L’Amitié (Nemo)/II

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Nemo
Petrot-Garnier (p. 6-7).


CHAPITRE II

Origine de l’Amitié.


Je n’ai crainte de le dire ; le doute ne m’est possible : la vertu, le premier des biens, est le principe de l’amitié ; l’amitié, le second, n’est que fille de la vertu.

Aussi, n’a-t-elle cours que chez les âmes fortes, de bonne trempe et d’antique marque.

Qu’il en soit qui ne recherchent qu’un commerce réciproque de services ; que ce soit là le principe et le nœud de l’amitié, ne me le dites pas. Je ne consentirai jamais à répondre ou ne le ferai que pour m’inscrire en faux.

Son origine est autrement belle et haute. C’est le sentiment d’aimer puisé au plus intime de la nature, d’où son nom, et c’est Dieu, premier principe et fin dernière, qui la donna, dans la vallée de larmes, pour consolatrice aux humains.

Qu’on se garde de le croire, ce n’est pas un calcul de l’esprit, ni une faiblesse ou un caprice ; c’est un vrai et doux attrait, une affaire toute du cœur.

Si l’intérêt en était la base, comme il l’est presque de partout, quelle que soit la belle générosité dont on se targue, quand il change, elle se devrait évanouir ; ce qui est fondé sur la nature est fondé sur le vrai, inébranlable roc.

Qui est doué du beau sentiment d’aimer aime en tout temps, aime toujours.

Ô grand homme, rival, le maître peut-être de l’orateur d’Athènes, que tu m’inspires une estime profonde, quand, dans ta splendide Rome, tu fais aux fils des conquérants :

« L’amitié, c’est le premier des biens extérieurs. Il la faut préférer à toutes choses humaines. »

Et toi, victime infortunée d’un règne exécrable, que je te crois, quand, à ton heure suprême, s’échappe de tes lèvres :

« Au moment où je me vois prêt à quitter la vie du temps, les seuls plaisirs que je regrette sont les plaisirs de l’étude et de l’amitié qui remplirent mes journées d’une manière délicieuse. »