Jack et Jane/10

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Traduction par P.-J. Stahl, Lermont.
Bibliothèque d’éducation et de récréation J. Hetzel (p. 125-138).


CHAPITRE X

LE CLUB DRAMATIQUE


Tandis que Jack commençait à se servir de sa béquille, Jane supportait les conséquences de sa seconde chute. Au lieu d’aller mieux, elle souffrait davantage, et le médecin la condamna à passer deux heures par jour étendue sur une planche. Il espérait de grands résultats de ce nouveau traitement, mais ce n’était pas une pénitence facile. Vous figurez-vous un pareil supplice ? Rester deux longues heures immobile sur une dure planche, et cela sans pouvoir même tenir un livre, c’était un vrai martyre. La première fois que la pauvre Jane l’endura, elle sanglota pendant une heure entière ; mais, en entendant Mme Peck et Mme Minot, désespérées, déclarer que ce spectacle était au-dessus de leurs forces, la courageuse petite fille se mit à chanter.

Sa mère l’embrassa tout émue et Jack s’écria, brandissant sa béquille contre des ennemis imaginaires :

« Bravo, Jane ! Chantez encore. Figurez-vous que vous êtes un Indien captif, trop fier pour pousser un seul cri, malgré ses tortures. Je vais suivre l’aiguille de la pendule, et au moment même où elle marquera l’heure, je viendrai mettre fin à vos tourments. »

Jane sourit ; cette idée lui plaisait. Elle se raidit contre la souffrance et poursuivit d’une voix plaintive une petite chanson en français :

 
J’avais une colombe blanche,
J’avais un blanc petit pigeon.
Tous doux volaient de branche en branche
Jusqu’au faîte de mon donjon.
Mais, comme un coup de vent d’automne,
S’est abattu là l’épervier,
Et ma colombe si mignonne
Ne revient plus au colombier.

« Mon pauvre mari avait une très belle voix, dit Mme Peck les larmes aux yeux. J’ai toujours pensé que sa fille lui ressemblerait. Qu’il serait malheureux, le pauvre homme, s’il entendait Jane chanter, pour tromper ses souffrances, ces chansons qui lui servaient autrefois à l’endormir ! »

Mme Minot consola à la fois la mère et la fille en leur disant :

« Jane a de grandes dispositions pour la musique. Nous lui donnerons un professeur aussitôt que cela ne la fatiguera pas trop, et je suis sûre qu’elle deviendra une bonne petite musicienne. »

Jane tenait à se tirer à sa gloire de son rôle d’Indien captif. Elle entonna le chœur des Marins du Canada. Chacun se mit de la partie, Jack cria à pleins poumons le refrain : Ramez, frères, ramez, et fit un si beau couac sur une note haute, que les autres s’arrêtèrent en riant. Les deux heures de supplice, commencées par des larmes, finirent au milieu des chants et des rires.

Depuis ce moment, Jane fit appel à tout son courage pour supporter patiemment ses deux heures de planche. Elle découvrit qu’elle pouvait jouer de la guitare dans cette position incommode, et, tous les jours à la même heure, sa jolie musique résonnait dans la maison. Chacun l’écoutait avec plaisir. Il n’était pas jusqu’à la vieille négresse qui ne laissât la porte de sa cuisine ouverte pour n’en rien perdre, et qui ne répétât à tout venant :

« La pauvre mignonne est-elle assez gentille de chanter comme cela sur cette vilaine planche ! C’est une vraie petite sainte. Puisse-t-elle être bientôt guérie ! »

Tous les enfants voulaient lui prouver combien ils admiraient sa patience. Frank avait mille attentions pour elle. Édouard laissait là ses jeux et ses amis pour venir lui apprendre de nouveaux airs. Ralph lui demanda la permission de venir faire à côté d’elle ses travaux de sculpture. Il venait tous les jours sous ce prétexte, et, lorsqu’elle avait épuisé tout son répertoire ou qu’elle était fatiguée de tenir sa guitare, il lui racontait toutes sortes de choses amusantes et lui apprenait à modeler dans de la terre glaise des oiseaux et des animaux de toute espèce.

