L’Amour aux Colonies/IX

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Isidore Liseux, éditeur (p. 63-79).

CHAPITRE VIII

Étude des déformations buccales, vulvaires et anales produites par la prostitution masculine et féminine sur la race Annamite. — Confirmation des théories de Tardieu et de Martineau. — La vulve chez l’impubère et la femme Annamites ; signes de la défloration dans la race Annamite. — Rareté de l’infundibulum vulvaire chez les impubères déflorées par de jeunes garçons. — Signes particuliers des habitudes de succion buccale. — La Sodomie et la pédérastie. — Signes de la Sodomie passive récente. — La blennorrhagie anale. — Signes de la Sodomie passive invétérée. — Signes de la pédérastie active chez l’Annamite et le Chinois. — Signes de la pédérastie active et passive chez l’Européen en Cochinchine.



Les notes qui m’ont permis de rédiger ce chapitre remontent à mon premier séjour, à une époque où Tardieu et son continuateur Martineau n’avaient pas encore étudié à fond cette partie de la science médico-légale. J’ai la satisfaction intime de constater ici, qu’en presque tous les points mes observations confirment les théories de ces deux savants médecins.

Je vais passer successivement en revue les déformations vulvaires, buccales et anales, produites sur les deux sexes par la défloration, les manœuvres masturbatrices, le Saphisme et la Sodomie dans la race Annamite.

La vulve chez l’impubère et la femme Annamite. — J’ai déjà signalé, en parlant de la petite fille Annamite, la fréquence de l’usure de l’hymen après dix ans, et fait remarquer que l’aspect des organes de la génération ne diffère pas notablement, après cet âge, de ceux de la femme pubère après seize ou dix-sept ans. Je reviens de nouveau sur cette question, et pour mieux la faire comprendre au lecteur, je donne, d’après Martineau, la différence essentielle que doivent présenter les organes de la génération chez la petite fille et la pubère dans la race Française :

« Chez la petite fille, la direction de la vulve est remarquable ; elle est verticale et l’ouverture en est cachée par les grandes et les petites lèvres. La vulve regarde directement en avant ; elle est entr’ouverte à sa partie supérieure. En écartant un peu les lèvres, on voit immédiatement le clitoris et le méat urinaire ; à la partie inférieure la vulve est fermée.

» Chez la jeune fille pubère, et surtout chez la femme, après plusieurs tentatives de coït, la disposition est tout autre. La vulve est alors dirigée de haut en bas et d’avant en arrière. L’écartement des lèvres est faible à la partie supérieure, il est plus prononcé en bas, de sorte que, chez la femme pubère, le clitoris et le méat urinaire sont recouverts et cachés par les grandes lèvres. Ces dispositions sont importantes à retenir pour l’étude des déformations vulvaires. »

Signes de la défloration chez l’impubère et la pubère Annamite. — Le nombre des petites filles déflorées soumises à mon examen médical, me permet d’affirmer que chez elles la vulve continue à regarder directement en avant, mais elle est davantage ouverte par le bas.

Chez la fille ou femme pubère déflorée de bonne heure, la vulve continue à regarder encore en avant ; l’écartement inférieur est bien plus marqué, mais les grandes et petites lèvres sont bien moins accentuées que chez l’Européenne et cachent rarement le clitoris et le méat urinaire. La vulve est également moins dirigée de haut en bas et d’avant en arrière. Cette direction moins inclinée de la vulve et du vagin de l’Annamite limite sensiblement la longueur totale de l’appareil, le plus raccourci, sans doute, de toutes les races humaines (sauf peut-être les Lapons ?), et qui est en rapport direct avec la gracilité du pénis du mâle.

Le clitoris, d’après Martineau, a chez la Française une longueur ordinaire de trois centimètres, et plus considérable dans quelques cas. Le clitoris, correspondant chez la femme au pénis, doit avoir une grosseur proportionnée, et l’on ne sera pas surpris d’apprendre que, chez la femme Annamite, sa dimension moyenne est à peine de deux centimètres.

