L’Église chrétienne (Renan)/XVII. Les sectes à Rome

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Calmann Lévy (p. 319-349).


CHAPITRE XVII.


LES SECTES À ROME. — LES CÉRYGMES. — LE ROMAN CHRÉTIEN. — RÉCONCILIATION DÉFINITIVE DE PIERRE ET DE PAUL.


Rome était au plus haut période de sa grandeur ; son règne sur le monde semblait incontesté ; aucun nuage ne se voyait à l’horizon. Loin de se ralentir, le mouvement qui portait les provinciaux, surtout de l’Orient, à venir s’y entasser, augmentait d’intensité. La population parlant grec était plus considérable qu’elle n’avait jamais été. Le græculus insinuant, bon à tous les métiers, chassait l’Italien de la domesticité des grandes maisons ; la littérature latine baissait chaque jour ; le grec devenait la langue littéraire, religieuse, philosophique des classes éclairées, comme il était la langue du petit peuple. L’importance de l’Église de Rome se mesurait à celle de la ville elle-même. Cette Église, toute grecque encore, avait sur les autres une supériorité incontestée. Hygin, son chef, obtenait le respect du monde chrétien tout entier. Rome était alors pour les provinces ce que Paris est en ses brillants jours, la ville de tous les contacts, de toutes les fécondations. Ce qui voulait se faire une place au soleil aspirait à y venir ; rien n’était consacré que ce qui avait pris sa marque à cette universelle exposition des produits de l’univers entier.

Le gnosticisme, avec son ambition de faire la mode dans la prédication chrétienne, céda surtout à cette tendance. Aucune des écoles gnostiques ne naquit à Rome, mais presque toutes vinrent y échouer. Valentin fut le premier qui tenta l’aventure[1]. Cet audacieux sectaire peut avoir même eu l’idée de s’asseoir sur le siège épiscopal de la ville sans rivale. Il se montra avec toutes les apparences du catholicisme et prêcha dans le style bizarre qu’il avait inventé. Le succès fut médiocre ; cette philosophie prétentieuse, cette curiosité inquiète scandalisèrent les fidèles. Hygin chassa le novateur de la chaire chrétienne. Dès lors l’Église romaine indiquait la tendance purement pratique qui devait toujours la distinguer, et se montrait prête à sacrifier lestement la science et le talent à l’édification.

Un autre docteur hétérodoxe, Cerdon[2], parut à Rome vers ce temps. Il était originaire de Syrie, et apportait des doctrines qui différaient peu de celles des gnostiques de ce pays. Ses façons de distinguer Dieu du créateur, de placer, au delà du Dieu père de Jésus, un autre Dieu inconnu, de présenter l’un de ces dieux comme juste, l’autre comme bon, parurent malsonnantes à bon droit. Cerdon trouvait le monde une œuvre aussi imparfaite que ce Jéhovah lui-même, à qui on l’attribuait, et qu’on présentait comme sujet aux passions de l’homme. Il rejetait tous les livres juifs en bloc, ainsi que les passages des écrits chrétiens d’où il résultait que Christos avait pu prendre une vraie chair. Cela était tout simple : la matière lui semblait une déchéance, un mal. La résurrection lui répugnait pour la même raison. L’Église le blâma ; il se soumit et rétracta ses opinions, puis se mit à dogmatiser de nouveau, soit en particulier, soit en public. De là une position des plus équivoques. Sa vie se passait à sortir de l’Église et à y rentrer, à faire pénitence de ses erreurs et à les soutenir de nouveau. L’unité de l’Église était trop forte à Rome pour que Cerdon put songer à s’y former une congrégation à part, comme il l’eût certainement fait en Syrie. Il exerçait son influence sur quelques personnes isolées, que séduisaient l’apparente profondeur de son langage et des doctrines alors dans toute leur nouveauté. On cite en particulier parmi ses disciples un certain Lucain ou Lucien[3], sans parler du célèbre Marcion, qui, comme nous le verrons, sortit de lui.

Le gnosticisme abstrait d’Alexandrie et d’Antioche, se présentant sous la forme d’une philosophie téméraire, trouvait dans la capitale du monde peu de faveur. C’étaient les ébionites[4], les nazaréens, les elkasaïtes, les ossènes, toutes ces hérésies gnostiques aussi à leur manière, mais d’un gnosticisme modéré et judéo-chrétien dans ses affinités, c’étaient ces hérésies, dis-je, qui pullulaient à Rome, formaient la légende de Pierre et créaient l’avenir de cette grande Église. Les formules mystérieuses de l’elkasaïsme étaient usuelles dans leur sein, surtout pour la cérémonie du baptême. Le néophyte, présenté au bord d’une rivière ou d’un bassin d’eau courante, prenait à témoin le ciel, la terre, l’eau et l’air de son ferme propos de ne plus pécher[5]. Pierre et Jacques étaient, pour ces sectaires originaires de Judée, les deux angles de l’Église de Jésus. Rome, nous l’avons souvent remarqué, fut toujours le foyer principal du judéo-christianisme. L’esprit nouveau, représenté par l’école de Paul, y était refréné par un esprit hautement conservateur. Malgré les efforts des hommes conciliants, l’apôtre des gentils avait ici encore des adversaires obstinés. Pierre et Paul se livraient leur dernière bataille, avant de se réconcilier définitivement au sein de l’Église universelle pour l’éternité.

