L’Église chrétienne (Renan)/XXVII. Actes et apocalypses apocryphes

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Calmann Lévy (p. 520-540).


CHAPITRE XXVII.


ACTES ET APOCALYPSES APOCRYPHES.


La littérature des faux Actes suivit une ligne toute différente de celle des faux Évangiles. Les Actes des Apôtres, œuvre individuelle de Luc, n’avaient pas produit, comme le récit de la vie de Jésus, des diversités de rédactions parallèles. Tandis que les Évangiles canoniques servent de base aux amplifications des Évangiles apocryphes, les Actes apocryphes ont peu de liens avec les Actes de Luc. Les récits de la prédication et de la mort de Pierre et de Paul ne reçurent jamais une rédaction définitive[1] ; pseudo-Clément s’en fera un prétexte littéraire plutôt qu’un objet direct de narration[2]. L’histoire apostolique fut ainsi la trame d’un tissu romanesque, qui n’arriva jamais à une forme littéraire arrêtée[3], et qu’on ne cessa de remanier[4]. Une sorte de résumé de ces fables, empreint d’une forte couleur gnostique et manichéenne, parut sous le nom d’un prétendu Leucius ou Lucius, disciple des apôtres[5]. Les catholiques, qui regrettaient de ne pouvoir se servir de ce livre, cherchèrent à l’amender. Le dernier résultat de cette épuration successive fut la compilation faite, au ve ou vie siècle, sous le nom du faux Abdias.

Presque toujours ce furent des hérétiques qui composèrent ces sortes d’ouvrages[6] ; mais bientôt l’orthodoxie les adoptait, en leur faisant subir quelques corrections[7]. Ces hérétiques étaient gens très-pieux, en même temps que très-imaginatifs. Après qu’on les avait anathématisés, on trouvait leurs livres édifiants, et on s’efforçait de les approprier à la lecture pieuse. C’est ainsi que beaucoup de livres, beaucoup de saints, beaucoup de fêtes de l’Église orthodoxe sont de provenance hérétique. Le quatrième Évangile était à cet égard le plus frappant des exemples. Ce livre singulier faisait prodigieusement son chemin. On le lisait de plus en plus, et, à part certaines Églises d’Asie, qui connaissaient trop bien son origine[8], tous l’embrassaient avec admiration comme l’ouvrage de l’apôtre Jean[9].

Les faux Actes des apôtres n’ont pas plus d’originalité que les Évangiles apocryphes. Dans cet ordre, également, la fantaisie individuelle ne réussissait plus guère à s’imposer. On le vit bien dans ce qui concernait la légende de Paul. Un prêtre d’Asie, grand admirateur de l’apôtre, crut satisfaire sa piété en bâtissant un petit roman, plein de charme, où Paul convertissait une belle jeune fille d’Iconium nommée Thécla, se l’attachait par un attrait invincible et faisait d’elle une martyre de la virginité[10]. Le prêtre ne cacha pas bien son jeu ; on le questionna, on le mit au pied du mur, et il finit par avouer qu’il avait fait tout cela « par amour pour Paul » [11]. Le livre n’en eut pas moins beaucoup de succès, et ne fut banni du Canon qu’avec les autres écrits apocryphes, au ve ou au vie siècle[12].

Saint Thomas, l’apôtre préféré des gnostiques, plus tard des manichéens, inspira de même des Actes[13], où l’horreur de certaines sectes pour le mariage s’exprimait avec la plus grande énergie. Thomas arrive dans l’Inde pendant qu’on prépare les noces de la fille du roi. Il persuade si bien les fiancés des inconvénients du mariage, des mauvais sentiments que développe le fait d’avoir des enfants, des crimes qui sont la conséquence de l’esprit de famille et des ennuis du ménage, qu’ils passent la nuit assis l’un à côté de l’autre. Le lendemain, leurs parents s’étonnent de les trouver ainsi, pleins d’une douce gaieté, sans aucun des troubles ordinaires en pareille circonstance. Les jeunes époux leur expliquent que la pudeur n’a plus de sens pour eux, puisque la cause en a disparu[14]. Ils ont échangé les noces passagères contre les joies d’un paradis sans fin. Les étranges hallucinations auxquelles donnaient lieu ces erreurs morales, sont peintes avec vivacité dans tout le livre[15]. La première esquisse d’un enfer chrétien, avec ses catégories de supplices, s’y trouve tracée[16]. Ce singulier écrit, qui fit partie de certaines bibles[17], rappelle la théologie du roman pseudo-clémentin et celle des elkasaïtes. Le Saint-Esprit y est, comme chez les nazaréens, un principe féminin, « la mère miséricordieuse » [18]. L’eau représente l’élément purificateur de l’âme et du corps ; l’onction d’huile y est le sceau du baptême, comme chez les gnostiques[19]. Le signe de la croix a déjà toutes ses vertus surnaturelles et en quelque sorte magiques.