Ses compagnes étaient pleines d’attentions pour elle. Merry et Molly lui apportaient sans cesse quelque nouvel objet. Afin que Jane pût se distraire sans avoir la peine de tenir un livre, elles piquaient tous les matins de nouvelles images sur la toile du paravent qui la préservait des courants d’air ; l’un des feuillets du paravent, celui qui était le plus près de ses yeux, était réservé pour des fleurs et des animaux, et même des énigmes, des charades, de petites pièces de vers, et jusqu’à de courtes histoires.

Tout cela se fit graduellement et non pas en quelques jours, bien entendu. Mais rien ne fit plaisir à Jane comme la conduite de son ami Jack. Il resta en chambre pour lui tenir compagnie près de quinze jours de plus qu’il n’était nécessaire.

Voici comment cela se fit. Le jour où il eut la permission de sortir, il était dans un grand état de surexcitation. Il ne tenait pas en place. Il réunit ses cahiers et ses livres de classe, et, pendant que sa mère y remettait des couvertures neuves, il ne cessait de lui répéter sur tous les tons combien il était heureux de retourner à l’école et combien ses camarades seraient surpris de le voir si vite guéri. Mais il songea tout à coup à la pauvre Jane qui ne disait mot.

« Elle dort peut-être, » se dit-il en regardant doucement derrière le paravent.

Non, Jane ne dormait pas. Elle était couchée sur sa planche et tenait les yeux fixés sur la fenêtre à travers laquelle on apercevait la neige étinceler au soleil. On entendait des clochettes de traîneaux, des voix d’enfants tout le tumulte d’une vie animée et bruyante. Il comprit que la vie de la pauvre petite malade allait lui sembler d’autant plus triste et sombre, que son compagnon d’infortune était autorisé à reprendre sa liberté.

Jack, averti par ce regard douloureux et patient, retourna à sa place tout pensif.

Il resta si longtemps perdu dans ses réflexions, que Mme Minot finit par dire à son fils :

« Quelles sont donc les graves pensées qui vous préoccupent ainsi ?

— Je me demande si je ne ferais pas mieux de ne pas retourner tout de suite en classe, » répondit Jack d’une voix un peu indécise. Il lui en coûtait fort de renoncer à ce plaisir tant désiré.

« Pourquoi ne pas profiter de la permission du docteur ? » s’écria sa mère étonnée.

Jack lui désigna du doigt le paravent, fit une mine longue d’une aune pour lui faire remarquer le chagrin de Jane et dit gaiement tout haut :

« Je crois que ce serait plus prudent. Le docteur me l’a permis parce que je l’ai trop tourmenté ; mais, si je sortais, je serais sûr de me faire du mal. Alors, tout le monde me répéterait : Je vous l’avais bien dit, et je ne vois rien de plus agaçant ! J’aime mieux attendre encore une huitaine de jours. N’ai-je pas raison, ma mère ? »

Mme Minot lui sourit d’un air d’approbation et lui répondit seulement :

« Vous êtes complètement libre. Je suis toujours heureuse de vous voir à mes côtés, vous le savez bien.

— Dites donc, Jane, cria Jack en riant sous cape, cela vous gênerait-il beaucoup si je restais jusqu’au 1er février ?

— Pas trop, répondit vivement une petite voix heureuse, pas du tout. »

Et quoique Jack ne vît pas les yeux noirs de son amie, il savait qu’ils rayonnaient de bonheur.

« Eh bien, je reste, c’est décidé. Maman, je me mettrai à piocher mon latin aussitôt que vous aurez fini. »

Mme Minot lui rendit ses livres en l’embrassant plus tendrement encore que de coutume. Elle appréciait plus ce petit sacrifice que tous les prix qu’il aurait pu remporter en classe.

Cinq minutes après, Jane chantait comme une petite fauvette. Elle n’apprit que beaucoup plus tard pourquoi Jack avait voulu rester, mais nous verrons qu’elle sut prendre sa revanche.

Jack eut d’autant plus à se féliciter de sa résolution, que le temps devint très mauvais à la fin de janvier. Il n’aurait pas pu sortir la moitié du temps s’il en avait eu envie.

