L’Étoile du sud/XIX

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Hetzel (p. 187-196).

XIX

la grotte merveilleuse.


C’était bien Templar que Cyprien vit devant lui, le lendemain matin, lorsqu’il se réveilla. L’entrevue fut des plus affectueuses. On aurait dit que le cheval avait presque autant de plaisir que le cavalier à retrouver son fidèle compagnon de voyage.

Cyprien se sentit assez fort, après déjeuner, pour se mettre en selle et partir immédiatement. En conséquence, Pharamond Barthès plaça tous les bagages sur la croupe de Templar, prit l’animal par la bride, et l’on se mit en route pour la capitale de Tonaïa.

Chemin faisant, Cyprien racontait à son ami, et plus en détail, les principaux incidents de l’expédition depuis son départ du Griqualand. Quand il fut arrivé à la dernière disparition de Matakit, dont il donna le signalement, Pharamond Barthès se mit à rire :

« Ah ! par exemple ! dit-il, voilà encore du nouveau, et je crois bien que je vais pouvoir te donner des nouvelles de ton voleur sinon de ton diamant !

— Que veux-tu dire ? demanda Cyprien, très surpris.

– Ceci, répliqua Pharamond Barthès, c’est que mes Bassoutos ont amené prisonnier, il y a à peine vingt-quatre heures, un jeune Cafre, errant dans le pays, et qu’ils ont livré, pieds et poings liés, à mon ami Tonaïa. Je crois bien que celui-ci, lui aurait fait un mauvais parti, car, il a grand peur des espions, et le Cafre, appartenant évidemment à une race ennemie de la sienne, ne pouvait être accusé que d’espionnage ! Mais jusqu’ici, on lui a laissé la vie sauve ! Par bonheur pour le pauvre diable, il s’est trouvé qu’il savait quelques tours de passe-passe et pouvait prétendre au rang de devin…

— Eh ! Je ne doute plus maintenant que ce ne soit Matakit ! s’écria Cyprien.

— Eh bien ! il peut se vanter de l’avoir échappée belle, répondit le chasseur ! Tonaïa a inventé pour ses ennemis toute une variété de supplices, qui ne laissent rien à désirer ! Mais, je te le répète, tu peux être sans inquiétude sur ton ancien serviteur ! Il est protégé par sa qualité de devin, et nous le retrouverons, ce soir même, en bonne santé ! »

Il est inutile d’insister sur ce point que cette nouvelle devait particulièrement satisfaire Cyprien. Très certainement son but était atteint, et il ne doutait pas que Matakit, s’il avait encore en sa possession le diamant de John Watkins, ne consentît à le rendre.

Les deux amis continuèrent à deviser ainsi, pendant toute la journée, en traversant la plaine que Cyprien avait parcourue à dos de girafe, quelques jours auparavant.

Le soir même, la capitale de Tonaïa se montra, à demi disposée en amphithéâtre sur une ondulation que formait l’horizon dans le nord. C’était une véritable ville de dix à quinze mille habitants, avec des rues bien tracées des cases spacieuses et presque élégantes, ayant l’aspect de la prospérité et de l’aisance. Le palais du roi, entouré de hautes palissades et gardé par des guerriers noirs, armés de lances, occupait à lui seul un quart de la superficie totale de la cité.

Pharamond Barthès n’eut qu’à se montrer pour que toutes les barrières s’abaissassent devant lui, et il fut immédiatement conduit avec Cyprien, à travers une série de vastes cours, jusqu’à la salle de cérémonie, où se tenait « l’invincible conquérant » au milieu d’une nombreuse assistance, à laquelle ne manquaient ni les officiers, ni les gardes.

Tonaïa pouvait avoir une quarantaine d’années. Il était grand et fort. Coiffé avec soin d’une sorte de diadème de dents de sanglier, son costume se composait pour le surplus d’une tunique rouge, sans manches, et d’un tablier de même couleur, richement brodé en perles de verre. Il portait aux bras et aux jambes de nombreux bracelets de cuivre. Sa physionomie était intelligente et fine, mais astucieuse et dure.

