L’Antoniade/Prélude des proèmes patriotiques

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PROÈMES

PATRIOTIQUES.






« Un fait qu’aucun homme ayant quelques connaissances philosophiques, et même que nul homme de sens ne saurait méconnaître, c’est que, plus une société chrétienne est corrompue, ou si l’on veut avancée et civilisée, moins il s’y commet de ces crimes matériels et visibles, de ces calomnies grossières, de ces vols ou de ces viols à force ouverte, de ces provocations patentes au mépris du Gouvernement ou du Clergé, qui appellent l’attention du magistrat, et qui provoquent ses poursuites et ses arrêts. Cette sorte de crimes est le propre des jeunes sociétés. Elle suppose, dans le coupable comme dans la victime, moins d’esprit, et plus de franchise et d’énergie. Dans les vieilles sociétés, au contraire, où les hommes sont naturellement défians et sur leurs gardes, où ils mettent les clefs sur toutes leurs propriétés, et les yeux sur toutes les clefs, où la cupidité, devenue universelle, a provoqué presque autant d’officiers de police que de citoyens, où les femmes provoquent le libertinage loin de lui résister, où les hommes, et même les Gouvernemens, ne tiennent pas plus à leur honneur qu’à celui des autres : c’est le plus petit nombre, c’est même l’infiniment petit nombre des coupables qu’on appelle dans les tribunaux ; et ce petit nombre de coupables se compose précisément des plus petits aux yeux de Dieu, et même aux yeux de la raison.
(Question d’État, p. 17.)


« Le monde marche à grands pas à la constitution d’un despotisme, le plus gigantesque et le plus destructeur que les hommes aient jamais vu… Savez-vous ce que sont les armées permanentes ? Pour le savoir, il suffit de savoir ce que c’est qu’un soldat : Un soldat est un esclave en uniforme. Il ne suffisait pas aux gouvernements d’être absolus ; ils demandèrent et obtinrent le privilége d’avoir au service de leur absolutisme un million de bras. Les gouvernements dirent : Nous avons un million de bras, et cela ne suffit pas ; nous avons besoin de quelque chose de plus, nous avons besoin d’un million d’yeux : et ils eurent la police. Ce n’est pas assez pour les gouvernements d’avoir un million de bras, d’avoir un million d’yeux ; ils voulurent avoir un million d’oreilles : et ils eurent la centralisation administrative, par laquelle toutes les réclamations, toutes les plaintes, viennent aboutir au gouvernement. »
(L’Église et la Révolution, par Donoso Cortès.)