La vie des deux apôtres commençait à devenir fort ignorée. Il y avait environ soixante-dix-sept ans qu’ils étaient morts ; tous ceux qui les avaient vus avaient disparu, la plupart sans laisser d’écrits. On avait la liberté entière de broder sur ce canevas vierge encore. Une vaste légende ébionite s’était formée à Rome et se fixa vers le temps où nous sommes arrivés. Les voyages et les prédications de Pierre en étaient l’objet principal. On y racontait les missions du chef des apôtres, principalement le long de la côte de la Phénicie, les conversions qu’il avait opérées, ses luttes, surtout contre le grand Antechrist qui était à cette époque le spectre de la conscience chrétienne, Simon de Gitton. Mais souvent, à mots couverts, sous ce nom abhorré se cachait un autre personnage : c’était le faux apôtre Paul, l’ennemi de la Loi, le destructeur de l’Église véritable[6]. L’Église véritable, c’était celle de Jérusalem, présidée par Jacques, frère du Seigneur. Aucun apostolat n’était valable, s’il ne pouvait montrer des lettres émanant de ce collège central. Paul n’en avait pas, c’était donc un intrus. Il était « l’homme ennemi », qui venait par derrière semer l’ivraie sur les pas du vrai semeur[7]. Aussi avec quelle force Pierre mettait à nu ses impostures, ses fausses allégations de révélations personnelles, son ascension au troisième ciel[8], sa prétention de savoir sur Jésus des choses que les auditeurs de l’Évangile n’avaient pas entendues, la manière exagérée dont lui ou ses disciples comprenaient la divinité de Jésus[9] ! À Antioche surtout, le triomphe de Pierre était complet. Simon avait réussi à détourner le peuple de cette ville de la vérité. Par une série d’habiles manœuvres, Pierre amène une des victimes des sortilèges de Simon, à qui le magicien avait donné sa propre figure, à s’aller montrer au peuple d’Antioche. Quel est l’étonnement des Antiochéniens, quand ils entendent celui qu’ils prennent pour le mage de Samarie se rétracter en ces termes : « J’ai menti sur Pierre ; il est le vrai apôtre du prophète envoyé par Dieu pour le salut du monde. Les anges m’ont flagellé cette nuit pour l’avoir calomnié. Ne m’écoutez plus, si désormais je parle contre lui[10] ! » Naturellement, tout Antioche revient à Pierre et maudit son rival.

Le véritable apôtre continue ainsi ses voyages, suivant à la piste l’imposteur samaritain, et arrive sur ses pas dans la capitale de l’empire. Là l’imposteur redouble d’artifice, invente mille prestiges, s’empare de l’esprit de Néron. Il réussit même à passer dieu et à se faire adorer. Ses admirateurs lui élèvent des autels, et ces autels, selon l’auteur, on les montrait encore de son temps. Dans l’île du Tibre, en effet, était établi un collège du dieu sabin Semo Sancus ; là se trouvaient un grand nombre de cippes votifs semoni·deo·sanco, sur lesquels, avec un peu de complaisance, on croyait lire : simoni·deo·sancto[11].

La lutte décisive devait avoir lieu en présence de l’empereur. Simon avait annoncé pour programme qu’il s’élèverait en l’air et y planerait comme un dieu. Il s’éleva en effet ; mais, sur un signe de Pierre, l’outre de ses sortilèges fut crevée ; il tomba honteusement et se brisa[12]. Un accident tout semblable était arrivé dans l’amphithéâtre du champ de Mars sous Néron. Un individu qui avait prétendu s’élever en l’air, à la façon d’Icare, était tombé sur l’angle de la loge de l’empereur ; celui-ci fut inondé de sang[13]. Peut-être aussi quelques faits réels de la vie du charlatan samaritain servirent-ils de base à ces contes. En tout cas, la déconvenue de l’imposteur était présentée comme la grande gloire de Pierre ; ce fut par là que ce dernier prit réellement possession de la ville éternelle. D’après la légende, sa mort suivit de près sa victoire ; Néron, irrité de la mésaventure de son jongleur de prédilection, fit subir à l’apôtre le dernier supplice.

Telle est la légende qui, sortie vers l’an 125 des passions et des rancunes de la partie juive de l’Église de Rome, s’adoucit peu à peu et produisit, vers la fin du règne d’Adrien, l’ouvrage, en dix livres, intitulé « la Prédication de Pierre[14] » ou « les Voyages de Pierre ». On était arrivé, pour la rédaction, à couper la légende en trois parties. La « Prédication » contenait le récit de l’apostolat de Pierre en Judée[15] ; les Periodi comprenaient les voyages de Pierre et ses controverses en Syrie et en Phénicie contre Simon[16]. Le séjour à Rome et les luttes devant l’empereur étaient le sujet des « Actes » de Pierre, autre composition qui forma en quelque sorte la suite du Cérygme et des Périodes[17]. Ces récits de voyages apostoliques, pleins de charme pour l’imagination chrétienne, donnèrent naissance à de nombreuses compositions, qui tournèrent de bonne heure au roman. On entremêlait le récit de sermons pieux ; on faisait de Pierre le prédicateur de toutes les bonnes doctrines ; la peinture de l’amour chaste venait vivifier et réchauffer le tableau ; le roman chrétien était créé ; aucune machine essentielle n’y a été ajoutée depuis.

Toute cette première littérature de Cérygmes, de Périodes, fut l’œuvre de sectaires ébionites, esséens et elkasaïtes[18]. Pierre, présenté comme le véritable apôtre des gentils, en était toujours le héros ; Jacques y apparaissait comme le président invisible d’un cénacle rempli de l’esprit divin, séant à Jérusalem[19]. L’animosilé contre Paul y était sensible[20]. Comme les esséens et les elkasaïtes d’Orient, ceux de Rome tenaient à posséder une littérature secrète, réservée aux initiés. On employait les fraudes les plus grossières pour donner à ces produits tardifs de l’inspiration chrétienne une autorité qu’ils ne méritaient pas.

La rédaction la plus ancienne des Cérygmes de Pierre s’est perdue. Nous ne possédons que deux pièces, qui formaient en quelque sorte l’introduction de l’ouvrage[21]. La première est une lettre par laquelle Pierre adresse à Jacques, « maître et évêque de la sainte Église », le livre de ses Cérygmes, et le prie de ne le communiquer à aucun païen, ni même à aucun juif sans épreuve préalable. Il faut, dit Pierre, imiter l’admirable politique des juifs, qui, malgré les diversités d’interprétation auxquelles donne lieu l’Écriture, ont su garder l’unité de la foi et de l’espérance. Le livre des Cérygmes, mis indiscrètement en circulation, engendrerait des schismes. Pierre ajoute :


