L’Abécédaire du petit naturaliste/Éléphant

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Anonyme
Saintin, Libraire-Commissionnaire (p. 11-16).
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ÉLÉPHANT.


Cet animal, le plus grand des quadrupèdes, habite les climats chauds de l’Afrique et de l’Asie. En considérant l’Éléphant à l’extérieur, il semble mal proportionné : son corps est gros et court, ses pieds ronds et tortus, sa tête grosse, ses yeux petits, et ses oreilles très-grandes ; mais, sous les dehors les moins avantageux, il possède les meilleures et les plus étonnantes qualités. Il a l’intelligence du castor, l’adresse du singe, le sentiment du chien. À ce mérite se réunissent les avantages particuliers, la force, la grandeur, la longue durée de sa vie. « Ses yeux, dit M. de Buffon, quoique petits relativement au volume de son corps, sont brillans et spirituels. C’est l’expression pathétique du sentiment. Il les tourne lentement et avec douceur vers son maître. Il a pour lui le regard de l’amitié, celui de l’attention lorsqu’il parle, le coup d’œil de l’intelligence lorsqu’il l’écoute, celui de la pénétration lorsqu’il veut le prévenir : il semble réfléchir, délibérer, penser, et ne se déterminer qu’après avoir examiné et regardé à plusieurs fois, et sans précipitation, sans passion, les signes auxquels il doit obéir. Il joint au courage la prudence, le sang-froid, l’obéissance ; se souvient des bienfaits, des injures ; à la voix de son maître, il modère sa fureur ; dans sa colère, il ne méconnaît point ses amis. Redoutable par sa force, il ne fait pas la guerre aux autres animaux, ne se nourrit que de végétaux. »

On en voit qui ont jusqu’à quinze pieds de hauteur. Leur trompe est un bras nerveux qui déracine les arbres, et une main adroite qui saisit les corps les plus minces et les détaille en petits morceaux. L’Éléphant ramasse l’herbe avec sa trompe, la porte à sa bouche. Lorsqu’il a soif, il trempe le bout de sa trompe qu’il aspire, en remplit la cavité, la recourbe pour porter l’eau jusque dans son gosier. Il soulève avec sa trompe un poids de deux cents livres. L’Éléphant, outre sa trompe, est encore muni de défenses redoutables : ce sont deux espèces de dents, longues de quelques pieds, et un peu recourbées en haut ; il s’en sert pour attaquer et se défendre contre ses ennemis.

Lorsque cet animal est en colère (ce qui lui arrive rarement) il n’y a que deux moyens de l’apaiser : l’un, de lui jeter quelques pièces d’artifices enflammées ; l’autre, de lui demander grâce, car il a de la générosité. Un homme qui gouvernait depuis long-temps un Éléphant, et qui l’avait trouvé toujours docile tant qu’il n’avait exigé de lui que des choses raisonnables, le maltraita un jour injustement. L’animal, outré de ce mauvais procédé, tua son maître. Cet homme avait une femme et deux fils encore très-jeunes. Sa femme, au désespoir, présenta ses enfans à l’Éléphant, comme pour lui dire de les immoler aussi. Ce tableau touchant attendrit l’animal irrité ; et, pour réparer, autant qu’il était possible, le meurtre qu’il venait de commettre, il prit doucement avec sa trompe l’aîné des deux enfans, le plaça sur son dos, le regarda dès lors comme son maître, et se laissa toujours conduire par lui.