J’ai dit également que les Annamites aimaient les pubis glabres, et qu’ils comparaient à des bêtes sauvages les femmes Européennes dont le pubis possède généralement une toison plus ou moins fournie. On obtient l’épilation du pubis de la femme en le frottant avec une pommade contenant de la chaux et de l’orpiment (sulfure d’arsenic.)

J’ai fort peu (pour ne pas dire presque point) constaté sur la femme Annamite les signes indiqués par Martineau, dénotant les marques de la masturbation ou du Saphisme buccal. Ce n’est d’ailleurs qu’une résultante de la facilité que la fille ou la femme trouve à satisfaire ses désirs naturels ; d’ailleurs, la fréquence si grande des flueurs blanches doit contribuer à la limitation de ce vice spécial. Je ne l’ai constaté que deux fois, et encore sur des maîtresses d’Européens.

L’infundibulum vulvaire n’existe pas chez les petites filles qui se livrent aux jeunes garçons de leur race. Il ne se trouve que quand ces enfants ont des coïts répétés avec l’Européen. Quoique celui-ci ne cueille qu’un bouton de rose déjà flétri, la disproportion des organes rend les premières approches difficiles, et il se forme à la longue un infundibulum quelquefois profond. La loi posée par Martineau se vérifie mathématiquement pour ainsi dire :

« La production des déformations vulvaires dues à la défloration, dans un coït, est basée sur ce principe : tant qu’il existe un rapport absolu entre le volume des organes sexuels, l’acte physiologique s’accomplit facilement, il ne survient pas de déformations vulvaires. Mais dès que le volume ou les dimensions des organes sexuels diffèrent chez l’un ou l’autre sexe, dès qu’il y a disproportion entre les organes génitaux, le coït s’accomplit avec une difficulté plus ou moins grande et les déformations vulvaires surviennent. Cette disproportion peut exister dans l’un et l’autre sexe, soit du côté de l’homme, le pénis étant volumineux, soit du côté de la femme, l’orifice vulvo-vaginal étant rétréci par la résistance normale, par la tonicité physiologique du muscle constricteur de la vulve, ou par le fait de la résistance exagérée de l’hymen. »

Le professeur Tardieu donne la description typique des déformations vulvaires produites par la défloration. Cette description ne s’applique qu’aux impubères Annamites, ayant un commerce habituel avec les Européens ; je ne puis que la répéter ici : « Dans ces circonstances, les grandes lèvres sont épaissies, écartées à la partie inférieure, ce qui est le contraire de ce que l’on doit observer. Les petites lèvres sont en outre allongées au point de dépasser les grandes, comme si elles avaient subi des tiraillements répétés. Le clitoris est rouge, saillant, en demi-érection ; il est en partie découvert. Ce n’est pas tout : l’étroitesse des parties et la résistance de l’arcade osseuse sous-pubienne, s’opposant à l’introduction complète du membre viril et à la destruction de la membrane hymen, de nouvelles déformations s’établissent. La membrane hymen se trouve refoulée en arrière et un peu en haut ; en même temps il y a un refoulement de toutes les parties qui constituent la vulve. Il en résulte la formation, aux dépens du canal vulvaire, d’une sorte d’infundibulum plus ou moins large, plus ou moins profond, capable de recevoir l’extrémité du pénis et très analogue à celui qui a été indiqué pour l’anus dans le coït anal. »

De tous ces caractères, j’ai peu souvent remarqué ceux relatifs aux petites lèvres et au clitoris ; mais l’infundibulum n’a jamais fait défaut.

Signes particuliers des habitudes de succion buccale. — Tardieu signale une conformation particulière que peut offrir la bouche de certains individus adonnés aux pratiques de la succion buccale : « J’ai noté de la manière la plus positive chez deux d’entre eux, » dit-il, « une bouche de travers, des dents très courtes, des lèvres épaisses, renversées, déformées, complètement en rapport avec l’usage infâme auquel elles servaient. » J’ajouterai que, chez presque toutes les femmes et nays se livrant à de pareilles pratiques, les lèvres m’ont paru généralement épaisses et déformées, surtout chez les jeunes nays.

