L’Épervier d’Allah

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Œuvres de Jean LahorAlphonse Lemerre, éditeurL’Illusion (p. 206-207).

L’ÉPERVIER D’ALLAH


 
Ô mon âme, épervier d’Allah, d’un vol altier
Viens et monte, et planant sur l’univers entier,
Embrassant d’un regard toutes les créatures,
Les formes d’autrefois et les formes futures,
Ces apparitions, Ces visions d’un jour
Qui font trembler les cœurs de terreur ou d’amour,
Contemple l’océan des effets et des causes,
Et médite devant ce spectacle des choses.
Comme la mer qu’agite et que pousse le vent,
Vois-tu rouler au loin dans l’infini vivant
Les générations qui naissent et qui meurent ?
Parmi les bruits confus entends-tu ceux qui pleurent ?
Entends-tu se mêler les rires, les sanglots,
Pareils à la clameur monotone des flots ?
— Mortel, as-tu compris que tout n’est qu’apparence ?
En ton orgueil encor gardes-tu l’espérance
De remplir tous les temps futurs de ton néant ?
Pourtant plonge, ivre et fier, en ce gouffre béant,

Ainsi que l’épervier plongeant dans la tempête :
Car tout ce rêve une heure a passé dans ta tête,
Tu fus la goutte d’eau qui reflète les cieux,
Et l’univers entier est entré dans tes yeux :
Et bénis donc Allah, qui t’a pendant cette heure
Laissé, comme un oiseau, traverser sa demeure.