L’Amour aux Colonies/XXXVI

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Isidore Liseux, éditeur (p. 321-324).

CHAPITRE VII

Quelques mots sur les mœurs, coutumes, etc., des Néo-Hébridais. — Costume. — Le manou. — La ceinture des femmes. — Tatouage. — Habitations. — Nourriture. — Armes et ustensiles. — Le tam-tam, le pilou-pilou. — Danse érotique. — Le kawa.



Quelques mots sur les mœurs, coutumes, etc. — Avant d’étudier le Néo-Hébridais en contact avec le Blanc, il est bon de jeter un coup d’œil rapide sur les mœurs et coutumes de ce peuple. Commençons par dire que l’idiome varie d’une île à l’autre, dans tout le groupe.

Costume. — Le manou du Néo-Hébridais. — Comme celui du Néo-Calédonien, le costume, réduit à sa plus simple expression, ne comporte chez l’homme qu’un manou. Mais ce manou a une forme différente. Le Néo-Calédonien fait pendre le sien entre les cuisses jusqu’au genou. Le Néo-Hébridais, au contraire, le redresse verticalement et en passe l’extrémité supérieure dans une ceinture de fibres d’aloès dont il ne se sépare jamais. À Santo et Aoba, au lieu d’un manou, les hommes portent un petit pagne en écorce de dix à douze centimètres au plus (juste de quoi cacher les parties en entier), qui s’échappe d’une étroite ceinture. Mais, dans les autres îles, c’est le manou vertical qui est employé, et il présente cette bizarrerie de faire saillir les deux testicules en relief, par suite du relèvement de la partie inférieure du scrotum, et de les laisser exposés à la vue.

La ceinture des femmes. — Dans toutes les îles, les femmes sont complètement nues au-dessus de la ceinture. Celles d’Aoba ont un pagne tressé ; dans les autres îles, ce sont des fibres de coco tressées, formant une couronne enfilée dans une corde passée autour des reins, qui compose tout leur costume. Cette sorte de petite jupe ne couvre que le bas-ventre et les fesses. À Tana, les jupes descendent jusqu’à terre et ressemblent à une vieille crinoline aplatie.

Tatouage. — Le tatouage est fort peu usité, et se borne à quelques raies bleues sur le visage et quelques coutures sur le corps. Mais l’Indigène se bariole partout, principalement sur le visage, avec des peintures rouges et blanches, pour se donner un aspect terrible dans le combat.

Habitation, Nourriture. — Je dirai simplement que la case ressemble beaucoup à celle du Néo-Calédonien et que, comme ce dernier, le Néo-Hébridais use d’une nourriture presque exclusivement végétale. Cependant l’introduction de la volaille et du porc, par Cook, améliore cette alimentation. Sur la côte, les tribus ont la ressource de la pêche. Le Néo-Hébridais harponne le poisson avec la sagaie.

Armes et ustensiles. — Les ustensiles se réduisent à quelques plats grossiers de bois et de bambous, et le mobilier à quelques nattes posées sur le sol. Comme armes, le Néo-Hébridais connaît le casse-tête, de forme arrondie, avec des saillies pointues tout autour, des sagaies de trois mètres de long, garnies, au bout, d’éclats d’os et terminés par des tibias humains, et des arcs lançant des flèches garnies d’os humains. Flèches et sagaies sont souvent empoisonnées par un enduit gluant, tiré du suc de certaines plantes. Les Blancs, qui commercent (le plus souvent à coups de fusil) avec les Indigènes, redoutent beaucoup les blessures de ces armes empoisonnées. Aussi leur ont-ils vendu tout un lot de vieux fusils à piston et à balle ronde. Ils ont été moins prudents, en leur cédant des armes à tir rapide, le Snider, fusil à tabatière (comme celui de notre garde mobile en 1870). Ce sont les capitaines de navires Anglais qui ont commis cette faute. Aussi, maintenant, les quelques Blancs qui habitent les îles ne se maintiennent-ils que par la crainte qu’inspirent leurs carabines Américaines à seize coups.

Le tam-tam, le pilou-pilou. — Sur la petite place du milieu de chaque village, on voit, fichés en terre, d’énormes troncs d’arbres creux, ayant la forme de têtes et de bustes humains, avec un énorme phallus. C’est le tam-tam Néo-Hébridais qui rend, quand on tape dessus avec un gros bâton, un son sourd de grosse caisse. À son appel, on se rassemble, après la récolte des ignames et des taros, pour un pilou-pilou interminable, qui ressemble beaucoup à celui du Néo-Calédonien. Pendant deux ou trois jours on mange, on boit, on crie, en tapant à tour de bras le tam-tam, et en soufflant dans des mirlitons en bambou. Ces danses échevelées simulent tantôt la guerre, tantôt l’amour.

Danse érotique. — Les femmes se contentent de danser ou plutôt de s’agiter comme des Bacchantes au milieu du cercle que forme la ronde des hommes, mais elles ne se mêlent pas directement à eux. La danse érotique simule l’accomplissement du coït. Les hommes, en sautant, saisissent leur manou, qu’ils décrochent de la ceinture, et l’agitent avec la main droite, de haut en bas, comme un goupillon ; avec la main gauche ils simulent l’action de saisir une femme entre les bras. Puis le corps a un double balancement d’avant en arrière, sur les jarrets et les reins, pendant que la main droite maintient la verge horizontale, simulant ainsi le coït a retro sur une femme accroupie. Le visage exprime en même temps la sensation voluptueuse du coït. D’après le coprah-maker Français, de qui je tiens ces détails, le réalisme est poussé si loin que certains danseurs se masturbent, pour mieux simuler la nature. On n’a pu me dire si la masturbation est poussée au point d’amener l’éjaculation ; je ne le pense pas cependant.

Les femmes montrent, pendant ce temps, leurs parties génitales aux hommes pour mieux les exciter, et sautent comme des chèvres en rut. Le tout se fait au milieu de chants plaintifs, interrompus de temps à autre par des cris aigus et des hurlements féroces.

Le kawa. — Tout le monde s’échauffe en buvant le kawa, breuvage tiré d’une racine mâchée à l’avance par les femmes, qui crachent jus et salive dans des bassins en bois, où tout fermente. Ce produit, peu ragoûtant pour un Européen, procure une ivresse aussi violente que l’alcool.