L’Arc d’Ulysse/La Mort des œillets

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L’Arc d’UlysseÉditions Georges Crès et Co (p. 133-134).

LA MORT DES ŒILLETS

Au souvenir de Florentin Loriot.


L’imperceptible rumeur
D’une vie ardente exhale
Son désir paradoxal
En ces œillets qui en meurent.

Fin divine, qui dénoue
Deux odorantes paroles :
Une âme qui prend son vol,
Des fleurs qui brûlent pour nous.

Regarde mourir l’encens
Goutte à goutte au bord du verre,
Et rougir un peu la chair
Au bord de ses confidences.

De trahisons, d’amour vraie,
De princesse dans sa tour,
Ou de petite pastoure,
La fleur emporte un secret.

Toi, respire ici Chloé
Concupiscente, mais nice,
Qui au baiser de Daphnis
Tend sa bouchette collée.

Pour moi, j’évoque Renée
Vivien, qu’étouffa Éros
Sous les œillets et les roses,
Avec son cœur effréné.

À notre néant d’orgueil
Siérait tant la mort des fleurs ;
Abdiquer tout bas, sans leurre,
Au gré du vent qui nous cueille ;

Et renaître à la croisée
Des jolies filles de Perth ;
Pâmer sous leurs yeux d’eau perse,
Et leurs petits nez rosés.

À l’œillet aux tendres joues
J’ai cette ode consacrée,
Pour revivre en l’air sucré
Dans un parterre d’Anjou.