L’Amour aux Colonies/XXXV

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Isidore Liseux, éditeur (p. 314-320).

CHAPITRE VI

Avertissement de l’Auteur. — Caractères anthropologiques de la race des Nouvelles-Hébrides. — Son croisement avec la race Maori-Polynésienne. — Caractères de la race Mélanésienne pure. — Elle est autochtone en Australie. — Importance anthropologique de l’appareil génital pour déterminer la race d’origine. — L’organe génital du Nègre d’Afrique et de ses croisements avec le Blanc. — L’organe génital du Mélanésien comparé à celui du Nègre d’Afrique.



Avertissement de l’Auteur. — Je n’ai pas eu la bonne fortune de faire un voyage aux Nouvelles-Hébrides, mais j’ai étudié cette race à Nouméa, où beaucoup de Néo-Hébridais étaient, en 188., engagés chez les colons. D’autre part, j’ai connu plusieurs Coprah-makers (trafiquants de noix de coco) ayant fait un séjour dans ces îles, et revenus en Nouvelle-Calédonie pour rétablir leur santé épuisée par la fièvre paludéenne. Parmi eux, j’ai retrouvé un de mes vieux condisciples de collège, ancien maître de la Marine, qui était venu s’échouer dans ce pays, après une série d’aventures, et qui a fini par y laisser ses os. Je puis donc donner de confiance les renseignements inédits qu’il m’a fournis. J’ai recueilli également de précieux renseignements dans un ouvrage dû à un ancien administrateur de la Compagnie Française des Nouvelles-Hébrides, M. Imhaus.

Caractères anthropologiques de la race Néo-Hébridaise. — Le Néo-Hébridais est un Noir Mélanésien de race presque pure dans la plupart des îles. Dans quelques-unes il s’est croisé, comme le Canaque de la Nouvelle-Calédonie, avec la race Maori-Polynésienne ; mais c’est la minorité. Aussi, en général, le Néo-Hébridais est plus foncé, moins vigoureux et moins beau que le Néo-Calédonien. Je fais remarquer que l’Indigène de Loyalty est de race Maori, sinon presque pure, du moins peu croisée avec la race Mélanésienne, et que son état de civilisation est plus avancé que celui du Néo-Calédonien. J’applique la même remarque aux Néo-Hébridais, encore au-dessous du Néo-Calédonien. Dans tous ces peuples, le degré de civilisation peut se mesurer presque à la couleur plus ou moins claire de la peau, qui est l’indice d’une infusion plus ou moins grande de sang Maori.

En parlant de Tahiti, je ferai une étude spéciale de la race dite Maori. Pour le moment, je me contente de dire, que l’on a pu prendre sur le fait, aux Nouvelles-Hébrides, l’influence du croisement des deux races.

Croisement des deux races Polynésienne et Mélanésienne. — M. Imhaus rapporte à ce sujet un exemple frappant :

« Dans le petit îlot de Mélé, près de Sandwich, l’intrusion du Maori ne remonte pas à plus de trente ans environ, ce qui permet d’en surprendre sur le vif la marche et les effets. L’incident qui y a donné lieu est le naufrage d’un bateau rapatriant des Canaques Maoris aux Samoa. L’équipage fut massacré et mangé ; mais les Maoris, plus braves et plus vigoureux que leurs compagnons, échappèrent aux ennemis et se réfugièrent dans un coin désert de l’île. Là ils s’organisèrent et, grâce aux divisions intestines des Néo-Hébridais, ils ne tardèrent pas à s’en faire redouter. Ils enlevèrent des femmes à leurs voisins, formèrent une tribu puissante, et seraient maintenant à la veille de dominer tout le pays, s’ils n’avaient rencontré les Blancs sur leur chemin. » Cet exemple, de date toute récente, montre bien comment la population croisée de Cana et d’Aoba peut aujourd’hui se trouver si différente de celle des autres îles, où la race Mélanésienne continue à régner sans mélange.