Pendant que la neige tourbillonnait contre les vitres et que le vent sifflait au dehors, il chercha chaudement au coin du feu à amuser Jane et à faire de grands progrès en latin.

Enfin le beau temps revint. Le 1er février, Jack, encouragé par Jane elle-même, partit gaiement pour l’école, ses livres sous le bras, ses mains dans les gants tricotés par sa petite amie. Sa mère le regarda partir et Frank le suivit avec un traîneau neuf, tout prêt à lui venir en aide si la course devenait trop longue pour sa jambe malade.

Quand Mme Minot revint près de Jane avec l’intention de distraire sa solitude, elle fut toute surprise de l’entendre dire en souriant :

« Je n’aurai pas le temps de m’ennuyer malgré le départ de Jack, car nous allons avoir bien à faire pour le 22. Le club dramatique doit se réunir ce soir. Ces demoiselles m’ont chargée de vous demander si vous voulez que ce soit ici, afin que je puisse assister à la séance. »

Mme Minot lui accorda volontiers sa demande, et lui promit en outre une provision d’objets de déguisement.

En arrivant le soir, les petites filles trouvèrent Mme la présidente Jane entourée de trésors. Elles-mêmes apportaient tout ce qu’elles avaient pu découvrir chez elles. Que de merveilles !

Naturellement, Jane ne pouvait pas jouer, mais elle avait tant de goût que chacun la consultait à tout propos. Tout le monde était dans l’enthousiasme en pensant à un certain « tableau » qui devait être le bouquet de la fête. C’était une scène de la Belle au Bois dormant. Ce tableau extraordinaire devait représenter la cour endormie et le prince Charmant venant réveiller la princesse.

Jack était le prince, et les autres garçons avaient des rôles plus ou moins importants. Mais chacune des petites filles voulait faire le rôle de la belle, et les disputes commencèrent bientôt.

« Mabel a de si beaux cheveux qu’elle devrait être la princesse, dit Juliette qui était très satisfaite de son propre rôle de reine et n’en désirait pas d’autre.

— Non, dit Molly qui devait être dame d’honneur avec Boo comme page, il faut que ce soit Merry qui ait ce rôle-là. C’est elle la plus jolie, et du reste personne n’a d’aussi beau voile que le sien.

— Moi, je n’y tiens pas, dit Annette, mais ma plume conviendrait parfaitement pour la Belle au Bois dormant, et je crois qu’Emma ne voudrait pas la prêter à d’autres qu’à moi. »

La petite fille agita en triomphe le grand panache d’un blanc légèrement gris que sa sœur lui avait confié avec mille recommandations de ne pas le briser.

« Il me semble, dit Jane, que la robe de soie blanche, le voile et la plume devraient aller ensemble avec le châle de crêpe rouge et le collier de perles. Cela serait un vrai costume de princesse.

— Si nous tirions au sort ? proposa Merry, qui semblait une vraie petite mariée sous son voile en tulle illusion.

— Le prince étant blond, il faut que la princesse soit brune, reprit Jane d’un ton décidé. Dans un tableau vivant, il faut toujours choisir les personnes qui représentent le mieux les personnages. C’est ce que disait miss Delano Tannée dernière, quand toutes ces dames voulaient faire le rôle de Cléopâtre.

— Eh bien, choisissez vous-même, dit Susy, et si cela ne nous va pas, nous tirerons au sort. »

Ce dernier cas souriait à Susy, qui n’était pas jolie et qui savait bien qu’elle n’avait que cette seule chance d’être élue.

Les petites filles se rangèrent devant le sofa de Jane. Celle-ci les examina d’un œil critique, en pensant malgré elle que la princesse que Jack aurait préférée à toutes n’était pas là.

« Puisque Juliette veut-être la reine, dit-elle enfin, voilà celle que je choisis, car Molly ne serait pas assez sérieuse pour cela, et les autres sont toutes ou trop grandes ou trop blondes. »

Jane désignait Merry, qui eut l’air ravie ; mais la figure de Mabel s’allongea, et Susy fit une moue dédaigneuse.