J’ai bien souvent rencontré des plaques muqueuses, des ulcérations et des cicatrices de chancre aux lèvres et à la langue de ces malheureuses victimes de la débauche. Une fois contaminées, elles répandaient à leur tour le virus syphilitique, par une sordide loi de réciprocité qu’il était bien difficile d’empêcher.


Sodomie et pédérastie. — D’après Martineau, la Sodomie est le terme général employé pour désigner les actes contre nature, sans distinction du sexe des individus entre lesquels s’établissent ces rapports.

La pédérastie (amour des jeunes gens) consiste dans les rapports contre nature qui s’établissent d’homme à homme. Aussi a-t-on pu établir une pédérastie passive et une pédérastie active.


Les déformations anales produites par le coït contre nature, sont les mêmes chez la femme que chez le nay et le boy, à part quelques différences insignifiantes. Je me bornerai donc à les étudier chez le nay et le boy, où elles se montrent bien plus fréquemment que chez la femme.

Signes de la Sodomie passive récente. — On a déjà vu que le nay ou panier est un éphèbe de huit à quinze ans. Après cet âge, il monte en grade et devient boy, mais tant qu’il est nay, il est généralement impubère. On conçoit aisément que ces petits misérables ont affaire à des agents actifs qui ne brillent ni par la délicatesse, ni par la douceur des manières, et qui assouvissent brutalement leur passion libidineuse sans s’occuper des désordres qui en seront la conséquence.

J’ai assez souvent trouvé chez ces malheureux nays les signes d’attentats commis presque par la violence, étant donné qu’un impubère âgé au plus de quatorze à quinze ans, frêle et débile, est incapable d’opposer une résistance sérieuse aux manœuvres Sodomitiques brutales d’un Européen ou Asiatique adulte.

Pour ne pas allonger outre mesure ce travail, je ne donnerai pas d’observations médicales, car je ne ferais que répéter ce que Tardieu et Martineau ont dit avant moi. Je renvoie à leurs travaux et me contente ici de discuter leur opinion.

Voyons d’abord celle de Tardieu :

« L’attentat récent a des caractères trop tranchés pour qu’il soit possible de les méconnaître. Les signes des attentats récents sont plus ou moins marqués, suivant le degré de violence employée, le volume des parties, la jeunesse de la victime et l’absence d’habitudes vicieuses antérieures. Ils varient, selon ces circonstances, depuis la rougeur, l’excoriation, l’ardeur douloureuse de l’anus, la difficulté de la marche, jusqu’aux fissures dites rhagades, aux déchirures profondes, à l’extravasation du sang et à l’inflammation de la membrane muqueuse et du tissu cellulaire sous-jacent. Cette inflammation peut être plus ou moins étendue, plus ou moins prolongée : mais si l’examen n’a lieu que quelques jours après l’attentat, on ne trouvera, le plus souvent, que de la démangeaison et une coloration de l’anus dues aux modifications qu’a éprouvées le sang épanché. »

Les caractères indiqués par Martineau sont plus explicites. Il signale, ce que ne fait pas Tardieu, qu’il peut se produire « des abcès, des fistules. Quelquefois une sérosité sanguinolente et purulente baigne la région anale : celle-ci est douloureuse. La douleur est continue ou passagère ; elle se montre surtout au moment de la défécation ; la femme (ou l’homme) éprouve alors une cuisson très vive qui, parfois, est extrêmement violente. D’autres fois, la douleur survient après la défécation ; elle persiste plusieurs heures.

» L’examen de la région fait constater les signes suivants : par le toucher, on trouve que l’orifice anal est légèrement dilaté. En même temps l’anus est refoulé en haut. Le sphincter, qui n’a pas encore perdu sa tonicité, résiste : aussi est-il de même refoulé en haut, d’où il résulte une légère dépression de la région anale, un commencement d’infundibulum portant surtout sur l’anus. »

L’argumentation de Martineau est parfaite. Mais je ferai remarquer que, dans la majorité des cas d’attentats récents, je n’ai pas trouvé d’infundibulum nettement défini ; non point que la disproportion entre l’anus de l’enfant et le pénis de l’adulte ne soit grande, mais parce que le sphincter anal (et aussi le vulvaire dans la race Annamite) possède une tonicité moins grande que dans la race Européenne. Par conséquent, le sphincter se laisse dilater plus facilement.