Caractères de la race Mélanésienne. — Au premier abord, le Mélanésien Océanien, venu d’Australie et qui a peuplé, le premier, la Nouvelle-Calédonie, les Loyalty et les Nouvelles-Hébrides, ressemble beaucoup au Nègre Africain. Même coloration noir foncé de la peau, même toison laineuse sur le crâne élevé et déprimé, nez épaté, grosses lèvres, face aplatie, angle facial peu ouvert. Mais là s’arrête la ressemblance. D’abord, je fais remarquer qu’en général, les races Nègres Africaines sont autrement robustes et belles physiquement que la race Mélanésienne, la plus dégradée de toutes, et qui occupe incontestablement le dernier rang dans l’échelle de l’humanité. Le Néo-Hébridais pur Mélanésien, est toujours ce qu’il était au temps de Forster, un des compagnons de Cook, en 1774, qui a étudié de près les Indigènes de Mallicolo. « Petits et mal proportionnés, les membres grêles, le ventre ballonné, le visage plat, les cheveux gros, crépus et courts, ces sauvages sont hideux ; ils rappellent plutôt le singe que l’homme. » Les savants de cabinet, qui voyagent les pieds fourrés dans la chancelière de leur bureau, ont discuté longuement et gravement pour savoir si le Nègre d’Australie est venu d’Afrique ou si, au-contraire, c’est le Nègre d’Afrique qui est venu d’Australie. Ils n’ont jamais réfléchi à la distance qui sépare les deux points les plus rapprochés de l’Australie et de la Côte de Mozambique, distance qui comporte soixante-dix degrés de longitude, c’est-à-dire le cinquième de la circonférence équatoriale, quelque chose comme huit mille kilomètres, un peu plus de quatre mille cinq cents milles marins. Et pour franchir cette énorme distance, les émigrants n’auraient disposé que de mauvaises pirogues, sans eau, sans vivres, presque sans voilure et sans boussole. L’absurdité d’une pareille hypothèse est flagrante, quand on songe qu’il a fallu au génial Christophe Colomb la boussole, la foi dans l’avenir et trois caravelles pontées, montées par les plus hardis marins d’Espagne, pour franchir la distance de Palos à San-Lucaye, qui est moindre que celle de l’Afrique à l’Australie. Non, le Nègre d’Afrique et le Nègre d’Australie sont deux races entièrement séparées.

La race Mélanésienne d’Australie est autochtone. — Faut-il se rallier à l’hypothèse de la science moderne, d’après laquelle l’Australie aurait eu sa génération particulière et croire que la race Mélanésienne y est autochtone ? C’est là la théorie de Darwin, qui admet que l’évolution naturelle a fait apparaître l’homme simultanément ou successivement sur plusieurs points du Globe. Il est un point aujourd’hui admis par la science : c’est que le continent Australien, le dernier découvert par la civilisation Européenne, est au contraire le premier en date paru au-dessus des eaux, d’après toutes les données géologiques, et les caractères de sa faune et de sa flore. Aurait-il reçu la première race humaine, ce qui donnerait du même coup la clef de son infériorité cérébrale par rapport aux autres ? Je ne me charge pas de résoudre la question, et je laisse à d’autres le problème à élucider.

Je vais essayer de prouver ici, par la différence des caractères anthropologiques, que le Noir d’Australie ne descend pas du Nègre d’Afrique. Il en diffère moins que des autres races, jaune, blanche et rouge, mais c’est tout.

Importance anthropologique de l’organe génital pour déterminer la race d’origine. — Je reviens sur une question déjà traitée. Par une pudeur mal placée, les anthropologistes ont généralement négligé de porter leurs investigations sur l’appareil génital mâle. À part ce point, ils nous ont donné les détails les plus étendus sur l’angle facial, le prognathisme de la mâchoire, etc., etc. Comme le Normand de Falaise, ils ont oublié d’allumer la chandelle de leur lanterne. Il est évident, pour moi, que l’organe génital donne la clef de la filiation de la race pure, car, dans les croisements divers de cette race, c’est le caractère anthropologique de la plus vigoureuse physiquement qui subsiste le plus longtemps et il est le dernier à disparaître. Et c’est logique. L’organe génital assure la continuité de la race. C’est l’organe le plus important, le dernier venu, et le premier disparu. Il dure à peine la moitié de l’existence humaine. C’est donc le caractère anthropologique auquel on devait, avant tous les autres, s’attacher de préférence, et je n’ai pas trouvé plus déshonorant de mesurer la longueur, la grosseur et la dureté d’érection du pénis d’un Nègre, d’un Annamite, que l’acte d’un chirurgien qui sonde un urètre ou fait une opération sur un testicule. Il n’y a pas de fausse pudeur en matière médicale.

