Jours d’Exil, tome I/Post-Scriptum

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Jours d’Exil, tome I
Post-Scriptum
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POST-SCRIPTUM.




Le plus important dans une lettre,
c’est le post-scriptum.


295 Dans les choses humaines nous proposons, Dieu dispose. C’est vieux, mais ce fut toujours fort désespérant. Les imprimeries ont des rigueurs à nulles autres pareilles. Dieu donc, représenté par mon imprimeur, dispose que je m’arrêterai court au moment même où je commençais à dessiner mon allure. Si le lecteur est désappointé dans sa curiosité, je le suis bien davantage, moi auteur, dans mes prétentions à la gloire. Je compare le lecteur à l’indolent cavalier qui suit les mouvements réguliers ou capricieux de sa monture sans se préoccuper beaucoup du travail et de la fatigue de la pauvre bête. Moi, je suis le coursier. Que ceux qui ont vu s’abattre un cheval lancé au galop avec un homme en selle disent quel est le plus à plaindre du lecteur ou de moi. Je prétends que c’est moi.

Ce livre aura une suite, toujours si Dios quiere, si Dieu le veut, — comme disent les Espagnols. — Mon manuscrit renferme trop de choses intéressantes pour que le monde soit privé de sa publication. Qu’on en juge par les titres de quelques chapitres :


Suite des Souvenirs de Lausanne. — Notre expulsion de suisse. considérations sur le Droit d’Asile. — Deuxième Voyage en contrebande.


LONDRES. — Passé minuit. — L’Irlande à Londres. — Les enfants de Neptune. — La Vénus carthaginoise. Le culte de Mercure. — La France à Londres. — La Proscription. — Médecine comme on n’en fait pas. — La police en 296 Jupons. — Le Deux Décembre. — Tables Mortuaires. — Cournet. — Sur la Mort. — Sur le Duel. — Émigration en Amérique.


ESPAGNE. — La Corrida de Toros. — El Prado de Madrid. — Las Noches de Vervenas. — Las Coplas de los Ciegos. — Los Majos. — Los Eestudiantes. — La function del dos de Mayo. — Troisième Voyage en contrebande. — Le Dieu des Espagnols. — Le Théâtre à Madrid. — Une Fête universelle à Lisbonne. — Galicia. — De Vigo à Londres, à bord de L’Ibéria. — L’amnistie partielle. — Ma prosopopée.


…… Et une infinité d’autres sujets dignes d’être traités par moi et lus par beaucoup de monde. Ainsi soit-il !




Quand le maçon a posé la dernière pierre d’un édifice, il plante au haut du toit l’étendard du travail ;

Quand le moissonneur a rentré la dernière gerbe, il cloue sur la porte de sa grange un bouquet d’épis et de fleurs des champs ;

Quand il a fini son temps d’esclavage, le soldat passe en travers de sa poitrine le beau ruban auquel est attaché son congé définitif ;

Quand le marin distingue les rivages de la patrie, il replie ses voiles et déploie dans l’air la flamme nationale ;

Ainsi moi, sur ce livre achevé je déploie le drapeau rouge, l’étendard de l’Avenir et de l’Humanité.

Car je ne suis d’aucune nation, bien que je les aime toutes ; — ni d’aucun parti bien que j’eusse pu être accueilli par tous ; — ni d’aucune profession, encore que je puisse en exercer plusieurs.

Mais je suis de toute nation et de toute société ; je suis homme. Et tout défigurés qu’ils sont aujourd’hui, les hommes ont encore un caractère commun : ils ont du sang. Le sang, le rouge, c’est le seul attribut de liberté première qui nous soit resté.

297 Quand la Guerre aux cheveux crépus aura fini toute sa tâche, puissent les peuples sortir leurs vieilles bannières des arsenaux vide, les tremper dans le sang des rois morts, et sur champ d’écarlate imprimer ton grand nom, LIBERTÉ !