K.Z.W.R.13/Campagne de Presse

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Imprimerie Financière et Commerciale (p. 7-9).



PREMIÈRE PARTIE

Un enfant de Carcassonne


Chapitre Ier

CAMPAGNE DE PRESSE


Du Journal : 31 juillet 1913 (signature Arthur Dulpin) :

Décidément la police est mal faite en France. On a beau être patriote, c’est une constatation qu’il devenait urgent de faire.

Nous nageons, grâce aux idées de Monsieur le Préfet de Police, dans le plus parfait des ridicules. Ce que nos voisins d’outre-frontière doivent se gausser de nous !

Voyons, il est temps de se ressaisir !

J’ai déjà eu l’occasion plusieurs fois au cours de mes articles — que le public a bien voulu remarquer — d’établir d’irréfutable façon la manière non seulement maladroite, mais encore dénuée de tout sens commun, dont la police de chez nous mène l’instruction des affaires criminelles. Il semble, vraiment, que nos détectives (je ne puis malgré ma bonne volonté en excepter aucun), sont tous atteints d’une cécité particulière qui ne leur permet d’aucune façon de retrouver la trace d’un coupable.

Incurie ?

Incapacité ?

Mauvaise organisation ?

Bien malin qui le dira. Quant à moi, je ne veux prendre parti — le lecteur comprendra la délicatesse de mes sentiments — ni pour, ni contre. L’indépendance stricte de mes principes, ne me le permet point et je veux attendre encore.

Je ne suis pas de ceux — oh non — aux vues bornées qui passent condamnation sur des apparences.

Après « l’affaire du collier », celle des « chauffeurs de la Marne » !

Pauvre Sûreté !

Celle-ci, comme celle-là, me fournit mille exemples, mille preuves flagrantes de l’incapacité de nos policiers. Ceux-ci se sont laissés rouler comme des enfants par d’ignobles gredins, à qui il a suffi de faire montre, tout au plus, d’un peu d’ingéniosité et de ruse.

Où allons-nous, mon Dieu !

J’ose espérer que Monsieur le Préfet de Police, et au besoin s’il faut aller plus haut, Monsieur le Ministre de l’intérieur, sauront prendre les mesures — toutes les mesures — que la situation comporte.

Il n’y a ni à lésiner, ni à gagner du temps.

Il faut, quelle qu’elle soit, que le public connaisse toute la vérité.

Après les hardis voleurs du collier, les chauffeurs de la Marne viennent, à leur tour, d’infliger une rude leçon à notre optimisme à tous crins, à la confiance illimitée que nous montrons, bénévolement, aux, pouvoirs publics.

L’heure est aux actes, non aux belles paroles !

La situation est simplement scandaleuse, elle doit cesser.

Le ministre de l’intérieur a exposé, jadis, à la tribune de la Chambre, de très belles théories et son rêve d’une justice humanitaire mais méticuleuse !

Discours électoral, cela !

Vaine parade !

Monsieur le ministre qui est du Midi — de Carcassonne pour préciser — ne nous a que trop « Troun de l’air » fait prendre des vessies pour des lanternes.

Les « chauffeurs de la Marne », depuis un mois, terrorisent la population de la moitié d’un département. Ils tiennent en haleine, non seulement le Parquet, la Sûreté et la Gendarmerie, mais encore un millier de soldats réquisitionnés pour la circonstance.

Et tour cela sans aucun résultat !

Il faut en finir, décidément.

Que Monsieur le Préfet de Police s’en aille ou même Monsieur le ministre peut nous chaut, s’ils sont incapables. Il nous faut des hommes à la hauteur de la situation, des gens qui sauront veiller sur notre sécurité de façon efficace et arrêteront rapidement des criminels, sans faire à tout bout de champ « buisson creux » et sans faire, pour cela, stagner, comme c’est le cas, les affaires de toute une région.

Ne se trouvera-t-il pas, au Palais Bourbon, un député pour crier tout haut, à la tribune, ce que tant d’honnêtes gens, indignés légitimement, murmurent tout bas ?


Le Temps, 31 juillet 1913. (Le Parlement) :


On nous annonce en dernière heure que Monsieur Gaston Lartigues, député du Calvados, interpellera Monsieur le ministre de l’Intérieur quant à l’affaire des « chauffeurs de la Marne ».

Nous aurions mauvaise grâce d’insister quant à cette scandaleuse histoire. La police a prouvé, à cette occasion, une fois de plus qu’elle n’était pas à la hauteur de sa tâche.

Mous attendons avec curiosité les explications de Monsieur le ministre.


Gil Blas (31 juillet 1913 — Mots de la fin) :


Un policier (à son ami). — …Eh ! mon cher, je vous arrête !

L’ami. — Comment ! Comment ! Il serait donc possible que vous arrêtiez quelqu’un !


New-York Herald (Édition de Paris, 31 juillet 1913) :


L’affaire des « chauffeurs de la Marne » venant au lendemain de la rocambolesque histoire du collier, révolutionne l’opinion publique à Paris. Depuis un mois, une association de bandits, parfaitement organisée, tient en haleine la police et la gendarmerie de tout un département. On a dû faire appel à l’armée !

Pauvre France !

Si le fait s’était produit en Amérique, il n’aurait assurément été question de tout cela. Nous n’aurions point eu besoin d’un mise en scène aussi compliquée.

Le public aurait appris sans émotion à son réveil, que la bande fameuse avait été arrêtée, du premier au dernier des complices, sans aucun esclandre, sans qu’un soldat ait eu à se déranger, sans que le service policier de toute une ville n’ait été mis à contribution.

De la méthode et du flair !

Voilà simplement résumée la devise de notre Detective-Office.

Nulle part ailleurs que chez nous, on ne trouvera une organisation mieux outillée pour la répression rapide et sûre de tous les crimes.

Le policier américain est sans rival au monde. Il n’a d’autre souci que celui de garder sa réputation mondiale.

Le policier français a de l’entrain, une grande dose de naïveté et de l’esprit.

Le détective américain a de la ténacité, de la logique et de la méthode.

Que Stokton, Burns, Trimblay ou quelqu’autre de nos détectives se fut mêlé à l’affaire des chauffeurs de la Marne, elle eut été éclaircie de jour à autre, les sinistres bandits eussent été derrière les verrous et les journaux parleraient d’autre chose.

Qui donc disait que le ridicule ne tue pas ?

La police de France s’est mise pour longtemps au dernier rang des organisations similaires du monde entier.

Le malheur, c’est que nos sympathiques amis n’ont pas l’air de s’en douter !


Le Rire, 31 juillet 1913 (légende d’une caricature à propos des « chauffeurs de la Marne ») :


Jim-Jack (pleurant). — C’est-il vrai que je suis bête, Uncle Sam ?

Uncle Sam. — Non, tu es juste assez intelligent pour faire un policier français.