seize laboratoires en Amérique, quatre en Allemagne, deux en Angleterre, enfin un dans chacun des pays suivants : France, Italie, Suisse, Belgique, Hollande, Danemark, Suède et Roumanie, ce qui fait en tout 30 laboratoires, dont plus de la moitié en Amérique. C’est une description des quatre laboratoires d’Allemagne et des travaux qu’on y fait que nous nous proposons de donner.

« Nous décrirons les quatre laboratoires dans l’ordre d’ancienneté : nous commençons donc par celui de Leipzig créé par Wundt, en 1878.

« Le laboratoire se compose de onze pièces séparées, ayant leurs portes sur un long corridor, l’une d’elles est occupée par la bibliothèque, une autre est le cabinet du directeur et il y a neuf pièces, dont une chambre noire, pour les expériences ; toutes ces pièces sont reliées entre elles par l’électricité, provenant d’une station centrale qui se compose de soixante piles de Meidinger.

« Le laboratoire reçoit une subvention annuelle de 1500 marks (1875 fr.) pour les appareils : ces appareils ont été acquis ou construits pour les travaux, qu’on faisait au laboratoire.

« Voyons maintenant quelle est l’organisation intérieure du laboratoire du Leipzig et quels sont les travaux qu’on y fait.

« Le personnel du laboratoire se composait pendant l’année scolaire 1892-93 de vingt-cinq personnes : Wundt, directeur ; Külpe et Neumann, ses deux préparateurs, et vingt-deux élèves. Au commencement de chaque semestre, Wundt distribue les travaux qui doivent être faits au laboratoire ; la plus grande partie des sujets est donnée par Wundt et seulement un petit nombre sont des sujets choisis ou proposés par les élèves eux-mêmes ; lorsque la distribution des sujets est faite, on passe à la désignation des élèves qui doivent prendre part aux différents travaux : il y a ainsi pour chaque travail de trois à dix sujets d’expériences. Un élève doit d’abord rester au moins six mois comme sujet d’expériences, avant d’obtenir un travail c’est une condition que nous croyons très utile et presque nécessaire ; en effet les élèves qui arrivent au laboratoire sont en général des étudiants qui n’ont que des idées vagues sur la psychologie expérimentale ; pendant les six premiers mois et souvent la première année, ils se familiarisent avec les appareils de psychologie qui leur sont montrés dans un cours fait par Külpe ; de plus, en prenant part à un ou plusieurs travaux, ils apprennent comment il faut travailler et enfin ils peuvent s’occuper de la littérature de la branche de psychologie expérimentale qu’ils ont envie de choisir pour leur travail. Dans la grande majorité des cas, les élèves qui viennent au laboratoire ont pour but de préparer une thèse de doctorat ; c’est cette possibilité de pouvoir présenter à Leipzig une thèse sur un sujet de psychologie expérimentale qui fait qu’il y a toujours beaucoup d’élèves au laboratoire, c’est un avantage sur les autres laboratoires, puisque jamais il ne manque de sujets d’expériences ; mais il y a aussi un léger défaut, c’est que les élèves s’intéressent quelquefois plus à leur thèse qu’au travail même et se hâtent un peu trop.

« Le laboratoire est ouvert tous les jours, sauf le dimanche, de dix heures à midi et de deux heures à sept ; pendant ce temps tous les élèves peuvent venir travailler à la bibliothèque du laboratoire qui contient la plupart des revues philosophiques et psychologiques et un grand nombre de traités et de mémoires de psychologie ; chaque élève doit verser 25 marks (32 fr.) par an pour la bibliothèque. Ceux qui ont un travail original peuvent venir au laboratoire à toute heure, de sorte qu’on peut toujours y trouver quelqu’un depuis sept heures jusqu’à minuit ou une heure du matin ; de plus, ces élèves peuvent venir pendant les vacances. La durée des travaux est très variable, mais il est rare qu’elle soit inférieure à six mois, ordinairement elle est d’une année et souvent plus ; tous les travaux faits au laboratoire sont publiés dans les Philosophische Studien, dont il a déjà paru huit volumes et demi de 650 pages chacun.

« Si nous jetons un coup d’œil sur les travaux qui ont été faits depuis 1878 jusqu’en 1892, nous voyons que le plus grand nombre avaient pour but d’étudier si la loi de Weber et celle de Fechner sont applicables aux sensations visuelles, auditives et de pression, de déterminer quelles sont les méthodes psychologiques qu’on doit appliquer pour chacune de ces sensations, quels sont par conséquent les défauts et les avantages de chacune de ces méthodes et comment, suivant les circonstances, il faut modifier chacune d’elles. Presque aussi nombreux que les précédents ont été les travaux sur la psychométrie ; on a étudié les temps de réaction simples pour les sensations visuelles, auditives, tactiles et olfactives, l’influence de l’habitude, de la fatigue, de l’intensité de l’excitation et de différents médicaments sur la durée des réactions, puis la différence dans les cas où l’attention du sujet est concentrée sur le mouvement à exécuter ou sur la sensation qui doit se produire, d’où la distinction des réactions motrices et des réactions sensorielles ; enfin on a étudié la durée des actes psychiques plus compliqués : tels sont les temps de choix, de reconnaissance et d’association. Les résultats précis dans cette branche sont encore peu nombreux, la seule connaissance de la durée des différents actes psychiques ne peut pas permettre de conclure sur la nature de ces actes et sur leur ordre de complexité, sans qu’on fasse quelques hypothèses qui peuvent aussi bien être admises que rejetées.