J’ai toujours trouvé, à l’examen médical, l’anus dilaté, ne donnant pas au doigt pouvant s’y introduire cette impression de constriction que l’on ressent, lorsqu’on veut l’introduire dans l’anus d’un sujet non sodomisé. Chez la femme, l’infundibulum anal est plus fréquent et plus prononcé que chez le nay, et cela pour une bonne raison : d’abord, les muscles fessiers sont plus développés que chez le nay ; le sphincter a également plus de tonicité. Le nay se livre très jeune généralement, tandis que la femme est déjà âgée quand elle s’adonne à la Sodomie plutôt par raison économique, au point de vue du salaire, que par goût naturel. Il en résulte que le sphincter ayant une tonicité bien plus grande, le coït anal est plus difficile, ce qui est la cause de la production d’un infundibulum.

Chez le boy, généralement pédéraste depuis de longues années, on ne trouve plus que les signes de la Sodomie invétérée.

Tous les Sodomites, hommes et femmes, lubrifient l’anus, pour rendre le coït plus facile, à l’aide de corps gras mélangés avec le suc épaissi d’une malvacée que l’on fait bouillir dans une petite quantité d’eau. Cette malvacée jouit de propriétés émollientes.

La blennorragie anale. — Les cas de blennorragie anale, très rares en Europe, puisque Tardieu et Martineau ne les ont constatés chacun qu’une fois, le sont beaucoup moins en Cochinchine. Ils ont lieu quand le nay est la victime d’un boy qui a contracté cette affection avec une femme, ce qui est le cas de la majorité des adultes. Cependant, je dois dire que je l’ai constatée une fois chez un jeune Allemand, employé d’une grande maison de commerce, qui avait été infecté probablement par un boy, car il ne voulut jamais nous avouer la vérité, et nous raconta une histoire à dormir debout.

J’obtins la guérison par l’emploi du cubèbe à l’intérieur, et des injections rectales avec sa propre urine recueillie dans un verre et employée tiède avec l’aide d’un irrigateur.

Signes de la Sodomie passive invétérée. — Voici, d’après Tardieu, les signes qu’elle présente : « Les signes caractéristiques de la pédérastie passive, que nous allons passer successivement en revue, sont le développement excessif des fesses, la déformation infundibuliforme de l’anus, le relâchement du sphincter, l’effacement des plis, les crêtes et caroncules du pourtour de l’anus, la dilatation extrême de l’orifice anal, l’incontinence des matières, les ulcérations, les rhagades, les hémorroïdes, les fistules, la blennorragie rectale, la syphilis, les corps étrangers introduits dans l’anus. L’énumération de ces différents signes ne peut donner aucune idée de leur valeur ; il est absolument nécessaire de les établir isolément et dans toutes leurs particularités essentielles. »

L’argumentation de Tardieu ayant été discutée à fond par Martineau, il me paraît plus logique de nous reporter à l’ouvrage de ce dernier, et de signaler à notre tour les différences que nous avons cru remarquer sur la valeur relative de ces signes divers.

J’écarte d’abord le signe du développement excessif des fesses, qui n’a aucune valeur dans la race Annamite, et je viens de suite à l’infundibulum anal.

Infundibulum anal. — « Cette déformation a frappé de tout temps les observateurs ; les uns en ont nié la valeur, d’autres l’ont exagérée. Cette divergence d’opinions tient à ce que, dans certains cas, cette déformation existe tandis qu’elle manque dans d’autres. Je vous ai donné les raisons de son existence ou de son absence, en établissant que l’infundibulum anal résultait, d’une part, de la résistance du muscle sphincter, et d’autre part, de la disproportion dans le volume des organes. Toutes les fois, je le répète, que ces conditions existent ou ont existé, vous êtes assuré de constater cette déformation aussi bien chez la femme que chez l’homme.