Les Actes de saint Philippe ont aussi une couleur théosophique et gnostique très-prononcée[20]. Ceux d’André furent une des parties de la compilation du prétendu Leucius qui mérita le plus d’anathèmes[21]. L’Église orthodoxe resta d’abord étrangère à ces fables ; puis elle les adopta, au moins pour l’usage populaire. L’iconographie, surtout, y trouva, comme dans les Évangiles apocryphes, un ample répertoire de sujets et de symboles. Presque tous les attributs qui ont servi aux imagiers à distinguer les apôtres viennent des Actes apocryphes[22].

La forme apocalyptique servait aussi à exprimer ce qu’il y avait dans les sectes chrétiennes hétérodoxes d’insubordonné, d’indiscipliné, d’inassouvi. Une Ascension ou Anabaticon de Paul, exposé des mystères que Paul était censé avoir vus dans son extase[23], eut de la vogue. Une Apocalypse d’Élie[24] fut assez répandue. C’était surtout chez les gnostiques que les apocalypses, sous les noms d’apôtres et de prophètes, pullulaient. Les fidèles étaient en garde, et l’Église moyenne, celle qui craignait à la fois les excès gnostiques et les excès piétistes, n’admettait que deux apocalypses, celle de Jean et celle de Pierre[25]. Il circula néanmoins des écrits du même genre attribués à Joseph, à Moïse, à Abraham, à Habacuc, à Sophonie, à Ézéchiel, à Daniel, à Zacharie, père de Jean[26]. Deux zélés chrétiens, préoccupés de la substitution d’un monde nouveau au monde antique, exaltés par les persécutions, avides, comme tous les faiseurs d’apocalypses, des mauvaises nouvelles qui venaient des quatre coins de l’horizon, reprirent le manteau d’Esdras, et écrivirent sous ce nom révéré des pages nouvelles qui se joignirent à celles que le pseudo-Esdras de 97 avait déjà fait accepter[27]. On a pensé aussi que les livres apocalyptiques attribués à Hénoch reçurent, au iie siècle, des additions chrétiennes[28]. Mais cela nous paraît peu probable ; ces livres d’Hénoch, autrefois si goûtés et que probablement Jésus lut avec enthousiasme, étaient tombés, au temps où nous sommes, dans un universel discrédit[29].

Les gnostiques montraient également des psaumes[30], des morceaux de prophètes apocryphes, des révélations, sous le nom d’Adam, de Seth, de Noria, femme imaginaire de Noé, de récits de la Nativité de Marie, pleins d’inconvenances, de grandes et de petites Interrogations de Marie[31]. Leur Évangile d’Ève était un tissu d’équivoques chimères[32]. Leur Évangile de Philippe présentait un quiétisme dangereux, revêtu de formes empruntées aux rituels égyptiens[33]. L’Ascension ou Anabaticon d’Isaïe sortit de la même fabrique, au iiie siècle, et fut une vraie source d’hérésies. Les archontiques, les hiéracites, les messaliens en proviennent[34]. Comme l’auteur des Actes de Thomas, l’auteur de l’Ascension d’Isaïe est un des précurseurs de Dante, par la complaisance avec laquelle il s’étend sur la description du ciel et de l’enfer. Adopté par les sectes du moyen âge, cet ouvrage singulier devint le livre chéri des bogomiles de Thrace et des cathares de l’Occident[35].