« Un nombre bien moins considérable de travaux a été fait sur les sensations visuelles et auditives pour les premières, on a fait quelques recherches sur le contraste et ses effets, sur la cécité des couleurs et sur la perceptibilité des couleurs dans la vision indirecte ; pour les secondes, un travail a été fait sur la mémoire des hauteurs de sons, et un autre sur la perception des intervalles de sons. Ce dernier travail a conduit à une polémique très longue entre Wundt et Stumpf.

« Enfin, quatre travaux ont été faits sur le sens du temps et deux sur les oscillations de l’attention.

« En somme, depuis 1878 jusqu’en 1892, il a été fait au laboratoire de Leipzig quarante-cinq travaux, dont la grande majorité se rapporte soit à la mesure de la durée des actes psychiques, soit à la mesure de l’excitation extérieure qui produit telle ou telle autre sensation ou changement de sensation ; ce sont, on peut dire, les éléments de la psychologie expérimentale où on a pour but de donner une description scientifique des états de conscience les plus simples, en essayant d’en déduire certaines lois, mais où on ne s’occupe pas encore de processus purement psychiques ni de variations individuelles : c’est une introduction à la psychologie expérimentale, un passage entre la physiologie et la psychologie.

« Le second laboratoire de psychologie expérimentale en Allemagne est celui de Gœttingue fondé en 1869 par M. E. Müller ; ce laboratoire fut pendant longtemps une possession privée de Müller et il n’y a que quelques années qu’il reçoit une subvention de 500 marks (625 fr.) pour les appareils.

« Le laboratoire se compose de cinq pièces, dont une chambre noire, toutes les autres bien éclairées et mises entre elles en communication électrique. La plus grande partie des appareils ont été acquis dans les trois dernières années par un élève du laboratoire ; pour leur description nous suivrons le même ordre que précédemment.

« Il y a au laboratoire beaucoup d’appareils nouveaux mais la plupart d’entre eux restent enfermés dans les armoires sans être employés, parce que le nombre d’élèves est très restreint. En effet le personnel du laboratoire se compose de G.-E. Müller, directeur ; Schumann, préparateur, et de deux élèves seulement, parce que, à l’université de Gœttingue, il est bien plus difficile de passer une thèse de doctorat sur un sujet de psychologie expérimentale qu’à Leipzig, et on n’admet pas volontiers au laboratoire des élèves qui veulent préparer une thèse ; de plus, ce laboratoire est encore peu connu à l’étranger.

« Les travaux faits au laboratoire sont publiés dans les Archives de physiologie de Pflüger et dans la Zeitschrifft für Physiologie und Psychologie der Sinnesorgane.

« En résumé, le laboratoire de Gœttingue est encore au début de sa formation, les moyens de travail y sont excellents, mais il est difficile d’avoir plus de quatre sujets pour un travail.

« En 1888, a été fondé à Bonn par M. Martius le troisième laboratoire de psychologie expérimentale en Allemagne ; ce laboratoire est une possession privée de Martius ; il se trouve dans les locaux appartenant au laboratoire de physique. Il y a en tout cinq grandes pièces bien éclairées, et deux chambres noires ; les appareils qui se trouvent au laboratoire sont les mêmes que ceux du laboratoire de Leipzig, et on peut dire que c’est en petit le laboratoire de Leipzig.

« Le personnel du laboratoire se compose de Martius et de deux élèves, le plus grand nombre d’élèves qui sont venus au laboratoire était de cinq ; la cause de ce petit nombre se trouve encore ici dans les examens ; Martius n’étant pas examinateur pour le doctorat, il est difficile de présenter à Bonn une thèse sur un sujet de psychologie expérimentale.

« Les travaux faits au laboratoire sont publiés dans les Philosophische Studien.

« Il nous reste encore un laboratoire, celui de Berlin, sur lequel, malheureusement, nous n’avons pas beaucoup à dire : fondé il y a quelques années par M. Ebbinghaus, il n’a pas de subvention régulière, il occupe deux pièces et est organisé surtout pour les démonstrations ; le nombre d’appareils qu’on y trouve est très restreint : un chronoscope de Hipp avec quelques appareils accessoires, une série de boîtes de même grandeur, mais de poids différents, un support permettant d’immobiliser le bras, de sorte qu’on puisse soulever un poids en pliant seulement le coude, enfin quelques appareils d’optique et de physique. Il n’a pas été fait de travaux spéciaux dans ce laboratoire ; les huit élèves qui y venaient cette année, faisaient des expériences pour se familiariser avec les appareils et les méthodes de la psychologie expérimentale ; mais Ebbinghaus espère que dans deux ans il aura des locaux bien vastes et une subvention régulière, ce qui lui permettra de faire des travaux originaux. »

En Amérique, les laboratoires sont extrêmement nombreux ; nous manquons de détail sur leur organisation ; ceux dont nous connaissons l’existence sont situés dans les villes suivantes :

New-York, Philadelphie, Worcester, New-Haven, Providence, Ithaca, Medissona, Chompen, Harvard, Chicago, Toronto.

En Europe, les villes suivantes possèdent des laboratoires : Leipzig, Göttingue, Bonn, Berlin, Copenhague, Gronengen (Hollande), Genève, Liège, Bruxelles, Stockholm, Oxford, Cambrige.



  1. Cette somme modeste ne sert pas uniquement à l’achat d’appareils, étant absorbée en grande partie par les frais matériels d’entretien du laboratoire.