Joies errantes/La charité

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Alphonse Lemerre (p. 109-110).

LA CHARITÉ

Au Docteur Durosiez.

Cette rare Visiteuse aux mains douces,
Ce n’est point la vierge auréolée d’éloquence, avec, à son corsage, des roses coûteuses.
Ce n’est point la triomphale vierge, dont le pur regard fait douloureusement palpiter les paupières meurtries des Souffrants.
Elle est, cette Visiteuse rare, malgré sa surhumaine beauté,
Elle est, à force d’amour, comme le reflet même de la Misère et de la Déchéance.
Ses yeux miraculeux sont flétris par le voile des pleurs versés,
Et sa divine jeunesse est ployée comme d’une décrépitude vers les Tombés sous le faix de la vie.
Elle n’est point le rayonnement hautain de blancheur,

Ni la volupté de consoler :
Elle est la Douleur fraternelle.
Le doigt sur la bouche, elle entre, brisée de tendresse, dans les demeures en deuil.
Les tout petits ne s’effrayent point, à la voir humble comme eux.
Et ses mains, ses mains si douces, sont tremblantes en touchant aux blessures.
Elle est le frissonnement pitoyable et l’indulgence infinie,
Cette rare visiteuse aux mains douces.