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L’Éternité par les astres/II

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Germer-Baillière (p. 8).


II

L’INDÉFINI.


On ne peut emprunter une idée, même bien faible, de l’infini qu’à l’indéfini, et cependant cette idée si faible revêt déjà des apparences formidables. Soixante-deux chiffres, occupant une longueur de 15 centimètres environ, donnent 20 octo-décillions de lieues, ou en termes plus habituels, des milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de fois le chemin du soleil à la terre.

Qu’on imagine encore une ligne de chiffres, allant d’ici au soleil, c’est-à-dire longue, non plus de 15 centimètres, mais de 37 millions de lieues. L’étendue qu’embrasse cette énumération n’est-elle pas effrayante ? Prenez maintenant cette étendue même pour unité dans un nouveau nombre que voici : La ligne de chiffres qui le composent part de la terre et aboutit à cette étoile là-bas, dont la lumière met plus de mille ans pour arriver jusqu’à nous, en faisant 75 000 lieues par seconde. Quelle distance sortirait d’un pareil calcul, si la langue trouvait des mots et du temps pour l’énoncer !

On peut ainsi prolonger l’indéfini à discrétion, sans dépasser les bornes de l’intelligence, mais aussi sans même entamer l’infini. Chaque parole fût-elle l’indication des plus effroyables éloignements, on parlerait des milliards de milliards de siècles, à un mot par seconde, pour n’exprimer en somme qu’une insignifiance dès qu’il s’agit de l’infini.