Ce n’est pas comme prophète que je sais cela, mais parce que je vois déjà le commencement du mal. Quelques-uns, en effet, de ceux qui sont d’origine païenne ont repoussé ma prédication, conforme à la Loi, et se sont attachés à l’enseignement, contraire à la Loi et frivole, de l’Homme ennemi[22]. De mon vivant, des gens ont osé essayer, par diverses interprétations, de fausser mes paroles dans le sens de la destruction de la Loi. À les entendre, ce serait là ma pensée, mais je n’aurais pas la franchise de le déclarer[23]. À Dieu ne plaise ! ce serait blasphémer la loi de Dieu proclamée par Moïse, et dont Notre-Seigneur a attesté la durée éternelle en disant : « Le ciel et la terre passeront ; mais pas un iota, pas un trait de la Loi ne passera. » Voilà la vérité ; mais il y a des gens qui se croient autorisés, je ne sais comment, à exposer ma pensée, et qui prétendent interpréter les discours qu’ils ont entendus de moi plus pertinemment que moi-même. Ils s’en vont présentant à leurs catéchumènes comme mon opinion vraie des choses auxquelles je n’ai jamais songé. Si de mon vivant de tels mensonges se produisent, que n’osera-t-on pas faire après ma mort ?


Jacques décide, en effet, qu’on ne communiquera le livre des Cérygmes qu’aux hommes mûrs et circoncis, aspirant au titre de docteur, qui auront été éprouvés au moins six ans. L’initiation se fera peu à peu, pour que, si les résultats d’une première expérience sont mauvais, on puisse s’arrêter. La communication doit se faire avec mystère, à l’endroit même où se confère le baptême, et avec les formules des promesses baptismales, selon le rit ossène ou elkasaïte. L’initié devra s’engager à être soumis à celui qui lui transmet les Cérygmes, à ne les transmettre à personne, à ne les copier, ni laisser copier. S’il arrive qu’un jour les livres qu’on lui donnera comme Cérygmes ne lui paraissent plus vrais, il les rendra à celui qui les lui aura donnés. Lorsqu’il partira pour des voyages, il les remettra « à son évêque, professant la même foi que lui, et partant des mêmes principes[24] ». En danger de mort, il fera de même, si ses fils ne sont pas encore capables de l’initiation ; quand ils en seront devenus dignes, l’évêque leur rendra les livres comme un dépôt paternel. Ce qu’il y a de plus singulier, c’est que le sectaire doit prévoir le cas où il changerait lui-même de religion et passerait au culte de quelque dieu inconnu. En ce cas, il faut qu’il jure[25] par son dieu éventuel et s’enlève même l’échappatoire de dire ensuite, pour établir la nullité de son serment, que ce dieu n’existait pas. « Si je manque à mes engagements, doit ajouter le néophyte, que l’univers me soit ennemi, ainsi que l’éther, qui pénètre tout, et le dieu qui est au-dessus de tout, le meilleur, le plus grand des êtres. Et si je viens à connaître quelque autre dieu, je jure aussi, par ce dieu, que je tiendrai les engagements que je viens de prendre, soit que le dieu existe, soit qu’il n’existe pas. » En signe de société secrète, l’initiateur et l’initié prenaient ensuite le pain et le sel.

Ces bizarreries de sectaires peu éclairés fussent restées sans conséquence ailleurs qu’à Rome ; mais tout ce qui se rapportait à Pierre prenait dans la capitale du monde des proportions considérables. Malgré ses hérésies, le livre des Cérygmes avait pour les orthodoxes un grand intérêt. La primauté de Pierre y était proclamée. Saint Paul y était injurié ; mais quelques retouches pouvaient atténuer ce que de pareilles attaques avaient de choquant. Aussi plusieurs essais furent-ils faits pour diminuer les singularités du livre nouveau et l’adapter aux besoins des catholiques. Ces façons de remanier les livres dans le sens de la secte dont on faisait partie étaient à l’ordre du jour[26]. Peu à peu la force des choses s’imposait ; tous les hommes sensés voyaient qu’il n’y avait de salut pour l’œuvre de Jésus que dans la parfaite réconciliation des deux chefs de la prédication chrétienne. Paul conserva longtemps encore des ennemis acharnés, les nazaréens ; il eut également des disciples exagérés, comme Marcion. En dehors de cette gauche et de cette droite obstinées, il se fit une fusion des masses modérées, qui, bien que devant leur christianisme à l’une des écoles et lui demeurant attachées, reconnurent pleinement le droit des autres à s’appeler chrétiens. Jacques, partisan d’un judaïsme absolu, fut sacrifié ; quoiqu’il eût été le vrai chef des chrétiens de la circoncision, on lui préféra Pierre, qui s’était montré beaucoup moins blessant pour les disciples de Paul. Jacques ne garda de partisans fougueux que parmi les judéo-chrétiens[27].

Il est difficile de dire qui gagna le plus à cette réconciliation. Les concessions vinrent surtout du côté de Paul ; tous les disciples de ce dernier admettaient Pierre sans difficulté, tandis que la plupart des chrétiens de Pierre repoussaient Paul. Mais les concessions viennent le plus souvent des forts. En réalité, chaque jour donnait la victoire à Paul. Chaque gentil qui se convertissait faisait pencher la balance de son côté. Hors de Syrie, les judéo-chrétiens étaient comme noyés par le flot des nouveaux convertis. Les Églises de Paul prospéraient ; elles avaient un bon sens, une sobriété d’esprit, des ressources pécuniaires que les autres n’avaient pas. Les Églises ébionites, au contraire, s’appauvrissaient tous les jours. L’argent des Églises de Paul passait à faire vivre des pauvres glorieux, incapables de rien gagner, mais qui possédaient la tradition vivante de l’esprit primitif. Ce qu’il y avait chez ces derniers de piété élevée, de sévérité de mœurs, les communautés de chrétiens d’origine païenne l’admiraient, l’imitaient, se l’assimilaient. Bientôt on arriva, pour les personnes les plus éminentes de l’Église de Rome, à ne plus pouvoir faire la distinction. L’esprit doux et conciliant, qui avait déjà été représenté par Clément Romain et saint Luc, prévalut. Le contrat de paix fut scellé. On convint, selon le système de l’auteur des Actes[28], que Pierre avait converti les prémices des gentils, que le premier il les avait déliés du joug de la Loi[29]. Il fut admis que Pierre et Paul avaient été les deux chefs, les deux fondateurs de l’Église de Rome. Pierre et Paul devinrent les deux moitiés d’un couple inséparable, deux luminaires comme le soleil et la lune. Ce que l’un a enseigné, l’autre l’a enseigné aussi : ils ont toujours été d’accord, ils ont combattu les mêmes ennemis, ont été tous deux victimes des perfidies de Simon le Magicien ; à Rome, ils ont vécu comme deux frères ; l’Église de Rome est leur œuvre commune[30] — La suprématie de cette Église fut de la sorte fondée pour des siècles[31].

