L’Abîme (Rollinat)/Dernière parole

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
L’Abîme : poésie
G. Charpentier et Cie, éditeurs (p. 286-287).


DERNIÈRE PAROLE


Une voix suit tout homme habile à se connaître
Et ricane ceci dans le fond de son être :

« Tu passeras ta vie a regretter ta mort,
À te pleurer toi-même en ton âme égoïste,
Cependant que ton rêve incurablement triste
Se verra devenir le routinier du sort.

« Ta gaieté ? le mensonge en sera le ressort.
Tu ne penseras pas ton dehors optimiste ;

Et ton cœur s’étant fait son propre anatomiste,
Retrouvera son deuil jusque dans son remord. »

Fuis, quand l’homme a vécu l’existence prédite,
Sous terre il réentend l’horrible voix maudite :
— Enfin, t’y voila donc ! Tu vas dormir ?… Jamais !

« Il fallait pratiquer l’illusion ravie :
Tu n’as pas su, tant pis ! sache que désormais
Tu passeras ta mort a regretter ta vie ! »



FIN