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L’Anarchie passive et le comte Léon Tolstoï/Préface

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Ma fille,

Dans notre époque où, tous se spécialisant, chacun dirige dans un sens particulier le cours de ses études, il est rare qu’on soit obligé de formuler une profession de foi, c’est-à-dire de toucher aux questions les plus essentielles pour un homme.

C’est ainsi qu’après une carrière scientifique et littéraire de près de trente-cinq ans, je me vois, pour la première fois de ma vie, dans une situation qui m’oblige à exposer publiquement mes convictions fondamentales sur la vie, sur la religion, etc. Cet ouvrage-ci contient l’expression à ce point sincère et complète de mes opinions les plus intimes, qu’il peut être considéré comme un reflet fidèle de mon moi intérieur : et c’est la raison principale pour laquelle je vous prie, ma fille, d’en accepter la dédicace à votre cher nom. Dans les épreuves, parfois bien douloureuses de la vie, peut-être vous sera-ce une indication, en même temps qu’une consolation, de savoir sur quoi s’appuyait votre mère, par quels principes elle se laissait guider.

Un autre motif encore m’anime à vous dédier ces pages : c’est que je n’aurais jamais pensé à discuter un livre que je considère comme le produit de tendances antisociales, et partant pathologiques, si je n’avais eu le bonheur de vous posséder. Votre existence m’a fait songer aux filles et aux fils d’autres mères, et cette pensée m’a décidée à dire franchement mon opinion, au risque même de paraître par trop arriérée. En écrivant les pages qui suivent, je vous avais toujours présente devant ma vision intérieure : et c’est ainsi que cet ouvrage a été en vérité inspiré par vous. Vous en étiez le primum movens, et il n’est que juste de dédier à votre cher nom ce qui vous appartenait en propre dès le début.

Et si cette sincère profession de foi pouvait préserver de l’erreur et guider sur le chemin droit, quoique pénible, de la vérité quelques âmes humaines, ce serait là plutôt votre œuvre que la mienne.

Marie de Manacéïne.