Ainsi de la réconciliation des partis et de l’apaisement des luttes primitives sortit une grande unité, l’Église catholique, l’Église à la fois de Pierre et de Paul, étrangère aux rivalités qui avaient marqué le premier siècle du christianisme. C’étaient les Églises de Paul qui avaient montré le plus d’esprit de conciliation ; ce furent elles qui triomphèrent. Les ébionites obstinés restèrent dans le judaïsme et participèrent de son immobilité. — Rome fut le point où s’opéra cette grande transformation. Déjà la haute destinée chrétienne de cette ville extraordinaire s’écrivait en traits lumineux. La translation de la Pâque au jour de la résurrection, qui était en quelque sorte la proclamation de l’autonomie du christianisme, y était accomplie au moins dès le temps d’Adrien[32].

La fusion qui s’opérait entre les groupes s’opérait entre leurs écrits. On faisait l’échange des livres d’un bord à l’autre. Les écrits passaient de l’école judéo-chrétienne à l’école de Paul avec de légères modifications. Ce Cérygme de Pierre, si blessant dans sa première forme pour les disciples de Paul, devint le Cérygme de Pierre et Paul[33]. Pierre et Paul furent censés avoir voyagé de compagnie, navigué de conserve, prêché partout l’Évangile en parfaite concorde. L’Église de Corinthe, notamment, prétendit avoir été fondée à la fois par Pierre et par Paul[34]. Un assez gros embarras était ce personnage de Simon le Magicien, qui, dans les premières rédactions ébionites du Cérygme et des Périodes de Pierre, était Paul lui-même, désigné par un sobriquet injurieux. On conserva le nom de Simon dans le Cérygme de Pierre et Paul, en le ramenant à son sens propre. Comme le symbolisme du pamphlet ébionite n’était pas évident, Simon fut désormais le commun adversaire que Pierre et Paul avaient poursuivi ensemble, en se donnant la main.

La condition fondamentale du succès du christianisme est maintenant posée. Ni Pierre ni Paul ne pouvaient réussir séparément. Pierre était la conservation, Paul la révolution : les deux étaient nécessaires. On raconte en Bretagne que, quand saint Pierre et saint Paul vinrent prêcher le christianisme en Armorique, ils arrivèrent devant un bras de mer étroit et profond. Quoiqu’ils fussent d’accord sur les points essentiels, ils résolurent de s’établir l’un d’un côté, l’autre de l’autre, pour enseigner l’Évangile chacun à sa guise ; car il semble que, malgré leur intime confraternité, ils ne pouvaient bien vivre ensemble. Tous deux, selon l’habitude des saints de Bretagne, se mirent à bâtir leur chapelle. Ils avaient les matériaux de part et d’autre ; mais ils n’avaient qu’un marteau, si bien que, chaque soir, le saint qui avait travaillé dans la journée lançait le marteau à son compagnon par-dessus le bras de mer. Grâce au travail alternatif, résultant de cet arrangement, l’œuvre marcha bien et les deux chapelles qui se voient encore furent bâties.

C’était surtout la mort des deux apôtres qui préoccupait les partis et donnait lieu aux combinaisons les plus diverses. Le tissu de la légende se formait à cet égard par un travail instinctif, presque aussi impérieux que celui qui avait présidé à la confection de la légende de Jésus. La fin de la vie de Pierre et Paul était commandée a priori. On soutint que le Christ avait annoncé le martyre de Pierre, comme il avait prédit la mort des fils de Zébédée[35]. On éprouvait le besoin d’associer dans la mort les deux personnages qu’on avait réconciliés de force. On voulut, et peut-être en cela n’était-on pas loin du vrai, qu’ils fussent morts ensemble, ou du moins par suite du même événement. Les lieux qu’on crut avoir été sanctifiés par ce drame sanglant furent fixés de bonne heure et consacrés par des memoriæ[36]. En pareil cas, ce que le peuple veut finit toujours par l’emporter. Il n’y a pas de lieu populaire en Italie où ne se voient côte à côte les portraits de Victor-Emmanuel et de Pie IX, et la croyance générale veut que ces deux hommes, représentant des principes dont la réconciliation est, selon le sentiment le plus général, nécessaire à l’Italie, aient été au fond très-bien ensemble. Si, de notre temps, de pareilles vues s’imposaient à l’histoire, on lirait un jour, dans des documents réputés sérieux, que Victor-Emmanuel, Pie IX (on y joindrait probablement Garibaldi) se voyaient secrètement, s’entendaient, s’aimaient. L’association « Voltaire et Rousseau » s’est faite par des nécessités analogues. Le moyen âge, à diverses reprises, chercha également, pour apaiser les haines des dominicains et des franciscains, à prouver que les fondateurs de ces deux ordres avaient été deux frères, vivant entre eux dans les rapports les plus affectueux, que leurs règles n’en firent d’abord qu’une, que saint Dominique se ceignit de la corde de saint François, etc[37].

Le Cérygme de Pierre et de Paul eut d’autant plus d’importance qu’il comblait les fâcheuses lacunes que présentaient les Actes des apôtres. Dans ce dernier livre, la prédication de Pierre était fort écourtée et les circonstances de la mort des apôtres étaient passées sous silence[38]. Le succès était assuré à un livre qui montrait Pierre et Paul allant partout de compagnie pour convertir les gentils, venant à Rome, y prêchant et y trouvant tous les deux la couronne du martyre. La doctrine qu’ils enseignaient, à en croire ce livre, était également éloignée du judaïsme et de l’hellénisme[39]. Les juifs étaient traités par eux comme des ennemis de Jésus et des apôtres[40]. Pierre et Paul, à Rome, annonçaient aux enfants d’Israël la destruction de leur ville et un exil perpétuel de la Judée, parce qu’ils avaient trépigné de joie sur les épreuves du Fils de Dieu[41].