Adam eut aussi ses révélations apocryphes. Un testament, adressé à Seth, apocalypse mystique empreinte d’idées zoroastriennes, circula sous son nom[36]. C’est un assez beau livre, qui rappelle beaucoup les Ieschts Sadés et le Sirouzé des Perses, et aussi par moments les livres des mendaïtes[37]. Adam y expose à Seth, d’après ses souvenirs du paradis et les indications de l’ange Uriel, les liturgies mystiques de jour et de nuit que célèbrent heure par heure devant l’Éternel toutes les créatures[38]. La première heure de la nuit est l’heure de l’adoration des démons ; pendant cette heure, ils cessent de nuire à l’homme. La deuxième heure est l’heure de l’adoration des poissons ; puis vient l’adoration des abîmes ; puis le trisagion des séraphins ; avant le péché, l’homme entendait à cette heure le battement cadencé de leurs ailes. À la cinquième heure de la nuit, a lieu l’adoration des eaux. Adam, à cette heure, entendait la prière des grandes vagues. Le milieu de la nuit est marqué par l’accumulation des nuées et par une grande terreur religieuse. Puis repos de la nature entière et sommeil des eaux. À cette heure, si l’on prend de l’eau et que le prêtre de Dieu y mêle de l’huile sainte et oigne de cette huile les malades qui ne dorment pas, ceux-ci sont guéris. Au moment de la rosée, a lieu l’hymne des herbes et des graines. À la dixième heure, à la première aube, c’est le tour des hommes. La porte du ciel s’ouvre, afin de laisser entrer les Prières de ce qui vit. Elles entrent, se prosternent devant le Trône, puis sortent. Tout ce qu’on demande au moment où les séraphins battent des ailes et où le coq chante, on est sûr de l’obtenir. Grande joie sur toute la terre, quand le soleil monte du paradis de Dieu sur la création. Puis une heure d’attente et de profond silence, jusqu’à ce que les prêtres aient placé des parfums devant Dieu.

À chaque heure du jour, les anges, les oiseaux, toutes les créatures se relèvent pareillement pour adorer l’Être suprême. À la septième heure, nouvelle cérémonie d’entrée et de sortie. Les Prières de tous les vivants entrent, se prosternent et sortent. À la dixième heure, a lieu l’inspection des eaux. Le Saint-Esprit descend, plane sur les eaux et les sources. Sans cela, en buvant l’eau, on subirait l’action malfaisante des démons. À cette heure encore, l’eau mêlée à l’huile guérit de toutes les maladies. Ce naturalisme, qui rappelle celui des elkasaïtes[39], fut atténué par l’Église catholique ; mais le principe n’en fut pas rejeté entièrement[40]. Les exorcismes de l’eau et des différents éléments, la division du jour en heures canoniques, l’emploi des huiles saintes, conservés par l’Église orthodoxe, ont leur point de départ dans des idées analogues à celles que l’Apocalypse adamite a complaisamment développées.

La sibylle chrétienne ne faisait plus guère que répéter sans les comprendre les oracles anciens, en particulier ceux de l’Apocalypse. Elle ne cessait pourtant pas de vaticiner[41] et d’annoncer la prochaine ruine de l’empire romain. L’idée favorite à cette époque était que le monde, avant de finir, serait gouverné par une femme[42]. La sympathie des anciens sibyllistes pour le judaïsme et Jérusalem s’est maintenant changée en haine[43] ; mais l’horreur pour la civilisation païenne est la même[44]. La domination de l’Italie sur le monde a été la plus funeste de toutes les dominations ; ce sera la dernière. La fin est proche. Le mal vient des riches et des grands, qui pillent les pauvres, Rome sera brûlée ; les loups et les renards demeureront dans ses ruines ; on verra si ses dieux d’airain la sauveront. Adrien, que le sibylliste de l’an 117 saluait avec tant d’espérance, a été un roi inique, avare, spoliateur du monde entier, tout occupé d’arts frivoles, un ennemi des vraies religions, l’instituteur sacrilège d’un culte infâme[45], un fauteur de la plus abominable idolâtrie.

Comme le sibylliste de 117, celui dont nous parlons veut qu’Adrien ne puisse avoir que trois successeurs[46]. Leur nom (Antonin) rappelle celui du Très-Haut (Adonaï). Le premier des trois régnera longtemps. Il s’agit évidemment d’Antonin le Pieux. Ce prince, en réalité si admirable, est traité de « misérable roi[47] », qui, par avarice toute pure, a dépouillé le monde et entassé à Rome des trésors que le terrible exilé, l’assassin de sa mère (Néron l’Antechrist), livrera en pillage aux peuples de l’Asie[48].


Oh ! comme tu pleureras alors, dépouillée de ton brillant laticlave et revêtue d’habits de deuil, ô reine orgueilleuse, fille du vieux Latinus ! Tu tomberas pour ne plus te relever. La gloire de tes légions aux aigles superbes disparaîtra. Où sera ta force ? quel peuple sera ton allié, parmi ceux que tu as asservis à tes folies ?