L’appareil génital des races de couleur. — Produit du croisement du Nègre et du Blanc. — Quoique cette question ait été étudiée à fond à la Guyane, je la reprends et je la résume ici pour la facilité de la comparaison. C’est cette persistance du caractère de l’organe génital du Nègre dans ses croisements, qui m’a démontré toute l’importance du caractère. Ainsi le Câpre, qui est encore un quart de Blanc, est presque un Noir par son organe génital, et il diffère plus du Blanc que le Quarteron, quart de Noir, ne diffère du Noir. Le Mulâtre (demi-Blanc et demi-Noir), est génésiquement plus près du Noir que du Blanc. Or, en prenant les deux points de départ extrêmes, le Blanc et le Noir, et comparant les deux organes génitaux, j’ai montré les différences radicales qui les séparaient comme forme, couleur, grosseur, dans les états de flaccidité et d’érection. Le Câpre est donc, à ce point de vue, presque un Noir, le Mulâtre, plus près du Noir que du Blanc ; il faut venir jusqu’au Quarteron pour que l’appareil génital du Blanc regagne le terrain perdu. Mais, j’ai soin de faire remarquer que le Quarteron, qui n’a plus qu’un quart de sang noir, a beau avoir souvent des cheveux presque blonds, une peau plus claire quelquefois que celle d’un Européen du Midi, le simple examen des organes génitaux décèle l’homme de couleur. Le pénis est toujours proportionnellement plus développé que chez le Blanc pur, la différence entre la flaccidité et l’érection moins considérable ; enfin la muqueuse du gland n’a jamais cette couleur rouge ou rose particulière à l’Européen de race blanche sans mélange.

L’influence de l’organe génital du Noir se fait encore sentir chez le Misti (qui n’a cependant qu’un huitième de sang noir) et se reconnaît à un gland couleur rouge brun un peu assombri, et un scrotum bien plus foncé que la peau du corps. J’attribue cette curieuse persistance à ce fait que le croisement des deux races a lieu dans les pays tropicaux, à climats malsains, pour lesquels la race nègre a été créée spécialement. Si un croisement analogue se faisait en Sibérie, entre Russes et Nègres, peut-être l’inverse se produirait-il, et la race blanche primerait-elle la race noire !

Comparaison de l’organe génital du Mélanésien avec celui du Nègre d’Afrique. — C’est avec l’appui de ces données que je repousse l’hypothèse qui donne aux deux races Nègres d’Afrique et d’Australie la même provenance ethnologique. Et voici pourquoi. Chez le Noir Mélanésien, quelle que soit la teinte foncée de sa peau, qui est souvent aussi noire qu’une paire de bottes passées au cirage Nubian, on ne trouve jamais la muqueuse du gland noire comme celle du Nègre d’Afrique. Cette muqueuse est au contraire d’un rouge violacé assez vif, qu’on obtiendrait par un mélange de carmin, de vermillon et de brun Van Dyck, avec teinte neutre dans les ombres.

Cette couleur assez vive tranche violemment sur le fond sombre de la peau du pénis et du scrotum. On dirait un pénis de Nègre dont on aurait écorché la muqueuse du gland. Quant à l’appareil génital, il est, chez le Mélanésien, moins développé que chez le Nègre d’Afrique. Les dimensions du pénis sont à peu près celles (comme moyenne et maximum) données pour le Néo-Calédonien ; mais le gland a une forme plus obtuse, et il y a des cas de phimosis, quand la circoncision n’a pas été faite. Les testicules m’ont paru un peu moins développés. Le pubis est ombragé de poils assez drus et frisés. À l’état de flaccidité, le pénis est encore assez volumineux, mais la différence avec l’état d’érection est très sensible, ce qui n’existe pas chez le Nègre d’Afrique. Ces différences fondamentales entre les organes génitaux du Nègre d’Australie et celui d’Afrique, sont pour moi une preuve sans réplique que le premier est autochtone en Australie, pays qui est le berceau de sa race. De là, il s’est répandu jusqu’en Nouvelle-Calédonie, puis aux Nouvelles-Hébrides, où, plus tard, la race Noire s’est croisée avec la Maori-Polynésienne.

Organe génital de la Néo-Hébridaise. — L’organe génital de la Néo-Hébridaise est naturellement établi à la demande de l’organe mâle. Il offre très peu de différence (sauf une coloration plus foncée de peau et de muqueuses) avec celui de la Néo-Calédonienne. Je renvoie en conséquence le lecteur à ce que j’ai dit de cette dernière.