» La déformation infundibuliforme de l’anus est, je le répète, réelle ; il faut seulement savoir la rechercher, en apprécier la pathogénie. À cet égard, je ne puis mieux faire que rappeler la description si exacte donnée par Tardieu.

» La déformation infundibuliforme de l’anus, dit l’éminent professeur, résulte, d’une part, du refoulement graduel des parties qui sont situées au devant de l’anus, et d’autre part, de la résistance qu’oppose l’extrémité supérieure du sphincter à l’intromission complète de la verge dans le rectum. Le sphincter, en effet, forme au-dessus de l’anus une sorte de canal musculaire contractile, dont la hauteur atteint parfois jusqu’à trois ou quatre centimètres ; de telle sorte que la partie inférieure de l’anneau peut céder et se laisser repousser vers la supérieure qui, résistant davantage, reste au fond d’une sorte d’entonnoir, dont la partie la plus évasée est circonscrite par le rebord des fesses, et dont la portion rétrécie se prolonge à travers l’orifice anal jusqu’au sphincter refoulé, réduit à un simple anneau qui ferme plus ou moins complètement l’entrée de l’intestin.

» Si j’ai réussi à me faire comprendre, on doit voir que l’infundibulum sera plus ou moins large, plus ou moins profond, suivant l’état d’embonpoint ou de greur et la saillie plus ou moins prononcée des fesses. »


J’ai rencontré, chez toutes les prostituées Annamites habituées aux procédés Sodomitiques, l’infundibulum si bien décrit par Tardieu, et dans la forme ci-dessus. J’attribue ce fait à l’âge déjà avancé qu’ont ces femmes, quand elles acceptent le coït anal. Mais, au contraire, je ne l’ai pas rencontré souvent chez le boy de seize à vingt et vingt-cinq ans, pédéraste endurci qui a débuté jeune dans cette carrière. L’infundibulum classique a disparu pour faire place à une autre forme, tout aussi caractéristique que la première, et qui n’a pas été signalée par Tardieu. C’est à Martineau qu’on en doit la description très claire, et je ne saurais mieux faire que de la reproduire : « En même temps que le refoulement de l’anus en haut, si vous ne constatez pas la présence d’un infundibulum tel que je viens de le décrire, n’allez pas croire qu’il soit absent. Dans bien des cas, en effet, par un examen attentif, par le toucher anal, vous constatez un infundibulum formé, non aux dépens des fesses, mais bien aux dépens de l’anus et du sphincter amoindri, aplati de telle sorte que le doigt, dirigé d’arrière en avant et de bas en haut, a la sensation d’une petite dépression annulaire, en forme de cupule, logeant l’extrémité du doigt explorateur.

» J’appelle toute votre attention sur cet infundibulum formé ainsi aux dépens de l’anus et du sphincter en partie, parce que les auteurs me paraissent en avoir méconnu l’existence. »

C’est généralement sous cette forme spéciale que j’ai rencontré l’infundibulum chez le nay de douze à treize ans et surtout chez le boy.

Relâchement du sphincter. — Effacement des plis radiés. — Je reprends la citation de Martineau : « Outre cette déformation infundibuliforme, le sphincter est relâché ; les plis radiés sont effacés. Ces deux signes sont très importants. En effet, ils ne font jamais défaut dans la Sodomie invétérée. Tardieu, à bon droit, attache avec Zachias, Casper, une grande valeur diagnostique à l’existence de ces deux signes qui, dit-il, se rencontrent alors même que l’infundibulum fait défaut. Pour ma part, j’ai toujours constaté le relâchement du sphincter et l’effacement des plis radiés. On comprend, en effet, que leur existence soit constante dans la Sodomie invétérée. Il n’est pas nécessaire que le coït anal s’accomplisse facilement ou difficilement : il suffit pour les produire que l’acte Sodomitique se répète souvent, fréquemment. Le frottement, le passage de la verge suffit pour dilater l’anus, produire le relâchement du sphincter et l’effacement des plis radiés. La tonicité du muscle constricteur de l’anus se perd peu à peu, le sphincter se relâche insensiblement, les plis s’effacent, le coït anal se pratique ainsi plus facilement.