« Vous feriez bien mieux de tirer au sort, leur dit Molly, Comme cela il n’y aura plus de contestations. Juliette et moi nous sommes hors de question. Tirez, vous autres, et que ce soit fini ! »

Molly tendit à Jane un grand morceau de papier qu’elle déchira en autant de morceaux qu’il y avait de concurrentes.

Le sort était évidemment pour Merry, car ce fut elle qui fut encore nommée. Cette fois il n’y eut plus de murmures.

« Allez vite vous habiller, dit Jane ; quand vous serez prêtes, nous verrons comment il faudra vous placer, et puis nous appellerons ces messieurs. »

Les petites filles passèrent dans la chambre a coucher. Elles étaient mécontentes et leur mécontentement se trahit par des paroles aigres-douces, des regards envieux et des actions désobligeantes.

« Me donnerez-vous la robe blanche et la plume ? demanda Merrv qui était en admiration devant ces deux objets quelque peu fanés.

— Mettez vos propres affaires, répondit Susy. Je ne vois pas pourquoi vous auriez tout et les autres rien.

— Et moi, ajouta Annette qui était vexée que son amie Mabel n’eût pas été élue, je crois que je ferai mieux de garder ma plume pour moi. Je n’ai rien autre de joli, et d’ailleurs Emma ne serait pas contente si je la prêtais.

— Tout bien considéré, je ne joue pas, déclara Mabel d’un ton maussade,

— C’est de l’égoïsme et de la jalousie ! s’écria Molly indignée. Vous devriez avoir honte de vouloir tout garder pour vous, et de vous retirer du jeu rien que parce que vous ne pouvez pas avoir toutes le plus joli rôle. »

Molly s’approcha de Merry, qui regardait d’un œil morne la vieille robe de soie brune qui lui avait été prêtée par sa mère, et embrassa affectueusement son amie.

Juliette dit à son tour, en fronçant les sourcils sous sa couronne de papier doré :

« Quand j’irai chercher la robe de brocart que miss Delano doit me prêter, je lui demanderai sa robe de satin jaune pour Merry, et je lui dirai combien peu vous êtes complaisantes.

— Peut-être voudriez-vous couper aussi les cheveux de Mabel pour les donner à Merry ? dit Susy d’un ton sardonique.

— On ne veut pas de cheveux blonds, ajouta Mabel avec un sourire de mépris. Il faudra que Juliette donne les siens ou que Merry emprunte la perruque de miss Bat. »

Molly Los en colère s’écria :

« Je donnerais quelque chose pour que miss Bat elle-même fût ici pour vous administrer une remontrance !… Ôtez-vous donc de là, petite coquette, » ajouta-t-elle en repoussant Susy, qui était devant la glace, très occupée à mettre une couronne écarlate sur ses cheveux rouges.

Molly arrangea son turban et en ôta un pompon rose pour le donner à Merry. Celle-ci, qui attendait patiemment son tour, la remercia et lui dit :

« Ne vous disputez pas à cause de moi. Je cacherai ma vilaine robe avec le châle rouge. »

En tournant la tête pour chercher le châle, Merry aperçut dans la chambre voisine quelque chose qui lui fit oublier ses propres contrariétés. Jane était là toute seule. Elle semblait un peu fatiguée par le bavardage de ses amies. Ce n’était pas gai de les voir se costumer et s’amuser sans pouvoir y prendre part. Elle avait les yeux fermés ; son filet était tombé et ses jolis cheveux bouclés étaient épars sur son oreiller. L’un de ses bras était relevé au-dessus de sa tête ; l’autre pendait languissamment sur sa couverture. Elle fredonnait une petite chanson mélancolique, mais on sentait qu’il lui fallait du courage pour ne pas se plaindre.

« Cette pauvre Jane doit bien s’ennuyer. »

Telle fut la première pensée de Merry. Puis il lui en vint une seconde, qui la fit tressaillir, sourire, se lever vivement et enfin dire à demi-voix à ses compagnes :

« Mesdemoiselles, je ne veux plus être la princesse, mais j’ai trouvé quelqu’un pour me remplacer.

— Qui donc ? s’écrièrent-elles toutes ensemble.

