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L’Éternité par les astres/I

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Germer-Baillière (p. 5-7).


I

L’UNIVERS. – L’INFINI.


L’univers est infini dans le temps et dans l’espace, éternel, sans bornes et indivisible. Tous les corps, animés et inanimés, solides, liquides et gazeux, sont reliés l’un à l’autre par les choses même qui les séparent. Tout se tient. Supprimât-on les astres, il resterait l’espace, absolument vide sans doute, mais ayant les trois dimensions, longueur, largeur et profondeur, espace indivisible et illimité.

Pascal a dit avec sa magnificence de langage : « L’univers est un cercle, dont le centre est partout et la circonférence nulle part. » Quelle image plus saisissante de l’infini ? Disons d’après lui, et en précisant encore : L’univers est une sphère dont le centre est partout et la surface nulle part.

Le voici devant nous, s’offrant à l’observation et au raisonnement. Des astres sans nombre brillent dans ses profondeurs. Supposons-nous à l’un de ces « centres de sphère », qui sont partout, et dont la surface n’est nulle part, et admettons un instant l’existence de cette surface, qui se trouve dès lors la limite du monde.

Cette limite sera-t-elle solide, liquide ou gazeuse ? Quelle que soit sa nature, elle devient aussitôt la prolongation de ce qu’elle borne ou prétend borner. Prenons qu’il n’existe sur ce point ni solide, ni liquide, ni gaz, pas même l’éther. Rien que l’espace, vide et noir. Cet espace n’en possède pas moins les trois dimensions, et il aura nécessairement pour limite, ce qui veut dire pour continuation, une nouvelle portion d’espace de même nature, et puis après, une autre, puis une autre encore, et ainsi de suite, indéfiniment.

L’infini ne peut se présenter à nous que sous l’aspect de l’indéfini. L’un conduit à l’autre par l’impossibilité manifeste de trouver ou même de concevoir une limitation à l’espace. Certes, l’univers infini est incompréhensible, mais l’univers limité est absurde. Cette certitude absolue de l’infinité du monde, jointe à son incompréhensibilité, constitue une des plus crispantes agaceries qui tourmentent l’esprit humain. Il existe, sans doute, quelque part, dans les globes errants, des cerveaux assez vigoureux pour comprendre l’énigme impénétrable au nôtre. Il faut que notre jalousie en fasse son deuil.

Cette énigme se pose la même pour l’infini dans le temps que pour l’infini dans l’espace. L’éternité du monde saisit l’intelligence plus vivement encore que son immensité. Si l’on ne peut consentir de bornes à l’univers, comment supporter la pensée de sa non-existence ? La matière n’est pas sortie du néant. Elle n’y rentrera point. Elle est éternelle, impérissable. Bien qu’en voie perpétuelle de transformation, elle ne peut ni diminuer, ni s’accroître d’un atome.

Infinie dans le temps, pourquoi ne le serait-elle pas dans l’étendue ? Les deux infinis sont inséparables. L’un implique l’autre à peine de contradiction et d’absurdité. La science n’a pas constaté encore une loi de solidarité entre l’espace et les globes qui le sillonnent. La chaleur, le mouvement, la lumière, l’électricité, sont une nécessité pour toute l’étendue. Les hommes compétents pensent qu’aucune de ses parties ne saurait demeurer veuve de ces grands foyers lumineux, par qui vivent les mondes. Notre opuscule repose en entier sur cette opinion, qui peuple de l’infinité des globes l’infinité de l’espace, et ne laisse nulle part un coin de ténèbres, de solitude et d’immobilité.