Il fit grand accueil à Pharamond Barthès, qu’il n’avait pas vu depuis quelques jours, et, par déférence, à Cyprien, l’ami de son fidèle allié.

« Les amis de nos amis sont nos amis, » dit-il comme l’eût fait un simple bourgeois du Marais.

Et, en apprenant que son nouvel hôte était souffrant, Tonaïa s’empressa de lui faire donner une des meilleures chambres de son palais et de lui faire servir un excellent souper.

Sur l’avis de Pharamond Barthès, on n’aborda pas tout de suite la question Matakit, qui fut réservée pour le lendemain.

Le jour suivant, en effet, Cyprien, décidément revenu à la santé, était en mesure de reparaître devant le roi. Toute la cour fut donc assemblée dans la grande salle du palais. Tonaïa et ses deux hôtes se tenaient au milieu du cercle. Aussitôt Pharamond Barthès aborda la négociation dans la langue du pays qu’il parlait assez couramment.

« Mes Bassoutos t’ont amené récemment un jeune Cafre qu’ils avaient fait prisonnier, dit-il au roi. Or, ce jeune Cafre se trouve être le serviteur de mon compagnon, le grand mage Cyprien Méré, qui vient demander à ta générosité de le lui rendre. C’est pourquoi, moi, son ami et le tien, j’ose appuyer sa juste requête. »

Dès les premiers mots, Tonaïa avait cru devoir prendre un air diplomatique.

« Le grand sage blanc est le bien venu ! répondit-il. Mais qu’offrait-il pour la rançon de mon prisonnier ?

— Un excellent fusil, dix fois dix cartouches et un sachet de perles de verre », répondit Pharamond Barthès.

Un murmure flatteur courut dans l’auditoire, vivement impressionné de la splendeur de cette offre. Seul, Tonaïa, toujours très diplomate, feignit de ne pas être ébloui.

« Tonaïa est un grand prince, reprit-il en se redressant sur son escabeau royal, et les Dieux le protègent ! Il y a un mois, ils lui ont envoyé Pharamond Barthès avec de braves guerriers et des fusils pour l’aider à vaincre ses adversaires ! C’est pourquoi, si Pharamond Barthès y tient, ce serviteur sera rendu sain et sauf à son maître !

— Et où est il en ce moment ? demanda le chasseur.

— Dans la grotte sacrée, où il est gardé nuit et jour ! » répondit Tonaïa avec cette emphase de circonstance, qui convenait à l’un des plus puissants souverains de la Cafrerie.

Pharamond Barthès se hâta de résumer ces réponses à Cyprien, et demanda au roi la faveur d’aller avec son compagnon chercher le prisonnier dans ladite grotte.

À ces mots, il se fit un murmure désapprobateur dans toute l’assemblée. La prétention de ces Européens paraissait exorbitante. Jamais, sous aucun prétexte, un étranger n’avait été admis dans cette grotte mystérieuse. Une tradition respectée déclarait que, le jour où les blancs en connaîtraient le secret, l’empire de Tonaïa tomberait en poussière.

Mais le roi n’aimait pas que sa cour se mêlât de préjuger aucune de ses décisions. Aussi, ce murmure l’amena-t-il, par un caprice de tyranneau, à accorder ce qu’il aurait très probablement refusé, sans cette explosion du sentiment général.

« Tonaïa a fait l’échange du sang avec son allié Pharamond Barthès, répondit-il d’un ton péremptoire, et il n’a plus rien à lui cacher ! Ton ami et toi, savez-vous garder un serment ? »

Pharamond Barthès fit un signe affirmatif.

« Eh bien ! reprit le roi nègre, jurez de ne toucher à rien de ce que vous verrez dans cette grotte !… Jurez de vous conduire en toute occasion, lorsque vous en serez sortis, comme si vous n’en aviez jamais connu l’existence !… Jurez de ne jamais chercher à y pénétrer de nouveau, ni même de tenter d’en reconnaître l’entrée !… Jurez enfin de ne jamais dire à personne ce que vous aurez vu ! »

Pharamond Barthès et Cyprien, la main étendue, répétèrent mot pour mot la formule du serment qui leur était imposé.

