L’Ève future/Livre 5/09

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Bibliothèque-Charpentier ; Eugène Fasquelle, éditeur (p. 256-257).


IX


La bouche de rose et les dents de perle


« La belle Madame de X. pour laquelle s’est longtemps entretuée l’élite de notre jeunesse dorée, dut, en partie, l’irrésistible charme de sa bouche fraîche éclose à l’usage quotidien de l’Eau de Botot. »
réclames d’antan.


Tout d’abord, une question, si vous le permettez mon cher lord : ― miss Alicia Clary daigne-t-elle porter toutes ses dents ?

Lord Ewald, après un mouvement de surprise, fit un signe de tête affirmatif.

― Je l’approuve en ceci, continua Edison, bien que ce soit une grave infraction à la mode américaine. Ici, vous le savez, toutes nos belles misses, vraiment élégantes, eussent-elles dans la bouche toutes les perles du Pacifique, commencent, à de rares exceptions près, par se les faire extirper et remplacer par des dentiers mille fois plus uns, plus parfaits, plus légers que leurs dentures naturelles. —

Quoi qu’il en soit de miss Alicia Clary à cet égard, milord, ― (enfin, un accident est si vite advenu !…) ― sa dentition organique sera reproduite avec une fidélité… éblouissante.

En effet, cet excellent docteur Samuelson, accompagné du dentiste W… Pejor, seront dans mon laboratoire le jour de la sixième séance.

À l’aide d’un anesthésique de ma composition et très inoffensif, que miss Alicia Clary respirera sans s’en apercevoir, nous obtiendrons d’elle une syncope complète, durant laquelle, empreinte sera prise de l’écrin radieux de toute sa bouche, ainsi même que de sa langue, dont les doubles exacts seront transposés en la bouche jumelle de Hadaly.

Vous avez parlé d’effets de lumière sur les dents, pendant le sourire. Vous ne pourrez les distinguer les uns des autres une fois l’adaptation terminée.