— Chut ! Parlez bas, regardez dans la chambre des oiseaux et dites-moi s’il est possible de trouver une plus jolie petite princesse. »

Les petites filles restèrent muettes. Merry continua chaleureusement :

« Cela lui ferait tant de plaisir ! Elie est toute couchée c’est le seul rôle qu’elle puisse jouer. Tout le monde en serait content et Jack le premier. Elle ne sera peut-être jamais guérie, la pauvre chérie. Soyons gentilles pour elle ; c’est bien le moins que nous puissions faire ! »

Ces dernières paroles, que Merry prononça d’une voix émue, eurent plus de poids dans la question que n’importe quel argument. Les petites filles ont généralement bon cœur. Il n’en était pas une parmi celles-là qui n’eut donné volontiers tout ce qu’elle possédait, pour rendre la santé à Jane. Leurs visages boudeurs s’éclaircirent aussitôt. La jalousie, la colère, la vanité et le mécontentement s’enfuirent comme de mauvais génies devant un talisman, et toutes s’écrièrent d’un commun accord :

« La bonne idée ! Courons vite le lui annoncer ! »

Elles se groupèrent autour du sofa, et Merry dit doucement à son amie :

« Chère petite Jane, nous avons choisi une autre princesse. Dites-nous si elle vous convient.

— Laquelle ? demanda Jane qui n’avait pas le moindre soupçon de la vérité.

— Vous allez le voir, » répondit Merry en ôtant son voile bien-aimé et en l’étendant sur la tête de Jane. Annette y joignit la grande plume ; Susy disposa sur elle la robe blanche, et Juliette et Mabel étalèrent le châle rouge à ses pieds, tandis que Molly enlevait le dernier ornement de son turban, une magnifique étoile d’argent, pour rattacher sur le cœur de Jane.

Puis toutes se prirent par la main et dansèrent autour de leur amie, en riant de sa stupéfaction et en chantant à tue-tête :

« La voilà ! la voilà ! notre petite princesse Jane !


La voilà ! la voilà ! notre petite princesse Jane !

— Est-ce bien vrai ? s’écria Jane ravie. C’est impossible ! Oh ! comme vous êtes gentilles ! Venez que je vous embrasse ! »

Le grand tableau vivant du 22 février fut vraiment magnifique, mais ce n’était rien en comparaison de celui-là.

Jane, les larmes aux yeux, serrait ses compagnes dans ses bras et leur disait :

« Ah ! que vous êtes bonnes ! Je ne l’oublierai jamais, jamais ! »

Elle reprit bientôt :

« Il faut absolument que je fasse quelque chose pour vous. Ah ! j’y suis ! J’écrirai aujourd’hui à Mme Piper pour la prier de nous prêter son manteau d’hermine pour le roi. »

Des cris de joie lui répondirent. Personne n’avait encore osé emprunter ce manteau ; mais toutes croyaient que la vieille dame ne refuserait pas cette faveur à la petite malade.

C’est incroyable comme tout marcha bien après cela. Chacune riait disposée à aider et à admirer les autres, et, quand les garçons eurent la permission d’entrer, ils trouvèrent de magnifiques dames d’honneur entourant le sofa où reposait la plus belle petite princesse du monde.

« Oh ! Jack, cria Jane, je vais jouer aussi ! Sont-elles gentilles ! Regardez comme elles sont belles ! Êtes-vous content ? demandait-elle pendant que « ces messieurs » s’arrêtaient étonnés, et que « ces dames » souriaient et rayonnaient tout heureuses de cette admiration.

— À la bonne heure ! s’écria Jack enchanté.

— Mesdemoiselles, dit Frank, permettez-nous de vous offrir nos très sincères compliments.

— En ma qualité de roi, j’ordonne un peu de calme, déclara Gustave en se dirigeant vers le trône où l’attendait Juliette.

— La prochaine fois nous jouerons la Belle aux Cheveux d’or, je vous le promets, » dit Edouard à Mabel dont les cheveux blonds ruisselaient sur sa robe bleue, comme un écheveau de soie dorée.

Les costumes des garçons n’étaient pas encore prêts ; on s’occupa seulement des poses, ce qui ne se fit pas sans de nombreux rires ; puis on joua aux petits jeux et chacun déclara en partant que la soirée avait été charmante.