Il semble, au premier coup d’œil, qu’un ouvrage aussi capital aurait dû prendre place dans le canon, à la suite des Actes des apôtres. Mais la rédaction en était incohérente et incapable de contenter d’une manière durable l’ensemble de la communauté chrétienne. Les connaissances évangéliques de l’auteur étaient trop incomplètes. Il admettait les plus fortes naïvetés de l’Évangile des Hébreux. Jésus confessait ses péchés ; c’était sa mère Marie qui le forçait à recevoir le baptême ; au moment du baptême, l’eau paraissait couverte de feu[42]. Paul, dans ses discours aux gentils, citait comme des autorités, qui devaient les convaincre, la sibylle apocryphe des juifs d’Alexandrie et Hystaspe, prophète païen, qui annonçait la ligue des rois contre le Christ et les chrétiens, la patience des martyrs, l’apparition finale du Christ[43]. Enfin, contrairement aux assertions formelles de Paul, dans l’épître aux Galates, Pierre et Paul étaient censés se rencontrer pour la première fois à Rome[44]. D’autres opinions singulières firent bientôt condamner cette ancienne rédaction par les docteurs orthodoxes[45]. Le Cérygme de Pierre et de Paul n’eut parmi les écrits canoniques qu’une place mal assurée. Le roman de Pierre avait contracté dès l’origine une sorte de pli sectaire, qui devait l’empêcher d’entrer, même après correction, dans les cadres du dogme imposé[46].

Le récit de la mort des deux apôtres, comme le récit de leur prédication et de leurs voyages, fut ainsi livré au caprice, du moins pour la forme. Ce qui assure la fortune éternelle d’un texte narratif, la simplicité du style, quelque chose d’arrêté dans le contour, qui fait croire au lecteur que les choses n’ont pas pu se passer autrement, toutes ces qualités, qui constituent la beauté des Évangiles et des Actes canoniques, manquèrent à la légende de la mort de Pierre et de Paul. Il en exista des rédactions anciennes qui ont disparu, mais qui ne différaient pas essentiellement de celles qui nous ont été conservées[47] et qui ont fixé la tradition sur ce sujet important. Le travail de la légende fut riche et rapide. Rome et tous ses environs, surtout la Voie d’Ostie, furent comme remplis des souvenirs qu’on prétendait se rapporter aux derniers jours des deux apôtres. Une foule de circonstances touchantes, la fuite de Pierre, la vision de Jésus portant sa croix, l’iterum crucifigi, le dernier adieu de Pierre et de Paul, la rencontre de Pierre et de sa femme, Paul aux eaux Salviennes, Plautilla envoyant le mouchoir qui retenait ses cheveux pour bander les yeux de Paul, tout cela fit un bel ensemble, auquel il ne manqua qu’un rédacteur à la fois habile et naïf. Il était trop tard : la veine de la première littérature chrétienne était épuisée ; la sérénité du narrateur des Actes était perdue ; le ton ne s’élevait plus au-dessus du conte et du roman. On ne sut pas choisir entre une foule de rédactions également apocryphes ; en vain chercha-t-on à couvrir ces faibles récits des noms les plus vénérés (Pseudo-Linus, Pseudo-Marcel[48]) ; la légende romaine de Pierre et Paul resta toujours à l’état sporadique. Elle fut plus racontée par les guides pieux que sérieusement lue. Ce fut une affaire toute locale ; aucun texte ne se vit consacré pour la lecture dans les églises et ne fit autorité[49].

La veine créatrice en fait de littérature évangélique s’affaiblissait aussi chaque jour ; elle n’était pourtant pas absolument tarie. L’Évangile des nazaréens, ou des Hébreux, ou des ébionites, se diversifiait en presque autant de textes qu’il y avait de manuscrits[50]. L’Égypte en tirait son « Évangile des Égyptiens[51] », où l’exaltation d’une chasteté maladive confinait de si près à l’immoralité. Une combinaison qui eut longtemps un très-grand succès fut l’Évangile de Pierre[52], composé probablement à Rome. Justin et l’auteur du roman pseudo-clémentin paraissent en avoir fait usage. Il différait peu de l’Évangile ébionite, et présentait déjà cette préoccupation de Marie qui est le trait des apocryphes. On réfléchissait de plus en plus au rôle qui convenait à la mère de Jésus ; on cherchait à la rattacher à la race de David ; on créait autour de son berceau des merveilles analogues à celles qui se produisirent lors de la naissance de Jean-Baptiste. Un livre, qui plus tard fut chargé d’absurdités par les gnostiques, mais qui ne sortait peut-être pas, lorsqu’il parut, de la note moyenne de l’Église catholique, la Genna Marias[53], peu différent de l’écrit qu’on appelle Protévangile de Jacques, satisfaisait à ces besoins de l’imagination. La légende se matérialisait tous les jours. On se préoccupait du témoignage de la sage-femme qui assista Marie et attesta sa virginité[54]. Il ne suffisait plus que Jésus fût né dans une étable ; on voulait, selon certaines idées juives, qui se retrouvent dans la légende agadique d’Abraham[55], qu’il fût né dans une caverne[56]. On cherchait à faire servir à quelque chose le voyage en Égypte, et, comme l’Égypte était le pays où les idoles étaient le plus multipliées, on supposa que la vue seule de l’enfant exilé suffit pour faire tomber la face contre terre toutes les statues profanes[57]. On savait avec précision le métier qu’exerça Jésus ; il faisait des charrues, des attelages[58]. On prétendait connaître le nom de l’hémorrhoïsse guérie (Bérénice ou Véronique), et on montrait les statues que, dans sa reconnaissance, elle avait élevées à Jésus[59].