Tous les fléaux, guerres civiles, invasions, famines annoncent la revanche que Dieu prépare à ses élus. C’est surtout pour l’Italie que le juge se montrera sévère. L’Italie sera réduite en un tas de cendre noire, volcanique, mêlée de naphte et d’asphalte. L’Adès sera son partage. Là enfin régnera l’égalité pour tous ; il n’y aura plus d’esclave ni de maître, ni de rois, ni de chefs, ni d’avocats, ni de juges corrompus. Rome subira les maux qu’elle a faits aux autres ; ceux qu’elle a vaincus triompheront d’elle à leur tour. Cela se passera en l’année dont les chiffres additionnés répondent à la valeur numérique du nom de Rome, c’est-à-dire en l’an de Rome 948 (195 de J.-C).

L’auteur appelle ce jour de tous ses vœux. Il a des accents épiques pour célébrer Néron l’Antechrist, préparant dans l’ombre, au delà des mers, la ruine du monde romain. Les luttes de l’Antechrist et du Messie viendront ensuite. Les hommes, loin de s’améliorer, ne font que croître en malice. L’Antechrist est enfin vaincu et renfermé dans l’abîme. La résurrection et l’éternel bonheur des justes couronnent le cycle apocalyptique. En s’attachant aux initiales des vers qui expriment ces terribles images, l’œil distingue l’acrostiche ΙΗΣΟϒΣ ΧΡΕΙΣΤΟΣ ΘΕΟϒ ϒΙΟΣ ΣΩΤΗΡ ΣΤΑϒΡΟΣ[49]. Les lettres initiales des cinq premiers mots donnent à leur tour ΙΧΘϒΣ, « poisson », désignation sous laquelle les initiés s’habituèrent de bonne heure à reconnaître Jésus[50]. Comme on était persuadé que l’acrostiche était un des procédés que les vieilles sibylles avaient employés pour laisser deviner leurs sous-entendus[51], on était frappé d’étonnement de voir une révélation si claire du christianisme se dessiner aux marges d’un écrit qu’on croyait avoir été composé dans la sixième génération qui suivit le déluge. Il se fit de ce morceau singulier une ancienne traduction en vers latins barbares[52]. qui donna lieu à une autre fable. On prétendit que Cicéron avait trouvé le morceau érythréen si beau, qu’il l’avait traduit en vers latins, avant la naissance de Jésus-Christ[53].

Telles étaient les sombres images qui, sous le meilleur des souverains, assiégeaient des sectaires fanatiques. Il ne faut pas blâmer la police romaine d’avoir eu des moments de sévérité contre de pareils livres[54] ; maintenant puérils, ils étaient alors gros de menaces ; aucun État moderne n’en tolérerait de semblables. Les visionnaires ne rêvaient qu’incendies. L’idée d’un déluge de feu, opposé au déluge d’eau et distinct de la conflagration finale[55], était reçue par beaucoup d’entre eux. On parlait aussi d’un déluge de vent[56]. Ces chimères troublaient plus d’une tête, même en dehors du christianisme. Sous Marc-Aurèle, un imposteur voulut, en exploitant des terreurs du même genre, provoquer des désordres qui eussent amené le pillage de la ville[57]. Il n’est pas sain de répéter trop souvent : Judicare seculum per ignem. Le peuple est sujet à d’étranges hallucinations. Quand les scènes tragiques qu’il imagine tardent à venir, il prend parfois sur lui de les réaliser. À Paris, le peuple fit la Commune, parce que le cinquième acte du siège, qu’on lui avait promis, n’était pas venu.

L’Antechrist restait la grande préoccupation des faiseurs d’apocalypses[58]. Quoiqu’il fût évident que Néron était mort, son ombre hantait l’imagination chrétienne[59] ; on continuait d’annoncer son retour. Souvent cependant ce n’était plus Néron que l’on voyait derrière ce personnage fantastique : c’était Simon le Magicien.


De Sébaste[60] sortira Béliar[61], qui commande aux hautes montagnes, à la mer, au soleil flamboyant, à la lune brillante, aux morts eux-mêmes, et fera de nombreux signes devant les hommes. Ce n’est pas la droiture, c’est l’erreur qui sera en lui. Il égarera beaucoup de mortels, les uns Hébreux fidèles et élus[62], les autres appartenant à la race sans loi, qui n’a pas encore entendu parler de Dieu. Mais, lorsque s’accompliront les menaces du grand Dieu, et que l’embrasement roulera sur la terre à flots gonflés, le feu dévorera aussi Béliar et les hommes insolents qui ont mis leur foi en lui[63].


