L’Amitié (Nemo)/IV

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Nemo
Petrot-Garnier (p. 11-12).


CHAPITRE IV

L’Amitié ne se commande pas.


L’Amitié est l’attraction d’un cœur honnête, vertueux, pour un autre également honnête, vertueux. Or, ce qui est du cœur ou de la volonté est libre, spontané, ne se commande pas, sorte de mystère pour plusieurs.

Un homme, avec des talents heureux, par des circonstances mises à profit avec bonheur, peut réussir dans des entreprises difficiles.

Il peut amasser de grands trésors ; il se peut entourer de tout ce qu’on se plaît à nommer, dans un sens démesurément étendu, gloire, honneur.

Il peut être capable de faire la conquête de l’univers et ne l’être pas de faire la conquête d’un seul être entre l’âme duquel et la sienne il n’existe une conformité d’humeur, une communauté d’idées et de principes vrais, n’entendre, à toutes ses avances, comme le prince des conquérants, du prince des cyniques :

« De te vouloir ôter tant soit peu de devant mon soleil. »

Comme un particulier avec des cachemirs, des étoffes de pourpre, des dentelles et les plus riches perles de l’océan, un potentat, avec des fêtes splendides, des millions, des couronnes, ne peut contraindre à l’aimer qui ne le veut pas ou n’a pas de sympathie, ne se peut faire dire ce mot si doux : je vous aime !

Aussi, n’est-ce chose nouvelle dans la vie : souvent, le riche meurt sans amis ; le pauvre est pleuré des siens.