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L’Illusion/Dans l’Esterel

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Œuvres de Jean LahorAlphonse Lemerre, éditeurL’Illusion (p. 263).




DANS L'ESTEREL


 
C'était un clair matin d’avril : toutes les branches
Bruissaient au soleil, après le long hiver ;
Les Alpes dans l’azur dressaient leurs cimes blanches.
J’écoutais la Sirène éternelle, la mer.

Quand j’aperçus soudain, au-dessus de ma tête,
Marchant sur un talus qui bordait le chemin,
Un sordide vieillard, à l’allure de bête,
Sale, vil, repoussant, hideux débris humain.

Vers moi nonchalamment il tourna sa prunelle ;
Son corps se profilait sombre sur le ciel bleu :
Et des fils de Caïn la colère éternelle
En ses yeux tout à coup passa comme du feu.

Cet homme s’éloigna, m’ayant jeté sa haine ;
Et du regard longtemps je suivis soucieux
Cette apparition de la misère humaine :
— Ce vieillard en haillons me cachait tous les cieux !