Journal d’un bibliophile/Appréciation de M. l’Abbé Beaudé

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Imprimerie « La Parole » limitée (p. 135-).


APPRÉCIATION DE M. L’ABBÉ BEAUDÉ


Ligue de Ralliement Français en Amérique
Cabinet du secrétaire-général.
Manchester, N.-H., 4 juin 1919.

Monsieur et cher collègue,

Vous m’avez fait l’honneur de me demander de bien vouloir vous dire mon opinion au sujet de la collection de « Canadiana », dont l’Association a fait l’acquisition l’année dernière. Vous ne pouvez douter que mon sentiment ne soit favorable. Autrement, je me mettrais en contradiction avec moi-même.

Je me rappelle, en effet, que lorsque la question de l’achat de cette collection vint sur le tapis, en assemblée générale des directeurs, j’eus l’occasion de parler de sa valeur. Et peut-être que mon avis, que vous aviez eu la bonté de solliciter, n’a pas été sans peser quelque peu sur la décision qui a été prise ? C’est que je connaissais de longue date cette collection, et que j’avais été à même d’apprécier les trésors quelle renferme. Je ne puis donc que féliciter hautement l’Association Canado-Américaine de s’être assuré la possession de ces quelques milliers de livres, revues et brochures concernant le Canada et l’Amérique en général.

Il y a des spécimens d’éditions très rares, des bouquins introuvables ailleurs, et des pamphlets très anciens et très importants pour notre histoire religieuse et politique.

Non seulement je souhaite que l’on continue à augmenter cette collection, en l’enrichissant surtout de choses anciennes, — ce qui lui gardera son caractère — sans négliger, bien entendu, d’y faire entrer absolument tout ce qui paraît au Canada, tout notre mouvement littéraire, mais, et cela me paraît essentiel, je désire ardemment que vous fassiez procéder au plus tôt à une « bibliographie » minutieuse, précise, détaillée, menée d’après les méthodes scientifiques du genre, de cette précieuse collection.

Je ne parle pas d’un catalogue — c’est trop peu pour une telle matière. Je parle d’un « essai bibliographique », qui contient une description extérieure et intérieure de chaque ouvrage.

De la sorte, cette « librairie » — c’est le vieux mot français que l’on a eu grand tort de remplacer par le terme baroque de bibliothèque — sera mise à la disposition de tous les chercheurs. Autrement, ce trésor va rester pour ainsi dire enfoui. Car, dans une ville comme Manchester, combien y a-t-il de personnes qui pensent s’adonner aux études de littérature et d’histoire canadienne ? On les compterait sur le bout des doigts.

Et, même, je suis à peu près sûr que l'on n’en trouverait pas dix. Le seul moyen de faire fructifier la richesse intellectuelle est de la rendre accessible aux spécialistes d’un peu partout. Et comment ? Si ce n’est par la publication d’un Essai Bibliographique très complet et très fouillé, dont l’effet sera de multiplier cette collection, et non seulement d’en répandre la renommée, mais d’opérer tout le bien que l’Association a eu en vue en se l’appropriant.

Veuillez agréer, Monsieur et cher collègue, l’assurance du respect avec lequel je suis,

Votre très humble et dévoué,
Abbé Henri BEAUDÉ.
I