Nous avons été frappés, dans l’Apocalypse[64], de ce personnage mystérieux du Faux Prophète, thaumaturge séducteur des fidèles et des païens, allié à Néron, qui le suit chez les Parthes, doit reparaître et périr dans l’étang de soufre avec lui[65]. Nous fûmes portés à soupçonner que ce personnage symbolique désignait Simon le Magicien[66]. En voyant, dans l’Apocalypse sibylline, « Bélial de Sébaste » jouer un rôle presque identique, on se confirme dans cette hypothèse. Les rapports personnels de Néron et de Simon le Magicien ne sont peut-être pas aussi fabuleux qu’ils le paraissent. En tout cas, cette association des deux pires ennemis que le christianisme naissant ait rencontrés était bien conforme à l’esprit du temps et au goût de la poésie apocalyptique en général. Dans l’Ascension d’Isaïe, Béliar est Satan, et Satan s’incarne en quelque sorte dans un roi meurtrier de sa mère, qui régnera sur le monde pour y établir l’empire du mal[67]. L’auteur du roman pseudo-clémentin croit que Simon reparaîtra en Antechrist à la fin des temps[68]. Au iiie siècle, un trouble plus grand encore s’introduit dans cet ordre d’idées bizarres[69]. On reconnaît deux Antechrist, l’un pour l’Orient, l’autre pour l’Occident, Néron et Bélial. Plus tard, Néron finit par devenir, aux yeux des chrétiens, le Christ des juifs[70]. Les supputations des semaines de Daniel venaient compliquer ces chimères. Saint Hippolyte, du temps des Sévères, y est plongé tout entier[71]. Un certain Juda prouvait par Daniel que la fin du monde allait venir l’an 10 de Septime Sévère (de J.-C. 202-203)[72]. Chaque persécution paraissait une confirmation des sombres prophéties qui s’amoncelaient[73]. De toutes ces données confondues, le moyen âge tira le mythe grandiose qui resta, au milieu du christianisme transformé, comme un reste incompris du messianisme primitif.