Le désir de trouver des arguments que les païens ne pussent récuser[60] produisit quelques fraudes pieuses, dont le succès fut rapide dans le monde peu difficile qu’il s’agissait de frapper. La sibylle monothéiste d’Alexandrie, qui depuis des siècles ne cessait d’annoncer la ruine de l’idolâtrie, se faisait de plus en plus chrétienne[61]. L’autorité qu’on lui accordait était de premier ordre. Sans cesse les anciennes collections sibyllines se grossissaient d’additions, où l’on ne se donnait aucune peine pour sauver la vraisemblance. Les païens s’indignaient de ce qu’ils considéraient comme des interpolations de vieux livres respectables. Les chrétiens leur répondaient avec plus de malice que de justesse : « Montrez-nous de vieux exemplaires où ces passages ne se trouvent

pas[62] » Les gens d’esprit se moquaient également des sibylles païennes et chrétiennes et les parodiaient avec esprit[63], si bien qu’Origène, par exemple, ne se sert jamais de ces arguments dépréciés.

On joignait à ces oracles ceux d’un certain Hystaspe, sous le nom duquel couraient chez les païens de prétendus livres sur les mystères de la Chaldée[64]. On lui faisait annoncer le Christ, les catastrophes apocalyptiques, la fin du monde par le feu, avec une assurance qui supposait chez ceux à qui l’on s’adressait une extrême crédulité[65].

Vers le même temps, purent être fabriquées les pièces supposées officielles de l’administration de Ponce Pilate, relatives à Jésus. C’était une grande force, dans la controverse avec les païens et avec les juifs, que de pouvoir faire appel à de prétendus rapports contenus dans les archives de l’État. Telle fut l’origine de ces Actes de Pilate[66], qu’allèguent déjà saint Justin[67], les quartodécimans[68], Tertullien[69], et qui eurent assez d’importance pour que l’empereur Maximin II, au commencement du ive siècle, regardât comme un acte de bonne guerre de les contrefaire pour déverser sur les chrétiens le ridicule et le mépris[70]. Du moment qu’on admettait que Tibère avait été averti officiellement de la mort de Jésus, il était naturel de supposer que cette notification fût suivie d’effet. De là, l’opinion répandue que Tibère avait proposé au Sénat de mettre Jésus-Christ au rang des dieux[71].

Rome, on le voit, continuait d’être le centre d’un mouvement extraordinaire. Les hérétiques de toute sorte s’y donnaient rendez-vous, et venaient s’y faire anathématiser[72]. Le centre d’une future orthodoxie catholique était évidemment là. Pius[73] avait succédé à Hygin, et mettait la même fermeté que son prédécesseur à défendre la pureté de la foi. Pius est déjà un évêque dans le sens propre du mot. Valentin et Cerdon, quoique condamnés par Hygin, étaient toujours à Rome, cherchant à regagner le terrain qu’ils avaient perdu, se rétractant par moments, reçus à pénitence, puis revenant à leurs rêveries et continuant d’avoir des partisans. Ils finirent par être excommuniés sans retour[74]. Valentin, à ce qu’il semble, se retira dans l’île de Chypre[75]. On ignore la fin de Cerdon. Le nom de ce dernier serait resté inconnu, s’il n’eut laissé un disciple qui le surpassa beaucoup en force d’esprit, en activité, et qui devint pour l’Église, vers le milieu du iie siècle, le plus grave des embarras qu’elle eût jusque-là rencontrés.