Aussitôt, Tonaïa ayant donné quelques ordres à voix basse, toute la cour se leva, et les guerriers se formèrent sur deux rangs. Quelques serviteurs apportèrent des pièces de fines toiles, qui servirent à bander les yeux des deux étrangers ; puis, le roi en personne se plaça entre eux au fond d’un grand palanquin de paille que quelques douzaines de Cafres chargèrent sur leurs épaules, et le cortège se mit en marche.

Le voyage fut assez long, — deux heures de route au moins. En se rendant compte de la nature des secousses qu’éprouvait le palanquin, Pharamond Barthès et Cyprien crurent bientôt reconnaître qu’ils étaient transportés dans un district montagneux.

Puis une grande fraîcheur de l’air et l’écho sonore des pas de l’escorte, répercuté par des murailles très rapprochées l’une de l’autre, indiquèrent qu’on avait pénétré dans un souterrain. Enfin, des bouffées de fumée résineuse, dont l’odeur leur arriva au visage, firent comprendre aux deux amis qu’on avait allumé des torches pour éclairer le cortège.

La marche dura pendant un quart d’heure encore ; après quoi le palanquin fut déposé à terre. Tonaïa en fit descendre ses hôtes et ordonna que les bandeaux leur fussent ôtés.

Sous le coup de cet éblouissement qui résulte d’un retour subit à la lumière, après une suspension prolongée des fonctions visuelles, Pharamond Barthès et Cyprien se crurent tout d’abord en proie à une sorte d’hallucination extatique, tant le spectacle qui s’offrit à leurs yeux était à la fois splendide et inattendu.

Tous deux se trouvaient au centre d’une grotte immense. Le sol en était couvert d’un sable fin tout pailleté d’or. Sa voûte, aussi haute que celle d’une cathédrale gothique, se perdait dans des profondeurs insondables au regard. Les parois de cette substruction naturelle étaient tapissées de stalactites, d’une variété de tons et d’une richesse inouïes, sur lequel le reflet des torches jetait des feux d’arc-en-ciel, mêlés à des embrasements de fournaises, à des radiations d’aurores boréales. Les couleurs les plus chatoyantes, les formes les plus bizarres, les tailles les plus imprévues, caractérisaient ces cristallisations innombrables. Ce n’étaient pas, comme dans la plupart des grottes, de simples arrangements de quartz en larmes, se reproduisant avec une uniformité pleine de monotonie. Ici la nature, donnant libre carrière à sa fantaisie, semblait s’être complu à épuiser toutes les combinaisons de teintes et d’effets, auxquelles se prête si merveilleusement la vitrification de ses richesses minérales.

Rochers d’améthyste, murailles de sardoine, banquises de rubis, aiguilles d’émeraude, colonnades de saphirs, profondes et élancées comme des forêts de sapins, icebergs d’aigues-marines, girandoles de turquoises, miroirs d’opales, affleurements de gypse rose et de lapis-lazuli aux veines d’or, — tout ce que le règne cristallin peut offrir de plus précieux, de plus rare, de plus limpide, de plus éblouissant, avait servi de matériaux à cette surprenante architecture. Bien plus encore, toutes les formes, même celles du règne végétal, semblaient avoir été mises à contribution dans ce travail en dehors des conceptions humaines. Des tapis de mousses minérales, aussi veloutées que le plus fin gazon, des arborisations cristallines, chargées de fleurs et de fruits de pierreries, rappelaient par places ces jardins féeriques que reproduisent avec tant de naïveté les enluminures japonaises. Plus loin, un lac artificiel, formé d’un diamant de vingt mètres de long, enchâssé dans le sable, semblait une arène toute prête pour les ébats des patineurs. Des palais aériens de calcédoine, des kiosques et des clochetons de béryl ou de topaze, s’entassaient d’étage en étage jusqu’au point où l’œil, lassé de tant de splendeurs, se refusait à les suivre. Enfin, la décomposition des rayons lumineux à travers ces milliers de
On avait allumé des torches. (Page 190.)

prismes, les feux d’artifices d’étincelles qui éclataient de toutes parts et retombaient en gerbe, constituaient la plus étonnante symphonie de lumière et de couleur dont le regard de l’homme pût être ébloui.