FIN DE L’ÉGLISE CHRÉTIENNE.
  1. V. ci-dessus, p. 341 et suiv.
  2. V. livre VII.
  3. Anastase le Sinaïte, Nicéphore, la Synopse, dans Credner, p. 241, 244, 249-250 ; Nicéph. Calliste, ibid., p. 256.
  4. Voyez Fabricius, Thilo, Tischendorf, Acta apostolorum apocrypha (Lips., 1851). Cf. Apocalypses apocryphæ du même, p. 137 et suiv. ; W. Wright, Apocryphal Acts of the apostles (Londres, 1871), 2 vol.
  5. Photius, Cod. cxiv ; Epiph., li, 6 ; Pacien, Epist., i, 6 ; Philastre, hær. 88 ; Décret de Gélase ; Innocentii I Epist. iii ad Exup., 7 (Labbe, II, col. 1256) ; De fide contra manich., attribué à saint Augustin, 5, 38 ; saint Augustin, In Faust., XXII, 79 ; Acta cum Felice manich., II, 6 ; pseudo-Jérôme, De nativ. Virg. (Opp., IV, p. 340) ; Turribius, Ad Idac. et Cep., 5 (Migne, LIV, lat.) ; Thilo, I, p. xxix, civ ; Tisch., Acta, p. xl et suiv. ; Pseudo-Méliton, De transitu, init. ; Pseudo-Mellitus, dans Fabr., Cod. apocr. N. T., III, 604 ; Actes du 2e conc. de Nicée, act. v, Labbe, VII, p. 358 et suiv. Photius l’appelle Lucius Charinus. L’auteur de l’Évangile latin de Nicodème a fait de Lucius et Charinus les deux garants du récit de la descente aux enfers (ch. 1 et suiv.).
  6. Eusèbe. H. E., III, xxv, 6 ; Décret de Gélase ; Épiphane, hær. xlvii, 1 ; lxi, 1 ; lxiii, 2 ; Philastre, hær. 88 ; saint Augustin, De actis cum Fel. manich., II, 6 ; Contra adv. legis, I, 20 ; Photius, l. c. et cod. clxxix.
  7. Cf. Tischendorf, op. cit., p. x, xxi, xli ; pseudo-Mellitus, l. c ; pseudo-Méliton, De transitu, init. ; Synopse de pseudo-Ath., Credner, p. 249-250.
  8. Les aloges. V. ci-dessus, p. 54, note 1.
  9. Vers l’an 170, la présence du quatrième Évangile dans le Canon catholique ne fait plus l’objet d’un doute. V. Vie de Jésus p. lxiii-lxiv (13e édit. et suiv.)
  10. Tischendorf, p. xxi et suiv., 40 et suiv. Voyez l’étude de M. Le Blant sur ces Actes, dans l’Annuaire de l’Assoc. des études grecques, 1877.
  11. Convictum atque confessum id se amore Pauli fecisse. Tertullien, De baptismo, 17. Au ixe siècle, Anba Sévère, de Nestéraweh, faisant le panégyrique de saint Marc, suppose encore que ce saint lui est apparu pour lui révéler des particularités inconnues de sa vie (édit. Bargès, p. liii, 33 et suiv.).
  12. Saint Epiph., lxxix, 5 ; Saint Jérôme, De viris ill., 7, saint Ambroise, De virginibus, II, 3 ; Macarius Magnes, p. 6, Blondel ; Décret de Gélase, vi, 22 ; Anastase le Sinaïte, dans Credner, p. 241 ; cf. p. 256.
  13. Tischendorf, Acta, p. 190 et suiv. ; Apoc. apocr. p. 156 et suiv. ; Wright, Apocryphal Acts, p. 146 et suiv. Cf. Eusèbe, III, xxv, 6. Nous avons, ce semble, dans ces Actes le texte même de Leucius. V. Turribius, l. c. ; saint Augustin, Adv. Adimant. manich., 17 ; De serm. Domini in monte, I, 20 ; Credner, p. 244, 250. Pseudo-Abdias a tout ramené à la mesure orthodoxe. Il est remarquable que le nom du roi Γουνδάφορος se retrouve sur les monnaies des rois indo-scythes qui ont régné dans la vallée de l’Indus. Wilson, Ariana antiqua, p. 340 ; Prinsep, Note on… recent discoveries of Afghan., p. 103 ; Mém. de l’Acad. des inscr., XVIII, 2e partie, p. 94 et suiv. ; Zeitschrift für Num. de Sallet, VI, p. 213 et suiv.
  14. Τὸ ἔσοπτρον τῆς αἰσχύνης ἀπ’ ἐμοῦ ἀφηρῄται, καὶ οὐκέτι αἰσχύνομαι οὐδὲ αἰδοῦμαι, ἐπειδὴ τὸ ἔργον τῆς αἰσχύνης καὶ τῆς αἰδοῦς ἐξ ἐμοῦ μακρὰν ἀπέστη. Ch. 14. Cf. Pseudo-Abdias, ch. 3, 4.
  15. Ch. 40, 48 et suiv., 52.
  16. Ch. 52 et suiv.
  17. Stichométrie de Nicéphore et Synopse d’Athanase. Credner, p. 244, 250. Cf. p. 279, 280, 281, 290 (décret de Gélase).
  18. Ch. 27.
  19. Ch. 26, 27, 46. Cf. Turribius, l. c. (ci-dessus, p. 520, note 3).
  20. Tisch., Acta, p. xxxi et suiv., 75 et suiv. ; cf. Apoc. apocr. du même, p. 141 et suiv.
  21. V. ci-dessus, p. 520, note 3. Tischendorf, Acta, p. xl et suiv., 105 et suiv.
  22. Ainsi l’équerre et la règle de saint Thomas viennent de Acta Thomæ, §§ 17 et suiv.