  1. Irénée, III, iv, 3 ; Eusèbe, Chron., 3e ann. d’Ant. ; Tertullien, Præscr., 30 (cf. In Val., 4) ; Épiphane, xxxi, 7.
  2. Irénée, I, xxvii, 1, 2 ; III, iv, 3 ; Philosoph., VII, 10, 37 ; X, 19 ; Tertullien, In Marc., I, 2 ; Præscr., 50 ; saint Cyprien, Epist., 74 ; Eus., H. E., IV, 11 ; Chron., à l’année 140 ; Chron. d’Alex., à l’an 139 ; Épiph., hær. xli ; Théodoret, I, c. xxiv ; Philastre, c. xliv, xlv ; Pseudo-Aug., hær. 22 ; Pseudo-Tert., 16.
  3. Philosoph., VII, 39 ; Tertull., Præscr., 51 ; De resurr., 2 ; Épiph., hær. xliii, 1 ; Orig., Contre Celse, II, 17.
  4. Épiphane, xxx, 18, compte Rome et l’Asie parmi les lieux où intrigua Ébion, quoique le point de départ de ce mauvais génie fût la région au delà du Jourdain et de la mer Morte.
  5. Contestatio Jacobi, 2, 4, en tête des Homélies pseudo-clém. Cf. Hom. xiv, 1, 3. Comp. Épiph., hérésie des ébionites, xxx, ch. 17 ; hérésie des ossènes, xix, ch. 1.
  6. Cf. les Apôtres, p. 266 et suiv. ; Saint Paul, p. 291 et suiv. Voir Homélie ii, 17, 22 et suiv. ; xvi, 15, 16 ; xvii, 17, 18, 19 (cf. Gal., ii, 11). Il est hors de doute que Simon de Gitton a été un personnage réel et qu’il figure souvent pour son compte dans le roman pseudo-clémentin, tel que nous l’avons ; mais les passages précités ne peuvent convenir uniquement à Simon de Gitton.
  7. Matth., xiii, 24 et suiv. Cf. Saint Paul, p. 305. Épiphane, hær. xxx, 16, semble supposer des écrits ébionites où Paul était nommé par son nom.
  8. Recogn., II, 65. Comparez aussi II Cor., xi, 14, à Recogn., II, 18 ; le σκεῦος ἐκλογῆς de Recogn., III, 49, à Act., ix, 15, etc. Notez aussi Acta Petri et Pauli, §§ 63-66.
  9. Homélies xvi, xvii, xviii.
  10. Homél. xx, 12-23.
  11. Voir les Apôtres, p. 275, note 1.
  12. Acta Petri et Pauli, 70-77 ; Constit. apost., VI, 9 ; Pseudo-Hégésippe, III, 2.
  13. V. l’Antechrist, p. 419-420.
  14. Κήρυγμα Πέτρου et Πέτρου περίοδοι. Cf. Lettre de Clément à Jacques, en tête des Homélies et des Recogn., § 20 ; lettre de Pierre à Jacques et la Contestatio (en tête des Homélies). Comp. Recogn., I, 17 ; III, 74, 75 ; V, 36 ; Homélies, i, 20.
  15. Le Cérygme répondait aux trois premiers livres des Récognitions.
  16. Comp. Recogn., IV, init. et la suite. L’histoire des dernières transformations des deux premières parties de la légende de Pierre et la façon dont elles ont pris la forme d’un roman, attribué à Clément, seront exposées dans notre livre VII.
  17. Pseudo-Abdias I, 6 ; Pseudo-Marcel, dans Fabr., Codex apocr., p. 632 et suiv. Cf. Eusèbe, H. E., II, 1 et 13 ; III, 3 ; Constit. apost., VI, 7-9 ; Photius, cod. cxii-cxiii.
  18. Épiph., xxx, 15.
  19. Il ne faut tirer de là aucune conséquence pour la date de ces livres. Même après Adrien, et quand l’Église judéo-chrétienne de Jérusalem n’exista plus, on put présenter un tel tableau comme un idéal qui avait été réalisé dans l’âge apostolique.
  20. Voir surtout Épître de Pierre à Jacques, en tête des Homélies pseudo-clém., ch. 2. Cf. Recogn., I, 70, 71, 73 ; IV, 35 ; Homél. xi, 35. On montrera, au livre VII de cet ouvrage, que les Homélies et les Recognitiones sont un remaniement des Cérygmes et des Periodi primitifs.
  21. Ces deux pièces ont été conservées en tête du roman des Reconnaissances, écrit postérieurement (voir notre livre VII). Photius (cod, cxii-cxiii) a déjà bien vu qu’elles ne font pas partie de l’écrit pseudo-clémentin.
  22. Τινὲς γὰρ τῶν ἀπὸ ἐθνῶν τὸ δι’ ἐμοῦ νόμιμον ἀπεδοκίμασαν κήρυγμα, τοῦ ἐχθροῦ ἀνθρώπου ἄνομόν τινα καὶ φλυαρώδη προσηκάμενοι διδασκαλίαν. Epist. Petri ad Jac., 2.
  23. Allusion à l’affaire d’Antioche. Voir Saint Paul, p. 295 et suiv.
  24. Τῷ ἐπισκόπῳ μου τῷ τὴν αὐτὴν ἔχοντι πίστιν καὶ ἀπὸ τῶν αὐτῶν ὁρμωμένῳ. Contestatio Jacobi, 3.
  25. Ibidem., 4. Comp. 1, 2. Le chrétien ossène ne jure pas ; il prend seulement la création à témoin ; mais, s’il passait au culte d’un autre dieu, il pourrait jurer. Comparez les réserves qu’on faisait pour les dieux inconnus. Saint Paul, 173 et suiv.
  26. Contestatio Jac., 5.
  27. Epiph., hær. xxx, 16.
  28. Act., x, xv, 7.
  29. Act., xv, 7 et suiv.
  30. Acta Petri et Pauli, 5, 22, 26, 60, 72. Cf. II Petri, ii, 9.
  31. Irénée, III, iii, 2.
  32. Irénée, dans Eus., H. E., V, xxiv, 14.
  33. Le livre est perdu. M. Hilgenfeld (Nov. test. extra Can. rec., IV, p. 52 et suiv.) a recueilli les mentions qui en sont faites par Clément d’Alexandrie, Origène, l’auteur du Sermon sur la réitération du baptême, Lactance, Grégoire de Nazianze, Jean Damascène, Œcumenius. Héracléon, Apollonius, l’auteur de l’épître à Diognète, Denys de Corinthe s’en servent déjà. C’est probablement de ce Cérygme que parlent Eusèbe, H. E., III, iii, 2, et saint Jérôme, De viris ill., 1.
  34. Denys de Corinthe, dans Eus., H. E., II, xxv, 8.
  35. Jean, xii, 32-33 ; xiii, 36 ; xxi, 48-49 ; Comp. Matth., xx, 22-23 ; Marc, x, 38-39.
  36. L’Antechrist, p. 182 et suiv.
  37. Dante, Parad., xi, 28 et suiv. ; Wadding, Ann., I, 253-290 et suiv. ; III, p. 380 et suiv. ; Acta SS. Maii, II, 827 et suiv. ; Aug., I, 412, 484 et suiv., 560, 576 ; Oct., II, 865 et suiv., 876 et suiv.
  38. Canon de Muratori, lignes 33 et suiv.
  39. Fragm., dans Hilgenfeld, IV, p. 58-59.
  40. Fragment dans Hilgenfeld, p. 59.
  41. Ibid., p. 60.
  42. Ibid.
  43. Ibid.
