L’Émigré/Lettre 138

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P. F. Fauche et compagnie (Tome IVp. 104-107).


LETTRE CXXXVIII.

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La Comtesse de Longueil
à
Melle Émilie de Wergentheim.


J’ai écrit, Mademoiselle, ainsi que mon cousin, à madame de Loewenstein, pour lui faire mon compliment de condoléance sur la perte qu’elle vient de faire ; elle doit être importunée des visites de cérémonie, et j’attendrai que le cours en soit fini, pour tenter de la voir. Ce n’est pas un compliment banal que j’ai à lui faire, et par cette raison je n’ai pas voulu être confondue avec les indifférens. Mon tendre attachement pour notre intéressante amie, fait que je me mets à sa place, et que je sens comme elle ; il en est de même de vous, Mademoiselle, et je crois que sans nous parler, nous savons ce que nous pensons, dans une circonstance plus triste qu’affligeante. Je ne crois pas qu’il y ait d’inconvénient à ce que mon cousin m’accompagne ; cependant je vous laisse maîtresse de décider de son voyage. Il est inutile que je vous dise combien il désire de voir la Comtesse, et toute la part qu’il prend à la perte qu’elle fait. Le comte de Longueil est bien fâché de ce que les circonstances actuelles ne lui permettent pas de rendre ses hommages à notre amie ; il attend impatiemment le moment de lui être présenté. Ce ne sera pas pour lui une nouvelle connaissance, ni pour elle, ni pour vous, Mademoiselle. Tout ce que nous lui avons dit des habitans de Lœwenstein et de vous ; tout ce que nous vous avons dit du Président, fait qu’il sera établi dans votre société, une heure après y avoir été présenté, comme s’il y était depuis long-temps admis. C’est ainsi que l’amitié embrassant tous les rapports des gens qu’on aime, étend son cercle par des adoptions qui lui donnent de nouveaux alimens.

Mais, je m’arrête, Mademoiselle, car on ne peut rien apprendre en amitié, à l’amie de la comtesse de Loewenstein. Je suis obligée de vous quitter pour une malheureuse Émigrée qui a besoin de moi. Adieu, Mademoiselle, je vous renouvelle avec un plaisir extrême, l’assurance de la tendre amitié que je vous ai consacrée pour ma vie.

Permettez qu’en faveur de l’ancienne connaissance, le comte de Longueil vous offre l’hommage de son profond respect.

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