  23. II Cor., xii, et suiv. ; Épiph., xxxviii, 2. Le passage de Denys d’Alexandrie, dans Eus., H. E., VII, 23, ne prouve rien ici. Cf. Tischendorf, Apoc. apocr., xiv et suiv., 34 et suiv. ; Samuel d’Ani, dans Journ. asiat., nov.-dec. 1853, p. 431 ; Dulaurier, Révél. de saint Barth., p. 30 et suiv.
  24. Origène, In Matth., 117, Opp., III, 916 ; Épiph., xlii, 11 (p. 372, Petau) ; saint Hippolyte, De Christo et Antichristo, 65 ; Anastase le Sinaïte et Nicéphore (Credner, p. 241, 244).
  25. Canon de Muratori, lignes 71-72. Cf. Tischendorf, Apocal. apocr., Leipzig, 1866.
  26. Canon d’Anastase le Sinaïte et Stichométrie de Nicéphore, p. 241, 243-244 (Credner). Cf. Tischendorf, Apoc. apocr., p. x, note, xxx, xxxiii ; Hilgenfeld, Barn. epist., edit. alt., p. xix.
  27. Ch. i-ii, xv-xvi de ce qu’on appelle le 4e livre d’Esdras latin. Ces deux derniers écrits paraissent être du iiie siècle. Dans le manuscrit d’Amiens, la distinction des trois parties du liber quartus est très-bien faite. Garnier, Cat. des miss. d’Amiens, n° 10 ; Bensly, The missing fragment, p. 6.
  28. Nous croyons que les livres d’Hénoch, dans leur totalité, et l’Assomption de Moïse sont, comme le psautier de Salomon et le livre des Jubilés, antérieurs au christianisme.
  29. Orig., Contre Celse, V, 54.
  30. Dernières lignes du fragment de Muratori, malheureusement très-obscures. Psaumes apocryphes de Salomon dans Pistis Sophia, publiés par Münter (1812), par Uhlemann, dans sa Chrestomathie, p. 103, dans l’édition de Schwartze, p. 131. Cf. Comptes rendus de l’Acad. des inscr., 1872, p. 347 et suiv. Beaucoup d’autres psaumes sont mis dans la bouche de Pistis Sophia.
  31. Épiph., xxvi, 1, 8, 12, 13, 17.
  32. Épiph., xxvi, 2, 3, 5.
  33. Épiph., xxvi, 13.
  34. Épiph., hær. xl, 2 ; lxvii, 3 ; Euthymius Zygabenus, dans Tollius, Insignia itin. ital., p. 106. Cf. Constit. apost., VI, 16 ; Origène, In Is., hom. i, Opp., p. 108 ; saint Jérôme, epist. 101 (33) ad Pamm., IV, 2e part., col. 254, Mart. ; Anastase le Sinaïte ; Cedrenus, p. 68 (Paris) ; Sixte de Sienne, Biblioth. sancta, II, p. 59, 3e édit.
  35. On le possède en latin du moyen âge et en éthiopien. Laurence, Oxford, 1819 ; Jolowicz, Leipzig, 1854 ; Dillmann, Leipzig, 1877 ; Migne (G. Brunet), Dict. des apocr., I, col. 647 et suiv. Quelques critiques distinguent l’Ascension et la Vision, et rapportent cette dernière au iie siècle.
  36. Conservé en syriaque et en arabe. Journ. asiat., nov.-déc. 1853 ; Migne, Dict. des apocr., I, 289 et suiv. Cf. le Syncelle, p. 10, et Cédrénus, p. 9 (Paris) ; Épiphane, xxvi, 8 ; Constitut. apost., VI, xvi ; décret de Gélase ; manuscrit du Fanar, Hilgenfeld, Barn. epist., edit. alt., p. xix, 6 ; Samuel d’Ani, Denys de Telmahar, Eutychius, El-Macin, etc., dans le Journal asiat., l. c. ; Wright, Contrib. to the apocr. liter. of New Test., p. 7, 24, 61-63 ; W. Meyer, Vita Adæ et Evæ, Munich, 1879. toute la partie relative aux heures de la nuit se retrouve presque mot pour mot dans les Prières des Falachas, publiées par M. Joseph Halévy (Paris, 1877), p. 7. Voir les Évangiles, p. 465.
  37. Journ. asiat., p. 436-437.
  38. Cf. The apostolical Constitutions in coptic, p. 80-88 (Londres, 1848). Comp. Constit. apost., VIII, 34 ; saint Hippolyte, Opp. édit. Fabricius, t. I, p. 255. Comparez surtout les ὥραι δοξολογίας de l’Apocalypse de Moïse, §§ 7, 17, Tisch., Apoc. apocr., p. xi. 4, 9.
  39. Voir les formules d’objurgation, Philosoph., IX, 15-16 ; Épiph., xix, 1.
  40. Comparez les passages précités des Constitutions apostoliques grecques et des Constitutions apostoliques coptes. Le texte copte présente une couleur gnostique prononcée.
  41. Le § 1 du livre VIII des oracles sibyllins a sûrement été composé entre la mort d’Adrien et la mort de Marc-Aurèle. Les vers 65 et suiv. s’expliquent pour le mieux sous Marc-Aurèle et Lucius Verus. Le § 3 du liv. III paraît du même temps, un peu antérieur.