  44. Sermon, dans saint Cyprien, Rigault, p. 439, en remarquant bien que les mots post conlationem Evangelii in Hierusalem et mutuam altercationem et rerum agendarum dispositionem sont une réflexion, une parenthèse de l’auteur du sermon.
  45. Origène, De princ., I, præf., 8 ; l’auteur du Sermon sur la réitération du baptême, à la suite des Œuvres de saint Cyprien, édit. Rigault, p. 139 ; Eusèbe et saint Jérôme, l. c.
  46. Stichom. du Codex Claromont., de Nicéphore, la Synopse, index d’Anastase le Sinaïte (Credner, p. 241, 244, 249} ; Clém. d’Alex., Strom., VII, xi, 63 ; Origène, De princ., I, ii, 3 ; In Joh., tom. XX, 12 ; Eusèbe, H. E., III, iii, 2, 5 ; xxv, 4 ; saint Jérôme, De vir. ill., 1 ; décret de Gélase, vi, 5 ; Isid. de Péluse, II, epist 99 ; Nicéphore Calliste, dans Credner, p. 256.
  47. Acta Petri et Pauli, dans Thilo, Acta SS. apost. Petri et Pauli (Halle, 1837, 1838) ; Tischendorf, Act. apost. apocr., p. 1 et suiv. Les différences des deux textes ne sont pas aussi considérables qu’on a voulu le croire. Baur, Paulus, I p. 260-261, 2e édit. Τοῦ νόμου est sûrement une faute. Cf. Tischendorf, p, 26. Voir Eusèbe, H. E., III, iii, 2 ; Origène, In Joh., t. XX, 12, De principiis, I, ii, 3.
  48. Dans Fabricius, Cod. apocr. N. T., t. 1, p. 775 et suiv., 778 ; III, 626, 632-633 ; Biblioth. max. Patrum (Lugd.), II, 67 et suiv. (1687) ; édit. de Paris, 1644, t. VII, p. 151. Pour les monuments figurés, voir de Rossi, Bullettino, 1867, p. 71.
  49. Cf. saint Cyrille de Jér., Catéch., vi.
  50. L’impossibilité de dire au juste de quels Évangiles se servait Justin en est la meilleure preuve.
  51. Hilg., Nov. Test. extra can. rec., IV, 43-49. Cf. les Évangiles, p. 112, et ci-dessus, p. 185.
  52. Hilg., op. cit., 39-42. Cf. les Évangiles, ibid.
  53. Épiph., xxvi, 12. Justin et le rédacteur de l’épître des fidèles de Lyon et de Vienne semblent avoir connu cet ouvrage. V. ci-après, p. 508 et suiv.
  54. Clém. d’Alex., Strom., VII, 16. Cf. Protév. de Jacques, 19, 20 ; Pseudo-Matthieu, 13 ; Décret de Gélase, ch. vi.
  55. Beer, Leben Abrahams (Leipz., 1859), p. 2 et suiv. ; Nicolas, Evang. apocr., p. 54-55.
  56. Justin, Dial., 70 et 78 ; Origène, Contre Celse, I, 51 ; Eusèbe, Démonst. évang., III, 2 ; Vita Const., III, 40 ; Cf. Protévangile de Jacques, ch. 18 et suiv. ; Pseudo-Matthieu, 13, 14 ; Tischendorf, Evang. apocr., p. xxxviii ; Histoire de Joseph le charp., ch. 7 ; Évangile de l’enfance, ch. 2. Cette imagination fut universellement adoptée. Cf. Vogüé, Les églises de T. S., p. 50-51.
  57. Eusèbe, Demonst. évang., VI, 20 ; IX, 2 ; saint Athanase, De incarn. Verbi, Opp., t. I, p. 89 ; Sozom., V, 21 ; Thilo, Cod. apocr., p. xxxvii ; Tischendorf, Evang. apocr., p. l, note ; lii, note 2 et 3 ; Pseudo-Matthieu, ch. 23.
  58. Justin, Dial., 88 ; Évangile de Thomas, 13 ; Évangile de l’enf., 38, 39. Comp. Acta sancti Thomæ, 3.
  59. Eusèbe, H. E., VII, ch. 18 ; Macarius Magnès, dans Pitra, Spicil., I, p. 332-333 ; dans Blondel, p. 1 ; Malala, X, p. 237 Bonn ; Gesta Pilati A, ch. 7, dans quelques mss. ; Nicéphore, Antirrhet., p. 472 (Pitra) ; Jean Damascène, Opp., I, p. 368, Lequien. Sur la confusion de Bérénice et de Prunice, voyez ci-dessus, p. 172, note ; voir aussi Garrucci, Storia dell' arte crist., t. III, p. 9 (dichiar. delle tav., t. ii).
  60. La foi en la Sibylle était universelle, Spartien, Adrien, 2.
  61. Pasteur d’Hermas, Vis. ii, 4 ; Cérygme de Pierre, dans Clém. d’Alex., Strom., VI, 5 ; Justin, Apol. I, 20, 44 ; Clément d’Alexandrie, Tertullien, Lactance, fréquentes citations ; Pseudo-Justin, Cohort. ad Græc., 16, 37, 38 ; Tatien, 41 ; Athénagore, 30 ; Méliton, De veritate, Cur., p. 43, ; Quest. et resp. ad orthod., 74, à la suite de Justin ; Celse, dans Orig., Contre Celse, V, 61 ; VII, 53, 56 ; Théoph,., ad Autol., II, 3, 9, 31, 36, 38. Chez les gnostiques. Philos., V, 16.
  62. Origène, Contre Celse, V, 61 ; VII, 53, 56.
  63. Lucien, Peregr., 29, 30 ; Alex., 11.
  64. Ammien Marcellin, XXIII, vi, 32.
  65. Cérygme de Pierre, l. c. ; Justin, Apol. I, 20, 44 ; Lactance, Instit. div., VII, 15, 18.
  66. Nous possédons probablement cette pièce dans les Gesta Pilati qui forment la première partie de l’Évangile de Nicodème. On y retrouve, en effet, assez bien (préf. et ch. 1, 10, 11) les citations de Justin, de Tertullien, d’Épiphane. La christologie de ces Gesta reporte aussi au iie siècle. Cf. Tischendorf, Evang. apocr., p. liv et suiv., 203 et suiv. ; Apoc. apocr. lxi-lxiv ; Bleek, Einl., p. 321-323. Le tour du morceau aurait été changé. La forme de la pièce citée par Justin et Tertullien devait être celle d’un rapport. C’est ce qui a porté quelques critiques à retrouver la pièce lue par Justin et Tertullien dans l’Anaphora de Pilate, Tischendorf, Evang. apocr., p. 413 et suiv.
  67. Apol. I, 35, 48.
  68. Epiphane. i, 1. Cf. Jean Chrys., hom. vii in Pascha.
  69. Apolog., 21. Cf. Eus., H. E., I, 9, 11 ; II, 2 ; Chron., an 22 de Tibère ; Orose, VII, 4 ; Actes de saint Ignace, de saint Taraque, etc.
  70. Eusèbe, H. E., IX, 5, 7.
  71. Tertullien, Apol., 5 ; Orose, VII, 4. Comp. Lampride, Alex. Sév., 43.
  72. Cerdon, Marcion, Valentin, Marcelline. Irénée, I, xxv, 6 ; xxvii, 1 ; III, iv, 3. Notez les précautions contre les écrits hérétiques que décèle le Canon de Muratori, fragment d’un écrit, ce semble, romain.
  73. Ce nom se rattachait probablement au surnom de l’empereur Antoninus Pius.
  74. Voir notre livre VII.
  75. Épiph., hær. xxxi, 7; Philastre, c. 8.