Cyprien Méré n’en doutait plus, maintenant. Il se trouvait transporté dans un de ces réservoirs mystérieux, dont il avait depuis si longtemps soupçonné l’existence, au fond desquels la nature avare a pu thésauriser et cristalliser en bloc ces gemmes précieuses qu’elle ne cède à l’homme, dans les placers les plus favorisés, que par débris isolés et fragmentaires. Un instant, tenté de mettre en doute la réalité de ce qu’il avait sous les yeux, il
C’était Matakit. (Page 194.)

lui avait suffi, en passant près d’un énorme banc de cristal, de l’avoir frotté avec la bague qu’il portait au doigt pour s’être assuré qu’il résistait à la rayure. C’était donc bien du diamant, du rubis, du saphir que renfermait cette immense crypte, et en masses si prodigieuses, que leur valeur, au prix que les hommes mettent à ces substances minérales, devait échapper à tout calcul !

Seuls, les nombres astronomiques auraient pu en donner une approximation, difficilement appréciable, d’ailleurs. En effet, il y avait là, enfouis sous la terre, ignorés et improductifs, pour des trillions et des quatrillions de milliards de valeur !

Tonaïa se doutait-il de la prodigieuse richesse qu’il avait ainsi à sa disposition ? c’est peu probable, car Pharamond Barthès, peu ferré en ces matières, ne paraissait pas lui-même soupçonner un seul instant que ces merveilleux cristaux fussent des pierres fines. Sans doute, le roi nègre se croyait simplement le maître et le gardien d’une grotte particulièrement curieuse, dont un oracle ou quelque autre superstition traditionnelle l’empêchait de livrer le secret.

Ce qui sembla confirmer cette opinion, c’est la remarque que fit bientôt Cyprien du grand nombre d’ossements humains, entassés par places dans certains coins de la caverne. Était-elle donc le lieu de sépulture de la tribu, ou bien, — supposition plus horrible et pourtant vraisemblable, — avait-elle servi, servait-elle encore à célébrer quelques affreux mystères dans lesquels on versait le sang humain, peut-être dans un intérêt de cannibalisme ?

C’était vers cette dernière opinion qu’inclinait Pharamond Barthès, et il le dit à voix basse à son ami.

« Tonaïa m’a pourtant affirmé que, depuis son avènement, jamais pareille cérémonie n’a eu lieu ! ajouta-t-il. Mais, je l’avoue, le spectacle de ces ossements ébranle singulièrement ma confiance ! »

Il en montrait un énorme tas, qui semblait récemment formé, et sur lesquels on voyait des marques évidentes de cuisson.

Cette impression ne devait être que trop pleinement confirmée, quelques instants plus tard.

Le roi et ses deux hôtes venaient d’arriver au fond de la grotte, devant l’ouverture d’un enfoncement comparable à une de ces chapelles latérales, qui sont ménagées sur les bas côtés des basiliques. Derrière la grille de bois de fer qui en fermait l’entrée, un prisonnier était enfermé dans une cage de bois, tout juste assez large pour lui permettre de s’y tenir accroupi, destiné, — ce n’était que trop visible, — à être engraissé pour quelque repas prochain.

C’était Matakit.

« Vous !… vous !… petit père ! s’écria l’infortuné Cafre, dès qu’il aperçut et reconnut Cyprien. Ah ! emmenez-moi !… Délivrez-moi !… J’aime encore mieux retourner en Griqualand, dussé-je y être pendu, que de rester dans cette cage à poulets, en attendant l’horrible supplice que le cruel Tonaïa me réserve avant de me dévorer ! »

Ceci fut dit d’une voix si lamentable que Cyprien se sentit tout ému en entendant le pauvre diable.

« Soit, Matakit ! lui répondit-il. Je puis obtenir ta liberté, mais tu ne sortiras de cette cage que lorsque tu auras restitué le diamant…

— Le diamant, petit père ! s’écria Matakit. Le diamant !… Je ne l’ai pas !… Je ne l’ai jamais eu !… Je vous le jure… Je vous le jure ! »

Il disait cela avec un tel accent de vérité que Cyprien comprit bien qu’il ne pouvait plus mettre sa probité en doute. On le sait, d’ailleurs, il avait toujours eu beaucoup de peine à croire que Matakit fût l’auteur d’un pareil vol.