» En même temps que ces deux phénomènes morbides, si on dilate l’orifice anal avec les doigts, on constate que la muqueuse rectale forme des replis et parfois un bourrelet brillant, épais. Quant aux caroncules, aux excroissances, lésions que les satiriques Latins appelaient crista, mariscæ, je ne les ai jamais rencontrées.

» En même temps que ces déformations et lésions anales, on constate l’amincissement du sphincter, le refoulement de l’anus en haut et la dilatation de l’orifice anal, au point que les malades accusent la sortie involontaire des matières fécales et des gaz intestinaux.

» Par suite de cette dilatation anale, on introduit facilement dans le rectum, un, deux, et même trois doigts. En écartant les fesses on aperçoit un trou plus ou moins béant qui permet d’observer certaines lésions dont la muqueuse peut être atteinte, telles qu’ulcérations, hémorroïdes, fistules à l’anus, etc., etc. Ces lésions, considérées par le docteur Venot (de Bordeaux) comme conséquence de la Sodomie habituelle, ne le sont nullement à mon avis. Ces lésions se montrent tout à fait en dehors de la Sodomie invétérée. Elles peuvent exister avec elle, mais elles n’en sont pas la conséquence. »


On ne saurait décrire plus fidèlement que Martineau les signes de la Sodomie invétérée, et je n’ai que quelques mots à y ajouter. J’ai surtout remarqué, chez les vieux boys, une dilatation considérable de l’anus, portée à tel point, que j’introduisais, chez certains, le pouce et les deux premiers doigts de la main jusqu’à la deuxième phalange, et cela facilement et sans douleur, en prenant quelques précautions. Arrivé à ce point de relâchement, le sphincter était incapable de garder les matières fécales. Ayant guéri une fois un de ces malheureux d’un relâchement excessif de l’anus, par l’emploi d’une pommade astringente à base de myrrhe et d’acétate de plomb, mélangée avec de l’onguent populeum, je me créai (sans la chercher) une clientèle, car le boy, à peu près guéri, m’avait fait une réputation, que j’étais loin de désirer, parmi les gens du même acabit. On vint de tous côtés à ma clinique spéciale, ce qui me permit, moyennant le don de quelques pots de pommade, d’étudier de près les déformations signalées plus haut et de provoquer des confidences sur les procédés usités par ces pervertis.

Signes de la pédérastie active chez l’Annamite et le Chinois. — Tardieu est le seul auteur qui ait traité ce sujet en détail et d’une manière remarquable. Je résume ici ses conclusions :

« Chez le pédéraste actif, le membre viril est très grêle ou très volumineux ; la gracilité est la règle très générale, la grosseur la très rare exception ; mais dans tous les cas les dimensions sont excessives dans un sens ou dans l’autre. Dans le pénis grêle, on constate un amincissement considérable depuis la base jusqu’à l’extrémité très effilée comme un doigt de gant et qui rappelle tout à fait le canum more ; cette forme serait la plus ordinaire.

» Dans le pénis très volumineux, ce n’est plus la totalité de l’organe qui subit un amincissement graduel de la racine à l’extrémité ; c’est le gland qui, étranglé à sa base, s’allonge quelquefois démesurément, de manière à donner l’idée du museau de certains animaux. De plus, la verge, dans sa longueur, est tordue sur elle-même, de telle sorte que le méat urinaire, au lieu de regarder directement en avant et en bas, se dirige obliquement à droite ou à gauche. Cette torsion et ce changement dans la direction de l’organe sont quelquefois portés très loin et paraissent d’autant plus marqués que ses dimensions sont plus considérables, à tel point que j’ai vu une fois la face dorsale de la verge tournée complètement à gauche et le méat devenu transversal. »


Je me contenterai de faire les remarques suivantes. Je n’ai jamais reconnu chez un Annamite les signes de la pédérastie passive sans examiner ses organes génitaux, et sans lui demander ensuite s’il avait des habitudes de pédérastie active ou de masturbation. La réponse venait généralement confirmer le diagnostic médical résultant de l’examen.

