L’Arc d’Ulysse/Ondine

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L’Arc d’UlysseÉditions Georges Crès et Co (p. 131-132).

ONDINE

Entre mes bras fond la mollesse de ton torse. —
Quand une peine les métamorphose en source,
Je bois ta jeune vie à tes paupières douces.

Sur ta langue, serpent qui se darde, se love,
Et se rebelle entre tes lèvres, mes esclaves,
Je lape avidement les sucs de ta salive.

Ta féminité, sous tes cils d’aristocrate
Qui battent, mais non pas de pudeur hypocrite,
Me verse ton sang rose en sa coupe secrète.

Et l’ardente sueur dont le plaisir t’embrase,
M’imprègne dans ton lit, pleurs d’aube sur la rose,
Perles chaudes aux seins d’une belle coureuse.

Tes jambes dans le bain luisent comme la faille.
Et tu sembles par tes yeux glauques une fille
Des Eaux, qu’on entrevoit un instant sous les feuilles.

Sans doute tu naquis du flot qui frise et mousse,
Et fus Nymphe chanteuse aux roseaux du Permesse ;
Oublieux d’Aréthuse, Alphée eut tes prémices.

C’est pourquoi, sur un buis de flûte dolosive,
Le fausse ces trois clefs, afin qu’elles déçoivent
Mais charment ton oreille, émue aux jeux suaves.

Ma Rime, — Ondine dans le vent qui vire et valse, —
Fluteau parmi les joncs, clairon sur la mer vaste,
Chuchote en la feuillée, et pleure dans la vasque.

Puis, aux justes accords à son tour contribue
Ta sœur, la Nymphe Écho, dans tes grottes herbues ;
Et telle je te chante après que je t’ai bue.


21 février 1918.