  42. Carm. sib., III, 75 et suiv. Cf. VIII, 194, 199-202. Le passage original est celui du livre III. Cette femme est sans doute Rome (Apoc., xvii, xviii) ; elle est appelée veuve (Carm. sib., III, 77) par allusion au passage de l’Apocalypse, xviii, 7.
  43. Carm. sib., VI, 21 et suiv.
  44. Carm. sib., VIII, § 1.
  45. Celui d’Antinoüs.
  46. Carm. sib., VIII, 65 et suiv., 73 et suiv., 91 et suiv., 131 et suiv. Cf. III, 52 ; 388 et suiv. ; V, 49 et suiv.
  47. Οἰκτρότατος βασιλεύς.
  48. Carm. sib., VIII. 70 et suiv. ; 139 et suiv., 153 et suiv. ; cf. V, 51. Voir ci-dessus, p. 12 et suiv.
  49. Carm. sib., VIII, 217 et suiv. Cf. Cohort. ad Græc., 38 ; Lactance, Div. inst., IV, 15 ; VII, 16, 19, 20 ; Eusèbe. Disc. de Const., 18 ; saint Aug., De civ. Dei, XVIII, 23. C’est à tort qu’on a supposé ce morceau interpolé ou remanié. La Cohortatio ad Græcos, qui n’est pas de Justin, mais qui appartient au iie siècle, y fait allusion. Lactance (IV, 15) réunit les §§ 1 et 2 du livre VIII. Saint Augustin présente également l’acrostiche comme une particularité que présente un certain endroit du poëme. Notez les liaisons, δέ (vers 217), ὅν (vers 251). ΣΤΑϒΡΟΣ est omis par saint Augustin et est inutile à l’ΙΧΘϒΣ ; mais ὅν (vers 251) s’y rattache étroitement. L’orthographe ΧΡΕΙΣΤΟΣ était ordinaire (Irénée, I, xv, 2 ; voir, au contraire, Epiph., De num. myst., 5). L’épître prétendue de Barnabé offre déjà des jeux de ce genre (ch. 9).
  50. Comp. Clém. d’Alex., Pædag., III, xi, p. 106 ; Tertullien, De bapt., 1 ; Origène, In Matth., t. XIII, 10, Opp. III, p. 584 ; inscription d’Autun. Cf. de Rossi, dans Pitra, Spicil. Sol., II, p. 545 et suiv. ; Bull., 1870, nos 2 et 3, et pl. ; 1873, n° 3 et pl., F. Becker, Die Darstell. J. C. unter dem Bilde des Fisches ; 1866 et 1876 ; le Blant, Inscr., II, p. 312. V. Vie de Jésus, p. 315-316.
  51. Cicéron, De divinatione. II, 54 ; Denys d’Halicarnasse, IV, 62.
  52. Saint Augustin, l. c.
  53. Eusèbe, op. cit., ch. 19.
  54. V. ci-dessus, p. 299 et 378.
  55. Commodien, Carmen apol., 46.
  56. Josèphe, Ant., I, ii, 3 ; Méliton, De veritate (syr.), p. 50-51 (Cureton) ; IIe « épître de Clément, 16-17 (édition Bryenne) ; cf. pseudo-Justin, Quæst. ad orthod., resp. ad quæst. 74 ; Vartan Vartabed, Journ. asiat., févr.-mars 1867, p. 189 ; traditions syriennes et éthiopiennes, dans Cureton, Spicil. syr., p. 94-95. Cf. les Évanqiles, p. 170-171.
  57. Jules Capitolin, Marc-Aurèle, 13.
  58. Carm. sib., III, 63 et suiv. Cf. II, 167 et suiv.
  59. « Turris ubi umbra Neronis diu mansitavit » (près la porte du Peuple). Plan de Rome du xve siècle, dans Bullettino della comm. archeol. comunale di Roma, oct.-déc. 1877, p. 196-197.
  60. Sébaste était le nouveau nom de Samarie. Simon le Magicien était de Gitton, près de Samarie. Cf. Asc. d’Is., ii, 12.
  61. Pour Belial. Cf. Ascension d’Isaïe, l. c.
  62. Les expressions du vers III, 69, nous paraissent bien de la date où nous sommes ; ailleurs (Carm. sib., II, 169, 175), ces mêmes expressions nous semblent empruntées du troisième livre. Le rédacteur du second livre sibyllin (II, v. 167-168) a résumé en un seul vers tout ce passage sur « Bélial de Sébaste ».
  63. Carm. sib., III, 63-74. Cf. II, 167.
  64. V. l’Antechrist, p. 43-44, 414, 417 et suiv., 445.
  65. Ibid., p. 427, 445.
  66. Ibid., p. 43-44, 419-420. Cf. Homélies pseudo-clem., ii, 17.
  67. Asc. d’Isaïe, ch. IV.
  68. Homélies pseudo-clém., ii, 17.
  69. Commodien, Instructions et Carmen apologeticum (édit. Ludwig. Leipzig, 1878). Comp. saint Béat, Comment. sur l’Apoc., (édit. Florez, Madrid, 1770).
  70. Sulpice Sévère, Dial., ii, 16 ; cf. Chron., II, 48.
  71. Voir ses écrits sur l’Antechrist, p. 1 et suiv., 92 et suiv. (édit. Lagarde, Leipzig, 1858).
  72. Eusèbe, H. E., VI, 7.
  73. Eusèbe, Ibid.