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L’Éducation de la Jeune Fille par elle-même/Chapitre 2

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Deuxième causerie.

l’éducation familiale et la connaissance de soi-même, points de départ de la formation personnelle.


Pour nous bien connaître nous-mêmes, tâchons de nous rendre compte de ce que nos parents et nos maîtres ont fait en vue de notre éducation. Nous trouverons de précieuses indications à ce sujet dans les notes que nos parents ont rédigées pour nous remémorer nos faits et gestes depuis l’âge le plus tendre.

À défaut de notes de ce genre, reconstituons autant que possible l’œuvre de notre première éducation d’après nos souvenirs personnels et les souvenirs de nos parents.

Les renseignements ci-dessous nous y aideront.

Nous nous en souviendrons quand à notre tour nous aurons des enfants à élever.

a) Pour notre santé : Nos parents nous ont donné une alimentation saine, appropriée à notre tempérament et à notre âge, ils ont veillé à la régularité de nos repas. Ils nous ont pesées à des intervalles réguliers, afin de se rendre compte de notre augmentation de poids. Grâce à des soins journaliers et des bains fréquents, nous étions toujours propres. Notre chambre à coucher était toujours bien aérée. Au jardin, ils ont fait dresser un abri où nous pouvions nous amuser tout en ayant le grand air. Afin d’assurer un juste équilibre entre le corps et l’esprit, ils nous ont initiées de bonne heure au jardinage et à des exercices physiques rationnels. Ils nous ont laissé grande liberté dans nos jeux et nos ébats. Les promenades étaient fréquentes et intéressantes. Les vacances se passaient presque tout entières à la campagne.

b) Pour notre intelligence : Ils ont surveillé le développement de nos facultés naissantes, afin de les orienter dans la bonne voie. Ils ont arrêté un programme d’études judicieux, appréciant les choses par l’utilité qu’elles présentent plutôt que par leur faux éclat. Ils ont employé leurs loisirs à nous entretenir sur des sujets de la plus haute importance dont le développement réclamait du tact et de la prudence. Ils nous ont initiées au travail personnel, si fécond en heureux résultats. C’est ainsi, par exemple, qu’ils nous ont appris dès notre tendre enfance à classer des images représentant des animaux, des plantes, des fleurs, d’après les règnes, les embranchements, les classes et familles auxquels ils appartiennent, et nous en ont enseigné le nom, les caractères et l’utilité.

Ils nous ont initiées à l’art de penser juste, de parler et d’écrire clairement. Enfin, pour compléter cet enseignement, ils nous ont fait faire des excursions instructives dont nous conserverons toujours la meilleure impression.

c) Pour notre caractère : Nos parents nous ont appris à obéir avec joie et promptitude, à faire des mortifications volontaires, telle la privation d’une friandise, d’un jouet, etc., afin de tremper notre volonté. Ils nous ont engagées à prendre de bonnes résolutions et à les mettre en pratique, nous ont habituées à l’examen de conscience quotidien et ont stimulé nos efforts vers le bien qu’ils nous ont appris à aimer pour lui-même. Ils nous ont poussées à la pratique de l’humilité, cette vertu fondamentale, indispensable à toute âme chrétienne. Ils se sont appliqués à nous instruire sur nos défauts en nous en montrant les funestes effets et nous ont enseigné le moyen de nous en défaire en les remplaçant par les qualités auxquelles ils s’opposent. Enfin, ils nous ont initiées à l’art de faire servir nos impulsions naturelles à la pratique du bien.

d) Pour la religion : Nos parents nous ont enseigné de bonne heure les vérités fondamentales de la religion, ses commandements, les vertus dont elle impose la pratique. S’inspirant de la méthode du Christ, qui instruisait son peuple à l’aide de paraboles, ils nous ont raconté des histoires attrayantes tirées de l’Écriture Sainte, nous présentant méthodiquement des exemples de piété, de bonté, de charité, d’abnégation, de récompense du bien, de punition du mal. Ils nous ont appris à méditer, en nous invitant à raconter ces histoires à notre manière et à en tirer de bonnes résolutions pour notre conduite. Ils ne nous ont pas seulement enseigné à réciter des prières apprises par cœur, mais nous ont accoutumées à formuler nous-mêmes des invocations dictées par le cœur et s’appliquant aux besoins de la vie quotidienne. Enfin, ils nous ont édifiées par leur propre dévotion, dans la récitation en commun des prières ordinaires, l’assistance à la Sainte Messe, la Sainte Communion, etc.

e) Pour les arts d’agrément : Nous avons reçu des leçons de piano, de dessin, de modelage, de cartonnage, de déclamation qui, joignant l’utile à l’agréable, nous ont procuré de saines distractions, tout en apportant leur concours bienfaisant au perfectionnement de nos facultés et en donnant un vernis à notre éducation générale.

f) Pour nous rendre aptes à diriger un foyer : Nous avons suivi un cours de couture, ce qui nous permet de confectionner quelques-uns des vêtements que nous portons et d’habiller les enfants de quelques familles pauvres. Nous avons tenu un livre de comptabilité pour les dépenses quotidiennes du ménage, et nous avons appris ainsi à être économes et prévoyantes. Nous avons suivi un cours d’économie domestique, surveillé la cuisine et la direction générale de la maison que notre mère nous confiait sous son contrôle. Nous avons reçu quelques leçons de pédagogie familiale qui nous ont fait connaître les grands principes de l’éducation des enfants.

Enfin, comme en ce monde tout est instable, nos parents nous ont préparées à pouvoir, en cas de besoin, gagner honorablement notre vie par notre travail personnel. Ils nous ont initiées au commerce en nous mettant à la tête d’un petit magasin familial contenant quelques denrées alimentaires et quelques articles de mercerie ; nous y avons appris à peser, à mesurer, à dresser une facture, à établir un bilan, à faire les commandes en temps opportun, à discuter les prix, etc. À la même fin, nous nous sommes exercées à la couture et nous avons suivi un cours de sténographie et de dactylographie.

Pensons souvent à notre première formation. Nous y découvrirons tout un programme qu’il nous appartient de développer non seulement par reconnaissance envers nos parents, mais pour notre plus grand bien.

Rendons-nous compte très impartialement des lacunes de cette première éducation, notre devoir étant de les combler par nous-mêmes.

Livres à lire :

Chanoine Dupin. Éducation prévoyante. — À obtenir gratuitement, sur demande, à Paris, 23, rue Bertrand.

J. Renault. Souvenirs d’éducation familiale. Paris, Lethielleux.

La revue L’Éducation familiale. (Voir notamment année 1903, pp. 4 et, suivantes). — Bruxelles, 14, rue Victor Lefèvre, (numéros spécimens gratuits sur demande).

Abbé Klein. Mon filleul au jardin d’enfants. I. Comment il s’instruit. II. Comment il s’élève. 2 vol. — Paris, Colin, 3, 50 fr. le vol.

Congrès de la restauration de la vie chrétienne dans la famille. Maredsous, 1911. — Bruxelles, Action catholique, 16, rue des Paroissiens, 7, 50 fr.