« Mais alors, lui demanda-t-il, si ce n’est pas toi qui as volé ce diamant, pourquoi as-tu pris la fuite ?

— Pourquoi petit père ? répondit Matakit. Mais parce que, lorsque mes camarades ont eu subi l’épreuve de baguette, on a dit que le voleur ne pouvait être que moi, que j’avais agi de ruse pour dérouter les soupçons ! Or, au Griqualand, lorsqu’il s’agit d’un Cafre, vous le savez bien, on l’a encore plus vite condamné et pendu qu’interrogé !… Alors, la peur m’a pris, et j’ai fui comme un coupable à travers le Transvaal !

— Ce que dit là ce pauvre diable me parait être la vérité, fit observer Pharamond Barthès.

— Je n’en doute plus, répondit Cyprien, et peut-être n’a-t-il pas eu tort de se soustraire à la justice du Griqualand ! »

Puis, s’adressant à Matakit :

« Eh bien, non, lui dit-il, je ne doute pas que tu ne sois innocent du vol dont on t’accuse ! Mais, au Vandergaart-Kopje, on ne nous croira peut-être pas, lorsque nous affirmerons ton innocence ! Veux-tu donc courir la chance d’y revenir ?

— Oui !… Tout risquer… pour ne pas rester plus longtemps ici ! s’écria Matakit, qui semblait en proie à la plus vive terreur.

— Nous allons négocier cette affaire-là, répondit Cyprien, et voilà mon ami Pharamond Barthès qui s’en occupe ! »

Et, de fait, le chasseur, qui ne perdait pas de temps, se trouvait déjà en grande conférence avec Tonaïa.

« Parle franc !… Que te faut-il en échange de ton prisonnier ? » demanda-t-il au roi nègre.

Celui-ci réfléchit un instant et finit par dire :

« Il me faut quatre fusils, dix fois dix cartouches pour chaque arme et quatre sachets de perles de verre. — Ce n’est pas trop, n’est-ce pas ?

— C’est vingt fois trop, mais Pharamond Barthès est ton ami, et il fera tout pour t’être agréable ! »

À son tour, il s’arrêta un instant et reprit :

« Écoute-moi, Tonaïa. Tu auras les quatre fusils, les quatre cents cartouches et les quatre sachets de perles. Mais, à ton tour, tu nous fourniras un attelage de bœufs pour ramener tout ce monde à travers le Transvaal, avec les vivres nécessaires et une escorte d’honneur.

— Affaire conclue ! » répondit Tonaïa d’un ton de satisfaction complète.

Puis, il ajouta d’une voix confidentielle, en se penchant à l’oreille de Pharamond :

« Les bœufs sont tout trouvés !… Ce sont ceux de ces gens-là que mes hommes ont rencontrés en train de retourner à l’étable et qu’ils ont amenés à mon kraal !… C’était de bonne guerre, n’est-ce pas ? »

Le prisonnier fut aussitôt délivré ; et, après un dernier coup d’œil donné aux splendeurs de la grotte, Cyprien, Pharamond Barthès, Matakit, s’étant laissés docilement bander les yeux, revinrent au palais de Tonaïa, où un grand festin fut donné pour célébrer la conclusion du traité.

Enfin, il fut convenu que Matakit ne reparaîtrait pas immédiatement au Vandergaart-Kopje, qu’il resterait aux environs et ne rentrerait au service du jeune ingénieur, que lorsque celui-ci serait sûr qu’il pourrait le faire sans danger. On le verra bien, ce n’était point là une précaution inutile.

Le lendemain, Pharamond Barthès, Cyprien, Lî et Matakit repartaient avec une bonne escorte pour le Griqualand. Mais, il n’y avait plus à se faire illusion, maintenant ! L’Étoile du Sud était irrémédiablement perdue, et Mr. Watkins ne pourrait pas l’envoyer briller à la tour de Londres au milieu des plus beaux joyaux de l’Angleterre !