Chez les jeunes nays, j’ai souvent trouvé les signes de la masturbation, caractérisés par un gland décalottant facilement, à la muqueuse rouge, et entrant facilement en érection au moindre attouchement. Chez le boy, au contraire, la masturbation était l’exception, et la règle était la caractéristique des signes de la pédérastie active soit des boys entre eux, soit même avec certains Européens.

Mais si le boy, moyennant finances et la promesse du secret, me révélait les turpitudes communes avec le maître, on conçoit que l’Européen le plus dépravé ne fasse pas volontiers étalage de son abjection. Messieurs Y… ou Z… souriaient bien quand on leur parlait de leur goût pour les jolis boys ou pour le Chinois du magasin Ach***, mais on aurait été mal venu à leur insinuer qu’ils pratiquaient l’adage Latin : par pari refertur, et qu’entre eux et les boys et Chinois, existait un mutuel échange de bons procédés.

Chez les Asiatiques, j’ai fait les remarques suivantes. L’organe génital Annamite mâle étant, comme on l’a vu, remarquable par sa gracilité, on trouvait généralement, chez le boy pédéraste actif, la verge conique, semblable à celle du chien, signalée par Tardieu. Chez quelques-uns seulement, plus spécialement adonnés à la masturbation, on trouvait la forme du gland en massue.

L’organe génital du Chinois étant plus développé et se rapprochant davantage de la dimension de l’organe génital de l’Européen, présentait moins souvent cette forme, mais plutôt, au contraire, la torsion latérale du pénis et l’élongation du gland à partir de la couronne.

Signes de la pédérastie active et passive chez l’Européen. — Les signes de la pédérastie active chez les Européens qui ont consenti à se laisser examiner, sont sensiblement ceux que décrit Tardieu comme exceptionnels. La gracilité était l’exception. Il est vrai, je me hâte de le dire, que le nombre d’Européens examinés était peu considérable, et je ne puis pas en déduire une règle générale. Chez un d’entre eux, M. B***, homme dont la lasciveté et l’inconduite étaient notoires, j’ai trouvé une verge très développée, capable de satisfaire la femme la plus exigeante. Ce n’était pas sans un certain étonnement que je voyais un homme pourvu d’un appareil génital de cette taille, assouvir sa luxure sur de malheureux enfants impubères. Je ferai une remarque du même genre au sujet des Arabes pédérastes de la Guyane. J’aurai également à signaler, chez le pédéraste Européen actif, la forme en tire-bouchon souvent très prononcée et l’étranglement du gland par la compression du sphincter anal.

Signes de la pédérastie passive. — Je n’ai pu les constater que sur deux Européens seulement, on comprend pourquoi. Le premier était ce jeune Allemand atteint d’une blennorragie anale, que j’avais guéri par des injections d’une nature spéciale. Il m’avait promis de me faire constater l’état de son rectum après guérison. Il s’est bien gardé de revenir pour ne pas avouer la cause plus que probable de sa maladie, évidemment occasionnée par un coït anal impur.

Le second était un jeune garçon de dix-sept ans, fils d’un employé d’une des administrations de la Colonie. J’avais fait le voyage avec son père, et des bruits suspects avaient couru à bord sur la moralité de ce jeune garçon. Il se présenta un jour chez moi, porteur d’un chancre infectant qui occupait la partie antérieure de l’anus. Celui-ci était très dilaté et admettait deux doigts. En les écartant, on voyait la muqueuse anale relâchée, rouge et ulcérée. Les plis radiés avaient disparu en partie, et le sphincter avait perdu sensiblement de sa tonicité. Cet enfant vicieux prétendait qu’il avait gagné son mal par la caresse buccale d’une Congaï, et je ne pus lui faire avouer la vérité. Je pensai, au contraire, d’après l’examen médical de son anus, qu’il s’était livré (plusieurs fois peut-être) comme patient, et avait gagné son mal avec un pédéraste actif infesté de syphilis.